Section de Gréasque
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Affaire Tapie-Crédit lyonnais : Lagarde défend l’arbitrage

Christine Lagarde au forum de Davos, le 23 janvier.

Christine Lagarde au forum de Davos, le 23 janvier. (Photo Johannes Eisele. AFP)

Des perquisitions ont eu lieu jeudi dans le cadre du volet non ministériel du dossier. La justice se penche sur le règlement du contentieux entre l’homme d’affaires et le Crédit lyonnais.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a réaffirmé vendredi que le choix de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux qui opposait Bernard Tapie au Crédit lyonnais était «la meilleure solution à l’époque».

Interrogée sur France 2 alors qu’elle se trouve au forum de Davos, l’ancienne ministre de l’Economie de Nicolas Sarkozy a maintenu que pour elle «c’était le bon choix». «Je reste à la disposition des autorités de mon pays pour en répondre le moment opportun», a-t-elle ajouté.

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Des perquisitions ont été réalisées jeudi par la brigade financière aux domiciles de Bernard Tapie et de Stéphane Richard, actuel PDG d’Orange qui était le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy au moment des faits. Ces perquisitions ont eu lieu à la demande des juges qui instruisent le volet non ministériel de cette affaire.

Ils enquêtent sur la décision prise au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux qui opposait Bernard Tapie et le Crédit lyonnais sur la vente litigieuse d’Adidas par la banque en 1993.

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Le tribunal arbitral, juridiction privée, avait condamné le Consortium de réalisation (CDR), structure publique qui gérait le passif du Crédit lyonnais, à verser à l’homme d’affaires 285 millions d’euros d’indemnités (400 millions avec les intérêts).

Parallèlement, la Cour de justice de la République (CJR) instruit le volet ministériel de l’affaire, qui vise Christine Lagarde. Il lui est reproché d’avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu’il s’agissait de deniers publics, d’avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé.

Liberation 25 01 2013   (AFP)

Affaire Lagarde-Tapie : si vous avez manqué un épisode

Le Monde.fr | 24.01.2013 à 20h11

 

 

La ministre de l'économie, Christine Lagarde, lors de son audition mardi 23 septembre 2008 par la commission des finances de l'Assemblée nationale, sur les choix du recours à un arbitrage dans le cadre de l'affaire Adidas.

 

Les policiers de la brigade financière ont mené, jeudi 24 janvier, deux perquisitions aux domiciles de l’actuel PDG de France Télécom, Stéphane Richard, et de Bernard Tapie.

  • Pourquoi le domicile de Bernard Tapie a-t-il été perquisitionné ?

Bernard Tapie a été le bénéficiaire en juillet 2008 d’une décision favorable du tribunal arbitral dans le contentieux qui l’opposait au Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas en 1993. L’homme d’affaires s’était estimé lésé par la banque qu’il avait mandaté pour vendre l’entreprise.

A ce titre, il a touché 285 millions d’euros d’indemnités, dont 45 millions à titre de préjudice moral (soit au total 403 millions d’euros avec les intérêts) de la part du consortium de réalisation (CDR) gérant le passif du Crédit lyonnais.

Soupçonné d’avoir bénéficié de l’intervention du gouvernement Fillon dans ce dossier, l’homme d’affaires s’était expliqué le 10 septembre 2008 devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. Il avait notamment déclaré : « A aucun moment, strictement à aucun moment, on ne peut voir la main du pouvoir dans la décision de faire l’arbitrage. »

Lire : Bernard Tapie s’est expliqué devant les députés

  • Dans quel cadre ces perquisitions ont-elles été menées ?

Deux enquêtes sont menées parallèlement mais de façon coordonnée.

Les enquêteurs agissent dans le cadre d’une information judiciaire contre X ouverte à Paris le 18 septembre 2012 pour ‘« usage abusif des pouvoirs sociaux et recel de ce délit » au préjudice du consortium de réalisation. Les juges du pôle financier en charge des investigations ont obtenu mercredi 23 janvier du parquet de Paris le droit d’enquêter aussi pour « faux », « détournement de fonds publics », et complicité et recel de ces délits.

Parallèlement à cette procédure, une enquête est ouverte depuis août 2011 par la Cour de justice de la République (CJR), pour « complicité de détournement de biens publics » et « complicité de faux ». Composée de trois magistrats de la Cour de cassation, la CJR est seule compétente pour juger les infractions commises par les ministres pendant l’exercice de leurs fonctions.

Il est reproché à l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international d’avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu’il s’agissait de fonds publics, d’avoir eu connaissance de la partialité potentielle de certains juges arbitres, notamment du fait de leur proximité avec Nicolas Sarkozy ou Bernard Tapie, d’avoir fait modifier le protocole initial pour y intégrer la notion de préjudice moral et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé alors que plusieurs spécialistes le lui avaient recommandé.

Interrogée par les députés en 2008, la ministre avait dit avoir pris elle-même la décision « sans avoir reçu d’ordre » de Matignon ou de l’Elysée.

Christine Lagarde pourrait être prochainement convoquée par la CJR sous le statut de témoin assisté ou mise en examen.

  • Pourquoi le domicile de Stéphane Richard a-t-il été perquisitionné ?

Stéphane Richard, actuel PDG de France Télécom, était directeur de cabinet de la ministre de l’économie Christine Lagarde au moment où la décision de recourir à l’arbitrage a été prise.

Dans un entretien publié le 7 août 2011 dans Le Journal du dimanche, Stéphane Richard avait admis avoir été « en contact régulier avec la présidence de la République » mais avait contesté qu’il y ait pu avoir « un feu vert » de l’Elysée dans la procédure d’arbitrage du dossier Bernard Tapie. Il avait également jugé « totalement absurde » que Mme Lagarde ait pu demander « que l’on ajoute » la notion de préjudice moral qui n’aurait pas été inscrite dans le protocole initial du tribunal arbitral.

Selon les informations du Monde, le juge Jean-Michel Gentil, chargé à Bordeaux de l’affaire Bettencourt, dans laquelle l’ex-chef de l’Etat est témoin assisté, a récemment transmis aux magistrats de la Cour de justice une copie de certains agendas de M. Sarkozy dans lesquels il apparaît que sur la période-clé 2007-2008, M. Tapie a été reçu à de nombreuses reprises par M. Sarkozy, d’abord au ministère de l’intérieur, puis à l’Elysée, une fois ce dernier élu président de la République, en mai 2007.

Les agendas attestent également de rencontres entre M. Sarkozy et Pierre Mazeaud, l’un des trois arbitres (avec Pierre Estoup et Jean-Denis Bredin) choisis pour trancher le litige. Des rencontres démenties par Pierre Mazeaud auprès des enquêteurs.

L’ancien président de la République ne pourrait toutefois être inquiété dans ce dossier que s’il existe une preuve d’un ordre donné par écrit à la ministre, a expliqué une source proche du dossier à l’AFP.

Tapie s’en prend à Montebourg : le coup de gueule de trop d’un « mauvais gagnant »

LE PLUS. Bernard Tapie règle ses comptes. Après le rachat des titres Hersant, dont « La Provence », l’ancien président de l’OM s’en est aussitôt pris à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qu’il accuse d’ingérence dans ce dossier. Un comportement de « mauvais gagnant », selon notre contributeur Laurent Calixte.

 Bernard Tapie sur le plateau de « Vivement dimanche », le 12/12/2008 (BENAROCH/SIPA).

 Bernard Tapie sur le plateau de

Cher Bernard Tapie,

 

J’espère que l’année qui s’annonce consacrera le patron de presse que vous souhaitez devenir, et vous présente à cette occasion tous mes vœux de réussite.

 

Ceci dit, j’avoue que j’ai été surpris par la virulence avec laquelle vous avez fêté votre victoire face au groupe belge Rossel lors du rachat des journaux du sud de Hersant. Car si je connaissais l’existence des « mauvais perdants », j’ignorais celle des « mauvais gagnants ».

 

Lorsqu’on remporte une victoire, la dernière chose à faire consiste à se plaindre des péripéties de celle-ci, à chipoter sur les méthodes employées par les uns et les autres, à chicaner quant aux initiatives qui ont pu être prises par tel ou tel intervenant. C’est-à-dire, en somme, à jouer au “mauvais gagnant”.

 

Montebourg, dans son rôle ?

 

Trois jours après votre victoire dans le rachat des titres Hersant, le 22 décembre, vous avez en effet déclaré au « Journal du Dimanche » que “le cabinet Montebourg a tout fait pour (vous) bloquer”.

 

Comment ? Le socialiste Montebourg ne voit pas d’un trop bon œil votre irruption dans la presse ? Il ne voit pas d’un très bon œil le fait que vous puissiez utiliser « La Provence » pour vous faire élire à Marseille ? Il ne voit pas d’un très bon œil votre retour en tant que “gestionnaire” d’entreprise, alors que, parmi les sociétés que vous avez reprises, Manufrance a été liquidé, Testut a été liquidé, Donnay a été liquidé ? Comme c’est curieux ! Comme c’est bizarre ! Comme c’est surprenant !

 

Mais le plus incroyable, c’est que vous semblez reprocher à M. Montebourg d’avoir tenté de multiplier le nombre de candidats à la reprise des titres Hersant. Et alors ? N’était-il pas dans son rôle ? Ne vaut-il pas mieux plusieurs candidats qui se feraient concurrence pour emporter les titres Hersant, qu’un candidat unique qui dicterait ses conditions aux banquiers ?

 

Mais reprenons. Car pour les Français, l’histoire Tapie – Hersant semble ou bien trop simple ou bien trop complexe. Trop simple s’il s’agit seulement d’affirmer que « Bernard Tapie rachète ‘La Provence' ». Trop complexe pour qu’on puisse percevoir immédiatement la dimension tout à fait scandaleuse de ce rachat.

 

Un rachat scandaleux

 

Pour comprendre l’enjeu du dossier, imaginons l’histoire suivante :

 

1. Fifi s’est endetté à hauteur de 260 millions d’euros (210 millions plus les intérêts) pour acheter un groupe de presse.

 

2. Un beau jour, Fifi décide que les remboursements du prêt sont trop élevés, alors il arrête de verser les mensualités.

 

3. Quelques années plus tard, ses banques lui disent : « bon, maintenant, faut payer ».

 

4. Alors il décide de vendre son groupe de presse.

 

5. Il trouve un repreneur, Nanard, qui lui dit : « Voilà, toi et moi, on va racheter ton groupe de presse, je vais mettre 20 millions, tu vas mettre 25 millions de ton argent personnel, on prend aussi 5 millions qui traînent dans les tiroirs, on file ces 50 millions aux banques pour solde de tout compte, donc elles récupèrent 50 sur les 260 millions, elles perdent 210 mais, pour elles, c’est toujours ça de gagné – ou plutôt, de « pas perdu » ! Ah ah ah – et nous, on remet la main sur tes journaux et leurs immeubles.

 

6. Oui, les banques accepteront que nous gardions tous tes journaux rachetés à un prix cassé, et elles l’accepteront alors même que tu leurs dois encore 210 millions d’euros. En plus, elles peuvent pas t’imposer de vendre ton groupe à notre rival pour le rachat, le groupe de presse belge Rossel, même s’il surenchérit. Pourquoi ? Ah ah ah ! Sacré Fifi ! Il faut que je t’affranchisse ? TOI ? Ah ah ah ! Farceur, va!

 

7. Mais, pépère, tout simplement parce que ton groupe n’est pas en liquidation, ni en redressement judiciaire, que tu n’as pas à obéir à un administrateur judiciaire mais que tu dois simplement écouter les conseils d’un  » conciliateur »… Et pour que l’accord de vente soit valable, il faut la signature du vendeur – toi –, celle des 17 banques créancières, et celle de l’acheteur – c’est-à-dire Rossel, ou… nous deux. Tu es donc encore le seul maître à bord, et personne ne peut te forcer à signer avec Rossel si tu n’en as pas envie, même si leur offre est supérieure à la nôtre ! C’est la loi française. Les Français l’ignorent, mais moi, j’adore respecter la loi, ah ah ah !

 

8. Et si les banquiers veulent imposer Rossel et refusent de signer notre offre… Eh bien tu mets ton groupe en cessation de paiement, ça entraîne la liquidation judiciaire, des milliers de personnes sur le carreau, ça fait un scandale médiatique, ce que les banques et le gouvernement veulent éviter à tout prix ! Ah ah ah !

 

9. Avec ces 50 millions, on efface donc 210 millions de dettes, et on pourra, si on veut, revendre les journaux séparément, « à la découpe ». Nous pouvons en espérer entre 90 et 120 millions en tout. Oui, pour le prix de 50 millions d’euros, nous remettons la main sur ton groupe, dont les journaux et le patrimoine immobilier valent entre 90 et 120 millions d’euros ! Entre 40 et 70 millions d’euros de bénef’ potentiel alors que t’as encore une ardoise de 210 millions auprès des banques ! Ah ah ah ! Eh, Fifi, j’adore la loi, moi ! »

 

10. Bilan : pour 50 millions d’euros, Nanard et Fifi ont donc racheté un groupe qui vaut entre 90 millions et 120 millions d’euros alors que les banques ont perdu 210 millions (260 – 50), que le plan social précédent de Groupe Hersant Médias (Comareg) a coûté environ 20 millions d’euros à la collectivité (indemnités licenciement des AGS) en coûtant leur emploi à plus de 3.000 personnes en tout, que cette faillite a laissé une ardoise de 16 millions à l’État (donc aux contribuables), que la société de Fifi a reçu 20 millions d’aides de l’État au cours des dernières années, et qu’il possède toujours son florissant groupe de presse en Suisse (environ 100 millions de francs suisses de CA, soit 80 millions d’euros).

 

Une histoire digne d’un sketch

 

Alors comment vous dire, cher Bernard, c’est vrai, ce qui est en train de se passer mériterait d’être raconté sous forme de sketches au Café de la Gare. C’est énorme. Absolument énorme, tant cette histoire est révélatrice des dérives du capitalisme contemporain (et Dieu sait si je n’aime pas les expressions grandiloquentes comme « dérives du capitalisme contemporain »).

 

Mais on ne comprend rien à la dimension « hénaurme » de l’affaire si on ne rappelle pas que si vous avez été en capacité de racheter les titres Hersant, M.Tapie, c’est grâce à un pactole que vous avez reçu de… l’État. À la suite de l’ »affaire du Crédit Lyonnais ».

 

À l’époque, vous aviez demandé à cette banque de vendre votre société Adidas au prix minimum de 315,5 millions d’euros (2,085 milliards de francs). Or, la banque a en fait trouvé un acquéreur pour… plus du double. Elle réalise donc, sur votre dos, une plus-value de 396 millions d’euros. Agacé, vous portez plainte contre elle.

 

Et c’est là qu’apparaît le triple scandale révélateur des dérives de notre système : d’une part, il y a recours à un tribunal arbitral, c’est à dire à une justice privée. Cette procédure a été considérée comme potentiellement illégale par un juriste spécialiste de l’arbitrage, plusieurs députés et… un futur Premier ministre.

 

D’autre part, vous recevez donc une somme invraisemblable, 390 millions d’euros (220 millions une fois vos dettes déduites), payés non pas par votre tourmenteur, le Crédit Lyonnais, mais par le consortium de réalisation (dont l’actionnaire à 100% est l’établissement public EPFR), donc par l’État, donc par le contribuable – et pourquoi serait-ce au contribuable de payer pour les erreurs commises par une entreprise ?

 

Une fortune construite grâce à l’État

 

Enfin, dans cette somme de 390 millions (composée notamment de 240 millions d’euros de préjudice matériel, 92 millions d’intérêt de retard et 13 millions de frais de procédure) figure une enveloppe de 45 millions au titre du préjudice moral.

 

À ce stade, il faut braquer le projecteur de scène sur le fait que quasiment toute votre fortune actuelle, qui s’élève à 220 ou 260 millions d’euros selon les estimations, vient donc des poches du contribuable puisqu’elle a été payée par l’État. N’est-ce pas fascinant ?

 

La fortune actuelle de l’homme qui a porté l’étendard de l’entreprise privée, qui a galvanisé des générations d’étudiants d’écoles de commerce, qui a célébré la libre entreprise et la prise de risques, cette fortune a été généreusement offerte par l’État et donc les contribuables ! Dites, la plupart des milliardaires français ont fait fortune dans le privé, vous, vous avez fait fortune dans le public ! Mais au fond, justement, votre métier exact, alors, c’est quoi ?

 

Fonctionnaire de luxe ? Oligarque germanopratin ?

LE PLUS. Bernard Tapie règle ses comptes. Après le rachat des titres Hersant, dont « La Provence », l’ancien président de l’OM s’en est aussitôt pris à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qu’il accuse d’ingérence dans ce dossier. Un comportement de « mauvais gagnant », selon notre contributeur Laurent Calixte.

Édité par Sébastien Billard

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 Bernard Tapie sur le plateau de « Vivement dimanche », le 12/12/2008 (BENAROCH/SIPA).

 

(Cliquez ici pour lire la 1ère partie de ce texte)

 

Revenons-en aux 45 millions d’euros obtenus au titre du “préjudice moral”. Ici, un arrêt sur image s’impose. M. Tapie, lorsque les compagnies d’assurance doivent indemniser les parents lors du décès de leur enfant, la somme due au titre de “préjudice moral” ne dépasse quasiment jamais 20.000 euros.

 

Alors évidemment, il est curieux de constater que la somme de 45 millions que vous avez reçue est égale à ce qu’aurait versé les assurances aux familles pour leur préjudice moral si 15 Airbus A320 remplis d’enfants s’étaient écrasés simultanément avec à leur bord 2.250 enfants au total.

 

Quant à votre préjudice moral à vous, imaginons la scène :

 

Vous êtes debout, à côté de votre bureau. Un domestique arrive et vous présente un télégramme sur un plateau d’argent. Vous vous en emparez, et lisez : “M. Tapie, vous vous êtes fait flouer par le Crédit Lyonnais”. Alors, vous plaquez votre main droite sur votre coeur, grimaçant, puis vous faites rapidement plusieurs tours sur vous-même comme un Alain Delon révolvérisé, vous tombez à genoux puis vous vous roulez par terre sur votre tapis persan, en larmes.

 

« Je me suis fait flouer par le Crédit Lyonnais ! »

 

Qui pourrait imaginer l’intensité de votre douleur ? L’impact de cet événement sur votre réputation ? La dévastation qu’a causé sur votre psychisme une telle annonce ? Tapie, arnaqué !

 

Un dédommagement indécent

 

Lui ! Lui qui connaît tout sur les arnaques, lui qui connaît par cœur les chausse-trapes de la finance, lui qui sait dans quels alinéas du Code du commerce se cachent les pièges les plus à même d’essorer les investisseurs naïfs… Oui, il fallait bien 45 millions pour réparer un tel préjudice moral !

 

Les 15 Airbus qui s’écrasent avec 2.250 enfants à bord causeront aux parents un préjudice moral qui n’a rien à voir avec votre immense douleur à vous – ah la la, Bernard, cette ridicule incapacité des pauvres à se représenter le préjudice moral que constitue la perte éventuelle de 396 millions d’euros…

 

Une douleur si immense qu’on comprend bien qu’elle nécessite le versement d’une somme 45 fois supérieure à ce qu’a touché Patrick Dils (un million d’euros) pour avoir passé quinze ans en prison alors qu’il était innocent.

 

Donc je résume : votre fortune provient du fait que vous avez obtenu la création d’un tribunal privé qui s’est permis de demander à l’État de vous indemniser à hauteur de 390 millions d’euros. Et avec cette fortune, vous jugez utile de revenir sur le devant de la scène, en rachetant les titres Hersant.

 

Ce faisant, grisé par le succès qui semble revenir, vous écrivez n’importe quoi et vos fans se remettent donc à rire de plus belle.

 

Concernant les élections municipales à Marseille, vous avez en effet écrit :

 

« Je me suis engagé (…) à ne pas postuler à quelque mandat électoral que ce soit. (…) À défaut, un processus de cession de la totalité de mes actions sera organisé (…), le produit de cette vente étant alloué à une association caritative de mon choix. »

 

C’est pas sympa, Bernard. J’essaye depuis maintenant deux pages d’écrire correctement, de bien me tenir pour écrire droit, et là je me gondole tellement que je n’y arrive plus.

 

Quelles sont vos motivations ?

 

Décortiquons : déjà, à titre personnel, c’est la première fois que je vois un document où une personne prend un engagement solennel, puis s’autorise une ligne plus bas à pouvoir renier cet engagement. Il faut lire attentivement les contrats, avec vous, hein !

 

Article 1 – Je soussigné Bernard Tapie vends à Tartempion un yacht au prix de 100 millions d’euros.

Article 2 – Non, en fait c’est pas un yacht, c’est une moto.

Article 3 – Et le prix c’est pas 100 millions c’est 200.

 

Ensuite, vous dites que si vous vous lancez dans la course à la Mairie de Marseille, vous vendrez vos journaux et donnerez le produit de la vente à une association caritative. Comprends pas. Pourquoi le donner, cet argent ? Il est sale ? Il est mal gagné ? Pourquoi le « blanchir » en le donnant à des œuvres ?

 

Par ailleurs, si certains souhaitent que vous ne vous présentiez pas à la Mairie de Marseille en 2014, c’est parce qu’ils trouveraient injuste qu’un candidat bénéficie de la force de frappe médiatique de « La Provence ». Donc si, malgré votre promesse, vous vous présentez à la mairie, la cession du produit de vos titres à une œuvre caritative ne règlerait pas l’injustice évoquée plus haut.

 

Vos adversaires politiques souhaitent que vous n’utilisiez pas « La Provence » pour vous faire élire à Marseille. Point barre. Ils se moquent éperdument que vous donniez de l’argent à des œuvres caritatives « en compensation » pour le reniement de votre promesse de ne pas être candidat.

 

En fait, on a l’impression que vous mélangez tout, les promesses solennelles irrévocables et les « dispositions contractuelles ouvrant droit à compensation en cas de non respect par l’une des parties », l’argent des « indulgences » et celui de la culpabilité, l’argent coupable et l’argent qui s’innocente, le pouvoir de l’argent et le pouvoir de la presse…

 

Vous avez ouvert une boîte de Pandore

Par Laurent Calixte
Journaliste High Tech  dans leplus.nouvelobs

Mennucci demande une commission d’enquête pour le rachat de journaux par Tapie :

L’annonce le 19 décembre du rachat par Bernard Tapie de la Provence et de Nice Matin entre autres, continue à susciter la polémique. Ainsi le député socialiste de Marseille Patrick Mennucci a écrit à Jean-Marc Ayrault pour lui faire part de ses doutes sur les conditions de ces rachats. Et il demande la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Dans son courrier, Patrick Mennucci pose toute une série de questions « sur les conditions dans lesquelles cette transaction a pu avoir lieu. »

Il demande notamment comment le groupe Hersant Médias « a pu atteindre un endettement aussi important auprès de 17 banques ? (…) Comment est-il possible que ces prêts aient pu être consentis sans qu’aucune garantie n’ait été prise sur les biens personnels des membres de la famille Hersant, par ailleurs richissime ? »

Et le député socialiste de Marseille de s’interroger, sur la base d’articles parus dans la presse, sur l’administrateur judiciaire en se demandant « si l’ensemble des groupes qui se sont interessés à la reprise de GHM ont été traités également par l’administrateur judiciaire« , lequel selon « des  articles de presse« , « serait lié à Me Lantourne, l’avocat de Bernard  Tapie et de GHM ».

Bref selon Patrick Mennucci, une commission d’enquête parlementaire devrait  se pencher sur d’éventuelles manœuvres qui « limitant la concurrence, ont fait diminuer le prix d’acquisition ».

 « Le cabinet Montebourg a tout fait pour me bloquer »

Ajoutons que Bernard Tapie, dans une interview au Journal du Dimanche, affirme lui qu’il détient un enregistrement audio qui prouve que le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a tenté de s’opposer à son rachat des journaux du pôle sud de Groupe Hersant Médias.

 

le Lundi 24 Décembre 2012  France Info

Rachat par Tapie : ce qu’en pense Patrick Mennucci

« On n’a pas besoin de Bernard Tapie ». La phrase est claire, nette et précise. Elle a été prononcée jeudi au micro d’Europe 1 par le député PS de Marseille Patrick Mennucci. Bernard Tapie, allié à la famille Hersant, va mettre la main sur les titres restants du Groupe Hersant Médias (GHM), dont La Provence et Nice Matin. Pour certains, ce rachat est perçu comme une première étape dans la course à la mairie de la ville. Alors que Jean Noël Guerini, se félicite de ce rachat, Patrick Mennucci ne mâche pas ses mots

>> A LIRE AUSSI – Tapie : des journaux et de la politique ?

« Si Bernard Tapie est candidat, on fera en sorte de lui barrer la route. Ce n’est pas bien qu’un homme comme lui devienne maire de Marseille », a jugé le député. « Notre ville a besoin de modernité, de renouveau. Il peut y avoir une élection municipale entre la droite et la gauche qui tranche un certain nombre de questions. Mais nous n’avons pas besoin de M. Tapie à Marseille », a-t-il encore insisté.

Rachat par Tapie : ce qu’en pense Jean Noël Guerini

Paru ce matin, sur le blog de Jean Noël Guerini, sa réaction sur le rachat par Bernard Tapie :

« Les propositions de Bernard Tapie pour le rachat du groupe Hersant Medias ont été retenues par le tribunal de commerce de Paris.

Cette décision met un terme à des mois d’interrogations sur l’avenir du quotidien régional.

L’heure n’est pas, aujourd’hui aux supputations sur les intentions cachées qui guideraient ce »retour à Marseille » de Bernard Tapie.

Il s’agit, avant tout, de sauver une entreprise de la liquidation judiciaire et de tout mettre en œuvre pour préserver des centaines d’emplois.

Bernard Tapie effectue un choix courageux alors que le monde de la presse connait une profonde mutation et se cherche un nouveau modèle économique.

Dans un contexte social et dans une ville et une région durement frappées par la crise, « La Provence », pourra, je l’espère, retrouver le chemin du développement.

Le chapitre qui va s’écrire, et les équipes qui vont faire vivre « La Provence », tout en relatant les faits, rien que les faits, auront tout à gagner en donnant une réelle place à la pluralité qui est un des atouts des Bouches du Rhône et de Marseille, dans le cadre d’une déontologie qui doit être une des vertus cardinales du métier de journaliste. »

Tapie rachete les titre de Hersant Media

Après s’être retiré il y a deux semaines, Tapie a finalement acquis hier les titres du Groupe Hersant Média.

Libération

Bernard TAPIE à GARDANNE lors des elections legislatives de 1993Bernard Tapie à Gardanne (Bouches-du-Rhône) en juin 1993. (Photo Eric Franceschi)

Un sacré fric-frac : cette fois, c’est officiel, Bernard Tapie met la main sur le Groupe Hersant Média (GHM), et surtout sur ses meilleurs actifs, les journaux du Sud – la Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin. Et relance du même coup, la crainte d’un braquo à venir sur la mairie de Marseille.

Les banques créancières de GHM, lourdement endetté (215 millions d’euros), ont accepté hier soir l’offre de reprise du groupe par Tapie, associé à la famille Hersant. Deux tiers du capital pour Tapie, un tiers pour Hersant, selon la lettre que le premier a adressé mardi au conciliateur. «Ça veut dire que Philippe Hersant est en-dessous de la minorité de blocage», commente un acteur du dossier. Pour 51 millions d’euros, l’homme d’affaires au passé chargé (chanteur, businessman, porteur de jogging dans Gym tonic, ministre, patron de l’OM, taulard, acteur et on en passe) inaugure un nouveau métier : patron d’un groupe de presse. Affolées par le spectre du dépôt de bilan, les 17 banques ont validé l’offre, s’asseyant au passage sur 160 millions de créances… «Faire un tel abandon de créances, avec les mêmes aux commandes, c’est un précédent pour les banques», commente la même source.

Bonne Mère. «Le système français laisse beaucoup la main à l’actionnaire, détaille Bernard Marchant, l’administrateur délégué du groupe belge Rossel, porteur de l’offre concurrente pour la reprise des titres de GHM, qui détient déjà en France la Voix du Nord. Le tribunal ne pouvait pas forcer Hersant à vendre.» L’éditeur belge proposait de racheter d’un bloc les journaux du Sud, associé à des repreneurs pour les journaux des Antilles, de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. Mais le tandem Tapie-Hersant «avait tous les atouts en main», selon Bernard Marchant. Le groupe belge ne tentera pas une offre mieux-disante : «Dès le début, dès la première heure, Rossel a dit qu’il n’irait pas au-delà, qu’il n’allait pas surenchérir.»

Cet ultime revirement dans un dossier qui en est richement pourvu s’est fait sur l’air de «Reviens, Bernard, reviens». A en croire Tapie, le cri a jailli de mille poitrines : celle de Philippe Hersant depuis les rives du lac Léman où les affaires de l’actionnaire du Groupe Hersant Média (GHM) se portent beaucoup mieux qu’en France. Celles des membres du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), qui suit le dossier du rachat des journaux du Sud de GHM. Celle du conciliateur Christophe Thévenot, chargé de trouver une issue à l’affaire. Et sans se tromper celle aussi de la Bonne Mère qui, du haut de sa basilique, a certainement fait de l’œil à Tapie. Alors, malgré son retrait, qu’il qualifiait il y a deux semaines de «définitif» face à la proposition de Rossel (que Tapie affirme soutenue par le gouvernement), l’homme d’affaires a «réactivé» son offre de reprise de GHM, dans une lettre à laquelle Libération a eu accès (page 2), «à la demande expresse de Philippe Hersant, du conciliateur Christophe Thévenot et du Ciri».

Encore une fois, l’ancien chef d’entreprise eighties revient le cœur sur la main. Non seulement, il améliore un peu son offre précédente (51 millions d’euros, soit plus que Rossel) mais en plus il fait une promesse. Non, il ne se présentera pas à la mairie de Marseille. «Je me suis engagé à l’égard de Philippe Hersant, écrit-il dans sa lettre de recandidature, à ne pas postuler à quelque mandat électoral que ce soit». C’est dit : la Provence ne sera pas le marchepied municipal de Tapie. Mais comme Bernard connaît bien Tapie, qui souvent varie, il couche carrément noir sur blanc l’éventualité d’un revirement dans sa missive : «A défaut [de ne pas se présenter à un mandat électoral, ndlr], un processus de cession de la totalité de mes actions sera organisé.» Ok : si, par le plus grand des hasards, Tapie venait à briguer Marseille, alors il lâcherait la Provence. Mieux encore : «Le produit de cette vente [serait] alloué à une association caritative de [son] choix». Merci de ne pas exploser de rire, ni à Marseille (lire page 3) ni nulle part. Un courrier tantôt «risible», tantôt «grossier», selon les sources.

Dettes. Quel pataquès que ce dossier… Rejeton du papivore Robert Hersant, GHM est né en 1985 de la scission entre la Socpresse (le Figaro) et France Antilles. De feu l’empire de son père, Philippe Hersant se refait peu à peu la cerise : rachète la Comareg (les journaux gratuits Paru-Vendu, liquidés l’an dernier en même temps que 1 650 salariés), s’implante en Suisse (où ses journaux vont très bien, merci), se paye des titres tels que l’Union ou l’Est-Eclair et, surtout, le pôle de presse régionale de Lagardère dans le Sud – soit la Provence et ses pépites Nice-Matin et Corse-Matin -, réputé pour son exceptionnel taux de pénétration. Hersant a la folie des grandeurs, mais les dettes s’accumulent, et le marché des petites annonces gratuites s’effondre. GHM doit céder des titres, et voilà que le belge Rossel entre en piste. Au printemps, les deux groupes devaient former un holding à 50-50 avec un exécutif aux mains de Rossel. L’affaire capote avant même les fiançailles. Rossel «avait surtout découvert que la mariée était encore moins belle que prévu», décryptait récemment un proche du dossier dans Libération. Finalement, Rossel soulage GHM de son pôle Champagne-Ardennes-Picardie (une opération en cours de validation).

Mais c’est surtout la restructuration de sa dette, 215 millions d’euros, qui préoccupe GHM. Et les appétits s’aiguisent sur ses journaux. François Pinault regarde le dossier. L’ancien numéro 2 de TF1 et numéro 1 du Figaro Etienne Mougeotte, associé à l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, se positionne pour une reprise de Nice-Matin et Corse-Matin, mais sans la Provence. Et puis voilà que, le 26 novembre, Nanard sort du bois, pose 50 millions d’euros sur la table pour l’ensemble du groupe et s’associe à Hersant. On n’est plus à une étrangeté près. Ce qui fait dire aujourd’hui au député PS marseillais Patrick Mennucci : «La famille Hersant, installée en Suisse pour des raisons fiscales, cherche à conserver une partie de ses journaux sans rembourser les 215 millions de dettes qu’elle a envers un pool de banques françaises. Ce serait la troisième fois que les Hersant se débrouilleraient pour se décharger de leurs obligations financières sur la collectivité…»

Aujourd’hui, Bernard Tapie sera en tournée à Nice, à Toulon, puis à Marseille, pour rencontrer les équipes de ses nouveaux canards. A la Provence, où il sera cet après-midi, la rédaction est en train de constituer une Société des journalistes pour l’accueillir «avec une charte de déontologie».

Bernard Tapie renonce à racheter le quotidien La Provence

L’homme d’affaires ne s’alliera pas à la famille Hersant pour refinancer des journaux du groupe.

La classe politique marseillaise interprète ce retrait comme un abandon des ambitions municipales de l’ex-président de l’OM.

Bernard Tapie a finalement renoncé à son alliance avec la famille Hersant pour refinancer des journaux du groupe, dont La Provence, une opération qui avait été interprétée par la classe politique marseillaise comme un premier pas vers la mairie de la part de l’ex-président de l’OM. « Je n’ai pas obtenu l’accord de l’ensemble des banques, aussi, comme je l’avais annoncé, je renonce à mon offre  » sur les quotidiens du sud de l’Hexagone et d’outre-mer du groupe Hersant, a déclaré l’homme d’affaires à l’AFP, après l’annonce par le groupe belge Rossel, déjà bien implanté dans la presse régionale française, d’une offre de dernière minute.

Interrogations autour de la mairie de Marseille

« Ce retrait peut faire croire que Bernard Tapie ne rentrera plus dans le jeu des municipales. Il semble s’éloigner de ce qui pouvait être une vision politique mais attendons : il faut savoir raison garder avec lui « , a déclaré vendredi soir à l’AFP l’avocat Michel Pezet, conseiller général PS et ancien président de la région. Michel Pezet avait estimé, avant cette annonce, que « comme il (allait) de soi que ce rachat n’est pas économiquement intéressant, (Tapie) le (faisait) forcément dans un autre but « .

Début octobre, l’ancienne incarnation de la réussite sociale dans les années 1980, âgé aujourd’hui de 69 ans, avait vigoureusement démenti un « retour en politique  » à l’occasion des municipales de 2014. « C’est ridicule, ça n’a pas de fondement « , avait déclaré à l’AFP l’ancien ministre de la Ville (1992-1993), élu député en 1989 à Marseille pour la gauche. Le 21 novembre, il qualifiait encore l’hypothèse de « triple connerie  » au micro de France Bleu.

Une rumeur tenace dans la cité phocéenne.

« Si M. Tapie avait l’intention d’être candidat à la mairie, il me trouverait sur sa route « , avait prévenu le député Patrick Mennucci, l’un des prétendants à la mairie dans les rangs socialistes.

À droite, l’hypothèse d’une candidature de « Nanard  » dérangeait aussi. « S’il doit se confirmer, ce retour sera le signe inquiétant du niveau zéro de morale en politique « , glissait un élu UMP. Les députés UMP Guy Teissier et Valérie Boyer avaient même interpellé le gouvernement, cette semaine, sur le rachat des titres de la PQR dans le Sud-Est par Bernard Tapie. Guy Teissier, candidat, parmi d’autres, à la succession de Jean-Claude Gaudin (UMP) si celui-ci renonce à briguer un quatrième mandat de maire, avait été l’adversaire (heureux puis malheureux) de Bernard Tapie aux législatives en 1988 et 1989.

L’homme d’affaires fut ensuite battu par Jean-Claude Gaudin, qui le traita alors de « pilleur d’épaves déguisé en pêcheur de voix communistes « , aux élections régionales de 1992 dans le cadre d’une triangulaire avec le FN. Réélu député à Gardanne en 1993, puis élu conseiller général en 1994, Bernard Tapie fut pressenti pour conduire la liste de gauche à Marseille aux municipales de 1995, avant que ses ennuis judiciaires dans l’affaire VA-OM ne mettent fin à sa carrière politique.

La période Olympique de Marseille

C’est pourtant l’Olympique de Marseille, dont il était devenu président en 1986, qui lui avait apporté gloire et popularité parmi les Marseillais. « Ce beau jeune homme au nez de taureau m’a avoué son rêve de reprendre l’OM « , avait raconté à l’époque Edmonde Charles-Roux, veuve de l’ancien maire Gaston Defferre. « Je l’ai présenté à Gaston. En vingt-quatre heures, c’était fait.  » « L’OM a connu alors une série de bons résultats et Tapie s’est implanté localement, dans une image positive « , se souvient Michel Pezet.

Après la prison et une reconversion artistique, Bernard Tapie fit un bref retour à l’OM en 2001-2002. Mais comme pour la mairie, il a démenti vouloir y remettre un pied à la faveur d’un rachat de La Provence. Une violente polémique entre l’un de ses fils, Stéphane, et le président du club de football, Vincent Labrune, avait alimenté aussi la rumeur sur les intentions cachées du père.

Le coup de théâtre de Rossel

Le retrait de l’homme d’affaires est aussi sans doute la conséquence du coup de théâtre de l’après-midi quand le Belge Rossel est entré dans la danse de manière inattendue, en déposant  » une offre pour le rachat de la totalité du groupe Hersant  » un quart d’heure avant la signature, qui a ainsi été suspendue pour examiner cette nouvelle proposition.

Une réunion entre GHM, ses repreneurs éventuels et ses banquiers est prévue lundi autour du président du tribunal de commerce Paris, Frank Gentin, et de Christophe Thevenot, conciliateur de cet épineux dossier. Il pourrait accorder un délai supplémentaire pour l’examen des offres, la reprise devant intervenir au plus tard le 24 décembre, d’autres offres pourraient alors être examinées, selon des proches du dossier. Un mariage de raison entre GHM et Rossel, avait été envisagé au printemps dernier mais avait échoué, notamment face à des oppositions syndicales. Depuis, Rossel a acquis les titres du pôle Champagne-Ardenne-Picardie de GHM (L’Union, L’Ardennais…).

Les autres propositions

Vendredi matin, deux autres offres étaient attendues, l’une du groupe de services Fiducial, l’autre du fonds d’investissements américain OpenGate Capital. Mais ces deux marques d’intérêt n’ont finalement pas été formellement déposées. D’autres propositions, mais portant seulement sur une partie des actifs – soit un titre, soit le seul groupe Nice Matin, soit les seuls titres antillais ou calédoniens – avaient été annoncées ces derniers jours.

On avait aussi prêté à l’homme d’affaires François Pinault l’intention de vouloir reprendre les journaux du sud de la France, tandis que l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, conseillé par Étienne Mougeotte, ancien directeur du Figaro, se serait positionné pour une reprise de Nice-Matin et Corse Matin, sans La Provence. L’ancien président du directoire de Sud Ouest, Bruno Franceschi, avait de son côté indiqué à l’AFP avoir envoyé une lettre d’intention la semaine dernière pour reprendre l’ensemble des activités du groupe aux Antilles et en Guyane.

La-croix.com (avec AFP)

Tapie veut racheter «La Provence » : la démocratie en danger !

Blog de Patrick Mennucci :

 

Après les châteaux de Bokassa, Manufrance, La Vie Claire ou Testut, objectif les journaux du Groupe Hersant ! Grâce aux millions obtenus avec l’aide de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde dans des conditions qui intriguent la justice, Bernard Tapie renoue avec l’affairisme des années 80 : le voilà qui se pique de devenir patron de presse en mettant la main pour 50 millions d’euros sur « La Provence », « Nice-Matin », « Var-Matin » et « Corse-Matin », plus des titres aux Antilles, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie…

D’après les informations révélées par les médias sur cette opération initiée dans un secret qui confine à l’opacité, il s’agit en fait d’une partie de poker menteur qui permettra à quelques-uns de s’enrichir sur le dos de tous les autres. En clair, Bernard Tapie s’est associé à la famille Hersant aujourd’hui installée en Suisse pour des raisons fiscales, qui cherchait à conserver une partie de ses journaux sans rembourser les 215 millions de dettes qu’elle a envers un pool de banques françaises. En décourageant toute autre offre de reprise, cet improbable duo risque fort de parvenir à ses fins. Ensuite, il sera temps de se partager le gâteau : « Nice-Matin » sera revendu pour que chacun rentre dans ses frais, Hersant gardera l’outre-mer et Tapie ramassera la mise avec « La Provence ».

Il est à souligner que ce sera la troisième fois que les Hersant se débrouilleront pour se décharger de leurs obligations financières sur la collectivité. Ce fut déjà le cas dans les années 90 lors de la succession de Robert Hersant, puis l’année dernière lors de la chute de « Paru-Vendu » qui a laissé 2.500 salariés sur le carreau…

Ce tour de passe-passe financier est d’autant plus inquiétant qu’il porte sur la prise de contrôle de journaux, un des éléments indispensables au bon fonctionnement de la vie démocratique. Or, personne n’est dupe : Tapie aux commandes de « La Provence », c’est un premier pas vers un retour sur la scène politique provençale en général et marseillaise en particulier, vers des spéculations sans fin, des rumeurs, des manœuvres.

C’est d’autant plus grave que « Libération » révèle ce matin qu’il aurait obtenu le soutien de Jean-Noël Guérini en vue des municipales 2014, à condition qu’il « vire » des journalistes. On peut aussi se demander si les très graves déclarations du fils de Bernard Tapie à l’encontre du Président de l’Olympique de Marseille ne font pas partie des tentatives de déstabilisation du club afin de le récupérer un jour prochain, à bas prix.

Député des Bouches-du-Rhône, j’apporte donc tout mon soutien aux personnels des journaux du groupe Hersant, particulièrement à ceux de « La Provence » qui ont su maintenir en bonne santé leur entreprise. J’appelle tous les Elus, toutes les associations, tous les citoyens à faire preuve de vigilance sur ce dossier, qui est déjà suivi de près par le gouvernement. Contrairement à ce qu’un financier comme Bernard Tapie peut croire, l’information n’est pas une marchandise comme une autre. Elle doit rester indépendante, ne pas être au service d’un homme et de ses ambitions. Elle crée du lien, forge une communauté, nourrit une identité. Un journal est une agora.

A l’heure où s’ouvrent les discussions autour du projet de Métropole de l’agglomération marseillaise, la Provence a besoin de « La Provence » comme espace de débat.

Pas de Bernard Tapie !

Groupe Hersant: Bernard Tapie et les démons du Midi

Bernard Tapie, Etienne Mougeotte, François Pinault et leurs alliés se disputent le rachat des quotidiens méridionaux du groupe Hersant. Pourquoi tant de convoitises pour des titres à la santé fragile? Enjeux d’un match où l’ex-patron d’Adidas et de l’OM fait figure de favori.

Groupe Hersant: Bernard Tapie et les démons du Midi
MEDIAS – Qui de Bernard Tapie, d’Etienne Mougeotte et de François Pinault l’emportera ?

afp.com/Jacques Demarthon

Le premier, Bernard Tapie (67 ans), est un touche-à-tout jamais rassasié, une figure dumonde des affaires et de la politique, un flibustier de la finance devenu comédien. Le deuxième, Etienne Mougeotte (72 ans), est un poids lourd de l’univers des médias, un baron de la presse aux traits parcheminés, le dernier des Mohicans d’une génération de journalistes inoxydables. Tapie le bulldozer contre Mougeotte le chanoine! C’est l’affiche prometteuse d’un choc annoncé sur les bords de la Méditerranée, où ces deux hommes s’affrontent autour de la reprise du groupe de presse qui ceinture la région: de Nice à Bastia, de Marseille à Monaco. Pour pimenter encore cette confrontation, médiatico-politique et aux multiples enjeux, un troisième homme a fait son apparition: l’industriel et propriétaire de l’hebdomadaire Le Point, François Pinault.

Mais quelle est donc la raison de ce soudain emballement? Tout bonnement, la perspective d’une vente en bloc de plusieurs bastions de la presse quotidienne régionale française, parmi lesquels deux institutions, La Provence et Nice-Matin. Qui aurait imaginé, voilà seulement quelques mois, que ces journaux, à l’état de santé fragile, déclencheraient de tels appétits? Qui aurait pu penser qu’il y avait encore en France des hommes suffisamment intrépides- ou inconscients? – pour vouloirrafler, sur fond de crise du lectorat et de la publicité, un chapelet de titres nichés au coeur d’un groupe au bord du collapsus industriel et financier? En l’occurrence, les vestiges du groupe Hersant, mené aujourd’hui par le dernier du nom, Philippe Hersant.

L’histoire de cette dynastie semble maudite, car, seize ans après la disparition du fondateur, Robert Hersant, et la dilapidation d’un empire de journaux vendu à l’encan, le fils du célèbre « papivore » risque à son tour la banqueroute. Avec 6000 salariés (dont 4000 pour la seule région Paca) et 700 millions d’euros de chiffres d’affaires, Groupe Hersant Média (GHM) affiche une perte colossale de 261 millions d’euros!

Chaque jour, la menace du dépôt de bilan se rapproche

Depuis l’été, c’est cette ardoise qui est au coeur d’intenses tractations. Elles opposent un pool d’établissements bancaires (17 au total), emmené par BNP Paribas, Natixis et la Société générale, à l’industriel, sommé de trouver d’ici au 8 décembre – date limite de dépôt des offres de reprise – une issue à cette crise. C’est aussi un groupe plombé par une dette de 210 millions d’euros, que négocient pied à pied les deux principaux candidats repreneurs avec les créanciers, remontés contrele propriétaire, Philippe Hersant, et sa gestion.

Le temps presse. Chaque jour qui passe, en effet, voit la menace d’un dépôt de bilan se rapprocher. Le risque d’un effondrement de l’entreprise est tel que l’Elysée – inquiet de la déflagration qu’entraînerait sa chute dans cette région – suit le dossier de près. L’affaire est devant le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) depuis cet été. Philippe Hersant n’oubliera jamais son tout premier contact, au coeur du mois de juillet, avec les équipes du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Dans un climat d’extrêmetension, il s’est vu sommer decéder son entreprise pour 1 euro symbolique en échange de l’effacement de sa créance. A l’Elysée, on est alors convaincu que l’héritier sera bientôt à terre et que son groupe tombera comme un fruit mûr.

Acculé, Philippe Hersant sort KO debout de cette réunion. Il sait que se joue l’histoire de sa vie. Il va se démener tout l’été afin de reprendre la main. Il dégraisse son groupe, se débarrasse des foyers de perte, orchestrant notamment la vente des deux poids morts que sont les pôles Paris-Normandie et Champagne-Ardenne. Dans le même temps, nouant discrètement et demanière très habile des premiers contacts avec Bernard Tapie – par l’entremise de leur avocat commun, Maurice Lantourne – il prend Arnaud Montebourg et l’Elysée de vitesse.

Le 22 novembre, Philippe Hersant et l’ancien patron de l’OM se retrouvent ainsi à Bercy face à une brochette de cols blancs du Ciriet de représentants des banques. Le ton est alors tout autre. Bernard Tapie n’y va pas par quatre chemins: il s’engage à reprendre 20% de la dette du groupe (à hauteur de 50 millions d’euros) et à investir, dans une seconde phase, entre 55 et 60 millions d’euros. Si BNP Paribas espérait un effort plus important, la totalité des autres établissements bancaires valident ce plan qui les contraint à abandonner 150 millions d’euros de créances. Pour l’ancien ministre de la Ville, l’objectif est clair: il s’agit non seulement de mettre la main sur La Provence et la Sapo – la société éditrice de Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin et Monaco-Matin -, mais aussi de capter la pépite du groupe Hersant, à savoir les journaux du pôle France-Antilles. « Tapivore! » S’il aboutissait dans les jours qui viennent, l’homme d’affaires réaliserait un coup spectaculaire. Quant à Philippe Hersant, il pourrait s’estimer miraculé. Désendetté et remis à flot, l’héritier serait assuré de conserver un pied solide dans le nouvel ensemble.

Les chiffres devraient inciter les repreneurs à la prudence

« Mais que va donc faire Tapie dans cette galère? » s’interrogent nombre d’observateurs. De quoi parle-t-on, en effet? Les ventes cumulées de ce groupe de journaux dépassent à peine 350 000 exemplaires. Quant aux résultats financiers, d’une opacité parfois troublante, même pour les banques, ils inciteraient plus d’un repreneur à la prudence: en 2011, la Sapo a réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros pour un bénéfice de moins de 1,2 million. Quant au vaisseau amiral, La Provence, son influence sur la Canebière est inversement proportionnelle à sa puissance: le titre adégagé 5 millions d’euros de résultat en 2011, pour un chiffre d’affaires de 80 millions.

Tapie ou Mougeotte? La peste ou le choléra!

Rien qui ne décourage Tapie ni son rival, Etienne Mougeotte. Face à l’axe Tapie-Hersant, l’homme depresse fourbit ses arguments, en vue du rendez-vous du 8 décembre. S’appuyant sur l’un de ses vieux complices d’Europe 1 et de TF1, le journaliste Charles Villeneuve, et sur les conseils d’un banquier, l’ancien président du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade, l’ex-patron du Figaro – quotidien dont il a été évincé cet été – s’est associé à une figure des milieux d’affaires franco-libanais, Iskandar Safa (voir l’encadré). Ce trio se dit prêt à injecter entre 50 et 70 millions d’euros dans l’aventure. Habitué au combat (il a fait ses premières armes dans les rangs del’Unef, en 1968!), l’ancien n° 2 de « La Une » résistera-t-il à l’offensive d’un Tapie décidé à revenir au premier plan? Rien n’est moins sûr. Car même si l’ancien propriétaire d’Adidas s’en défend publiquement, la prise de contrôle de ce groupe de presse répond à une stratégie longuement mûrie, où la politique occupe une place clef. Très attaché à la cité phocéenne, l’homme d’affaires convoiterait tout simplement la mairie. A moins de deux ans des élections municipales, ce parachutage sur La Provence a donc de quoi mettre le landerneau marseillais en émoi.

Bernard Tapie ou Etienne Mougeotte? La peste ou le choléra! C’est en substance, résumé de manière brutale, le sentiment de l’Elysée, qui observe ce mano a mano avec circonspection. L’entourage du chef de l’Etat ne s’en cache pas: François Hollande, qui fait du sauvetage du groupe de presse une priorité, ne porte aucun de ces deux hommes dans son coeur. Le premier est à ses yeux le symbole exécré de l’affairisme en politique. Quant au second, il ne lui a jamais vraiment pardonné d’avoir fait la campagne de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro. Aussi a-t-il approuvé sans bruit la décision de Serge Dassault de décapiter son lieutenant en signe d’apaisement, le 12 juillet dernier.

Est-ce pour cette raison que François Hollande verrait d’un bon oeil l’arrivée dans l’arène d’un troisième gladiateur? Dès cet été, ses émissaires se sont mis enquête d’un repreneur ami. C’est ainsi qu’avec le soutien de BNP Paribas, qui ne veut pas d’une solution Tapie, Arnaud Montebourg a tenté ces tout derniers jours d’emmener Fiducial dans l’aventure. L’arme anti-Tapie? Le ministre connaît bien cette société depuis qu’il a encouragé, cet été, la reprise par ce groupe français d’expertise-comptable et de services aux entreprises de la société de gardiennage, Neo Security. C’est ainsi, également, que le cabinet du chef de l’Etat a sollicité François Pinault. Homme d’influence et fidèle de Jacques Chirac, le milliardaire entretient d’excellents rapports avec le locataire de l’Elysée, en compagnie duquel il a dîné à plusieurs reprises, par l’entremise de son ami Jean-Pierre Jouyet, nouveau directeur général de la Caisse des dépôts. Cette relation s’est consolidée durant la campagne présidentielle; plus précisément, au lendemain même du meeting de François Hollande au Bourget. Ce jour-là, l’industriel a laissé un message de félicitations sur le portable du candidat et, depuis, a fait en sorte que l’on sache partout qu’il avait voté pour lui.

Pinault à Tapie: « Je ne suis pas intéressé »

François Pinault, qui n’a pas oublié que la politique est faite de menus services, se lancera- t-il pour autant dans la bagarre? Le 22 novembre, inquiet de cette rumeur persistante, Bernard Tapie a téléphoné, en présence de Philippe Hersant, à l’intéressé, pour en avoir le coeur net: « Si tu y vas, je jette l’éponge », lui a-t-il dit. La réponse du Breton se serait voulue claire: « Je ne suis pas intéressé ». Toujours circonspect à l’égard des propos de l’industriel, qui a regardé et étudié le dossier de très près, Bernard Tapie l’a rappelé au début de la semaine dernière. Cette fois encore, Pinault aurait balayé l’hypothèse d’un revers de main, expliquant que c’était le patron de la rédaction et le PDG du Point, Franz-Olivier Giesbert et Cyril Duval,qui « s’agitaient dans Paris ».

François Pinault dit-il vrai ou avance-t-il masqué? Sur les bords de la Canebière, dans les étages de La Provence, les pronostics vont bon train. Dans la dernière ligne droite, Bernard Tapie et son allié semblaient se rapprocher un peu plus du but. Mougeotte le sait, lui qui a vu Tapie apprendre les règles du poker à l’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay: quand cet homme tient les bonnes cartes en main, il est imbattable.

 

Par , publié dans Express.fr le 04/12/2012 à 17:15