Section de Gréasque
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Métropole : l’intervention de Patrick Mennuci à l’Assemblée Nationale

Patrick Mennuci a fait un discours à l’Assemblée Nationale sur la métropole, discours que nous reproduisant ici :

 

 

« Monsieur le Président,
 Madame le Ministre, mes chers collègues,

Enfin, avec 46 ans de retard, le territoire de Marseille va être organisé en Métropole. Que detemps perdu depuis qu’Olivier Guichart nous l’a proposé et surtout combien de milliards d’investissement ce territoire a-t-il manqué ? Si notre territoire est dans la situation que tout le pays connaît, c’est en grande partie parce que nous n’avons pas bénéficié des transferts financiers d’État et parce que nous n’avons jamais eu de gouvernance collective.

Alors merci au gouvernement de venir au chevet de Marseille et de son territoire. Merci Madame le Ministre pour votre obstination, pour votre travail et votre patience. Votre nom sera à jamais lié au développement de notre territoire, au sursaut indispensable dont ce soir vous avez donné le signal.

Merci Madame le Ministre parce que vous faites, pour nous, ce que jamais personne n’a fait : nous donner le cadre institutionnel de notre essor.

Songez chers collègues qu’aujourd’hui encore, alors que le chômage est chez nous à 14%, les six bassins d’emplois de la future Aix-Marseille Métropole ne sont pas encore reliés en transport en commun.

Songez qu’aujourd’hui le territoire marseillais, alors qu’il compte 100 000 emplois privés de moins que le territoire lyonnais, ne dispose d’aucune structure à l’image d’Only Lyon, que « l’intelligence économique » est inexistante de nos politiques et qu’aucune structure n’assure la promotion de notre territoire.

Pire, les six EPCI se concurrencent inutilement : quelle est la logique lorsqu’une des plus grande zone commerciale d’Europe – Plan de Campagne – dont 80% des clients sont marseillais, paye toutes ses taxes à Aix-en-Provence ? Quel trou juridique a permis à Marseille d’imposer son incinérateur à Fos en abandonnant les 10 millions d’euros annuels de taxe professionnelle ? Quelle absurdité pousse à ce qu’aujourd’hui, deux projets de construction d’Arena soient à l’étude, un sur le territoire de la communauté du pays d’Aix, l’autre sur celui de Marseille Provence Métropole ?

Alors oui avec retard mais avec détermination nous allons entrer dans la modernité et nous avons bien l’intention de rattraper notre retard. Face aux clientélismes, aux passe-droits, au laisser-aller général et à la crise économique et morale qui nous frappent, nous posons ici les bases d’un nouveau cap : Le cap de la réduction des inégalités, le cap du vivre ensemble, le cap de la solidarité et surtout le cap du développement économique.

Sans la Métropole point de développement de transport en commun et donc de création d’emplois. Sans la Métropole pas d’investissements suffisants dans le traitement des eaux usées, désastre écologique qui pourrait nous contraindre, si nous n’agissions pas rapidement, à interdire les baignades sur nos côtes dans les dix prochaines années. Sans la Métropole et sans un PLU “Métropolisé“, les ghettos perdureront à Marseille, pendant que d’autres communes voisines continueront à réfléchir au meilleurs moyens pour se barricader, plutôt qu’au moyen d’exercer la solidarité.

Bref, sans la Métropole, sans les outils qu’elle va nous fournir, la ville s’écroulera, la loi des dealers s’imposera, la violence s’accentuera et alors oui, il y aura pour seule perspective, l’armée dans les cités.

Quelqu’un croit-il qu’un déficit de 100000 emplois n’a aucun rôle dans la situation de la délinquance?Quelqu’un pense-t-il que l’on pourra ériger des barrières pour repousser vers Marseille la violence et la pauvreté et se préserver de ces maux ?  Non, notre sort est lié et un seul chiffre suffit pour l’illustrer : 20% des actifs Aixois travaillent à Marseille.

Aux maires qui s’opposent depuis des mois à la Métropole, je le répète, notre histoire, notre vie et notre avenir sont indissociables. Nous, les Marseillais, nous vous aimons et nous sommes conscients que c’est ensemble que nous ferons force.

Je suis marseillais, j’aime profondément ma ville, mais à l’image de toute la population, je suis profondément de ce territoire. J’ai fait mes études à Aix, je suis un supporteur du PARC, son équipe de rugby ; j’aime Aubagne et son marché provençal, l’âme de Pagnol ; j’aime Martigues et j’apprécie la belle gestion de sa mairie avec une population aussi pauvre qu’à Marseille.

Que nous soyons de Marseille, d’Istres, de Salon-de-Berre, d’Aubagne, d’Aix-en-Provence ou de Martigues, nous sommes tous de ce territoire que vous dessinez ce soir, madame la Ministre. De ce territoire métropolitain qui a tant besoin de se solidariser pour recevoir la solidarité de la Nation. 

 

Lebranchu : « Pas de sujet de fiscalité dans la métropole »

La loi sur la métropole a passé l’épreuve de la commission de loi du Sénat, tard cette nuit. Au lendemain, la ministre Marylise Lebranchu faisait une énième tournée marseillaise pour plaider en faveur de sa réforme. Entre conférence de presse et débat au conseil économique, social et environnemental de la région, elle répond à quelques questions qui fâchent.

Esther Griffe

Pour l’instant elle s’appelle Communauté métropolitaine Aix Marseille Provence (CMAMP) et on espère que le débat parlementaire qui s’ouvre lui offrira un nom plus joli et facile à prononcer. Elle devrait voir le jour en 2016 et cette fois-ci, c’est la ministre de la Fonction publique, de la Décentralisation et de la réforme de l’État, Marylise Lebranchu qui espère qu’elle sera créée avant « car il y a urgence ». Au lendemain, de l’adoption de la loi de l’acte III de la décentralisation -qui comprend la création de la métropole- par la commission des lois du Sénat, la ministre était en déplacement à Marseille pour rencontrer des élus régionaux, des syndicalistes et la société civile représentée au sein du conseil économique, social et environnemental régional (Ceser). L’occasion pour elle de répondre à quelques questions qui fâchent sur la métropole en projet.

► Pourquoi une telle opposition à ce projet ?

Mois après mois, ils ne désarment pas et, au contraire, gagne des ralliements alors même que le projet de loi entre dans le débat parlementaire. Ils sont désormais 109 maires à s’opposer au projet et à demander la création d’un établissement public ou un syndicat mixte comme à Paris.« On voit bien que l’opposition des maires ne se cristallise plus sur les compétences mais sur l’institutionnel des choses presque par essence. Quand ils proposent de s’aligner sur Paris, je leur rappelle quand même que Paris est un département. La Ville et le département ont déjà fusionné, ce qui n’est pas notre projet ici. Quand on lit leurs documents, on voit bien qu’on a un accord sur les compétences. Maintenant, il faut qu’on décrive mieux le système institutionnel pour que les maires s’y retrouvent ». Le comité d’accueil composé d’élus d’Aubagne et de Martigues qui faisait le pied de grue devant préfecture avait plutôt l’air persuadé de ne pas partager ce consensus sur les compétences.

► Quel aide de l’Etat pour la future métropole ?

Là encore, la ministre prend soin de démonter le projet des opposants, baptisés Époc et qui nourrit de nombreux amendements déposés au Sénat. « Si on suit le projet des maires de créer un nouvel établissement public intercommunal, un troisième échelon, il n’y aura aucune dotation de plus puisque cela sera à chacune des intercommunalités membres d’apporter ses ressources. Et je ne vous décris pas quelle complexité cela serait en termes de critères ». Pour ce qui concerne la dotation d’Etat qui viendra abonder au budget de la métropole, Marylise Lebranchu rappelle ses engagements précédents : « Concernant l’ensemble des dotations générales de fonctionnement versées par l’Etat ou aux intercommunalités de l’aire métropolitaine, nous savons qu’à enveloppe constante, il est prévu d’ajouter 50 millions même s’il y aura sans doute un peu moins puisqu’il est prévu de diminuer les ressources aux collectivités dans le budget 2014 ».

Ensuite, l’Etat viendra abonder suivant les projets, lesquels seront déterminés par la mission de préfiguration du préfet Théry. En guise de zakouskis, la ministre cite « le port du golfe de Fos au centre-ville de Marseille, sur une voie très attendue de circulation routière [La rocade L2, ndlr], sur Iter, sur Gardanne, sur l’aéroport. Cela se fera de manière contractuelle entre l’Etat, la future métropole et la région ». Bien entendu, elle ne donne pas de chiffres même si elle met dans la balance l’engagement du premier ministre lors du conseil interministériel de septembre dernier.

► La métropole ne simplifie pas le mille-feuille

C’est le point qui fâche tout le monde, les thuriféraires comme les adversaires de la métropole reprochent au projet de loi de fondre les actuelles intercommunalités en conseils de territoire qui maintient trois niveaux de collectivités : les communes, les conseils de territoire et la métropole. Forcément, Marylise Lebranchu pense le contraire : « Il faut que les maires décryptent ce que sont les conseils de territoire. Cela existera à Lyon et à Marseille mais pour l’instant, cela n’existe nulle part. On ne peut pas appareiller un car pour aller faire une visite ». Elle refuse d’y voir un échelon supplémentaire: « ils n’ont pas de fiscalité propre. C’est l’échelon de la proximité. Si on avait suivi les maires et créé un établissement public supplémentaire, un troisième échelon alors oui, nous aurions ajouté une étape au mille-feuille et cela sans augmentation possible de la dotation de l’Etat. Une telle collectivité devrait vivre des ressources que lui allouerait les intercommunalités membres. Et les intercommunalités membres pourraient en sortir à n’importe quel moment. Ce que nous proposons est à la fois plus simple et plus efficace ».

► La métropole va-t-elle alourdir la fiscalité locale ?

C’est le point d’inquiétude qui rassemble le plus de monde, élus comme administrés. Or, là dessus, la ministre se veut catégorique : « Malgré les fortes disparités qui existent entre les communes de ce département, nous avons fait des simulations que nous ne rendrons pas publiques. Il n’y a pas de sujet de fiscalité dans la métropole. Certains disent que ceux qui ne paient pas beaucoup d’impôts en paieront plus. Ce n’est pas vrai. Nous créons un seul établissement public à la place d’autres et nous garantissons une enveloppe financière minimale, ce qui devrait rassurer les plus inquiets. Quant à la fiscalité communale, elle restera la même ».

► Pourquoi ne pas abolir le département ?

Vu la taille de la métropole qui englobera une grande partie des Bouches-du-Rhône, c’est la question que tout le monde se pose : pourquoi ne pas transformer le département en métropole en modifiant ses compétences. « Dès le départ de cette histoire, la question de la disparition a été posée. D’ailleurs, très vite le président a dit qu’il était prêt à transférer telle ou telle compétence comme les transports ou les routes. Mais, nous sommes entre nous, je crois que je peux dire que ce département est plutôt riche et qu’il aide beaucoup les communes. Je crois que, pour les maires, ça serait une mauvaise idée ». Un peu plus tard, devant le Conseil économique, social et environnemental (Ceser) à la Région, la ministre ira un peu plus loin dans la confidence. « Je ne sais pas supprimer les départements sans faire de dégâts. En tout cas pas dans le calendrier qui était le nôtre. Je ne pouvais donc prendre ce risque en sachant que nous avions peu de temps ».

► Que restera-t-il de la loi après le débat parlementaire ?

« Chez moi, on dit des « pilhoù » [prononcer « pillou »] quand il ne reste que des petits bouts », a formulé la ministre bretonne en réponse à la question de Louis Aloccio, membre du Ceser. Effectivement elle sait les sénateurs plutôt opposés à son texte de loi et les opposants locauxfourbissent des amendements en cascade depuis de longs mois. Il y aura donc une lutte sur les bancs du Sénat. « Cela dépend du message que l’on fera passer auprès des sénateurs. Cela dépend aussi de moi, si je sais être combative au banc [où siègent les ministres, ndlr]. Mais je suis optimiste. Je ne l’aurais pas dit il y a encore quelques semaines mais là, je peux me permettre de l’être. En passant le barrage de la commission des lois du Sénat sans trop de modifications, on a passé le plus difficile. Maintenant, à nous de nous battre pour faire avancer les choses sur le pacte de gouvernance [entre collectivités, ndlr] comme sur la date d’entrée en vigueur de la métropole que j’espère en 2015. Parce que si Marseille et Aix veulent être la porte d’entrée de la Méditerranée en Europe, alors, il y a urgence ».

Par Benoît Gilles, le 16 mai 2013 pour MARSACTU

La loi sur la métropole godille entre chèvre et chou

L’avant-projet de loi « de décentralisation et de réforme de l’action publique » commence à circuler sous le manteau des élus. Il dessine les contours de la future métropole marseillaise à la gouvernance totalement « novatrice » mais au contenu encore très flou.

Tout chaud tombé du camion, l’avant-projet de loi « de décentralisation et de réforme de l’action publique » qui circule déjà depuis quelques temps dans les cercles philo-métropolitains vient d’émerger sur le blog de l’élu marseillais Jacques Boulesteix. Si l’avant-projet concocté par Marylise Lebranchu s’efforce de redessiner un paysage institutionnel cohérent dans la France des territoires, il contient en son sein trois métropoles aux contours distincts : Paris, Lyon et Marseille.

Lyon se voit doté d’un « statut particulier » hybride avec « les compétences d’un département, certaines compétences régionales et les compétences d’un EPCI [établissement public de coopération intercommunale] de type métropole ». La métropole Aix-Marseille-Provence, le nom semble fixé, a droit à une gouvernance interne présentée comme « totalement novatrice ». En fait d’innovation, l’avant-projet de loi s’efforce avant tout de ménager chèvre et chou. La future métropole européenne « sera divisée en « territoires », dotés d’un conseil et d’élus de territoire dont le nombre varie en fonction du nombre de communes et de la population du territoire ». En pratique, comme l’avait annoncé la ministre, ces conseils de territoires reprendront peu ou prou le découpage des intercommunalités existantes.

Des conseils pas seulement consultatifs

Le texte justifie ce niveau intermédiaire par la taille du territoire et « les exigences de la proximité ». Ces conseils pourront donc donner un « avis » sur les décisions concernant leur périmètre, émettre des « voeux » et proposer l’inscription de tel ou tel sujet à l’ordre du jour du conseil de métropole. Un peu comme les mairies d’arrondissements votent pour ou contre les rapports les concernant avant chaque conseil municipal.

Mais cela n’est certainement pas suffisant pour rassurer les 107 maires qui redoutent – justement – de voir leur commune devenir « le 17e arrondissement de Marseille ». Contrairement aux métropoles « classiques » appelées à naître (Bordeaux, Toulouse, Nantes…), où ils existent aussi avec ce rôle consultatif, les conseils de territoire d’Aix-Marseille-Provence géreront très concrètement des compétences à la place de la métropole et/ou les communes. L’écheveau s’annonce complexe : après sa création, « AMP » aura six mois pour négocier avec les communes quelles sont les compétences qu’elles conservent et celles qu’elles transfèrent à la métropole. Une fois, cet arbitrage effectué, la métropole décidera à son tour quelles sont les compétences qu’elle transfère au niveau inférieur du conseil de territoire.

Transports et planification à la métropole

La liste est cependant limitée, à lire en creux par rapport à celles que la métropole exerce obligatoirement. La principale de ces missions non négociable sera les transports. S’y ajoutent la création de zones d’activités économiques – y compris portuaires et aéroportuaires – et de zones d’aménagements concertés. Voilà donc la métropole grand transporteur et aménageur du territoire. Avec en bonus l’enseignement supérieur et tout ou partie de l’action sociale gérée par le département, à négocier avec lui.

Pour le reste, elle assurera surtout un rôle de grand planificateur. L’avant-projet cite une dizaine de plans, programmes et schéma (plan de déplacements urbains, plan « environnement, énergie et climat », schéma d’ensemble de collecte et traitement des déchets). Du coup, la fenêtre est ouverte pour déléguer aux conseils de territoire la mise en oeuvre concrète de ces plans : gestion de l’eau, les déchets, équipements sportifs et culturels d’intérêt métropolitain, mise en oeuvre locale de la politique du logement et de l’habitat… De quoi contenter le groupe des 107, qui craignait de voir s’éloigner davantage des pans entiers de la gestion du territoire communal qu’ils avaient déjà eu bien du mal à transférer aux intercommunalités actuelles.

Conférence des maires et vice-présidents à foison

Sauf qu’ils l’ont dit et répété, le casus belli prioritaire est la maîtrise du sol. Vous savez, ce fameux plan local d’urbanisme pour laquelle la communauté urbaine de Marseille est déjà compétente mais qu’elle réalise cependant sous la dictée de la mairie de Marseille. C’était la règle du jeu instituée par Jean-Claude Gaudin lors de la création de la communauté urbaine, qui prévoit que ce genre de décision ne se fait pas sans l’avis des maires. Elle sera en quelque sorte prolongée par la loi avec une nouvelle assemblée, tant pis si cela ne va pas dans le sens de la simplification de la structure d’AMP : « une conférence métropolitaine des maires » qui donnera son « avis sur les politiques de la métropole ».

Mais, à force de godiller entre le camp des « antis » et des « pros », Aix Marseille Provence ne satisfera pas plus les thuriféraires d’un établissement unique et souverain. D’un côté, la naissance de la métropole est bel et bien repoussée au 1er janvier 2015, et de l’autre, le texte renvoie à un décret d’application en Conseil d’Etat la décision de fixer « le ou les établissement(s) public(s) de coopération intercommunale intégré », la date de création de ladite métropole, son siège géographique et « le nombre  des  sièges  au  sein  de  l’organe  délibérant  et  leur  répartition  entre  les communes membres ».

Quant aux conseils de territoires, ils seront bien composés des conseillers métropolitains élus de chaque territoire correspondant (a priori par fléchage sur les listes aux élections municipales). Comme le niveau supérieur de la métropole, ils seront dotés d’un président, de vice-présidents et d’un siège où ils se réuniront avant chaque conseil métropolitain. Le conseil des maires aura lui aussi ses vice-présidents, tout comme, bien entendu, la métropole. Soit au total, selon nos calculs, jusqu’à 112 vice-présidents. Beaucoup de « vices » et peu de vertus simplificatrices.

 

 

Par Benoît Gilles et Julien Vinzent, le 20 février 2013 dans Marsactu.fr

Métropole Aix-Marseille : Marylise Lebranchu persiste et signe

Malgré l’opposition de la majorité des maires des Bouches-du-Rhône, « l’architecture institutionnelle » de la future métropole Aix-Marseille-Provence se précise. Sa création sera actée dans le projet de loi sur la Décentralisation, a confirmé vendredi 8 février, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat.

Au lendemain de l’annonce par le Premier ministre de la création d’une « mission interministérielle d’appui à la réalisation du projet métropolitain Aix-Marseille Provence », Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation était de retour ce vendredi 8 février, à Marseille, au cours de sa sixième visite en six mois. Elle y a annoncé l’installation d’une mission interministérielle de « préfiguration à sa réalisation ».

L’objectif ? « Faire gagner du temps » en travaillant « sur le projet et la définition des priorités » qui seront portés par la future « métropole Aix-Marseille Provence ». 2015 ou 2016 ? La ministre n’a pas précisé quelle était la date « la plus raisonnable » pour la mise en place de cette nouvelle structure. Une chose est sûre, l’enjeu métropolitain sera au cœur des débats des prochaines municipales.
Alors que 106 maires, sur 119, et les présidents de huit établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) des Bouches-du-Rhône restaient fermes sur leur position de refus de toute intégration institutionnelle, la ministre de la Réforme de l’Etat a martelé la détermination du Gouvernement à créer la métropole marseillaise.

Le texte de loi bientôt au Conseil d’Etat
« Le texte est écrit et va partir au Conseil d’Etat dans quelques jours, puis être présenté en Conseil des ministres, via le projet de loi de Décentralisation qui sera présenté en mars », a souligné Marylise Lebranchu. Il sera ensuite soumis « au Parlement » avant « une adoption espérée pour novembre 2013 ». Restera alors à promulguer les décrets d’application. « Il faudra du temps et ne pas faire comme si les municipales de mars 2014 n’existaient pas », a-t-elle poursuivi.

Par ailleurs, la ministre a dévoilé la nouvelle architecture institutionnelle issue du texte. Et elle est d’ores et déjà hostile au projet d’Etablissement public opérationnel de coopération, (EPOC) mis en avant par les opposants. Cet Epoc aurait des compétences similaires à la métropole (transports, gestion des déchets, développement économique, recherche et innovation, aménagement et grands équipements). Toutefois, son financement se ferait sur la base d’une contribution volontaire des intercommunalités existantes, qui seraient maintenues et conserveraient la maîtrise de leurs deniers.

« L’idée d’ajouter une troisième couche institutionnelle au dessus des communes et des Epci actuels ne vas pas dans le bon sens. C’est lourd. Et puis il faudrait à chaque fois que les Epci déterminent leur engagement financier dans cet établissement public, a commenté Marylise Lebranchu. Il est plus simple et plus sage d’avoir deux échelons seulement. » La ministre reste ferme également sur la gestion des PLU : celle-ci remonterait à l’échelon métropolitain, « afin d’éviter les incohérences ».

Vers la création de « conseils de territoire » ?
Petite concession toutefois, son projet de loi prévoit la mise en place de « conseils de territoire », dont les limites « pourraient être celles des intercommunalités existantes » et les compétences que n’aura pas la métropole. A la différence des actuelles intercommunalités, ils n’auront pas de fiscalité propre mais « la métropole aura l’obligation de leur donner les moyens financiers -investissement et budget de fonctionnement- nécessaires à leurs compétences », a précisé la ministre, pour qui « les maires n’ont pas d’inquiétude à avoir » car ils garderont leurs prérogatives.

Ainsi, ils continueront notamment de fixer leur taux d’imposition local, et le calcul de la péréquation pour la dotation de l’Etat aux collectivités du département sera plus avantageux avec une métropole, a rappelé Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de Marseille, la seule intercommunalité favorable au projet.

 

S.C. avec AFP (11/02/2013) 

 

La métropole marseillaise prend neuf mois de retard

Annoncée en fanfare en septembre par le premier ministre, la métropole devait naître au lendemain des municipales de mars 2014. Entre retard de la loi et complications liées à la fusion de six collectivités, ça devrait être plutôt pour 2015.

Les opposants au projet gouvernemental auront un peu plus de temps pour se faire entendre.Les opposants au projet gouvernemental auront un peu plus de temps pour se faire entendre.

Personne ne pensait que ça se ferait en un claquement de doigt, mais pas grand monde ne s’attendait à une échéance aussi lointaine : selon nos informations, la date de naissance de la métropole Aix-Marseille-Provence est désormais fixée au 1er janvier 2015. Pourtant,en conférence de presse il y a tout juste un mois, Marylise Lebranchu a été claire : « Il ne faut pas perdre trop de temps. Il faut que le nouvel outil soit opérationnel après les élections municipales de 2014 ». Dans son allocution de clôture la ministre chargée de la décentralisation insistait notamment sur « l’urgence économique et sociale » qui motive cette transformation de six intercommunalités (Marseille, Aix, Aubagne, Martigues, Fos/Istres et Salon) en une seule d’1,8 million d’habitants.

La première pierre devait être la présentation du projet de loi en janvier suivi rapidement de la mise en place d’un « outil de préfiguration » chargé de donner du corps à la future intercommunalité. On n’a toujours pas de nouvelles de cet outil, qui devrait comprendre deux groupes, représentant les élus et la société civile. Et pour cause : comme l’a révélé la Gazette des communes, la présentation en conseil des ministres de la loi ne se fera que début mars. Surtout, pour des raisons de calendrier, elle ne pourra pas être adoptée avant la fin de l’année, alors qu’à Marseille, la ministre tablait sur une adoption « cet été ».

Marylise Lebranchu va recevoir progressivement en février tous les maires et présidents d’intercommunalités. Pour l’instant, l’Etat se refuse donc à communiquer sur ce sujet et les interlocuteurs joints par Marsactu reconnaissent être encore dans le flou. « La loi est prête pour toute la France, sauf pour Marseille Provence », si l’on en croit un élu qui s’est récemment entretenu avec la ministre. Mais tous se rejoignent sur un point : la métropole ne démarrera pas comme annoncé après les municipales de 2014, les six intercommunalités continuant d’assurer l’intérim jusqu’au 1er janvier 2015.

Transition démocratique ?

Vendredi, au cours d’une cérémonie de voeux, Jean-Claude Gaudin (UMP) et Eugène Caselli (PS) ont livré un numéro de duettistes à contre-emploi. « Monsieur Caselli vous allez me forcer à dire que le gouvernement a du courage, et bien je vous le dis, sur ce sujet métropolitain il en a », a lancé le maire de Marseille au président de la communauté urbaine. Courageux peut-être, mais certainement pas téméraire : « S’il faut prendre un peu plus de temps on le prendra, on ne construit pas un territoire métropolitain contre l’avis d’une majorité de maires », a fait écho le socialiste.

Ce report est évidemment de nature à calmer le jeu avec les nombreux maires anti-métropole du département. Il ne se fait toutefois pas sans raisons objectives : « C’est un peu comme une entreprise qui fusionne, il faut une période de transition, il y a des contrats, des conventions », commente Mario Martinet, président du groupe PS au conseil général, qui suit de près le dossier. Il y a aussi la question des agents territoriaux, qui obéissent à plusieurs employeurs et de nombreux statuts. Sans compter qu’il apparaît compliqué de chambouler le paysage syndical avant les élections professionnelles prévues fin novembre ou début décembre.

Cette nouvelle donne appelle quand même des interrogations. Les citoyens vont-ils élire en mars 2014 des conseillers qui ne siègeront que 9 mois dans leurs six intercommunalités vouées à la disparition ? Ou bien ces élus intégreront ensuite les conseils des territoires évoqués pour gérer les compétences de proximité ? Surtout, les conseillers métropolitains seront-ils désignés directement par les électeurs en mars ou, de manière indirecte, par les conseils municipaux de chaque commune dans le courant de l’année ? En se donnant le temps de faire sauter des blocages, le gouvernement crée peut-être un nouveau casse-tête.

Par Julien Vinzent, le 28 janvier 2013 pour Marsactu – Photo Esther Griffe

La métropole Aix Marseille Provence : les solutions

Aix Marseille métropoleDans un article précédent, nous avons décrit les enjeux qui se dessinent autour de la création d’une véritable métropole autour de Marseille. Nous avons montré aussi la nécessité d’une politique inventive et audacieuse pour espérer faire repartir économiquement la grande agglomération du sud de la France. Voici quelques propositions pour la faire redémarrer.

 

1-Dépasser les oppositions au projet de métropole :

Imposer la métropole à toutes les communes serait risquer de voir toute dynamique détruite de l’intérieur par les freins qui mettraient les nombreux opposants.

Il est préférable de déterminer fermement les limites de la métropole (les Bouches du Rhône sauf l’ouest de la Camargue et des Alpilles) et de ne faire participer que les communes qui y sont favorables.

Cela mettra les élus locaux devant leurs responsabilités. En effet, seules les municipalités adhérentes pourront contribuer aux projets économiques et aux décisions.

Nous proposons aussi que la dotation financière de l’Etat à chaque commune baisse d’un 1% par an pour les communes qui refuseraient de participer. Cette diminution sera continue et progressive à raison d’un 1% par an. Ce faible pourcentage initial ne remettra pas en cause l’équilibre financier de ces communes mais les mettra devant leur responsabilité : l’argent économisé sera reversé à la métropole pour compenser l’énorme inéquité fiscale entre les communes.

 

2-Une politique audacieuse pour le logement :

La crise n’empêche pas l’explosion des prix de l’immobilier dans l’agglomération. Le déficit de logements est aigu : il se creuse de deux logements pour 1000 habitants par an. La situation sera, à terme, explosive et l’est déjà pour les populations les plus défavorisées.

Le respect des trames naturelles et agricoles à protéger ne permet plus l’urbanisation diffuse qui a dominé depuis trois décennies. Désormais les marges de manoeuvre foncières sont très limitées et se cantonnent à la réaffectation des friches industrielles et à la densification du pavillonnaire.

Nous proposons d’inventer une autre manière de densifier les espaces urbains existants, de retrouver du foncier pour créer des logements et de réinventer de la mixité sociale. De quoi s’agit-il ?

Le territoire de la métropole est constitué, en grande partie, d’immeubles et de cités construits dans les années 60 et 70. Ces bâtiments sont obsolètes dans leur conception et sont des passoires thermiques et acoustiques qu’il faudra isoler pour répondre aux exigences de la transition énergétique.

Nous proposons de surélever ces immeubles pour y créer de nouveaux logements. Si chacun de ces immeubles de 3 à 5 étages pouvait recevoir un étage supplémentaire, si chaque barre ou tour de cités pouvaient accueillir 2 ou 3 étages supplémentaires, on retrouverait des marges foncières qui feront baisser la pression des prix qui pèsent sur le logement des habitants de cette région.

Techniquement, cette opération sera possible si on surélève avec les techniques de l’habitat passif en utilisant des matériaux renouvelables et légers (bois, paille, chanvre). Politiquement, elle sera acceptable si l’argent dégagé par ces nouveaux « terrains » n’est pas accaparé par les promoteurs mais est utilisé pour la rénovation thermique de l’ensemble des immeubles. Les habitants de l’ensemble de ces immeubles verront leur facture de chauffage baisser fortement.

 

3-Une politique inventive pour les mobilités :

Les travailleurs de l’aire urbaine marseillaise vivent leurs déplacements comme un cauchemar au quotidien. La coordination des politiques menées est indispensable, de même que la continuation des projets de transports en cours, mais ne suffiront pas à répondre aux problèmes concrets des habitants qui souffrent du temps et de l’argent perdus dans les transports.

Leurs habitudes et leurs besoins de mobilités imposent l’automobile comme le mode de déplacement dominant, le seul assez souple pour répondre à des besoins fragmentés par une répartition des activités sur une aire urbaine qui s’est organisée autour d’espaces aux fonctions spécialisées : les territoires du travail, du commerce et de l’habitat ne sont rapidement accessibles que par la voiture individuelle.

Pour aider à sortir du « tout-auto », nous proposons une politique originale et innovante : le mobile au coeur de nos mobilités

De quoi s’agit-il ? Les habitants volontaires -ils sont nombreux à utiliser quotidiennement leur voiture et à espérer trouver d’autres solutions- acceptent de se faire suivre par géolocalisation lors de leurs déplacements par un système installé sur leur téléphone portable.

En contrepartie, la métropole leur permet d’utiliser tous les moyens de transport collectifs du département (métro, Bus, train, parking de délestage) pour un euro par jour.

Au fur et à mesure des adhésions à ce système, l’autorité globale de transport va disposer d’une base de données qui va lui permettre de piloter avec précision l’offre de transport : ouverture de lignes de bus, microbus répondant en temps réel à la demande, covoiturage…

Les habitants adhérents vont voir l’offre de transport proposé évoluer et apparaître sur leur téléphone. Les technologies actuelles permettent en effet de gérer en continue l’énorme masse de données que constitue les déplacements des habitants et des vecteurs de transport.

Ce projet technologiquement innovant peut constituer aussi un symbole fort qui peut renforcer l’attractivité de la métropole.

 

4-Une politique imaginative en matière d’énergies :

La Provence est une des régions françaises les plus en retard pour les énergies renouvelables. Ce qui constitue un paradoxe en raison de son potentiel exceptionnel (régimes des vents et d’ensoleillement très favorables).

La région bénéfice pourtant d’une filière technologique et des compétences indispensables pour devenir un leader dans ces domaines.

Nous proposons de développer ces énergies grâce à différents projets spécifiques :

-l’installation de champs d’éoliennes sur la plaine de la Crau et sur l’ouest de la chaîne de l’Estaque.

-l’installation de champs d’éoliennes flottantes en mer, champs d’éolienne combinés avec des installations d’aquaculture et de conchyliculture (moules en pleine mer). Ces activités sont conciliables. Elles permettront d’une part d’utiliser les compétences en activité sous-marine de la métropole, d’autre part, de développer le secteur de la pêche, handicapé par la baisse des socks de poissons.

-l’installation de panneaux solaires et de mini-éoliennes sur les toits des immeubles surélevés.

-l’installation de centrales à cogénération dans ces immeubles, installations innovantes mixant gaz et soleil.

-la création d’une centrale à méthanation, permettant de transformer en gaz naturel les surplus d’électricités produites par les éoliennes pendant les pics de vents.

La conduite de ces différents projets fera de la métropole Aix-Marseille-Provence un leader de la transition énergétique et développera ses compétences actuelles.

Mettre en place la métropole Aix-Marseille-Provence est une nécessité pour cette région. Mais elle a besoin de projets fédérateurs puissants lui permettant à la fois de dépasser ses difficultés et d’incarner l’avenir. Les projets présentés ici ne sont pas des utopies futiles mais des impulsions concrètes techniquement possibles et réalistes du point de vue politique.

par Rcoutouly (site) paru dans Agora vox

 

 

La métropole Aix Marseille Provence : les enjeux

Le 21 décembre 2012 s’est déroulé, au parc Chanot, à Marseille, la première conférence métropolitaine, consacrée à la mise en place de la métropole Aix Marseille Provence. Ayant eu la chance de participer à sa préparation comme expert associé.

Un haut niveau de réflexion :

S’entourant d’experts, d’universitaires, de chercheurs, Laurent Théry, le préfet délégué en charge du projet métropolitain, a permis la mise en place d’une réflexion collective et partagée de haut niveau. Les comptes-rendus des 5 ateliers-projets du 5 décembre (2) et les différentes tables rondes du 21 décembre démontrent un niveau de conceptualisation particulièrement élevé, digne de conférences universitaires, la volonté de faire participer les citoyens, par l’intermédiaire d’une grande diversité de participants et une hauteur de vue qui fait honneur aux organisateurs de ces manifestations.

Ce haut niveau de réflexion contraste avec la faiblesse de sa couverture par les médias. La majorité des journalistes n’ayant visiblement pas compris les enjeux de la mise en place de la métropole provençale et écoutant, avec complaisance, les arguments de ses opposants.

Les enjeux de la métropole :

Ce territoire possède à la fois d’énormes atouts et de gigantesques handicaps. Parmi ceux-ci, le niveau préoccupant de corruption du personnel politique. On ne peut donc que se réjouir de la volonté de l’Etat de reprendre la main par ce projet de métropole.

La région marseillaise constitue une métropole de rang 2, à l’échelle de la Méditerranée. Elle est caractérisée par une ville centrale -Marseille- affaiblie et paupérisée dans une aire urbaine éclatée, multipliant les pôles urbains de rang intermédiaire. Chaque bassin de vie ayant ses propres logiques, les tendances centrifuges sont dominantes : le découpage en plusieurs communautés urbaine et la fronde d’une centaine de communes contre le projet de métropole prouvent que chacun a peur de perdre ses spécificités.(3)

Pourtant, il suffit de voir les bouchons, chaque jour, sur les trois autoroutes permettant d’accéder à la ville de Marseille, pour comprendre la cohérence globale de la métropole. Les grands hôpitaux, la plupart des grands théâtres sont marseillais. La métropole ne possède qu’un seul port de commerce et un seul aéroport. La faiblesse de la ville-centre est donc en réalité un handicap pour l’ensemble de la population qui vit sur un territoire qui correspond, grosso modo, à l’ensemble du département des Bouches-du-Rhône(4).

Les oppositions au projet :

3000 personnes ont manifesté, à l’extérieur du parc Chanot pendant la conférence du 21 décembre. L’organisation logistique de cette manifestation a été facilité par la participation de nombreuses mairies opposées à la métropole.

Les discours des opposants contiennent beaucoup de fantasmes comme, par exemple, la création d’une fonction publique de la métropole embauchant 10 000 personnes.

Pour tout citoyen qui s’intéresse à la chose publique, cette rumeur est totalement irréaliste, d’une part parce que l’état des finances publiques ne le permet pas, d’autre part, parce que la métropole signifie une répartition différente des compétences entre les différents niveaux territoriaux et non la création de nouveaux coûteux pouvoirs.

Il est dommage d’ailleurs que l’Etat ne se soit pas donné les moyens d’une communication plus précise sur ses intentions. S’il était heureux d’exclure les politiques et les journalistes de la réflexion initiale (pour éviter les pressions et les lobbys), il faut maintenant les tenir informé avec précision du projet et de son évolution.

Lors de la rédaction de cet article (le 4 janvier), il n’y a toujours pas de site internet officiel sur la métropole.

Les faiblesses du projet métropolitain :

Le contenu de la conférence et des ateliers-projets est très intéressant. Il y a pourtant trois aspects importants sur lesquels il faudra être attentif dans la construction de la future métropole :

-Comment intégrer les opposants au projet ? Lors de la première table ronde du 21 décembre, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin faisait remarquer qu’on ne peut obliger à participer ceux qui ne le veulent pas. L’Etat va devoir inventer des solutions pour mettre les élus opposés au projet devant leurs responsabilités : on me peut continuer à profiter de la métropole sans en payer le prix, sans participer, d’une manière ou d’une autre, au collectif que la métropole constitue.(5)

-Quel chantier décisif pour faire avancer économiquement la métropole ? L’emploi et le logement sont au coeur des problèmes des habitants de l’aire d’Aix-Marseille. Les travaux n’ont pas permis de dégager des pistes claires. La lecture attentive des différents documents permet pourtant de mettre en évidence la nécessité d’un développement durable innovant. Métropole des énergies, des activités sous-marines, multimodalité des transports, les atouts pour un projet économique original sont présents.

-l’écologie est présente dans la réflexion globale, principalement sous la forme de la conservation du patrimoine naturel. Cette vision est dépassée : il faut maintenant intégrer l’écologie comme une composante du développement économique du proche avenir. C’est autour de projets économiques et écologiques inédits que se fera le développement économique futur.

Le projet de métropole Aix-Marseille-Provence est une chance pour les habitants de cette région. Sa réussite va dépendre de la capacité de l’Etat à proposer des solutions innovantes. Cela sera l’objet du prochain article que de décrire certaines solutions originales et inventives qui vont permettre son succès. 

 

(1) J’ai participé au groupe de travail sur l’égalité des chances et l’éducation. La conférence a en effet été précédé d’un travail important : groupes de travail thématiques, rassemblement des participants à ces groupes le 5 décembre à la préfecture (plusieurs centaines de personnes, regroupant des responsables de services publiques, des chefs d’entreprises, des responsables d’associations, issus de tous les milieux et de tous les secteurs, échangeant et débattant dans des ateliers-projets).

(2) les cinq ateliers étaient consacrés :

-au rayonnement international de la métropole

-au développement économique

-à la mobilité et aux infrastructures

-à l’équité territoriale

-à la valorisation de l’environnement

(3) L’aire de la métropole est divisée en quatre communautés d’agglomérations (Aix, Salon, Martigues, Aubagne), un syndicat d’agglomération (Istres) et une communauté urbaine éclatée (Vitrolles, Marseille, La Ciotat)

(4) Sans compter l’inéquité territoriale entre une population marseillaise paupérisée et une population périphérique plus favorisée mais qui travaille souvent à Marseille.

Deux exemples de cette inéquité :

-les collégiens et lycéens marseillais paient leur transport scolaire plus d’une centaine d’euros par an (pour les plus pauvres). Hors de la commune, les transports scolaires sont gratuits ou ne coûtent qu’une contribution symbolique.

-les installations sportives marseillaises à destination du public et des clubs sportifs sont dans un état déplorable, particulièrement les piscines. Le contraste est important avec les communes de la périphérie qui disposent souvent d’installations sportives de bonne qualité.

(5) Les recettes fiscales provenant des entreprises sont très inégales : en 2011, elles étaient de 1484 euros par habitant dans le pays de Martigues, de 710 euros dans le pays d’Aix et de seulement 288 euros sur Marseille.

paru dans Agora vox par Rcoutouly (site)

 

Lebranchu espère un compromis pour la métropole marseillaise

Georges Cristiani, maire de Mimet et représentant de l'Union des maires des Bouches-du-Rhône, remet à la ministre de la décentralisation,  Marylise Lebranchu, un projet "alternatif" au projet de métropole, le 21 décembre 2012 à Marseille.

La ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu, venue vendredi 21 décembre à Marseille remplir la « page blanche » de la future loi sur la métropole marseillaise, a trouvé en face d’elle une centaine de maires et quelque 3 000 habitants des Bouches-du-Rhône opposés au projet.

Mme Lebranchu, dont c’est la quatrième visite à Marseille en six mois, a assuré une nouvelle fois, en ouvrant une conférence métropolitaine au parc des expositions devant un parterre de responsables, vouloir « écouter » les élus locaux, « dans un cadre différent » de la préfecture ou de son ministère, et « dans la plus grande liberté de parole ». A l’extérieur, une centaine de maires de tous bords et les présidents de huit intercommunalités sur les neuf du département, boycottaient la séance après avoir remis en mains propres à Mme Lebranchu un projet alternatif, « beaucoup plus coopératif et opérationnel » selon les édiles.

« NOUS NE DÉFENDONS PAS DES PRIVILÈGES, MAIS DES COMPÉTENCES »

« On va finir par trouver un terrain d’entente », leur a dit la ministre, ajoutant : « On discutera de gouvernance à partir de 14 h 30. Si vous avez trop froid dehors, il ne sera jamais trop tard pour rentrer. » C’est là un gros point d’achoppement avec les maires, soucieux de garder leur pouvoir de décision de proximité et la maîtrise de leurs deniers. « Pour changer les arrosoirs dans le cimetière, il faudra demander l’autorisation du président de la métropole », a dénoncé ainsi le maire PS de Saint-Rémy-de-Provence, Hervé Chérubini, au micro devant ses collègues.

« Nous sommes un front de refus à la mort du territoire, nous ne voulons pas de ce ‘machin’, de cette structure unique qui prendrait toutes les décisions, ni de la fiscalité unique. Nous ne défendons pas des privilèges, mais des compétences », a renchéri la maire UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains. Autour d’eux, une banderole disait « non à la métrople », des pancartes « métropole = mort des communes » ou « métropole = perte des services de proximité ». Puis quelque 3 000 manifestants selon la police, venus d’Aubagne, Martigues et Salon-de-Provence – les intercommunalités que le gouvernement veut regrouper dans une même « métropole » où se trouveraient également celles de Marseille, Aix et Istres – sont venus soutenir leurs élus en scandant que « la métropole ne passera pas ».

UN ACCORD POUR MUTUALISER LES MOYENS

Ce boycott, « je le regrette mais je ne le condamne pas », a déclaré Mme Lebranchu dans son allocution d’ouverture, se gardant de prononcer le mot qui fâche (« métropole ») et assurant vouloir« préserver les prérogatives des maires » tout en créant « la solidarité financière entre tous les territoires ». Selon elle, le diagnostic des difficultés et des besoins de la région marseillaise est partagé, et tout le monde est d’accord pour mutualiser les moyens dans certains domaines comme les transports, le développement économique et l’écologie. Reste à s’entendre sur « un cadre institutionnel adapté ». Et c’est là toute la difficulté.

« Au fond, on veut la même chose, la seule divergence porte sur le nouvel outil que l’on crée pour y arriver, » explique Jean-David Ciot, député-maire PS du Puy-Sainte-Réparade et premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. « Soit on fait tout de suite une grosse administration à 10 000 fonctionnaires, comme cela nous est proposé, et on en prend pour dix ans à la faire marcher. Soit, et c’est ce que l’on propose, on fédère les intercommunalités existantes dans un établissement public où l’on transfère certaines compétences et les moyens qui vont avec. »

« Ce matin la page est blanche, au fur et à mesure de la journée on va essayer de la remplir », a déclaré Mme Lebranchu à la presse. « On respectera tout le monde, ceux qui sont dans la salle et ceux qui sont dehors. Mettons-nous d’accord sur un outil institutionnel, je pense qu’on va y arriver. Mais l’Etat est déterminé et si l’on ne parvient pas à un accord, il prendra ses responsabilités », a-t-elle dit. La ministre a précisé qu’elle dirait, en fin de conférence vendredi soir, « quelque mots de l’architecture du texte » de loi qu’elle viendra présenter en janvier à Marseille, signe que la page n’est de fait déjà plus tout à fait blanche.

 

Le Monde.fr avec AFP | 21.12.2012

La future métropole devra être opérationnelle au lendemain des municipales.

Un outil de préfiguration en janvier pour la future métropole de Marseille

102 communes sur 119 sont opposées au projet « Aix-Marseille Provence ». - AFP/Anne-Chrisine Poujoulat

102 communes sur 119 sont opposées au projet « Aix-Marseille Provence ». – AFP/Anne-Chrisine Poujoulat

Accueillie par une centaine de maires en colère et quelque 3.000 habitants opposés au projet de métropole « Aix-Marseille Provence », la ministre de la Décentralisation Marylise Lebranchu a annoncé vendredi la création en janvier d’un outil de préfiguration.

Cette structure devrait permettre de définir les contours, les responsabilités et le mode de gouvernance de l’établissement qui gérera les grands dossiers d’aménagement et de développement économique et culturel. Ces tâches incombent actuellement aux six intercommunalités constituées sur ce territoire de plus de 2 millions d’habitants autour de la cité phocéenne.

« Face à l’urgence sociale et économique, la solution métropolitaine devra être opérationnelle après les municipales en 2014 », a indiqué la ministre dont c’était la quatrième visite à Marseille depuis six mois.

Elle a également confirmé que le pouvoir de proximité des maires serait conservé, voire renforcé s’ils souhaitent récupérer des compétences locales qui leur échappent aujourd’hui comme la propreté et la voirie. « Vous sortirez revalorisés de ce projet », a-t-elle assuré aux élus. Leur image ne souffrira pas non plus d’éventuels dérapages de la fiscalité locale selon les projections établies par ses services

Malgré ces assurances, les élus locaux du département sont plus que jamais remontés contre « le risque d’absorption identitaire » et de « dilution du pouvoir » que fait peser le projet de fusion des EPCI. « D’accord pour une métropole de projet mais pas question d’une organisation centralisée qui déshumaniserait nos territoires et nos traditions », résume Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence.

Un projet alternatif

Comme 102 communes sur 119 que compte le département, elle refuse de devenir « un simple quartier de Marseille » et a signé un document proposant à la ministre la création d’un Etablissement public opérationnel de Coopération pourrait « garantir un aménagement durable et solidaire des communes et territoires des Bouches-du-Rhône ».

Intégrant toutes les collectivités territoriales existantes, cet organisme s’occuperait en particulier de l’organisation des transports collectifs métropolitains en prenant à son compte le pilotage d’un « schéma de déplacements mutualisé ». Il veillerait également à la cohérence du développement économique et à la rédaction des documents d’aménagement pour le territoire. La mise en oeuvre de cet outil serait transitoire pour permettre de conduire « un processus de création d’une structure institutionnelle métropolitaine » qui serait opérationnelle en 2020.

L’organisation métropolitaine marseillaise voulue par le gouvernement devrait centraliser six grandes compétences parmi lesquelles les transports, l’économie et la recherche. Elle serait organisée en assemblée élue au suffrage universel dans laquelle Marseille ne serait pas majoritaire. L’Etat apporterait ses crédits à ce territoire à travers la planification de contrats de plan tripartite impliquant la région.

Paul Molga Correspondant des Echos à Marseille

le projet alternatif de métropole de 102 maires

Métropole ou pôle métropolitain ? L’alternative est has been, puisqu’il s’agit d’écrire une nouvelle loi, où le cas de Marseille peut être traité de manière spécifique. Les 102 maires des Bouches-du-Rhône qui ont signé contre le projet gouvernemental l’ont bien compris, et ont remis à la ministre Marylise Lebranchu leur propre proposition, tout en restant en dehors de la conférence métropolitaine qui se tient aujourd’hui au parc Chanot. Ce qui permet également de communiquer positivement, quand les publicités parues ces derniers jours dans la presse alignaient les « non ». Va donc pour l’établissement public opérationnel de coopération (EPOC) Marseille-Provence 13. Ouf.

Le texte d’une vingtaine de pages reprend nombre d’arguments et éléments distillés par les adversaires de la métropole, y compris hier de nombreux élus marseillais de gauche emmenés par Christophe Masse. L’idée force est qu’une métropole qui fusionnerait six intercommunalités aux statuts juridiques, compétences et impôts très variables, « mettrait des années », à fonctionner correctement. Surtout si ceux qui en sont membres le sont « de force ». Une opposition frontale et ultra-majoritaire qui semble avoir atteint jusqu’au maire de Marseille, qui a martelé ce matin qu’« on ne peut rien imposer aux maires ».

Ce qu’il faut, c’est donc une entité « immédiatement opérationnelle », plus pragmatique, telle que la défendaient de nombreux écrits (archipel métropolitain du club Top 20, conseils de développement…). L’EPOC ferait office de « préfiguration » d’une métropole unique qui attendrait les élections municipales suivantes, celles de 2020. En attendant, il récupèrerait « de plein droit » les transports, le développement économique et l’aménagement du territoire, avec une revoyure régulière d’ici un nouveaup projet en 2018. Bref, le « pôle métropolitain renforcé », dont parlait sur Marsactu le sénateur-maire du 4/5 Bruno Gilles (UMP).

 

Par Julien Vinzent, Marsactu