Section de Gréasque
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Le président n’est pas un juré

La policière municipale qui est morte à Villiers sur Marne le 20 mai dernier, tuée en service à cause d’une fusillade dont les auteurs continuent à être recherchés activement, s’appelait Aurélie Fouquet (Le Figaro, Le Monde).

Tout, depuis, s’est déroulé selon une logique à la fois sincère et prévisible. Il y a un rituel qui suit les tragédies. Celle-ci n’a pas dérogé au processus :
Désespoir de la famille et des proches.
Une information médiatique honnête et grave. Avec de la compassion.
Un émoi public indiscutable.
Indignation des collègues d’Aurélie et solidarité.
Déclarations émues et fermes des ministres, notamment du ministre de l’Intérieur.
Affirmation de la nécessité d’armer les polices municipales.
Travail inlassable des enquêteurs pour interpeller les malfaiteurs avec déjà quelques succès.

Présence du président de la République aux obsèques de la victime qui a été citée à l’ordre de la Nation et s’est vue remettre à titre posthume les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.     (suite…)

La démolition en marche de nos acquis sociaux

Il y a soixante-six ans, les résistants avaient inventé une société plus juste. Aujourd’hui, elle est en pièces.

Les jours heureux. Merveilleux titre qui claque comme une insolente promesse d’espoir dans la nuit noire de 1944. Il fallait un sacré culot aux chefs de la Résistance, des gaullistes aux communistes, réunis clandestinement le 15 mars de cette année, pour adopter à l’unanimité le programme du Conseil national de la Résistance (son titre faisait référence à un film et une pièce de théâtre à succès). Non content de préparer la libération de la France, celui-ci posait déjà les bases d’une «véritable démocratie économique et sociale» : la Sécu, les retraites par répartition, les droits des travailleurs dans l’entreprise, les services publics… toutes ces réformes engagées à la Libération en sont issues.

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Polygamie, nationalité: le grand n’importe quoi de M. Hortefeux

La voix de la raison viendrait-elle de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin? «Je pense que cette affaire de Nantes est compliquée et ne sert pas la clarté du débat sur la burqa. On affaiblit le débat. Nous avons des lois contre la polygamie et la fraude aux systèmes sociaux, que ces lois s’appliquent. Nous manquons d’une loi contre la burqa, il faut faire cette loi et ne mélangeons pas tous les sujets», a tancé M. Raffarin, lundi 26 avril sur France Info.

Ce qui ne fera pas cesser les débats, bien sûr, mais remettra, peut-être, un peu de sérénité dans cette polémique voulue par le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux. Trois jours d’un emballement national qui a tourné à la confusion généralisée autour d’un Français musulman de Loire-Atlantique et de son épouse verbalisée pour cause de conduite d’automobile sous voile intégral.

Tout s’y est mélangé, du code de la route au projet de loi sur la «burqa», du code civil au code pénal. Avec l’autorité que semble lui conférer la connaissance policière et administrative de ses services sur ce genre de dossiers, M. Hortefeux en a rajouté (suite…)

Passé de Devedjian et Madelin : Peillon piégé par sa boule puante

Sur LCI, le député européen voulait illustrer les risques de fouiller dans le passé des politiques, mais risque un retour de bâton.

« Ça va coûter très cher à Peillon », menace Alain Madelin. Contacté par Rue89, l’ancien député-maire de Redon de aujourd’hui retiré de la vie politique, nie le passé judiciaire dont l’a encombré Vincent Peillon sur LCI. Lui, comme Patrick Devedjian, ont annoncé des poursuites contre l’eurodéputé.

« Tout est faux, c’est diffamatoire, ce sont des ragots ! », tempête-t-il lorsqu’on l’interroge sur l’article du Petit Varois exhumé par le socialiste sur le plateau. (suite…)

Suicides en prison, une peine de mort déguisée ?

Le suicide de Jean-Pierre Treiber remet de façon dramatique la question du suicide en prison au cœur de l’actualité. N’en déplaise à la meute, malgré les suspicions qui plannent sur sa personne, le disparu reste présumé innocent* et la victime d’un système judiciaire pour lequel cinq années de détention préventive est une quasi normalité. “On peut s’évader et être innocent” avait dit de lui son avocat Eric Dupont-Moretti lors de son escapade de 2009. On peut se suicider et être innocent ou coupable. La mort d’un homme en prison reste, quoi qu’il en soit, un échec de notre société. Avec le taux de suicide en prison le plus élevé d’Europe de l’Ouest, notre pays est détenteur d’un funeste record et ce, dans une indifférence quasi-générale.

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Ali Soumaré et Francis Delattre sont-ils des délinquants ?

Les campagnes électorales, c’est comme la campagne tout court. On se dit que c’est la nature, de la République dans le premier cas, que l’air y est sain et pur, mais une fois qu’on y est, on se rend compte que c’est fangeux et que ça pue.

Illustration nous en est fournie dans le Val d’Oise où un candidat de l’UMP, Francis Delattre, maire de Franconville, soulève que son adversaire PS Ali Soumaré serait un « délinquant multirécidiviste », invoquant à l’appui de cette affirmation plusieurs condamnations complaisamment relayées par le Figaro :
-En 1999, six mois de prison pour vol avec violences (j’ignore s’il y avait ou non du sursis, mais c’est probable).
-En 2007, 80h de travail d’intérêt général pour un autre vol avec violences et usage d’une carte de paiement contrefaite.
-En 2009, deux mois fermes pour rébellion semble-t-il, le Figaro n’étant pas clair sur ce point. -Enfin, le 16 février dernier, une ordonnance pénale l’a condamné pour conduite malgré annulation du permis. (suite…)

La garde à vue de trop ?

 Sœur Anne ne vois-tu pas venir la police ? Elle pourrait être votre fille, votre sœur ou votre petite fille. Anne, une adolescente parisienne de 14 ans a été interpellée au domicile de ses parents et emmenée en pyjama au commissariat pour une garde à vue de onze heures. Il lui est reproché de s’être interposée dernièrement dans une bagarre survenue devant son collège.
Ce genre d’affaire devient hélas banal. Des enfants, des personnes âgées, rien n’arrête plus les policiers. Si les procédures sont souvent conformes à la législation, elles attestent d’une dérive inquiétante des forces de l’ordre qui ne se soucient plus de faire preuve de discernement dans l’application des procédures.

Oui, ça ne sent pas bon. Un flotte sur la France. De plus en plus de voix s’élèvent pour le dénoncer mais, le gouvernement n’en a cure. Plutôt que d’ouvrir les fenêtres, l’exécutif a joué le confinement dans l’atmosphère délétère du débat sur l’identité nationale. On en mesure aujourd’hui pleinement les effets.

Au principe de précaution a été insidieusement institué le principe de suspicion. Dans la paranoïa d’Etat qui nous régit, la présomption de culpabilité est désormais la règle. De l’étranger qui souhaite être naturalisé au français jugé de second rang qui malgré ses anciens papiers doit refaire la preuve de sa francité, sans oublier le citoyen ordinaire ravalé au rang de délinquant putatif comme en atteste le chiffre hallucinant des 800 000 personnes placées en garde a vue en 2009 .     (suite…)

Le meilleur de l’Europe pour les femmes

A la conquête de droits communs
Alors que l’Union européenne est souvent un instrument de confiscation de la souveraineté démocratique et de destruction des acquis sociaux, l’association française “Choisir la cause des femmes” s’est lancée depuis 2005 dans un pari : ébaucher une Europe où l’harmonisation se ferait par le haut plutôt que par le bas, et qui accroîtrait le bien-être de ses citoyens — ou, en l’occurrence, de ses citoyennes. Le résultat de ce travail minutieux est paru aux éditions Des Femmes.

En Pologne et dans nombre de pays européens, l’histoire de Mme Alicja Tysiac a eu un certain retentissement : en mars 2007, elle a réussi à faire condamner son pays devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). En 2000, mère de deux enfants qu’elle élevait seule, elle avait voulu interrompre sa troisième grossesse, qui menaçait de lui faire perdre la vue. L’avortement est interdit en Pologne, sauf en cas de malformation du fœtus, de viol ou de danger pour la santé de la mère, mais les médecins ont rejeté sa demande d’avortement thérapeutique. Après l’accouchement, une hémorragie rétinienne a considérablement dégradé sa vue. Elle risque, à terme, de devenir aveugle. Si Mme Tysiac avait pu bénéficier de la législation en vigueur en Suède, sa décision n’aurait dépendu de personne d’autre qu’elle-même ; elle aurait eu un délai de dix-huit semaines pour mettre un terme à sa grossesse, et l’intervention aurait été prise en charge par l’Etat.  (suite…)

Patrons voyous quasiment graciés pour cause de… crise !

De 575 millions d’euros, l’amende record infligée au “Cartel de la sidérurgie” par l’Autorité de la Concurrence a lamentablement fondu à 72 millions. La Cour d’appel de Paris a en effet estimé qu’il ne fallait pas stigmatiser les entreprises délinquantes… en période crise… Pince-moi je rêve. Aïeuuu…

S’il est un concept fondamental de notre culture économique libérale, c’est bien celui de la concurrence libre et non faussée. A tel point que feu le TCE l’avait élevé au rang d’objectif principal de l’Union Européenne, devant même les Droits de l’Homme. “C’est pas rien“, comme dirait l’autre. En France, c’est l’Autorité de la concurrence qui veille au respect de ce principe absolu, “pour la sauvegarde de l’ordre public économique“.

Fin 2008, ce gendarme de l’économie avait condamné onze entreprises de la sidérurgie à verser 575 millions d’euros pour s’être entendues sur les prix. Une amende “record”, que l’Autorité qualifiait toutefois de “minimum” au regard des infractions constatées. Si elle avait appliqué les barèmes de la Commission européenne, la douloureuse aurait atteint 1,5 milliard d’euros. Ce cartel a fonctionné pendant au moins cinq ans, de 1999 à 2004, faisant perdre entre 360 et 720 millions d’euros à ses pigeons (en premier lieu : les collectivités locales et les consommateurs, donc… nous, dans les deux cas).  (suite…)

Le monde judiciaire entre en résistance

Classé dans : 07 – Justice — greasque @ 6:44

 La “répudiation” tardive de Rachida Dati n’aura pas suffi à couper le feu sous la marmite du petit monde de la justice. L’exaspération n’est plus feutrée mais désormais affichée au grand jour.

Fait rarissime, l’audience solennelle de la Cour de cassation, le 14 janvier dernier, a été l’occasion pour des centaines de magistrats, avocats et fonctionnaires de clamer ouvertement leur ras-le bol. Appelé à jouer les pompiers de service dans une ambiance rappelant le congrès des maires de fin d’année dernière, François Fillon a été accueilli par un slogan des plus explicites : “Assis, debout, mais pas couchés, non à une justice aux ordres“.

Jean-Louis Nadal, procureur général auprès de la Cour de cassation soit, le plus haut représentant du ministère public en France, a sonné le tocsin en estimant que le statut du parquet doit être reconsidéré. La suppression programmée du juge d’instruction, dont les pouvoirs d’enquête doivent être transférés à des procureurs marqués par un lien de subordination avec la Chancellerie, constitue la goutte qui fait déborder le vase.

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