Section de Gréasque
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Christine Lagarde mise en examen pour «négligence» dans l’affaire Tapie

AFP 27 AOÛT 2014La directrice générale du FMI, le 2 juillet 2014 à Washington, aux Etats-Unis. La directrice générale du FMI, le 2 juillet 2014 à Washington, aux Etats-Unis. (Photo Jim Watson. AFP)

La directrice générale du FMI a été mise en examen mardi, dans l’enquête sur l’arbitrage entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais.

Le FMI a assuré mercredi ne pas avoir de «commentaire supplémentaire» sur la mise en examen de sa directrice générale Christine Lagarde dans l’enquête sur l’arbitrage entre l’homme d’affaires Bernard Tapie et la banque Crédit Lyonnais. «La directrice générale s’est déjà exprimée sur cette affaire. Elle est maintenant en route pour Washington et informera, évidemment, le conseil d’administration (du FMI) dès que possible», a déclaré le porte-parole du Fonds monétaire international, Gerry Rice, dans un communiqué transmis à l’AFP. «Jusque-là, nous n’avons pas de commentaire supplémentaire», a-t-il ajouté.

Christine Lagarde a en effet annoncé avoir été mise en examen mardi à Paris, pour«négligence» dans l’enquête sur l’arbitrage entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais. Interrogée pour savoir si elle entendait démissionner du FMI, l’ancienne ministre française de l’Economie a répondu : «non»«Je retourne travailler à Washington dès cet après-midi», a-t-elle précisé.

Christine Lagarde a été entendue mardi pour la quatrième fois – pendant plus de quinze heures – par les magistrats de la Cour de justice de la république (CJR), au sujet de son rôle dans la décision de l’arbitrage en 2007. La CJR est habilitée à enquêter sur les membres du gouvernement pour les faits commis dans l’exercice de leur fonction.  «La commission d’instruction de la CJR a décidé ma mise en examen sur le fondement d’une simple négligence», a annoncé mercredi matin Christine Lagarde, au cabinet de son avocat, Me Yves Repiquet.

«Après trois années d’instruction, des dizaines d’heures d’audition, la commission s’est rendue à l’évidence que je n’avais été complice d’aucune infraction et a donc été réduite à alléguer que je n’aurais pas été suffisamment vigilante lors de l’arbitrage opposant la société CDR au liquidateur du groupe et des époux Tapie», a-t-elle ajouté. «J’ai demandé à mon avocat d’exercer tous les recours contre cette décision que je considère comme totalement infondée», a poursuivi la directrice générale du FMI.

UN «SIMULACRE» D’ARBITRAGE ?

L’affaire porte sur la sentence arbitrale de 2008 qui avait octroyé quelque 400 millions d’euros à Bernard Tapie, dont 45 millions d’euros au titre de préjudice moral, pour clore le long litige qui l’opposait au Crédit Lyonnais sur la revente d’Adidas.

Dans le volet non-ministériel du dossier, cinq personnes ont été mises en examen pour «escroquerie en bande organisée»dont Bernard Tapie ou encore l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy – et actuel PDG de l’opérateur téléphonique Orange – Stéphane Richard.

Les juges cherchent à déterminer si cette sentence est le fruit d’un «simulacre»d’arbitrage organisé avec l’aval du pouvoir de l’époque.

TÉMOIN ASSISTÉ EN 2013

Christine Lagarde avait pour sa part été placée en mai 2013 sous le statut de témoin assisté, statut intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mis en examen. Le FMI l’a depuis toujours assurée de son soutien.

Elle est désormais mise en examen pour «négligence», un délit passible d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Il lui est notamment reproché de ne pas avoir introduit de recours contre l’arbitrage une fois qu’il a été rendu.

AFP

Oups, le FMI s’est trompé sur l’austérité

Manifestation, à Lille, le 14 novembre 2012

Manifestation, à Lille, le 14 novembre 2012 (Photo Philippe Huguen. AFP)

Ses effets sur les économies européennes ont été sous-estimés, selon deux économistes de l’institution.

Par DOMINIQUE ALBERTINI  Libération

Que les politiques d’austérité soient mauvaises pour la croissance et l’emploi, c’est désormais admis par la plupart des économistes. Mais qu’elles le soient encore plus qu’on ne le pensait, c’est ce qu’ont découvert deux d’entre eux, et pas les moindres : Olivier Blanchard, un Français chef économiste au FMI, et Daniel Leigh, économiste dans la même institution. Selon eux, l’utilisation d’un mauvais coefficient de calcul a débouché sur une sous-estimation des effets négatifs de l’austérité en Europe.

Les deux économistes détaillent leur thèse dans un article publié le 3 janvier sur le site du FMI, mais dans une rubrique où les textes ne représentent pas la position officielle de l’organisation. «Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu, écrivent-ils. Une explication naturelle est que les multiplicateurs fiscaux étaient nettement plus haut que ce que les prévisions estimaient implicitement.»

Le multiplicateur qui divise

Le «multiplicateur» en question est le coefficient reliant l’évolution des dépenses publiques (ou des impôts) au taux de croissance de l’économie. Lorsque ce coefficient est de 0,5, par exemple, cela signifie qu’un point de dépense publique en moins, ou d’impôt en plus, entraîne une baisse de 0,5 point de l’activité. «Il y a deux façons de le calculer, explique Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. Soit en faisant de l’analyse historique, en regardant les liens passés entre les politiques budgétaires et l’activité ; soit en construisant un modèle économique et en étudiant les relations entre ses différents composants. Dans les deux cas, ce ne sont pas des modèles neutres : leur construction comporte toujours une part d’a priori, qui correspondent à des idéologies.»

Or, selon Blanchard et Leigh, le multiplicateur «de crise» pourrait être jusqu’à trois fois supérieur à celui des périodes «normales», utilisé jusqu’à présent. Les deux économistes l’avaient déjà écrit dans le très officiel rapport annuel du FMI, publié en octobre 2012 : «De nombreux documents, dont certains issus du FMI, suggèrent que les multiplicateurs fiscaux utilisés dans les prévisions se situent autour de 0,5. Nos résultats indiquent que ces multiplicateurs se sont en fait situés entre 0,9 et 1,7» depuis le début de la crise. En clair, l’impact de l’austérité serait, selon les cas, de deux à trois fois plus important que prévu.

«Jusqu’à présent, on a appliqué au temps de crise le multiplicateur des périodes normales, explique Xavier Timbeau. Or, dans une crise, tout le monde panique. Les gens ne se conduisent pas de la même façon et personne ne peut anticiper le futur. Par ailleurs, si l’austérité est beaucoup plus récessive qu’on ne le pensait, cela veut aussi dire qu’une politique de relance serait beaucoup plus efficace qu’on ne l’imagine !»

«Il y a deux FMI»

L’article de Blanchard et Leigh a fait réagir l’économiste Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008. «Le FMI était moins enthousiaste vis-à-vis de l’austérité que les autres grands acteurs, rappelle-t-il sur son blog. Si lui-même dit qu’il s’est trompé, cela signifie que tous les autres […] se sont encore plus trompés. Et il a le mérite de vouloir repenser sa position à la lumière des faits. La véritable mauvaise nouvelle, c’est que bien peu d’autres acteurs font la même chose. Les dirigeants européens, qui ont créé des souffrances dignes de la crise de 1929 dans les pays endettés sans restaurer la confiance financière, persistent à dire que la solution viendra d’encore plus de souffrance.»

Ne pas déduire, cependant, que le FMI remet en cause l’austérité dans son principe. Comment le pourrait cette institution qui a participé, notamment, à l’élaboration du très sévère programme grec ? C’est plutôt l’intensité des politiques d’austérité que remet en cause le Fonds, puisque leurs effets se révèlent plus importants que prévus. Cela rejoint d’ailleurs la position officielle du FMI : sa directrice générale, Christine Lagarde, réitère régulièrement ses appels à des trajectoires plus «douces» de diminution de l’endettement et du déficit budgétaire.

«Il y a deux FMI, la tête et le corps, estime cependant Xavier Timbeau. En Grèce, c’est lui le plus ferme sur l’austérité, encore plus que la Commission et que la BCE. Quoi que disent Blanchard ou Lagarde, sur le terrain, le Fonds applique le plan décidé entre le pays et ses créanciers. Il faudra du temps pour que le changement infuse dans l’institution et en Europe. Il y a aussi le risque qu’il reste confiné dans les hautes sphères du FMI, sans percoler vers le terrain.»

L’Europe semble d’ailleurs s’engager dans cette direction. Fin 2012, la Grèce a ainsi obtenu un délai supplémentaire de la part de ses créanciers. Et si le gouvernement français s’accroche obstinément à son objectif de 3% de déficit budgétaire pour 2013, auquel il est le seul à croire, c’est en dépit des conseils du FMI et de Bruxelles, qui prônent désormais un «ajustement plus doux» pour le Vieux Continent. Après l’essorage.

Une «approche différenciée» pour la France

Face à un objectif irréaliste de 3% de déficit cette année, Bruxelles et le FMI sont prêts à accorder à Paris un délai supplémentaire.

Par CHRISTOPHE ALIX  Libération  3 janvier 2013

Le gouvernement va-t-il devoir faire le deuil de ses objectifs de réduction du déficit public ? C’est la question de ce début 2013, en raison du décalage entre ses prévisions de croissance et celles de la quasi-totalité des instituts économiques. En effet, à 0,8% de progression du PIB cette année, ce pronostic apparaît exagérément optimiste, au regard de la tendance qui se profile dans une zone euro déjà en récession.

Selon l’Insee, la France débutera 2013 «à l’arrêt» et n’engrangerait au mieux qu’une progression de 0,2% de son PIB d’ici à l’été. Le consensus Forecasts, qui fait la moyenne des anticipations d’une vingtaine d’économistes, n’affiche pour sa part qu’une progression de 0,1% de l’activité cette année. Résultat, plus personne ne pense que la France soit en mesure de de tenir l’objectif de 3% de déficit public à la fin 2013. Selon la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI), avec une croissance hexagonale deux fois moindre que prévu, le déficit public devrait s’établir, au mieux, autour de 3,5% cette année et n’atteindre la barre fatidique des 3% – le niveau à partir duquel l’endettement commence à refluer – qu’en 2014, avec un an de retard. Sauf à mettre en place un plan de rigueur supplémentaire, hypothèse totalement exclue par l’exécutif.

Rythme. Conscients de la nécessité de ne pas aggraver une politique aux effets déjà délétères, le FMI, et de manière tout aussi surprenante Bruxelles, ont fait savoir dans des termes à peine voilés ces derniers jours qu’ils comprendraient parfaitement que la France adapte en conséquence son rythme de désendettement.

Dans un entretien au Monde à la veille de Noël, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, recommande ainsi un «ajustement plus doux», en indiquant que c’est la trajectoire de réduction qui importe, et qu’elle est «d’une intensité remarquable» en France. Une manière codée de signifier que si Paris a besoin de plus de temps pour résorber son déficit, c’est négociable, puisque le «pacte permet d’avoir une approche différenciée, selon les spécificités de chaque pays». Et d’inviter l’Eurogroupe à se saisir du dossier dès janvier, tandis que le FMI recommande de «discuter dans un contexte européen plus large de la politique appropriée pour 2013».

Programme révisé.Pierre Moscovici n’a pas jugé utile, dans une interview parue aujourd’hui dans les Echos, de revoir la prévision de 0,8%, tout en précisant : «Nous nous adapterons si cela est nécessaire, en fonction de l’évolution de la conjoncture, nous ne biaiserons pas avec les faits.» Les chiffres seront réexaminés en avril, lorsque la France présentera son programme de stabilité révisé à Bruxelles. «C’est à ce moment-là que nous verrons si cette perspective de croissance est ou n’est pas crédible», expliquait-il récemment, tout en estimant que d’importantes incertitudes pesaient sur l’économie mondiale.