Section de Gréasque
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A l’Assemblée, un ancien maître d’hôtel révèle les excès du questeur Mallié

© Reuters

Pendant dix-sept ans, Christophe P. a travaillé comme maître d’hôtel à l’Assemblée nationale dans les appartements des questeurs, ces députés particulièrement puissants. Remercié en juin 2012, il a décidé de se défendre, devant le tribunal administratif et les prud’hommes, dévoilant au passage les dérives qu’il a constatées chez « son » dernier questeur, l’UMP Richard Mallié.

Simple contractuel (c’est-à-dire non fonctionnaire), Christophe P. a été remercié en juin 2012 par l’Assemblée, dans des conditions qu’il juge irrégulières. Il vient de saisir la justice administrative pour contester son licenciement et obtenir le « rappel » d’heures supplémentaires non réglées (pour 322 600 euros).

Plus embarrassant pour l’institution : Christophe P. estime avoir été contraint d’exécuter, sous les ordres de Richard Mallié, moult tâches qui débordaient de son contrat avec l’Assemblée et relevaient de la seule vie privée du député, sans le moindre rapport avec ses fonctions de questeur. L’ex-majordome a ainsi engagé une procédure supplémentaire devant le conseil des prud’hommes pour faire reconnaître l’existence d’un contrat de travail bis, en quelque sorte implicite, entre lui et la personne de Richard Mallié. À ce titre, il réclame 276 000 euros de salaires à l’ancien député (battu en juin dernier), ainsi qu’une indemnité pour « dissimulation d’emploi salarié ».

À l’audience prévue en juin, Christophe P. pourra s’appuyer sur ses archives, méticuleusement conservées, dont les agendas de l’ancien questeur, professionnels et privés. S’il rechigne à en faire étalage, il en a dévoilé une partie à Mediapart. Conclusion : de 2007 à 2012, Richard Mallié semble bien avoir abusé des moyens mis à sa disposition par le Palais-Bourbon, notamment son maître d’hôtel, pour mener grand train. Cet épisode prouve – s’il en était encore besoin – l’indigence des contrôles internes au sein du Parlement français.

Il faut dire qu’entre 1995 et juin 2012, Christophe P. a servi dans l’un des lieux les plus secrets du Palais-Bourbon : l’hôtel particulier des questeurs, ces trois députés désignés par leurs pairs pour tenir l’Assemblée (deux de la majorité, un de l’opposition), sortes de « supertrésoriers » qui possèdent à la fois les clefs du pouvoir financier (540 millions d’euros de dépenses annuelles à signer) et administratif (tout le personnel de la maison à gérer). Plusieurs fois par semaine, ils sont contraints de dormir à pied d’oeuvre.

http://www.mediapart.fr/files/media_159/questure-photo.jpgL’hôtel des questeurs à l’Assemblée, sur quatre étages © DR

Le Palais-Bourbon leur réserve donc trois appartements de fonction, divisés en deux zones : d’un côté, une aile privée (avec chambres, salle à manger, etc.) ; de l’autre, des salons cossus que le questeur met à disposition de son groupe politique et de clubs de réflexion, quasi quotidiennement, pour des agapes et séminaires. Pour gérer l’appartement (sur les plans matériel et comptable), chacun bénéficie d’un « chauffeur-maître d’hôtel » personnel.

Au fil de sa carrière, Christophe P. a ainsi partagé la vie d’élus de gauche comme de droite, de Jean-Pierre Kucheida (PS) à Claude Gaillard (UDF), en passant par Patrick Braouezec (PCF). En situation précaire durant dix-sept ans, le majordome a signé six contrats successifs, en vertu d’une pratique étonnante de la part de la maison : chaque élection législative interrompait son contrat, et supposait qu’il se fasse réembaucher.

En juin 2007, Christophe P. a finalement été affecté au service exclusif de l’UMP Richard Mallié (Bouches-du-Rhône), un membre de la Droite populaire, installé au « 4G » (4e étage gauche). Sa rémunération : 3 700 euros brut par mois (plus l’équivalent d’un mois et demi de salaire en indemnités).

Dans l’aile privée du « 4G », sa mission était circonscrite, a priori : réveiller monsieur, concocter ses menus, le servir, changer les linges, etc. Côté salons « publics », il fallait jongler davantage, superviser les repas organisés par les députés (petits-déjeuners, déjeuners, cocktails et dîners), gérer les traiteurs et les commandes de fleurs, planifier les « déménageurs » (chargés d’installer tables et micros), prévoir l’embauche d’« extras » (plongeurs, cuisiniers, chefs de rang), surveiller le protocole, ou réaliser les inventaires (tableaux, argenterie, vaisselle). Et même s’assurer que les horlogers passaient bien, chaque lundi, remonter les sept ou huit pendules.

Passé par les meilleurs établissements parisiens (Maxim’s, Le Ritz ou L’Élysée Lenôtre), Christophe P. a fait le job, avec une certaine fierté. S’il a out noté, photocopié, archivé, c’est non par machiavélisme, mais pour éviter qu’un invité se voie servir le même menu à douze mois d’intervalle.

Aujourd’hui, ces classeurs trahissent les excès de Richard Mallié. Si l’élu n’a commis aucun délit flagrant, il a visiblement dérapé et franchi la ligne jaune, par petites touches, oubliant qu’il servait l’État, et non l’inverse.

Début 2010, par exemple, le député a envoyé son chauffeur à 700 km de Paris, dans sa circonscription, livrer des meubles à plusieurs de ses proches. Le Palais-Bourbon avait à l’époque décidé de brader son « mobilier devenu inutile ou obsolète » : 363 meubles proposés aux députés à prix imbattables. En tant que questeur, Richard Mallié avait la priorité : il a donc préempté un canapé en cuir, une bibliothèque, etc., pour quelques dizaines d’euros à chaque fois. À bord d’un utilitaire loué pour l’occasion, Christophe P. a dû charger les meubles à Aubervilliers (dans un hangar de l’Assemblée), les descendre dans les Bouches-du-Rhône pour les distribuer à diverses adresses, avant de remonter à Paris en pleine nuit.

« J’ai la conscience tranquille » Interrogé par Mediapart, Richard Mallié ne conteste pas : « Son contrat avec l’Assemblée stipulait qu’il était “à mon service”. En l’occurrence, c’est lui qui s’est proposé. » Mais quel rapport entre ce déménagement et les fonctions d’un questeur ? « Quand une personne est à votre service, elle est à votre service ! » balaye l’ancien député.

Comme chauffeur, Christophe P. conduisait non seulement le questeur à ses rendez-vous professionnels, mais certains soirs au spectacle, au théâtre des Deux ânes comme aux avant-premières de cinéma ; il patientait parfois sur place, pour le ramener à 23 heures ou minuit.

De même, il pouvait emmener monsieur dîner dans de grands restaurants, à l’invitation d’un lobbyiste ou d’une agence de relations publiques – chez Goumard fin 2011 par exemple, pour un repas de fruits de mer prodigué par Publicis consultants, intitulé « Idées reçues » et consacré à « l’industrie tabacole » (« l’occasion d’évoquer directement et sans tabous les nombreux sujets qui font l’actualité du secteur »). Il se souvient même avoir glissé un cuissot de gibier dans le coffre après un déjeuner-chasse au Château de Dampierre en 2009, offert par un ancien parlementaire devenu banquier chez Lazard (Jean-Pierre Thomas, qui précise à Mediapart : « Je vous rassure, Lazard ne gère aucun actif pour l’Assemblée nationale ! »).

Mais fallait-il que Christophe P. serve de chauffeur à des proches du député ? Y compris certains jours où l’élu demeurait dans les Bouches-du-Rhône ? Était-il normal que le maître d’hôtel prenne sur son temps de travail pour aller chercher, très régulièrement, tel intime à la gare, tel proche à l’aéroport, ou occasionnellement tel autre à l’hôtel ?

À chaque exemple qu’on lui soumet pour vérification, Richard Mallié nous fait la même réponse : « S’il le dit, c’est qu’il doit avoir raison. » Et de répéter : « Son contrat stipulait qu’il était à mon service, il était donc à mon service. Je n’ai jamais abusé, j’ai la conscience tranquille. Ma famille n’est pas venue souvent. Si ma femme est passée deux fois en cinq ans, c’est le bout du monde ! » Mais les autres proches ?

Par ailleurs, il est sans doute acceptable que Richard Mallié ait réquisitionné Christophe

P. pour faire les magasins, les Galeries Lafayette par exemple, quand il s’agissait d’acquérir costumes et cravates (habit quasiment imposé par la fonction). Il est déjà plus surprenant que le questeur ait pris l’habitude d’envoyer son maître d’hôtel, en solo, rechercher certains achats (pressing, ourlets, etc.). Chaque sortie « shopping » privait en effet la questure des services de Christophe P., y compris les jours de rush où l’agent devait superviser des réceptions dans les salons, enregistrer des livraisons, etc.

Certaines courses paraissent franchement abusives. Comment comprendre que le député, amateur de voitures de collection, ait un jour prié son chauffeur de foncer en banlieue récupérer une pièce d’occasion dénichée sur internet ? L’Assemblée nationale payait-elle Christophe P. pour qu’il accompagne un proche de Richard Mallié faire du lèche-vitrine, à l’occasion, pendant que celui-ci travaillait au Palais-Bourbon ? Dans ses classeurs, le maître d’hôtel a toutes les dates, toutes les heures, tous les noms.

De même qu’il a conservé la trace de tous les dîners offerts par Richard Mallié au « 4G », à des amis, des patrons, des collègues parlementaires, etc., avec son indemnité spéciale de questeur (environ 5 000 euros par mois). A priori rien d’anormal. Mais Christophe P. raconte, preuve à l’appui, que le questeur l’a déjà mobilisé pour recevoir des proches en son absence, dans la partie privée de l’appartement, par exemple en décembre 2011.

Au passage, le maître d’hôtel rappelle qu’au-delà d’un certain nombre d’invités, il lui fallait recruter des « extras » (cuisinier, plongeur, etc.), aux frais de l’Assemblée. Là encore, tout est couché sur papier.

Pire : il est arrivé fin 2011 que le questeur UMP, grand amateur de cigares, prête l’appartement à Ludovic Emanuely, un professionnel de « l’influence offensive » et des « mises en relations informelles », spécialisé dans l’organisation de dîners-dégustations, avec cigares « habanos » et « vieux rhums Clément ». Autour de la table, ce soir-là : Richard Mallié et quelque 45 personnes. Si le lobbyiste a bien remboursé le traiteur auprès de Christophe (28 euros par convive), il a refacturé 125 euros à certains participants, empochant semble-t-il un bénéfice au passage – Ludovic Emanuely n’a pas répondu à nos questions.

Pour l’occasion, Christophe avait dû faire appel à trois maîtres d’hôtel supplémentaires, un cuisinier et un plongeur, tous payés par l’Assemblée. D’une manière générale, il semble que Richard Mallié ait fait montre, pendant son mandat, d’une vigilance relative face aux pratiques de lobbying. En mars 2008, par exemple, son club de réflexion parlementaire sur les transports (baptisé Avenir Transports) s’est fait trimballer à Berlin par l’entreprise Vinci (alors que le Parlement entamait les discussions sur le projet de loi Grenelle II). D’après nos informations, le député s’est par ailleurs fait inviter par Coca  Cola au Stade de France en mars 2010, pour un match de rugby France-Angleterre, avec deux amis. En prime : dîners offerts avant le coup d’envoi, puis cocktail d’après-match, en présence d’un ancien international de rugby pour égayer la partie. « L’invitation n’était pas liée à des enjeux législatifs ou réglementaires », nous rassure Benoist Berton, directeur des affaires publiques de Coca Cola entreprises.

« Son unique employeur, c’était l’Assemblée ! »

Si Christophe P. choisit aujourd’hui de lever une partie du voile sur les pratiques de « son » ancien questeur, c’est « pour briser l’omerta qui pèse sur le fonctionnement de l’Assemblée, tous partis confondus », explique-t-il. « Quelques personnalités clés sont toutes-puissantes, sans contre-pouvoir en face d’elles, personne à qui rendre des comptes. Heureusement que tout ce qui se passe au Palais-Bourbon ne se sait pas à l’extérieur, sinon ça entacherait gravement l’image des politiques. » Soucieux d’éviter les généralisations hâtives, l’ancien maître d’hôtel ajoute : « Beaucoup de députés font du bon travail. » Son audience devant les prud’hommes, face à Richard Mallié, est prévue pour juin prochain.

L’ancien député y sera défendu par l’avocat de l’Assemblée, qui devrait plaider l’absence de lien contractuel direct entre les deux hommes, et dire que la justice administrative est seule compétente pour traiter du litige. « Son unique employeur, c’était l’Assemblée nationale ! » ressasse Richard Mallié.

Devant la justice administrative, justement, l’ancien maître d’hôtel tentera de faire annuler son licenciement, à ses yeux entaché d’illégalité (faute d’entretien préalable par exemple). Son avocat essayera surtout de démontrer que l’Assemblée n’a pas respecté la législation sur le temps de travail et réclamera le rattrapage de 322 600 euros d’heures supplémentaires (sur quatre ans). Dans son mémoire, il s’appuie sur le décret de 2000 qui fixe à 10 heures maximum la durée de travail quotidien dans la fonction publique d’État, et à 48 heures le plafond hebdomadaire. Or d’après les relevés conservés par Christophe, il lui est souvent arrivé de cumuler plus de 70 ou 80 heures en une semaine – le majordome pouvait souffler durant les week-ends et les vacances parlementaires. Selon son avocat, il aurait ainsi travaillé 75 heures par semaine, en moyenne.

Sollicités par Mediapart à de multiples reprises, les services et l’avocat de l’Assemblée ont refusé de nous répondre, de même qu’un représentant CGT du personnel. « Il n’y a jamais d’heures supplémentaires pour les collaborateurs de la questure, nous explique simplement Bernard Roman, le nouveau questeur socialiste. Ici, les agents s’adaptent à l’organisation particulière du travail parlementaire, avec ses jours forts (les mardis et mercredis – ndl), ses semaines fortes, et d’autres beaucoup plus calmes pendant les vacances des députés. Un rattrapage s’effectue sous forme de primes ou d’indemnités. » Questionné sur l’attitude particulière de Richard Mallié, Bernard Roman préfère ne pas commenter.

 

 

23 janvier 2013 | Par Mathilde Mathieu sur Mediapart.fr

Dominique Tian a signé « sans le savoir » une proposition de loi avec le FN

Marion Maréchal-Le Pen en visite dans un bureau de vote de Saint-Didier, le 17 juin 2012. REUTERS/Jean-Paul Pelissier.

C’est une première depuis son arrivée à l’Assemblée : Marion-Maréchal Le Pen, nièce du fondateur du FN, a co-signé une proposition de loi avec sept députés UMP, dont le Marseillais Dominique Tian. Article unique : « La République Française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794″. Comme le relève Slate, le sujet « s’inscrit dans la tradition familiale » des Le Pen mais aussi de l’UMP : le premier signataire Lionnel Luca avait déjà déposé deux textes similaires en 2007.

Mais, si des membres des deux partis ont une vision commune sur cette question, ce n’est pas une raison pour partager une proposition de loi. « Je n’étais pas au courant que Lionnel Luca avait proposé à Marion-Maréchal Le Pen la cosignature. Je le regrette, c’est une initiative personnelle que je réprouve », réagit Dominique Tian. Explication : en pratique, une proposition de loi est déposée sur le bureau de l’Assemblée par un député. Libre à lui d’obtenir l’accord d’autres parlementaires sur ce texte, dans ce cas il apparaîtra comme le premier signataire.

Malgré sa proximité pendant sa campagne des législatives victorieuses dans le 7/8 avec l’ex conseiller régional FN Stéphane Durbec, Dominique Tian tient à maintenir la coupure avec le parti d’extrême droite : « On doit être très clairs avec le FN, il n’y a pas de passerelle, pas d’alliance, pas de connivence, ce ne sont pas nos amis ». Invité au talk Marsactu en mai 2012, il assurait que la Droite populaire, le groupe de parlementaires UMP auquel il appartient, était « le pire ennemi du FN ». Visiblement ce n’est pas vrai pour tous ses membres. Certains sont tentés de jeter des ponts. « Je pense que Lionnel Luca a fait une bêtise, il l’a sûrement fait exprès d’ailleurs »,glisse son collègue.

Par Julien Vinzent, le 18 janvier 2013 dans Marsactu

La droite continue à protéger les ménages les plus riches

La saisine du Conseil Constitutionnel par l’UMP prouve que la droite continue de vouloir protéger les ménages les plus riches et refuse de participer au redressement financier du pays

Guillaume Bachelay, Secrétaire national à la coordination, 
Karine Berger, Secrétaire nationale à l’économie 

Le budget 2013, premier budget du gouvernement de Jean-Marc Ayrault et premier budget de gauche depuis 10 ans, a été validé par le Conseil Constitutionnel. La remise en cause de certains articles ne remet en question aucun des objectifs fixés par le gouvernement : réduction du déficit public pour garantir la crédibilité financière de la France, trajectoire de désendettement pour assurer la souveraineté de la nation face aux marchés financiers, justice fiscale avec une participation à l’effort dans la crise plus élevé pour les hauts patrimoines et les hauts revenus, ainsi que le relèvement de la fiscalité des grandes entreprises pour la rapprocher de celle des PME.

La censure de la taxation exceptionnelle sur les revenus d’activité excédant un million d’euros porte non pas sur le fond de la mesure mais sur sa modalité puisque le Conseil relève que la mesure ne devait pas s’appliquer à un foyer fiscal. Il est donc utile que le Gouvernement propose un autre mode de calcul de cette taxation exceptionnelle.

Ce nouveau dispositif permettra, dans le respect des observations du Conseil Constitutionnel, de concrétiser le choix des Français qui ont dit leur adhésion à l’exigence d’exemplarité des très fortunés, alors que tous les citoyens partagent l’effort du redressement des finances publiques du pays

La politique économique du Gouvernement et de la majorité peut désormais s’inscrire dans un cadre de finances publiques sérieux et solidaire. Ce cadre est le premier pas du redressement du pays. La politique économique menée par les gouvernements de droite depuis 2002 a en effet conduit le pays à la quasi faillite – de l’aveu même de l’ancien Premier ministre François Fillon. La dette publique de la France était à la dérive du fait notamment d’une baisse historique des impôts sur les ménages les plus fortunés et les plus grandes entreprises depuis 2007.

Dans l’opposition aujourd’hui comme aux responsabilités hier, l’UMP a pour seule constance la défense des privilèges et des intérêts d’une minorité d’ultra-riches au détriment des ménages modestes et moyens et du redressement des finances publiques.

Quand Buisson dynamite l’UMP

C’est l’incendiaire dans la maison UMP. Patrick Buisson, son populisme, ses appels au peuple contre les élites !

Le conseiller de Nicolas Sarkozy en avait fait un des axes de la campagne présidentielle. Une partie de l’UMP avait tordu le nez sans oser rien dire car on était en campagne et qu’il fallait être solidaire.

Vint la défaite, mais Nicolas Sarkozy rendit impossible l’inventaire, car il n’avait pas perdu. La ligne Buisson l’avait fait gagner, enfin presque. Elle l’avait sauvé du désastre annoncé. C’est ce que le président battu répétait à ses proches qui transmettaient le message aux ouailles de l’UMP. Silence dans les rangs.

Il fallait bien cependant que l’orage éclate, que les comptes se règlent un jour. C’est ce qui est en train de se passer et de la façon la plus spectaculaire qui soit.

Patrick Buisson a importé son populisme au sein de la maison UMP et c’est comme s’il l’avait incendiée. Pour tenter de sauver le soldat Copé de plus en plus isolé à son poste de président contesté de l’UMP, il a inventé une « vraie fracture entre la base militante et sa représentation parlementaire ».

Une façon de délégitimer le vote des parlementaires UMP prévu mardi qui donnera sans doute majoritairement raison à François Fillon qui appelle à un nouveau vote avant le printemps prochain.

Mais les députés et les sénateurs UMP n’y ont pas vu qu’une simple manœuvre. Ils ont éprouvé un gros malaise : Buisson leur déclarait la guerre. Monter les militants contre eux, c’était remettre en cause leur travail et leur existence, attaquer la démocratie représentative, poser un pain de dynamite au milieu de leurs dernières certitudes.

Et ce qui ne s’était pas produit pendant la campagne s’est réalisé : des voix se sont élevées pour dénoncer la ligne Buisson. Un tout petit début de résistance, mais un début quand même.

Le Monde.fr

Le Conseil Constitutionnel établit un contrat de génération avec l’UMP

Promesse phare de la campagne de François Hollande, le premier contrat de génération sera mis en place au Conseil Constitutionnel. La mesure, qui vise à faire encadrer un jeune incompétent par un senior à l’orée de la péremption, permettra à l’institution de la rue de Montpensier d’enseigner les rudiments de l’opposition à l’UMP.

Souvent débordant d’enthousiasme au moment d’entrer dans la vie active, le jeune est toutefois inexpérimenté, ce qui se manifeste par un comportement un peu foufou très sympathique mais guère productif.
C’est avec l’objectif de canaliser cette énergie et de favoriser un apprentissage empirique que M. Hollande avait proposé le contrat de génération, un dispositif permettant aux PME qui constituent des binômes jeunes-seniors d’obtenir des allègements de cotisations sociales.

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Les membres du Conseil Constitutionnel lors de leur jogging, ce matin.

La loi n’est pas encore votée – elle devrait l’être le mois prochain, sans difficultés si le gouvernement s’abstient de communiquer à son sujet – mais de nombreuses entreprises et institutions se sont d’ores et déjà déclarées partantes.
Pour Jean-Louis Debré, le président du Conseil Constitutionnel, mettre en œuvre le contrat de génération est une évidence : « Les jeunes d’aujourd’hui ne savent plus être dans l’opposition. Dieu sait que j’aime l’UMP, vous n’avez qu’à voir comme je le châtie, mais il faut voir les choses en face : ils passent leur temps à se toucher dans les media et sur les réseaux sociaux mais dès qu’il s’agit d’utiliser leurs dix doigts à l’Assemblée y a plus personne. La France ne peut pas se permettre une génération perdue, nous avons besoin de reprendre ces jeunes en main. »

Derrière ce constat se cache une vérité plus amère : si la Cour des Comptes semble pour le moment être hors course dans son rôle de contre-pouvoir, le Conseil Constitutionnel n’a cessé de perdre des parts de marché face au groupe communiste au Sénat. Or Jean-Louis Debré n’a que peu de sympathie pour le parti du goulag et des 100 millions de morts, qui, estime-t-il, tente d’entraver le sacro-saint principe de libre concurrence.
« A 70.9 ans de moyenne d’âge, on sait ce que c’est que la lutte pour la survie du monde libre contre les hordes bolchéviques, » rappelle-t-il. « Les plus jeunes de nos sympathisants semblent avoir perdu cette priorité de vue. Nous allons les équiper intellectuellement. »

Outre le contrat de génération, le Conseil Constitutionnel entend aussi mettre à profit le contrat d’avenir, qui permet de mettre le pied à l’étrier à un jeune sans aucune qualification et provenant d’un quartier défavorisé. « Ça sera un peu plus compliqué, mais nous faillirions à notre devoir de citoyens si nous ne donnions pas aussi une chance à Jean-François Copé » conclut M. Debré.

 

La rédaction, BRAVE PATRIE

Copé coincé entre Marx, Hugo et les Pieds Nickelés

Le dictateur s’agite, rendons-lui cette justice ; il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il se remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. Ces hommes, le malfaiteur et ses complices, ont un pouvoir immense, incomparable, absolu, illimité (…) Ils s’en servent pour jouir. S’amuser et s’enrichir, tel est leur “socialisme”. Ils ont arrêté le budget sur la grande route ; les coffres sont là ouverts, ils emplissent leurs sacoches, ils ont de l’argent en veux-tu en voilà (…) On nage dans toutes les abondances et dans toutes les ivresses. Et l’homme du peuple, le pauvre journalier, auquel le travail manque, le prolétaire en haillons, pieds nus, auquel l’été n’apporte pas de pain et auquel l’hiver n’apporte pas de bois, dont la vieille mère agonise sur une paillasse pourrie, dont la jeune fille se prostitue au coin des rues pour vivre, dont les petits enfants grelottent de faim, de fièvre et de froid dans les bouges du faubourg Saint-Marceau, dans les greniers de Rouen, dans les caves de Lille, y songe-t-on ? que devient-il ? que fait-on pour lui ? Crève, chien !Hugo campait dans les affects et personnalisait ; Marx se souciait d’analyse, traquant la lutte des classes derrière la lutte des places. Et ses morceaux de bravoure font mouche, 160 ans plus tard, qui caractérisent aujourd’hui ce siège du siège de l’UMP : « Passions sans vérité, vérités sans passion ; héros sans héroïsme, histoire sans événements ; développement dont la seule force motrice semble être le calendrier, fatigant par la répétition constante des mêmes tensions et des mêmes détentes ; antagonismes qui ne semblent s’aiguiser périodiquement d’eux-mêmes que pour pouvoir s’émousser et s’écrouler sans se résoudre ; efforts prétentieusement étalés et craintes bourgeoises devant le danger de la fin de monde, et, en même temps, de la part des sauveurs du monde, les intrigues et les comédies de cours les plus mesquines dont le laisser-aller rappelle moins l’époque actuelle que les temps de la Fronde ; tout le génie officiel de la France condamné au néant par l’imbécillité astucieuse d’un seul individu, la volonté de la nation, chaque fois qu’elle se manifeste dans le suffrage universel, cherchant son expression adéquate chez les ennemis invétérés des intérêts des masses, jusqu’à ce qu’elle la trouve enfin dans la volonté obstinée d’un flibustier. Si jamais période historique fut peinte en grisaille, c’est bien celle-ci. »

14 juillet 2011 : le discours anti-Sarkozy de Raymond Aubrac

ImprimerNicolas Sarkozy a vanté ce mercredi la mémoire de Raymond Aubrac, un de ces « héros de l’ombre qui ont sauvé l’honneur de la France, à un moment où elle semblait perdue », ajoutant :

« Nous avons le devoir d’en maintenir le souvenir vivant au cœur de notre mémoire collective. »

Puisqu’il nous y invite, et que c’est un devoir, participons à cet exercice de mémoire, en retrouvant un souvenir assez récent : le 14 juillet dernier, à la Bastille, une centaine de militants des droits de l’homme étaient réunis pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement.

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Parmi eux figurait Raymond Aubrac, 97 ans, qui a lu l’appel à manifester du collectif Non à la politique du pilori, diffusé dès juin :

« Depuis bientôt un an, les plus hautes autorités de l’Etat s’acharnent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Elles ont successivement jeté à la vindicte publique les Roms et les gens du voyage, les Français d’origine étrangère, les habitants des quartiers populaires, les chômeurs et précaires qualifiés d’“assistés”… Elles ont ressorti le vieux mensonge d’une immigration délinquante, elles pratiquent la politique de la peur et de la stigmatisation.

Nous avons manifesté le 4 septembre 2010, dans toute la France, contre ce dévoiement de la République. Aujourd’hui, chacun mesure la terrible responsabilité de ceux qui ont donné un label de respectabilité aux idées d’extrême droite, à la xénophobie, à la haine et au rejet de l’autre. De dérapages verbaux en pseudo-débats, de crispations identitaires en reculs sociaux, la voie a été grande ouverte à une crise démocratique encore plus grave que celle du 21 avril 2002.

Parce que nous sommes attachés aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, nous ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous. Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés, que les inégalités soient encouragées par l’injustice fiscale, le recul des droits sociaux et la démolition des services publics.

Nous refusons cette République défigurée ; celle que nous voulons, c’est la République “laïque, démocratique et sociale” que proclame notre Constitution ; celle du 14 juillet 1789, du Rassemblement populaire de 1936, celle enfin du Conseil national de la Résistance. Celle qui s’attache inlassablement à garantir à tous l’égalité en dignité et en droits, l’égale liberté, l’égal respect de la part de ceux qui les gouvernent.

C’est pourquoi nous lançons un appel solennel au rassemblement de toutes et tous, à la mobilisation des consciences pour le retour de cette République que nous voulons plus que jamais libre, égale et fraternelle.

Deux cent vingt-deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, ce 14 Juillet est le dernier avant l’échéance présidentielle de 2012. Sachons nous en saisir, nous rassembler pour fêter la République de la meilleure manière qui soit : en appelant nos concitoyennes et concitoyens à faire respecter ses valeurs, aujourd’hui et demain. »

 

Document « rue89 » 11/04/2012

Le bilan de santé de Sarkozy

(Dessin Luz)

Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme? (1)«Libération» regarde dans le rétro et décrypte les principales réformes lancées par Nicolas Sarkozy en tant que président. Aujourd’hui, la santé.

Par ERIC FAVEREAU, CHARLOTTE ROTMAN, MARIE PIQUEMAL (Liberation)

En 2007, Nicolas Sarkozy n’a pas fait campagne en parlant de l’hôpital ou de la sécurité sociale. Mais une fois élu, il a initié des vastes réformes dans le secteur de la santé. Des pans entiers de l’activité hospitalière ont été réorganisés, parfois dans la douleur. Certains chantiers sont encore en cours.

Dessin d'illustration pour la série «Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme?» Du nettoyage en perspective avec la réforme du médicament

A l’origine, un scandale

Heureusement qu’elle était là… Irène Frachon, pneumologue à l’hôpital de Brest, a été l’élément central dans le scandale du Mediator, ce coupe-faim du laboratoire Servier autorisé jusqu’en novembre 2009. Irène Frachon a étudié les dossiers des patients auxquels avait été prescrite cette molécule, et a découvert que le Mediator avait pu provoquer entre «500 et 2000 morts». Déclenchant une enquête sur les mensonges du laboratoire Servier.

La mise en œuvre, un chantier ambitieux

Il y a eu d’abord un rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales, en janvier 2011, qui a pointé la responsabilité de Servier, révélant des mensonges répétés. Puis une loi a été votée à l’automne 2011, réformant la sécurité sanitaire. Elle propose notamment de rendre obligatoires les déclarations de conflits d’intérêts dans le monde de la santé. (Lire l’interview du ministre de la santé dans Libé).

Les conséquences, une réforme inachevée

La loi va-t-elle assez loin? Comment rompre, ou déjà clarifier, les liens complexes entre chercheurs, médecins, et laboratoires pharmaceutiques ? Début 2012, la situation reste confuse, toujours marquée par le traumatisme post-Mediator. La nouvelle Agence de sécurité des médicaments a du mal à sortir de la tempête. En cours, une réévaluation de tous les médicaments.

 

Dessin d'illustration pour la série «Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme?» La loi Hôpital réorganise dans la douleur

A l’origine, nommer un patron à la tête de l’hôpital

La loi Hôpital, patients, santé et territoire (HPST) visait à faire fonctionner ensemble les hôpitaux, grands et petits, pour créer de véritables territoires de santé. Mais aussi décider d’un patron pour l’hôpital:  directeur ou médecin? «Il faut un patron à l’hôpital», a répété à tout-va Nicolas Sarkozy.

La mise en œuvre, ponctuée par des grèves

Après plusieurs grèves, plusieurs frondes et navettes parlementaires, la loi HPST, présentée au conseil des ministres par Roselyne Bachelot a été finalement votée, puis le texte est paru au Journal officiel le 22 juillet 2009. Il transforme la gouvernance à l’hôpital, en donnant beaucoup de pouvoir au directeur qui nomme les chefs de pôles. Il permet aussi de créer des regroupements hospitaliers, pour éviter que les petits établissements ne ferment faute de médecins.

Les conséquences, un budget plus que serré

La loi HPST a cristallisé beaucoup de conflits et de rancœurs. La réorganisation a été douloureuse. Deux ans plus tard, le malaise hospitalier reste entier. Et surtout il se nourrit d’une rigueur budgétaire inédite: pour la première fois, le personnel soignant a diminué dans les hôpitaux français.

 

Dessin d'illustration pour la série «Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme?» La justice sommée de se mêler de la folie

A l’origine, un meurtre

En décembre 2008, en Isère, un fait divers agite la France: un grand psychotique, en fugue de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève, et surtout très mal pris en charge dans son secteur, poignarde un étudiant au hasard dans une rue de Grenoble. Comme à chaque fois, Nicolas Sarkozy demande une loi, cette fois pour modifier les placements en hôpitaux psychiatriques.

La mise en œuvre, l’intrusion du juge

Malgré de nombreuses protestations, au 1er août 2011, une nouvelle loi est entrée en vigueur. Elle modifie en profondeur les conditions de prise en charge des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques. D’un côté, elle oblige le juge à décider –au bout de deux semaines–, la poursuite ou non d’une hospitalisation sans consentement pour un patient. Ensuite, le texte autorise «des soins sans consentement» en ville, alors qu’auparavant la contrainte ne pouvait se porter que sur la décision d’hospitalisation.

Les conséquences, un secteur désorganisé

La première conséquence a été une désorganisation forte des secteurs de psychiatrie qui ont dû gérer la présence inédite du juge pour les hospitalisations sous contrainte. Ensuite, une lourdeur administrative: «Il y a plus d’une quinzaine de types de certificats, maintenant. On s’y perd», détaille un chef de secteur. Pour le reste, la psychiatrie publique se doit de vivre dans une grande rigueur budgétaire.

 

Dessin d'illustration pour la série «Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme?» L’aide à la procréation attend encore sa révolution

A l’origine, une demande de la société

La loi de bioéthique doit être révisée tous les cinq ans. Le rendez-vous, prévu pour 2009, avait déjà du retard à l’allumage. Et, avant l’examen du texte à l’Assemblée, en 2011, Xavier Bertrand, alors Ministre de la santé, confiait à Libération: «Nous avons une loi, il n’y a pas de besoin de révolution.» Mais ce passage obligé devant les législateurs était très attendu par toute une partie de la société: les lesbiennes ou les femmes célibataires, obligées de s’exiler pour se faire inséminer, les associations ou enfants issus d’un don de gamètes et hostiles à l’anonymat du don, les couples ayant besoin d’une mère porteuse. Tous espéraient une réponse médicale à une «infertilité sociale».

La mise en œuvre, frileuse

Consultation, états généraux, missions… La révision des lois de bioéthique atterrit finalement dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale le 15 février 2011. Au Sénat, les élus modifient le texte, vers davantage d’ouverture…par exemple en votant l’autorisation des recherches sur l’embryon mais tout cela sera resserré lors de la deuxième lecture au Palais-Bourbon. La loi est promulguée et publiée le 7 juillet 2011.

Les conséquences, plutôt décevantes

Autoriser l’insémination aux femmes célibataires? C’est non. Aux couples de lesbiennes? Toujours non. Inventer un cadre légal pour la gestation pour autrui  ou, au moins, trouver une manière de régulariser des enfants français nés d’une mère porteuse à l’étranger ? Impossible. Permettre la levée de l’anonymat des dons de gamètes ? Envisagé par Roselyne Bachelot, ce changement a finalement été enterré. Pour ce qui est de la PMA (procréation médicalement assistée), on est presque au statu quo. L’exode des couples infertiles ne risque pas de se tarir. Chaque année, plusieurs milliers d’entre eux se rendent à l’étranger pour se faire aider à concevoir un bébé. (Lire ici la tribune de Geneviève Delaisi de Parseval)

 

Dessin d'illustration pour la série «Que reste-t-il de cinq ans de sarkozysme?» Les malades victimes de la réforme de l’assurance maladie

A l’origine, la recherche d’économies

Tout un tas de mesures ont été adoptées ces dernières années, grignotant les remboursements des soins par la sécurité sociale. Beaucoup sont passées inaperçues car techniques, d’autres ont fait un peu plus de bruit, comme la baisse des indemnités journalières pour une partie des salariés malades. Mises bout à bout, toutes ces mesures, souvent prises par voie réglementaire, constituent une régression du droit des malades.

La mise en œuvre, par petites touches

Le quinquennat de Sarkozy, c’est d’abord des déremboursements de médicaments à la pelle. C’est aussi la hausse du reste à charge pour les actes de soins dits coûteux. Le ticket modérateur, part qui reste à la charge du patient, n’est désormais plafonné que pour les frais supérieurs à 120 euros (et non 91 jusqu’ici). Par ailleurs, un décret a rendu plus difficile le remboursement des frais de transport, le patient doit désormais apporter la preuve de son incapacité médicale à se rendre seul à l’hôpital. Enfin, dernier exemple d’attaque en date: la baisse des indemnités journalières pour les salariés malades. La sécurité sociale verse désormais 1200 euros maximum d’indemnités chaque mois contre 1470 euros auparavant.

Les conséquences, désastreuses

Les malades sont les premières victimes de ces attaques. Les associations s’inquiètent et alertent sur une réalité: de plus en plus de salariés malades cachent leur pathologie à leur employeur, continuant à travailler pendant leur traitement, pris à la gorge financièrement.

Délire tragique de Mohamed Merah : six questions essentielles

L’ensemble de l’Occident a suivi avec angoisse la traque du tueur fou de Toulouse. Même à plusieurs milliers de kilomètres du lieu du drame, les gens ont fait preuve d’intérêt et d’empathie. Et maintenant que Mohamed Merah est mort, les questions fusent. De tout ce que j’ai lu et entendu, dans la rue, sur Twitter, sur Facebook, dans les journaux français, néerlandais, britaniques, américains ou belges, il y a des questions qui reviennent, même si c’est parfois de façon implicite. J’ai décidé d’en faire la liste, et cela donne six questions précises que j’aimerais qu’on pose.

1

. L’échec de l’opération de police est-elle imputable à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy ?

On a tous plus ou moins suivi (avait-on le choix ?) le siège de l’appartement de Mohamed Merah, qui s’est soldé par plusieurs blessés parmi les policiers et la mort du tueur. On nous avait promis qu’il serait capturé vivant afin d’offrir un vrai procès à ses victimes et à leurs familles, et comme très souvent en France dans ce genre de situation on se demande s’il n’existe pas une règle non-écrite d’exécution extra-judiciaire.

 

Ou bien, comme se le demande un expert israélien, si la police française et notre cher ministre ont fait leur travail correctement. Lior Lotan, des forces spéciales israéliennes, a écrit dans le Yediot Aharonot: « L’objectif n’était pas compliqué: un appartement résidentiel, un seul fugitif, pas d’explosifs, pas d’otages, dans un endroit qui n’est pas en territoire ennemi ou un champ de bataille, mais un endroit où les forces de sécurité peuvent se déployer comme elles le souhaitent. Ou bien il y a eu un problème de préparation, ou ils ont dû entrer en action avant d’avoir fini les préparations. »

 

Alec Ron, autrefois à la tête d’une unité commando de la police israélienne, a ainsi qualifié à la radio publique israélienne que l’opération pouvait être caractérisée par « une grande confusion et un manque de professionalisme ». « La technologie existe, et cela aurait pu être effectué totalement différemment. […] Je ne comprends pas qu’on ait attendu 30 heures. Je ne comprends pas qu’ils n’aient pas eu le travail de renseignement nécessaire. […] Une leçon que les Français vont devoir apprendre, est la conséquence que le fait que Mohamed Merah était sur les listes de surveillance françaises et américaines, qu’il était sur la liste noire pour entrer en territoire américain, n’a pas suffit à prévenir ni la première attaque, ni celles qui ont suivi. Les Français vont devoir faire d’énormes efforts et vont devoir approfondir leur travail de renseignement sur le sol français. »

 

Sachant que Claude Guéant semblait impliqué sur le théâtre des opérations (alors que, comme l’a souligné Éva Joly, ce n’est pas son rôle), je pose cette question : quel est le degré de responsabilité de Claude Guéant, en tant que ministre de l’intérieur et en tant que politique s’affichant sur le terrain, dans ce fiasco ?

 

 

2. Sarkozy ne nous fait-il pas payer une décennie de superflic ?

 

Alors qu’il était encore ministre sous la présidence Chirac, Nicolas Sarkozy s’affichait en premier flic de France. Il promettait de nettoyer les cités au Kärcher™, de terroriser les terroristes, de mettre tous les vilains en prison. Il a supprimé la police de proximité et a réussi à augmenter le désamour qui existait déjà entre le Français de base et la police. Il a institutionnalisé la chasse aux Noirs et aux Arabes dans les quartiers, il a réussi à faire croire aux médias étrangers que les émeutes de 2005 étaient le produit du communautarisme islamiste, alors que c’était justement un soulèvement contre sa politique du pire, son mépris pour ceux qui n’ont pas de Rolex™ à cinquante ans et la stratégie de terreur qu’il avait institué dans les banlieues. (Je n’écris pas cela à la légère, cela fait des années que des chercheurs travaillent sur le sujet.)

 

Élu président, Nicolas Sarkozy n’a aucunement changé sa stratégie. D’après ce qu’on sait pour l’instant, Merah a été suivi par le système judiciaire français, avec comme recommandation des spécialistes qu’il soit sérieusement pris en charge afin de ne pas déraper totalement. Au lieu de cela, il a croupi sans aide aucune en prison où il s’est auto-radicalisé. On peut très bien imaginer que Merah n’aurait pas forcément commencé à tuer des gens s’il avait été aidé par des professionnels au lieu d’être enfermé et laissé à lui-même.

 

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de souligner, pendant ces longues années de pouvoir quasi-absolu, qu’il était en charge de tout cela. Il a réorganisé les renseignements français, nommé des amis à lui partout où il est passé. La question me semble donc légitime : quelle est la responsabilité personnelle de Nicolas Sarkozy dans la radicalisation de Merah, l’échec de son intégration à la société française et l’échec relatif des renseignement français ?

 

 

3. Pourquoi Israël et pas l’Algérie ?

 

Quand les soldats français ont été tués, j’ai mis pas mal de temps à comprendre qu’il s’agissait de personnes d’origine allochtones, comme on dit aux Pays-Bas : trois morts d’origine algérienne et un blessé grave d’origine antillaise. Soit. Après tout, un soldat français est un soldat français, peu importe son origine. Ceci dit, il est désormais évident qu’ils ont été tués justement parce qu’ils étaient Arabes ou Noirs : ils ont été tués pour leur origine ethnique, leur meurtre a été motivé par le racisme.

 

Et puis quand l’enseignant et les enfants ont été tués dans l’école juive, il a été tout de suite évident que ces quatres victimes ont été tuées parce qu’elles étaient juives. Tout le monde s’est alors mis à se déclarer juif, à parler d’Israël comme notre allié de toujours. Bien sûr, les Juifs de France peuvent compter sur la compassion du reste du pays : ce sont nos compatriotes, la République a le devoir de garantir leur sécurité.

 

Mais pourquoi n’ai-je entendu personne dire qu’on était tous des Français d’origine algérienne ou des Antillais ? Pourquoi Israël a tenu une place si énorme dans la gestion de ce drame, et pas l’Algérie ou les Antilles ?

 

Que Marine Le Pen condamne cet odieux meurtre de Français parce qu’ils sont juifs l’honore. C’est une surprise agréable de la part du Front National depuis qu’elle y a remplacé son père. Mais pourquoi Marine Le Pen semble préférer condamner les meurtres d’innocents juifs plutôt que d’innocents noirs ou arabes ? Certains Français seraient-ils moins français que les autres ?

 

 

 

4. Si Merah avait tué des homos, aurait-on obtenu le mariage et l’adoption ?

 

Dans son délire de haine, on peut imaginer que Mohamed Merah aurait pu s’en prendre à des Roms ou à des homos. Après tout, après les Arabes, les Noirs et les Juifs, pourquoi pas les Gitans et les pédés ?

 

La haine des autres prend racine dans la haine de soi (la fameuse Selbsthaß des Juifs allemands). Que Mohamed Merah se soit haï pour être né dans la mauvaise famille, dans la mauvaise classe sociale, avec le mauvais nom et la mauvaise gueule dans un pays dont certains responsables politiques pratiquent quotidiennement l’ostracisation de tout ce qui n’est pas homme blanc riche hétérosexuel de droite, cela n’a rien de surprenant. Pour preuve, il s’en est pris directement à des personnes issus de groupes qui étaient parmi les plus attaqués. Donc pourquoi pas des victimes homos, hein ?

 

Vu le culte des victimes « innocentes » auquel se voue Nicolas Sarkozy et ses amis, vu aussi sa créativité législative (« un fait divers, une loi »), si Merah avait assassiné des pédés aurait-on finalement obtenu l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples du même sexe par une loi express ?

 

 

5. Pourquoi n’y a-t-il pas eu plus de Mohamed Merah jusqu’à maintenant ?

 

Quand on sait que la majorité des français appartient aux classes populaires, et que leur situation est loin de s’être améliorée pendant les années Sarkozy, pourquoi n’a-t-on pas plus de ces Français qui pètent un plomb et se mettent à massacrer tout le monde ?

 

Vu l’incroyable tsunami de haine et d’exclusion dont sont victimes les Français présumés musulmans (là encore, il va falloir qu’on finisse pas avoir cette discussion sur qui décide de la religion des gens: eux-mêmes ou le pouvoir ?), vu leur nombre, les innombrables humiliations dont ils sont victimes au quotidien, les discriminations auxquelles ils doivent faire face, ça ne vous interpelle pas qu’il n’y ait pas eu plus de terroristes islamistes prêts à tout faire péter ?

 

Quand on pense à tous ces jeunes qui sont systématiquement exclus du monde du travail, harcelés par la police, menés dans des voies de garage par l’Éducation nationale, vu leur jeunesse, leur énergie, leurs frustrations, ça ne vous étonne pas qu’il y en ait finalement si peu qui pètent vraiment les plombs ?

 

Quand on sait l’indigence des prisons françaises, le désespoir et la souffrance qu’elles infligent à ceux qui ont justement besoin d’aide pour échapper à une carrière criminelle ou aux maladies mentales, vous ne trouvez pas que, finalement, on n’a pas tant de tueurs fous en liberté ?

Bref, vu l’état de la France de Nicolas Sarkozy, vous ne trouvez pas que les Français, même les plus désespérés, tiennent quand même mieux le coup que prévu ?

 

 

6. Pourquoi remet-on en cause le multiculturalisme et pas le monoculturalisme ?

 

Cette semaine, nous venons d’entendre pas mal d’attaques contre le multiculturalisme, qui serait à la source de cette série de tueries délirantes.

Alors, pour commencer, j’en avais parlé sur Minorités : la société française est, par essence, multiculturelle. S’il est bien un pays en Europe qui arrive bien à gérer les différences ethniques et religieuses au quotidien, parce que la nation est totalement distincte de l’appartenance ethnique, c’est la France. Comme le rappellent les spécialistes de la question, en particulier Emannuel Todd, c’est une longue tradition de mariage exogame, de relative tolérance religieuse et raciale, qui permet à la France d’être cette nation multiculturelle dont la grandeur dépasse largement sa taille géographique et démographique.

 

Ensuite, s’il est bien un ensemble de pouvoir qui n’est absolument pas multiculturel, c’est bien le système politique et médiatique français : les femmes françaises blanches et riches ont déjà du mal à accéder aux postes importants. Quant aux Français un peu différents, du fait de leur classe sociale, leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle, leur accent ou leur religion: ils y sont quasiment absents. J’en ai longuement parlé dans Le grand mélange, et quatre ans plus tard la situation est pire encore : même les Rachida Dati et autres Fadela Amara, créatures exotiques de service, ne sont plus au gouvernement pour donner le change.

 

Dans mon nouveau livre qui sort début avril, Marine ne perd pas le Nord, je me demande (entre autres) si un des ressorts essentiels du succès de Madame Le Pen n’est pas justement le sentiment d’exclusion causé par cette culture dominante, qui touche de plus en plus de Français. Cette haine du système touche désormais les « petits blancs » après avoir touché les petits Noirs et les petits Arabes.

 

On ne peux pas dire que le multiculturalisme est au pouvoir. Non. Au contraire, c’est le monoculturalisme qui règne. C’est la culture bling-bling ringarde, raciste, ethnocentrique, vulgaire, autosatisfaite et intolérante de la clique au pouvoir qui règne en maître. Ses victimes sont innombrables, quotidiennes et marquées pour longtemps, et je soupçonne que ce monoculturalisme est la cause de l’ambiance délétère qui règne dans ce pays dès qu’il est question d’altérité et des différences.

 

J’aimerais qu’on commence enfin à se poser la question sérieusement, collectivement : la domination totale du monoculturalisme des élites au pouvoir n’est-elle pas responsable de trop de malheurs dans ce pays, et n’a-t-elle pas eu pour conséquence la mort d’innocents ?

 

par Laurent Chambon – Samedi 24 mars 2012

Laurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, ancien élu local travailliste à Amsterdam et chercheur en sciences politiques, et est co-fondateur de Minorités.

– Samedi 24 mars 2012  univers.org

« La chute de Nicolas Sarkozy ne signifiera pas la fin du sarkozysme »

Par Anthony Laurent (12 mars 2012)

Qu’est-ce que le sarkozysme ? En cas de défaite du président sortant, comment tourner la page d’un quinquennat qui aura profondément divisé la France et ses habitants ? Insidieuse et pernicieuse, l’idéologie sarkozyste s’est instillée progressivement dans les esprits jusqu’à y infliger des dégâts immenses. Tel est l’analyse du magistrat Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris et auteur du livre Le Sarkozysme sans Sarkozy. Quelle est donc cette « pensée » qui nous gouverne ? Éléments de réponse avec un magistrat engagé.

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Basta ! : Qu’est-ce que le sarkozysme ?

Serge Portelli [1] : Peut-on encore parler de sarkozysme ? La personnalisation – propre à toute élection présidentielle – rend encore plus difficile la distinction entre le régime mis en place depuis 2007 et l’exercice singulier du pouvoir par un homme. Le sarkozysme est-il un véritable concept politique susceptible de survivre à son héraut ? Ou n’est-il que la simple expression institutionnelle d’un individu, un modèle évolutif au gré de ses humeurs et de ses intérêts, voué à sa disparition en cas d’échec, promis à d’autres changements en cas de victoire ? Peut-être est-il plus facile de raisonner à partir de l’anti-sarkozysme. Beaucoup pensent que sa puissance en fera le principal moteur de l’élection à venir. La présidentielle serait un référendum. Certes, mais contre qui ? Ou contre quoi ? Anti-Sarkozy ou anti-sarkozysme ?

D’ordinaire, l’usure du pouvoir ou la lassitude de l’opinion publique sont les composantes de toute élection. La détestation d’un homme politique en est rarement le ressort déterminant. Mais les enjeux du débat sont aujourd’hui profondément politiques. La dette, l’industrie, le chômage, l’éducation, la famille, le pouvoir d’achat, la santé… autant de thèmes de société qui partagent les Français bien au-delà du comportement d’un homme. C’est un système qui est en cause. Si anti-sarkozysme il y a, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui horripile, mais le sarkozysme qui exaspère. On oublie souvent que son impopularité s’est installée dès 2008 et que les incessantes tentatives de « changement » de l’homme-président sont restées lettre morte. Ce n’était pas l’image qui était en cause mais le fond de la politique.

Quel est le fondement du sarkozysme ?

C’est sa conception de l’homme. Chaque discours, chaque programme, chaque promesse, chaque acte posé depuis cinq ans – mais les racines sont plus anciennes – dessinent la figure d’un homme particulier. Nous sommes toujours aux antipodes de l’humanisme et de ses valeurs de compréhension, d’espoir et de confiance. La société qu’on nous propose est celle de l’émotion, de la méfiance et de la peur au service d’un individu à la recherche permanente de la réussite, de la richesse, dans un monde de compétition acharnée. Le sarkozysme repose sur une vision frileuse et parcellisée de l’humanité où pointe toujours un ennemi potentiel. Il y a toujours un Autre inquiétant et menaçant : l’immigré, l’étranger, le chômeur, le délinquant, le fraudeur, le malade mental…

Au lieu et place d’un pays solidaire où tous les hommes – surtout les plus pauvres, les plus démunis, les plus frappés par la crise économique ont leur place –, le sarkozysme dessine une citadelle assiégée qu’il entoure de remparts, une nation divisée qu’il divise encore plus, une France de la performance où la fraternité est ridiculisée en assistanat. Ont ainsi fleuri, entre autres, ce débat pervers sur l’identité nationale, dont on a osé faire un ministère, ces propos honteux sur des civilisations inégales pour fustiger une fois de plus l’islam. Le sarkozysme n’a ainsi cessé d’utiliser les mots et les idées de l’extrême droite. « Quand on aime la France, on veut que la France soit maîtresse de son destin et maîtresse chez elle », disait encore Nicolas Sarkozy il y a quelques jours à Marseille, avant que ne resurgisse la polémique pathétique sur la viande hallal…

Le sarkozysme a-t-il évolué depuis 2007 ?

L’entrée en campagne du Président sortant lève les dernières incertitudes : rien n’a changé dans le sarkozysme. Et surtout pas la très étonnante autonomie du fond et de la stratégie. Emportés par le maelström des coups tactiques, des promesses oubliées, des amitiés trahies, des rendez-vous manqués, beaucoup ne voient plus que ce nuage de poussière médiatique, ce tourbillon de paroles verbales, de promesses évidemment intenables. Mais l’essentiel n’est pas là. Le sarkozysme ne serait qu’une méthode légèrement plus cynique qu’une autre, une façon de conserver à tout prix le pouvoir, un peu plus éloignée de la morale publique que d’autres. Rien en tout cas qui mérite l’attention.

Mais le sarkozysme est bien plus que cela ! Il faut décortiquer les paroles, oublier les mises en scène permanentes, séparer la communication du fond et s’en tenir à ce qui constitue le socle d’une véritable idéologie. Il suffit aujourd’hui de lire attentivement les premiers discours de campagne. Tout est là, comme en 2007. Seule apparaît une sorte de fatigue des plumes, une lassitude de tous ceux qui prêtent leurs pensées et leurs idées au candidat. Un lyrisme hésitant, des envolées plus mesurées, des références moins fortes, des incantations qui ressemblent à des répétitions. Mais pour le reste, le socle est toujours aussi solide, aussi terrible.

Comment y mettre un terme ?

Ce sera moins la gauche que la droite elle-même qui mettra fin – provisoirement – à cette expérience. Si la France, aujourd’hui, est conservatrice, elle n’est pas extrême. Elle ne l’a jamais vraiment été. Si, majoritairement, la droite se reconnaît dans l’ordre et la tradition, elle ne s’identifie en rien au mépris de l’homme, à la xénophobie, au culte de l’argent. Il y a une différence de nature entre la droite et l’extrême droite. En s’installant constamment sur ces terres extrêmes, le sarkozysme s’est coupé de ses propres bases. Il a voulu être la fusion de ces deux entités inconciliables que sont la droite et l’extrême droite.

La chute de Nicolas Sarkozy ne signifiera pas la fin du sarkozysme. Cette idéologie s’est infiltrée insidieusement dans l’esprit public. Elle y a installé des mots, des réflexes, des facilités de langage dont il sera long et difficile de se débarrasser. Les dégâts depuis cinq ans sont immenses, et il serait illusoire de croire qu’un simple bulletin de vote suffira. Le mal est profond. Car le sarkozysme n’est pas né le 6 mai 2007. Cette présidence n’a fait qu’attiser et exacerber des maux qui travaillaient depuis longtemps la société française. Elle a radicalisé, décomplexé et légitimé des opinions qui s’exprimaient jusqu’alors à mi-voix et sortaient désormais de la bouche de la plus haute autorité de l’État.

La France peut-elle basculer dans un régime autoritaire ?

Le sarkozysme a installé les bases d’un État-limite qui nous a éloignés progressivement des règles ordinaires de la démocratie et du respect des libertés publiques, qui devraient être la marque de fabrique de notre pays. S’est installée une obsession malsaine de la surveillance, du fichage, de l’expulsion, de l’enfermement. Le fonctionnement même de l’État s’est altéré. Les services publics ont été démantelés. Mais le pire est dans la perte de l’idée de service public gangrenée par une idéologie inspirée du pire de la gestion privée. Cet État-limite est un risque majeur pour la démocratie. Il peut nous conduire vers de graves dérives. Le sarkozysme est la tentation permanente d’un État autoritaire. L’utilisation débridée de l’arme référendaire, promise par Nicolas Sarkozy, est un des outils les plus efficaces pour nous y conduire. Il ne s’agit plus seulement de mépriser et de décrédibiliser tous les corps d’État ou les corps intermédiaires, qui font la vraie force d’un pays, mais de s’en passer.

Il est donc grand temps de revenir aux valeurs fondamentales de la République ! Le mérite du sarkozysme est de nous avoir fait prendre conscience de ce que nous pourrions perdre. La démocratie peut s’éteindre violemment, dans une guerre, une révolution, une crise majeure. Elle peut aussi disparaître insensiblement, mot après mot, loi après loi… Le choix n’a jamais été aussi clair. Beaucoup aujourd’hui veulent pouvoir se lever chaque matin sans se dire : « De quoi vais-je avoir honte aujourd’hui ? » Beaucoup ne demandent pas de rêve, mais simplement la fin d’un cauchemar.

[1] Magistrat, auteur de Le Sarkozysme sans Sarkozy (Éditions Grasset, 2009)

Recueilli par Anthony Laurent paru dans bastamag.net

Photo : DR