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PS-écologistes: la fracture du gaz de schiste

Ce jeudi se tient la première réunion du débat national sur la transition énergétique. On y abordera entre autres la question du gaz de schiste. L’un des nombreux sujets -avec le nucléaire- dont socialistes et écologistes n’ont pas fini de parler1

 

PS-écologistes: la fracture du gaz de schiste
POLITIQUE – La ministre du Logement, Cécile Duflot, est très attentive à ce que disent ses alliés PS sur le gaz de schiste.REUTERS/Philippe Wojazer

 

Depuis des semaines, le Parti socialiste ne cesse de jouer les moustiques avec les Verts. Dimanche 18 novembre, c’est au tour de Bruno Le Roux, président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale, de piquer les alliés d’Europe Ecologie-les Verts sur la question des gaz de schiste, au micro de France Inter: « Nous ne sommes pas opposés à une source d’énergie dont on nous dit qu’elle pourrait représenter demain un avantage concurrentiel. »

Le moustique socialiste est plus gros que sa proie, qui n’a d’autre choix que le gouvernement de la parole. Minoritaires à l’Assemblée et dans l’équipe de Jean-Marc Ayrault, les écologistes en sont réduits à choisir leurs combats. On les a entendus, un peu, sur le traité budgétaire européen, on les entend, tardivement mais beaucoup, sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et on les entendra encore longtemps sur le gaz de schiste.

Duflot n’est jamais muette sur le gaz de schiste

En revanche, ils sont plus discrets quand il s’agit de remettre en question les orientations économiques et sociales de l’exécutif. Bien que déçue par le manque d’inventivité du pacte de compétitivité annoncé après la publication du rapport Gallois, Cécile Duflot, ministre du Logement, n’a pas fait étalage de ses réticences. Mais sur le gaz de schiste, elle et son collègue, Pascal Canfin, ministre du Développement, ne peuvent pas rester muets. Surtout lorsque l’ancien Premier ministre Michel Rocard s’enflamme sur le potentiel du sous-sol français en réserves de ce gaz, dans un entretien accordé au Monde daté du 10 novembre: « La France est bénie des dieux. »

 

 

Un véritable blasphème, une insulte à l’accord programmatique entre les Verts et le PS. Entériné il y a un an, ce texte stipule très précisément: « L’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels (gaz et huiles de schiste) seront interdites, les permis en cours seront abrogés et les importations découragées. » Fin août, la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, invitée de l’université d’été d’EELV, avait clos son intervention en affirmant: « La transition énergétique, ce n’est pas aller chercher de nouvelles ressources fossiles. » Le député Vert Denis Baupin se souvient: « J’ai même fait applaudir la salle, qui n’avait pas forcément saisi l’avancée d’une telle déclaration! »

Le PS? « Pas favorable à la décroissance »

Trois mois plus tard, les rancœurs politiques balaient cette entente de façade. Au PS, certains n’ont toujours pas digéré l’accord électoral avec les Verts. Pour David Cormand, responsable des relations extérieures d’EELV, les déclarations de Bruno Le Roux sur le gaz de schiste ne doivent rien au hasard: « En 2001, il a perdu la mairie d’Epinay-sur-Seine [Seine-Saint-Denis], car il a refusé de fusionner sa liste avec celle des Verts; en 2007, il fait partie des gens qui ont fait capoter l’accord présidentiel entre écologistes et socialistes; et aujourd’hui, au travers de la question des gaz de schiste, il fait preuve d’une conception tournée vers le passé, en ne se préoccupant que de notre balance commerciale, déficitaire à cause de l’importation d’hydrocarbures. »

Et, surtout, les différences de culture refont surface. « Un monde sans aéroport, sans exploitation, sans énergie nucléaire, certains le défendent, ce n’est pas notre conception, il y a un équilibre à trouver », déclare Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre. « Nous ne sommes pas, nous, favorables à la décroissance », résume Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, persuadé qu’à tout le moins la recherche d’une nouvelle méthode d’extraction des gaz de schiste doit se poursuivre.

Les éventuels progrès de la science, voilà un argument déjà développé par François Hollande, lors de sa conférence de presse du 13 novembre, même si le président reste fermement opposé aux procédés existants: « Je laisse les entreprises et les chercheurs travailler et je prendrai mes responsabilités si une technique apparaît. » Nul besoin d’être géologue pour comprendre le débat: en insistant sur la nécessité de recherche, les socialistes ne ferment pas la porte à l’utilisation future de cette énergie.

Ce qui met les écologistes hors d’eux: « Le gaz de schiste, c’est comme une gaufrette LU aux framboises, on ne peut pas récupérer la confiture sans casser la gaufrette », résume la ministre du Logement. « Le principe de précaution vaut aussi pour le gaz de schiste », renchérit le député EELV Sergio Coronado. Et d’oser: « Si Martine Aubry avait été précautionneuse sur l’amiante dans les années 1980, elle ne serait pas devant un tribunal aujourd’hui. De plus, dans une situation de contraintes budgétaires, nous souhaitons que les crédits alloués à la recherche aillent d’abord vers les énergies renouvelables. »

Le malentendu avec les Verts est donc total. Quand les socialistes font semblant de comprendre qu’il s’agit simplement de trouver une technique propre, les écologistes répondent qu’ils veulent fermer le robinet des énergies fossiles pour mieux assurer la transition énergétique. Un ministre socialiste soupire: « Les Verts sont meilleurs que quiconque pour se poser des questions bizarres. » Cécile Duflot, elle, fait fi de ces amabilités: « Etre ministre, c’est une activité stimulante… quelle que soit la durée. »

 

Par et , publié le 29/11/2012 pour l’Express

Les militants écologistes des Bouches-du-Rhône rejettent l’accord avec le PS

Martine Aubry, première secrétaire du PS, et Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV, le 18 mars 2010 à Paris.

Les militants d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Bouches-du-Rhône ont investi samedi 10 décembre des candidats aux législatives de 2012 dans l’ensemble des 16 circonscriptions des Bouches-du-Rhône, contrairement à l’accord conclu avec le PS.

« Nous avons rejeté la proposition du PS et investi des candidats [dans] les 16 circonscriptions du département », a déclaré Sébastien Barles, le porte-parole d’EELV en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

« CIRCONSCRIPTION INGAGNABLE »

Initialement, les écologistes devaient se présenter seuls avec le soutien du PS dans trois circonscriptions, s’effacer dans sept autres. Mais ils n’ont pas apprécié la décision, fin novembre, du bureau national du PS de leur réserver les 6e, 8e et 10e des Bouches-du-Rhône : « On nous a donné une circonscription ingagnable en périphérie de Marseille, une [à] Salon-de-Provence et une [à] Gardanne », a regretté M. Barles.

Les écologistes contestent également le choix fait par le PS d’investir Christophe Masse et Jean-David Ciot« deux lieutenants très proches » du président du conseil général, Jean-Noël Guérini, mis en examen.

Autre suprise : la candidature de la conseillère régionale Laurence Vichnievsky, soutenue par Daniel Cohn-Bendit, a été rejetée dans la 1ère circoncription au profit de Pierre Sémériva. Certains militants accusent l’ancien juge d’instruction de ne pas « jouer collectif », avec des positions (dette, nucléaire) plus proches du PS que d’EELV.

« LES INSTANCES NATIONALES DEVRAIENT NOUS SUIVRE »

Environ 300 votants ont participé à cette assemblée générale à Avignon. Ce vote est uniquement consultatif, « mais les instances nationales devraient nous suivre », a estimé le porte-parole.

Le conseil fédéral d’EELV validera ses investitures pour 2012 le week-end des 17 et 18 décembre, une semaine après la convention nationale du PS qui a investi samedi à une écrasante majorité la plupart de ses candidats.

« Nous continuons à tendre la main à nos partenaires de gauche, notamment quand il y un grand risque d’élimination de la gauche au premier tour, a ajouté Sébastien Barles. Ainsi, à Marseille, nous ferons attention à la 2e et à la 6e circoncriptions où la droite et l’extrême-droite sont très fortes ».

 

LEMONDE.FR avec AFP