Section de Gréasque
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L’abus de stages se multiplie avec la crise

«Nous recrutons un stagiaire pour travailler sur le recrutement des stagiaires.» C’est “l’offre du mois” du site de Danone, rubrique «Carrières»…

Dans les missions du stagiaire recruté : «sélection des candidats», «conduite des entretiens de recrutement», «suivi des candidats», «participation à l’évaluation des stagiaires». Une annonce qui en dit long sur les abus des entreprises.

Des entreprises qui, selon le collectif Génération Précaire, profitent de la crise pour opérer un recrutement massif de stagiaires : leur nombre serait passé en France de 800.000 en 2006 à 1,2 million aujourd’hui. Soit une augmentation de 50% en 4 ans. «50% de stagiaires de plus à effectuer des stages au lieu de hanter Pôle Emploi ou de travailler pour payer d’éventuelles retraites à venir.»   (suite…)

Une hausse du chômage pas si légère que ça

Une hausse du chômage pas si légère que çaLe baromètre Marianne du chômage décrit une réalité un peu différente de celle affichée par le gouvernement.
A 4,7 millions de personnes maintenues hors de l’emploi, la progression est 7 fois plus importante que les 0,1% officielle, soit 33 600 demandeurs d’emploi supplémentaires.

« Le chômage sera en très légère hausse, mais en stabilisation (…) en décembre on a eu une toute petite hausse, en janvier on eu une hausse un peu plus soutenue», se félicitait hier matin, mercredi 24 mars, Christine Lagarde au micro de RMC. Le ministre de l’économie avait comme à l’ordinaire les yeux rivés sur le chômage officiel qui progresse de 0,1 %. Notre baromètre la contredit. Il s’inscrit en hausse de 0,7 %, soit 33 600 personnes supplémentaires. L’écart s’expliquent par une hausse sensible du chômage caché, + 1,5%.

Une hausse du chômage pas si légère que ça<«Le chômage va augmenter tout au long de l’année 2010. En 2011 il devrait se stabiliser, mais à un niveau très élevé. Si vous êtes chômeur, la crise est devant vous », déclarait Eric Heyer économiste à l’Office français des conjonctures économiques, à notre confrère Mediapart.
Notre baromètre ne dit pas autre chose.

Emmanuel Levy pour Marianne2.fr

Chômage de décembre : c’est Noël !

«Repli», «inversion de tendance», «bons chiffres encourageants», «embellie» : jusqu’à plus soif, le discours officiel s’évertue à nous abreuver de mensonges.
[Infographie ci-contre : Les chômeurs officiels depuis 1976, selon l’Insee.]

Fin 2009, toutes catégories confondues et DOM inclus, Pôle Emploi totalise 4,688 millions d’inscrits. La progression annuelle s’élève en réalité à 19,4% et, plus trivialement, correspond à 762.000 personnes qui, grâce à la crise, ont perdu leur gagne-pain et sombré dans la précarité, si chère à Laurence Parisot.

Les «bons chiffres» de décembre dont se félicite le secrétaire d’état à l’Emploi Laurent Wauquiez, on les connaît. Inutile de radoter : on les trouve ICI ou LÀ dans leur expression la plus consensuelle… Et, une fois passée la date fatidique, on fera en sorte d’éluder le sujet jusqu’à la fin du mois suivant.

Car entre deux, vous l’avez remarqué, le chômage n’existe plus… C’est un sujet à bannir (par exemple, un reportage sur la fusion à marche forcée de l’ANPE/Assedic a été déprogrammé hier soir du magazine “Envoyé spécial”, on se demande pourquoi…), ou à survoler très vite quand on ne peut pas l’éviter en proférant des généralités proches de l’ineptie (le “Ce soir ou jamais” de mardi, confondant d’indigence). Plus il est palpable, plus on fait en sorte de l’escamoter du débat public : des téléviseurs aux programmes scolaires, le chômage est un tabou qu’il faut, par tous les moyens (sauf la réhabilitation de l’emploi et de la «valeur travail»), éradiquer.

L’effet Noël, vous connaissez ?
Pour vous dire à quel point nos grands médias sont lobotomisés, notez comment, cette fois-ci, personne n’a osé relever l’évidence : si le chômage a un peu reculé, c’est parce que le mois de décembre est connu pour son activité décuplée à l’occasion des fêtes de fin d’année. Ainsi, des chômeurs ont pu décrocher un job saisonnier… et sans lendemain : en janvier, les boîtes d’intérim n’ont plus rien à proposer. D’ailleurs, malgré cette frénésie consumériste annuellement orchestrée, qu’ils ne soient que 18.700 en moins à s’être inscrits dans la catégorie A de Pôle Emploi par rapport à novembre et, qu’en décembre, seuls 10.100 soient venus gonfler le bataillon des catégories B et C (chômeurs en «activité réduite», +17,5% sur un an) serait même assez inquiétant ! Si peu d’emplois, même précaires, pour un tel surcroît d’activité laisse songeur.

Rares, donc, sont ceux qui se sont donné la peine de creuser cette fausse bonne nouvelle…

La machine à radier, elle, n’est pas en crise
On apprend tout de même ici qu’en décembre, les «radiations administratives» (sanctions prises à l’encontre des demandeurs d’emploi qui ne répondent pas aux convocations, ne se présentent pas à un entretien d’embauche, ne justifient pas de manière suffisante leur recherche ou refusent des offres dans le secteur qui les concerne) ont augmenté de 11,1% – soit 42.200 chômeurs ainsi sortis des listes – par rapport au mois précédent, et que le nombre de «cessations d’inscription pour défaut d’actualisation» représentait 40,9% des motifs de sortie de Pôle Emploi. Passons…

Des licenciés qui ne chôment pas ?
Alternatives Economiques, dont nous saluons l’esprit critique, signale que le nombre d’inscrits dans les catégories D (+22% sur un an) et E (+32% sur un an) – soit 525.800 personnes ignorées des chiffres officiels – continue à progresser grâce aux dispositifs CRP/CTP + contrats aidés. D’un côté, on a de plus en plus de salariés fraîchement licenciés non considérés comme chômeurs, de l’autre des chômeurs jetables qui travaillent au rabais pour des employeurs archi-subventionnés. Ainsi le gouvernement freine-t-il «l’hémorragie»…

De son côté, la CGT recense 325.000 chômeurs de plus de 57 ans qui, étant «dispensés de recherche d’emploi», ne figurent dans aucune catégorie. Interrogé hier sur France Info, son secrétaire général Bernard Thibault pronostique toujours 300.000 destructions d’emplois dans l’industrie en 2010.

Des chômeurs découragés
Le chômage de longue durée a bondi de 27,8% sur un an : ils sont désormais 1,27 million et représentent le tiers des inscrits à Pôle Emploi. Si certains sont encore indemnisés, d’autres (850.000 en 2009) sont sortis du régime. Autre face cachée des chiffres de décembre : 60% de ces «fin de droits» ne peuvent prétendre à aucun revenu de remplacement. Ne percevant aucune allocation et, de ce fait, ne voyant pas l’intérêt de continuer à pointer, ces chômeurs, stressés par le harcèlement kafkaïen de Pôle Emploi, finissent par se désinscrire et sortent des statistiques… Avec les 600.000 nouveaux «fin de droits» de 2010 qui n’auront droit à rien du tout, le phénomène va s’amplifier dans le courant de l’année, à la grande joie du gouvernement.

Wauquiez droit dans ses bottes
A part ça, le secrétaire d’état à l’Emploi a assuré hier, à l’Assemblée nationale, que «dans ce pays, personne n’est en fin de droits. Il peut y avoir des gens qui sont en fin de droits assurance-chômage, mais il n’y a pas de situation où la solidarité nationale ne s’exerce pas, parce que tout le monde a toujours le droit, et c’est une chance dans notre pays, à pouvoir bénéficier soit du RSA (Revenu de solidarité active) soit de l’ASS (Allocation spécifique de solidarité), sous condition évidemment de ne pas bénéficier de revenus qui soient au-delà des seuils».

Or, il oublie que les moins de 25 ans n’ont pas droit au RSA et que, pour ceux dont le conjoint à “la chance de travailler“, le premier seuil démarre… à 1,04 Smic. Balayer ainsi d’un revers de manche les 400.000 Français qui vont basculer dans la grande pauvreté avec ces minima sociaux (environ 450 € par mois) et les 600.000 Français qui devront dépendre de l’unique “solidarité familiale”, c’est vraiment immonde !

Nos dirigeants savent qu’ils sont complètement à côté de la plaque. Mais ils persistent et signent.

SH pour “Actu-chomage“