Section de Gréasque
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Tapie veut racheter «La Provence » : la démocratie en danger !

Blog de Patrick Mennucci :

 

Après les châteaux de Bokassa, Manufrance, La Vie Claire ou Testut, objectif les journaux du Groupe Hersant ! Grâce aux millions obtenus avec l’aide de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde dans des conditions qui intriguent la justice, Bernard Tapie renoue avec l’affairisme des années 80 : le voilà qui se pique de devenir patron de presse en mettant la main pour 50 millions d’euros sur « La Provence », « Nice-Matin », « Var-Matin » et « Corse-Matin », plus des titres aux Antilles, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie…

D’après les informations révélées par les médias sur cette opération initiée dans un secret qui confine à l’opacité, il s’agit en fait d’une partie de poker menteur qui permettra à quelques-uns de s’enrichir sur le dos de tous les autres. En clair, Bernard Tapie s’est associé à la famille Hersant aujourd’hui installée en Suisse pour des raisons fiscales, qui cherchait à conserver une partie de ses journaux sans rembourser les 215 millions de dettes qu’elle a envers un pool de banques françaises. En décourageant toute autre offre de reprise, cet improbable duo risque fort de parvenir à ses fins. Ensuite, il sera temps de se partager le gâteau : « Nice-Matin » sera revendu pour que chacun rentre dans ses frais, Hersant gardera l’outre-mer et Tapie ramassera la mise avec « La Provence ».

Il est à souligner que ce sera la troisième fois que les Hersant se débrouilleront pour se décharger de leurs obligations financières sur la collectivité. Ce fut déjà le cas dans les années 90 lors de la succession de Robert Hersant, puis l’année dernière lors de la chute de « Paru-Vendu » qui a laissé 2.500 salariés sur le carreau…

Ce tour de passe-passe financier est d’autant plus inquiétant qu’il porte sur la prise de contrôle de journaux, un des éléments indispensables au bon fonctionnement de la vie démocratique. Or, personne n’est dupe : Tapie aux commandes de « La Provence », c’est un premier pas vers un retour sur la scène politique provençale en général et marseillaise en particulier, vers des spéculations sans fin, des rumeurs, des manœuvres.

C’est d’autant plus grave que « Libération » révèle ce matin qu’il aurait obtenu le soutien de Jean-Noël Guérini en vue des municipales 2014, à condition qu’il « vire » des journalistes. On peut aussi se demander si les très graves déclarations du fils de Bernard Tapie à l’encontre du Président de l’Olympique de Marseille ne font pas partie des tentatives de déstabilisation du club afin de le récupérer un jour prochain, à bas prix.

Député des Bouches-du-Rhône, j’apporte donc tout mon soutien aux personnels des journaux du groupe Hersant, particulièrement à ceux de « La Provence » qui ont su maintenir en bonne santé leur entreprise. J’appelle tous les Elus, toutes les associations, tous les citoyens à faire preuve de vigilance sur ce dossier, qui est déjà suivi de près par le gouvernement. Contrairement à ce qu’un financier comme Bernard Tapie peut croire, l’information n’est pas une marchandise comme une autre. Elle doit rester indépendante, ne pas être au service d’un homme et de ses ambitions. Elle crée du lien, forge une communauté, nourrit une identité. Un journal est une agora.

A l’heure où s’ouvrent les discussions autour du projet de Métropole de l’agglomération marseillaise, la Provence a besoin de « La Provence » comme espace de débat.

Pas de Bernard Tapie !

Le préfet Parant en mode démineur

La bombe. La bombe ? La bombe ! La charge de 120 kg découverte sur les chantiers du J4, et qui nécessitera une évacuation l’après-midi du mercredi 18, a été longuement évoquée lors de la « conférence de rentrée », équivalent préfectoral des vœux à la presse. Vraie préoccupation un brin enflée médiatiquement, qui n’a pas empêché le préfet de Région Hugues Parant d’avoir à faire face à un champ de mines de questions lancées par la vingtaine de journalistes présents : LGV, intercommunalité, sécurité, nucléaire, Roms, Fralib, réseau de santé du Grand conseil de la mutualité, LyondellBasell…

Mais avant cela, il a profité de l’occasion pour détailler la « philosophie » de son action : « Un, on y croit. Deux, on ne lâche pas ». La méthode Coué dans toute sa splendeur. La suite :« l’Etat est là pour assurer la colonne vertébrale, donner une direction et aussi parfois bousculer les habitudes ». Tout en étant attentif au contexte local. Et avec pour méthode de« nous reporter systématiquement à la vie quotidienne de nos concitoyens ». Beau programme…

Avec en prime quelques remarques un brin chagrines, pour ne pas dire critiques, face aux journalistes. En introduction déjà, il lançait « qu’il est toujours plus facile de juger que d’être dans l’action ». Par la suite, il a conseillé de « s’intéresser à qui finance » les « structures associatives et les collectivités » pour leurs programmes sociaux. L’État bien sûr, pas récompensé pour ses mérites. Mais c’est le jeu, admet-il à moitié. C’est le jeu admet-on aussi alors, peut-être d’ailleurs  préférable aux déclarations d’amour pour le métier des vœux de Michel Vauzelle.

Un lienPas si moche la ville

C’est donc l’heure du déminage, avec une rafale rapide pour commencer avant deux dossiers sur lesquels nous nous attarderons plus longuement. La première belle mine sur son passage, celui qui est passé par le Vaucluse et le Var avant d’occuper la place Félix-Baret la renvoie – décidément – en partie aux médias : d’accord les rafales de kalach’ et les barbecue en plein décembre c’est pas idéal, mais derrière la « loupe » le boulot du nouveau préfet de police Gardère commence à payer. Pas plus de commentaires : ce dernier donnera une conférence de presse dans une semaine une fois que son patron Claude Guéant aura dévoilé les chiffres de la délinquance. Pour les fans, il vous reste d’ici là son interview sur Marsactu à l’occasion de la réunion sécurité organisée luni dans le 15/16.

Surtout, nous a expliqué Hugues Parant, sans nier le reste Marseille c’est pas si mal avec ses Calanques, son port, sa capitale européenne de la culture. Bref, si on interroge les Marseillais, contrairement à ce que les Nordistes pourraient penser devant leur télé « ils ne veulent pas tous fuir » la ville. Jean-Claude Gaudin, qui passe son temps à rendre télé, radios et sites web responsables  de la mauvaise image de la ville, devrait penser à monter un duo.

Un lienFlottement nucléaire

Frédéric Legrand, du pure-joueur Chez Albert, demande ce qu’il retient de l’accident de Marcoule, dans la perspective de l’exercice de crise nucléaire prévu la semaine prochaine à Cadarache. Réponse : Marcoule ce n’est pas dans la région. « Mais vous êtes préfet de zone », rétorque le premier au second qui avait pendant son discours abondamment insisté sur la multiplicité de ses fonctions (par exemple coordonnateur du massif Alpin), « un poste qui ne ressemble à aucun autre en France ». Mais Marcoule c’est dans la Drôme, pas sa zone, tranche Hugues Parant.

On est bien parti si ça pète : Marcoule est dans le Gard. Interrogé à l’issue de la conférence, Hugues Parant minimise et insiste sur la longueur des débats. Bon personne n’est infaillible. En tout cas il avoue avoir retenu une leçon de Centraco : « le préfet du Gard était débordé, celui de Montpellier aussi. C’est le préfet de zone (donc lui, ndlr) qui aurait dû prendre cela en main. Mais pour cela il faut que l’Autorité de sûreté nucléaire me mette dans la boucle », nous glisse-t-il. Bonne idée effectivement.

Un lienLGV et intercommunalité, le retour

Plus facile et plus prévisible : quid des tectoniques des plaques de l’intercommunalité et du projet de LGV ? On vous laisse vous reporter à nos articles passés et à venir sur ces dossiers (comme d’ailleurs sur Fralib ou LyondellBasell), où Hugues Parant s’exprime longuement. Il a en tout cas bien réussi à éviter les pièges du cas complexe du pays d’Aix qui, a rappelé sa présidente UMP Maryse Joissains le matin même par un communiqué ne veut pas accueillir 14 communes vauclusiennes du Sud Lubéron. « Bien qu’ayant été proposé cela ne se fera jamais, la messe est dite », résume-t-il après un exposé des mécanismes de la loi de décembre 2010.

Sur la LGV, il semble en revanche découvrir les déclarations de Michel Vauzelle vendredi dernier lors de ses voeux à la presse. Le président du conseil régional lançait que c’était « une honte »que l’Etat « abandonne » le projet. « Il a de temps en temps des expressions qui dépassent sa pensée », s’est contenté de répondre Hugues Parant, rappelant en outre qu’il avait dit sa satisfaction après le comité de pilotage de décembre dernier. Voilà Vauzelle remis en place poliment mais fermement. Et sans risquer la condamnation pour diffamation comme son prédécesseur Michel Sappin

Un lienGo, go, go sur les contrats aidés

La mine suivante est vicieuse, comme ces maudits journalistes les affectionnent. Pendant son discours, Hugues Parant avait affiché comme première priorité de l’Etat en 2012 « la crise et ses conséquences », faisant le tour de quelques programmes concernant l’emploi, la formation, ou le soutien aux entreprises. Citant notamment à l’appui les « 40 000 contrats aidés en 2011, qui je vous l’annonce déjà seront encore plus nombreux au premier semestre ».

Ça tombe bien, on comptait (et on n’était pas les seuls), l’interroger sur un très critique article de Rue 89 sur les « soldes de fin d’année sur l’emploi aidé ». Pour faire court, la préfecture a considérablement assoupli les conditions et mis le paquet sur le démarchage pour inviter les associations et les entreprises à saisir cette chance. Un « cadeau de Noël » qui « sera périmé aussitôt les élections (présidentielle et législatives) passées », ajoute le site, qui l’assimile à un traitement statistique pour faire sortir des chômeurs des listes avant les échéances.

Car comme l’expliquent Les Echos pas d’augmentation de l’enveloppe de ce dispositif, dont la diminution progressive était prévue de longue date. « La loi de Finances pour 2012 a au contraire réduit la voilure » au niveau national, « mais l’Etat compte concentrer son effort sur le premier semestre pour limiter la casse avant l’élection présidentielle ». Magnéto Esther :

 

Un lienDeux tables qui ne tournent pas rond

Bon, mis à part les dégâts possibles en cas de confirmation d’une politique de stop-and-go (« Un coup, il y en a ; un coup, y en a plus », disait à Rue89 le responsable de la couveuse Intermade), ça fera toujours des emplois rapidement, et des cotisations chômage en moins… Mais sur deux sujets assez importants (et épineux) pour que tout le monde s’accorde sur la nécessité d’une table ronde sous l’égide de l’Etat, la défense est sérieusement fissurée.

Pour le Grand conseil de la mutualité – où pour résumer ce n’est pas le terrible « l’Etat ne peut pas tout » de Jospin mais « l’Etat ne peut rien » – vous la trouverez dans notre article rapportant également la manifestation de mardi. L’autre table ronde attendue depuis des mois concerne la situation des Roms, ballotés d’expulsions en expulsions, rejetés une partie de la populations et des élus locaux, vivant dans des conditions d’hygiène, de santé catastrophiques, sans parler de la scolarisation erratique des enfants. Pourquoi l’Etat ne réunit-il pas tout le monde ?

 

Militant de Rencontres Tsiganes, Jean-Paul Kopp s’étonne : « on ne conteste pas les expulsions, on ne va pas à l’encontre d’une décision de justice. Ce qu’on dénonce c’est que cela se fasse toujours sans solution ». Quant à la supposée absence de consensus sur l’objectif d’une telle table ronde, il ne comprend pas trop : « il s’agit simplement de trouver des solutions pour l’accueil de ces populations ». Avant de conclure sans illusions : « le problème est que personne ne veut s’en occuper, surtout à quelques mois des élections, dont on se renvoie la balle ».

Julien VINZENT   Marsactu.fr

Après y avoir été longtemps opposé, Gaudin accepte maintenant d’armer sa police municipale

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» Si armer la police municipale était la bonne solution, il y aurait moins de délinquance dans les villes où elle a été mise en œuvre. Or, aucune statistique ne l’a démontré jusqu’à présent » . C’est ce que déclarait encore en août dernier Jean-Claude Gaudin dans les colonnes du Figaro.

Mais apparemment, il vient de changer d’avis. Dans une drôle d’interview fleuve donnée ce matin à La Provence, où il récite les éléments de langage préparés par ses spin-doctors et déjà distillés un peu partout ces derniers jours dans les autres médias ( France 3 La Voix est libre, France Bleue Provence, Europe 1, le talk le Figaro…), au milieu donc des  » Claude Guéant a tenu ses engagements » et traditionnels  » il faut un sacré culot pour ne pas voir que cette ville a profondément changé en 15 ans« , le maire de Marseille fait donc machine arrière toute sur l’armement de la police municipale : «  J’ai été longtemps hostile mais maintenant je suis prêt à envisager cette possibilité. Mais les policiers municipaux devront être mieux formés ».

Nicolas Sarkozy étant venu annoncer cette semaine qu’il allait équiper les policiers de la BAC ( Brigade anti-criminalité, pour ceux qui ne regardent pas Braquo) de fusils à pompe, la posture de Gaudin devenait un peu compliquée. « Ses amis », et notamment le très entreprenant Guy Teissier commençaient également à lui mettre lourdement la pression sur le sujet. Mais une fois de plus, c’est surtout les syndicats qui ont fait avaler au maire son beau chapeau de mahatma. Gaudin cherche à faire travailler le soir sa police municipale au moins jusqu’à minuit. Et forcément ça coince avec les syndicats, y compris avec le co-gestionnaire FO, qui exigent des contre-parties, notamment sur leur armement. Du coup, cette réorganisation qui devait être annoncée en conseil municipal lundi prochain est bloquée. Gaudin vient donc de faire un beau virage sur son aile droite, et de se payer un beau gilet parre-balle, qui lui sera vraisemblablement bien utile lundi matin.

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La santé est devenue un luxe pour un tiers des Français

La santé est devenue un luxe pour un tiers des Français. Nicolas Sarkozy est en déplacement aujourd’hui à Carcassonne pour parler aux Français de santé et de l’hôpital. Les politiques de santé publique devront en effet être placées au coeur de la prochaine campagne présidentielle. Mais le bilan de la majorité présidentielle dans ce domaine est peu reluisant. Le Président n’a pas de quoi se glorifier, et devrait plutôt écouter les attentes des Français, et prêter enfin attention au tiers de nos concitoyens pour qui la santé est devenue un luxe.

Les dernières études publiées sont en effet très alarmantes : les Français sont de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés pour se soigner, pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, à renoncer à des soins pour raisons financières… La part de la population déclarant avoir dû renoncer à se soigner ou reporter des soins faute de moyens au cours de l’année 2011 s’élève à 29%. C’est presque trois fois plus qu’en 2009.

La France est aujourd’hui placée à l’avant-dernier rang au niveau européen, devant la Pologne. Plus d’un Français sur deux estime que notre système de santé ne garantit plus l’égalité d’accès aux soins médicaux pour tous les citoyens. Or, la justice sociale exige que chaque citoyen ait accès à des soins abordables et de qualité. Il s’agit d’abord de garantir les conditions financières de l’accès aux soins pour tous.

De fait, une grande partie de la population fait face à un reste à charge important, qui retarde la consultation de médecins et entraîne des surcoûts importants à moyen terme. Il est donc essentiel de redéfinir des objectifs clairs de prise en charge intégrale des soins, fondée sur une évaluation micro-économique des exonérations ciblées existantes. Cela suppose aussi de redonner à la médecine de proximité et de premier recours toute sa place dans le système de prise en charge des maladies.

Il est également nécessaire de donner aux régimes complémentaires toute la place qui leur revient dans notre système de soin. Contrairement aux convictions de la majorité présidentielle, ils ne sauraient pallier le désengagement de l’assurance maladie sans que soit remis en cause l’ensemble du socle de solidarité nationale. La question se pose plutôt de les rendre aujourd’hui généralisés, comme ce fut le cas pour les retraites il y a près de 40 ans.

Il faut ensuite mettre un terme à la multiplication des dépassements d’honoraires, qui créent des barrières à l’accès aux soins et sont source d’inégalités majeures. Il faudra donc engager des discussions avec le corps médical dans son ensemble et les organismes complémentaires, de manière à encadrer les dépassements d’honoraires en les soumettant à des contreparties négociées.

Les problèmes d’accès aux soins ne se posent pas seulement en termes financiers : la répartition des professionnels de santé sur le territoire et entre les différentes spécialités constitue également un obstacle majeur. Il faudra donc agir pour résorber les déséquilibres démographiques et territoriaux en matière de répartition du personnel de santé, notamment des médecins généralistes qui sont souvent la porte d’entrée de notre système de prise en charge des malades. Les incitations financières ont montré leurs limites. Le développement de maisons de santé, associant soins et services médico-sociaux, où les médecins et infirmières pourraient au besoin être salariés par les Conseils généraux semble plus prometteur. Cette mesure devrait s’accompagner d’une délégation de tâches administratives et médicales des médecins vers d’autres professions, notamment les infirmières.

Enfin, il faut réorienter notre politique de santé vers la prévention. Seul un Français sur trois a effectué spontanément un bilan de santé au cours des 5 dernières années, alors que nous sommes parmi les mieux informés au monde sur les programmes de surveillance de la santé… Le problème ne vient donc pas d’un déficit d’information, mais bien d’un manque de volontarisme politique et d’investissement dans des programmes préventifs ciblés. Qu’il s’agisse de la prévention et du traitement des facteurs de risques les plus courants comme l’hypertension artérielle, de politiques de dépistage systématique pour certains cancers ou maladies, de la lutte contre le tabagisme ou l’alcoolisme, de l’éducation au « bien manger »… Notre pays est très en retard sur l’ensemble des dispositifs de prévention qui devraient être déployés. Il est temps d’adopter une loi quinquennale de santé publique comportant un volet de prévention obligatoirement intégré dans les lois de financement de la sécurité sociale. Rappelons que la prévention n’est pas simplement un enjeu de santé publique : elle permettra de mieux maîtriser les coûts associés au traitement de maladies, y compris chroniques, en les dépistant et en les traitant de façon précoce, avant qu’elles ne se développent et s’aggravent.

Par Pascal Terrasse

des “réservistes” en place de policiers

Pour compenser la baisse des effectifs dans la police nationale – conséquence de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) – la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite LOPPSI 2, en cours d’adoption au parlement, prévoit d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile créée en 2003 pour les retraités de la police nationale. Pour être candidat, il suffira d’être majeur, de nationalité française, et de posséder un casier judiciaire vierge, la sélection se faisant sur dossier. Après une formation sur le tas, ces “réservistes” d’un nouveau type pourront posséder une arme et dresser des procès verbaux.               

Le syndicat Unité SGP Police-FO se déclare opposé à cette évolution : « ce n’est pas en créant des “miliciens” et en démantelant les CRS que l’on résoudra le problème de la sécurité dans notre pays. »

D’autre part, la LOPPSI 2 étend à la gendarmerie nationale le « service volontaire citoyen » qui existait déjà pour la police nationale. Les “volontaires citoyens” effectueront un travail social.La préfecture de l’Eure en 2010, qui a expérimenté le projet, indique : « Ils seront ainsi amenés à mener des opérations de soutien et de renforcement de l’autorité parentale, à participer à l’accueil et au suivi des victimes, ou à mener des opérations de prévention, de médiation et de pédagogie de la loi dans le cadre de structures scolaires, par exemple. »

L’article 37 quater de la LOPPSI 2

Cet article concerne la « réserve civile de la police nationale » et le « service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie nationales », créés par la loi pour la sécurité intérieure (LSI) du 18 mars 2003. Un tableau comparatif permet de mesurer le chemin parcouru de la LSI à la LOPPSI 2.

La réserve civile de la police
Alors qu’elle n’était jusqu’à présent constituée que de retraités de la police, la LOPPSI 2 élargit le recrutement de cette réserve : elle « aura vocation à accueillir aussi bien des jeunes intéressés par une expérience valorisante que des spécialistes sur des fonctions correspondant à leurs compétences dont la police serait déficitaire ». « La formation des réservistes devrait leur permettre d’acquérir la qualification d’agent de police judiciaire adjoint » (APJ) » et donc d’effectuer des missions de police [1].

Pour le député Eric Ciotti, monsieur sécurité à l’UMP, « l’idée, c’est de reprendre le système qui existe dans la gendarmerie depuis 2008. Sa réserve, constituée de volontaires et d’anciens, compte 40 000 hommes ». En réalité, le développement de la réserve vise à compenser la diminution du nombre de postes au sein de la police nationale ; par exemple : le nombre de places au concours pour devenir adjoint de sécurité a diminué, de 1 546 en 2008 à 500 en 2009, et… aucune en 2010. [2]

La Ligue des droits de l’Homme dénonce « l’esprit même de cette réserve ». Comme le déclare Françoise Dumont, vice-présidente de la LDH : « Policier, c’est un métier, cela nécessite une formation, une déontologie. Nous n’avons aucune garantie que ces volontaires y seront formés. » [2]

Le service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie
Expérimenté à compter de juillet 2006, le dispositif du service volontaire citoyen de la police est maintenant généralisé à l’ensemble du territoire national [3].

Il est intéressant de lire la présentation qui est faite par certaines préfectures du dispositif actuellement en place, alors que l’article 37 quater de la LOPPSI 2 prévoit son extension à la gendarmerie nationale.
Sur le site de la préfecture de l’Eure [4]

Service volontaire citoyen de la police nationale

« La crise urbaine que nous avons traversée à l’automne 2005 a démontré que la violence des rapports sociaux et le mépris trop souvent affiché des règles de vie commune justifiaient un renforcement de l’action préventive. Un bon nombre de citoyens se sont, à cette occasion, déclarés prêts à s’engager pour contribuer à l’amélioration de la sécurité et de la tranquillité publique.

« Face à cette détermination, le ministre de l’Intérieur a désigné dix départements, dont l’Eure, pour expérimenter la démarche du « service volontaire citoyen
« . Il ne s’agit pas là d’une nouvelle force de sécurité intérieure aux côtés de la police et de la gendarmerie nationale ou des polices municipales, encore moins d’une milice. Le but du service volontaire citoyen est de regrouper les citoyens qui veulent exprimer leur citoyenneté, s’engager au service de la collectivité et contribuer à la sécurité de notre pays.

« Les missions de ces volontaires ne sont aucunement répressives. Elles sont centrées sur la prévention, la médiation sociale et la sensibilisation au respect de la loi. Ils seront ainsi amenés à mener des opérations de soutien et de renforcement de l’autorité parentale, à participer à l’accueil et au suivi des victimes, ou à mener des opérations de prévention, de médiation et de pédagogie de la loi dans le cadre de structures scolaires, par exemple. Ces missions seront, bien évidement, adaptées en fonction des souhaits et du profil des candidats. »

Le syndicat Unité SGP Police – Force Ouvrière est opposé à la création de milices
Dans un communiqué daté du 27 janvier 2011, intitulé « Des milices à la place des professionnels de la sécurité », le syndicat Unité SGP Police – Force Ouvrière déclare qu’il « réprouve la décision de l’Assemblée Nationale de créer des réservistes armés dans la police nationale. » Il poursuit : « la sécurité de nos concitoyens ne peut être confiées qu’à des hommes formés, aguerris et aptes à répondre à toutes les situations comme le sont les policiers nationaux »

Le syndicat « s’interroge sur cette volonté de créer un semblant de « milices » armées et mal formées plutôt que de maintenir des policiers nationaux.
« considère, qu’une nouvelle fois, on ne prend pas le problème de la sécurité par le bon bout et que ce sera la sécurité de nos concitoyens et les libertés individuelles qui se verront menacées.
« réitère son opposition à ce nouveau démantèlement du service public police et à la fermeture des différents services et plus particulièrement de CRS. »

« On remplace des services publics par des milices »
Eva Joly & Sandrine Bélier

Dernière mesure, de loin non exhaustive, l’article 37 quater prône la constitution d’une « réserve civile de la police nationale » et d’un « service volontaire citoyen de la police nationale ». Dans ce cadre, tout citoyen âgé de 17 à 65 ans pourra travailler 45 ou 90 jours par an au service de la police, en étant indemnisé (et exonéré d’impôt sur ces rémunérations également exonérées de charges sociales).

Etrange société que nous prépare cette majorité, où l’on remplace des services publics, des fonctionnaires d’État par des milices. Les forces de l’ordre ont besoin de moyens et d’une formation de qualité pour être au contact des toutes les réalités de notre pays. Au lieu de ça, les partisans de cette loi préparent de nouveaux drames.

La réserve civile et citoyenne de la ville de Nice
Le 26 juin 2010, Christian Estrosi, maire de Nice avait fait adopter par son conseil municipal une délibération créant « une réserve civile et citoyenne sous l’autorité du Maire pour assister les services en charge de la sécurité civile dans les actions de soutien et d’assistance aux populations, d’appui logistique et de rétablissement des activités, en cas d’évènement grave. » [6]

Notes

[1] Extrait du rapport d’information n° 174 (2010-2011) de Michel Boutant et Joëlle Garriaud-Maylam, fait au nom de la commission des affaires étrangères du Sénat, déposé le 14 décembre 2010 : « Pour une réserve de sécurité nationale. »

[2] « Et Loppsi 2 inventa le policier à la petite semaine », par Guillaume Boulord, Libération, 27 janvier 2011.

[3] Une présentation du service volontaire citoyen sur le site du ministère de l’Intérieur.

[4] Extraits de la page de présentation du Service volontaire citoyen, datée de juillet 2010, sur le site de la préfecture de l’Eure : http://www.eure.pref.gouv.fr/site/L…

[5] Extrait de « La Loppsi 2 n’est pas notre France » : http://www.rue89.com/2011/01/17/la-…

[6] La présentation de la réserve civile et citoyenne de la ville de Nice : http://www.ville-nice.fr/Actualites…

Financer la dépendance ou sabrer la Sécu ?

Après la maladie, l’accident du travail, la vieillesse et la famille, la Sécurité sociale couvrira-t-elle bientôt un « cinquième risque » – la dépendance ? Nicolas Sarkozy a évoqué son projet dans ces termes. Mais de confidences en petites phrases, c’est un tout autre dessein qui se révèle : non pas une extension de la sécu mais une amputation de celle-ci.

Si le gouvernement préparait vraiment la naissance d’un cinquième risque dépendance, il commencerait par rassurer les Français sur son coût. Ce ne serait pas difficile. nombre-prevu-de-personnes-agees-dependantes-               (suite…)

Hôpital public à vendre

Le cri d’alerte est venu du professeur Bernard Debré, député de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) mais aussi chef de service à l’hôpital Cochin à Paris : « C’est l’hôpital public qu’on assassine », a-t-il lancé le 3 octobre 2010. A la mi-octobre, des mouvements de grève touchaient quarante-quatre hôpitaux.

Au lendemain de l’adoption par le Parlement français, le 25 juin 2009, de la loi hôpital patients, santé, territoires (HPST), la ministre de la santé et des sports Roselyne Bachelot, en visite au centre hospitalier universitaire (CHU) d’Angers, affirmait que le système hospitalier « crée de l’emploi ». Et d’ajouter : « En 2008, ce ne sont pas moins de vingt-cinq mille embauches qui ont été réalisées dans les hôpitaux français (1). » Quinze mois plus tard, le 2 octobre 2010, il a suffi d’un arrêt de travail de trois infirmières pour que l’hôpital Tenon, à Paris, soit contraint de fermer son service des urgences pendant tout le week-end, mettant en grande difficulté les hôpitaux voisins de Saint-Antoine et Saint-Louis, déjà saturés faute de personnel.                (suite…)

L’offensive de députés UMP contre l’aide médicale d’Etat

L'ASSEMBLÉE NATIONALE ÉGRATIGNE LE L’Assemblée nationale pourrait restreindre l’accès aux soins pour les sans-papiers.
Portée par le député UMP marseillais Dominique Tian et ses collègues du collectif Droite populaire, une série d’amendements vise à restreindre le dispositif de l’Aide médicale d’État (AME).

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Chère médecine militaire !

 Robert-Picqué, à Bordeaux, fait partie des hôpitaux épinglés par la Cour des comptes.  PHOTO S. Lartigue  Neuf hôpitaux militaires concentrent la moitié du déficit hospitalier français. La Cour des comptes ne mâche pas ses mots

Un peu comme l’Éducation nationale, la Défense est un mammouth bien difficile à bouger. Huit ans après une première série d’observations restées quasiment lettre morte, la Cour des comptes pilonne à nouveau le service de santé des armées. Et plus particulièrement les neuf hôpitaux militaires, dont celui de Bordeaux. Répartis dans six régions, ces établissements de taille moyenne ont accumulé en 2009 près de 280 millions d’euros de pertes. Soit le tiers de leur budget et plus de la moitié du déficit hospitalier français.                          (suite…)

Les médecins, les autres déçus du sarkozysme

Le premier syndicat de médecins libéraux n’a pas invité la ministre de la santé à son rassemblement annuel à Cannes ce week-end.

Confronté au mouvement contre la réforme des retraites, le gouvernement cherche à s’ôter une épine dans le pied avec les médecins libéraux, dont la grogne est perceptible à l’université d’été du plus grand syndicat de cette corporation, traditionnel électorat de droite.
Pour marquer son vif mécontentement, la CSMF, le premier syndicat de médecins libéraux, n’avait pas convié la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à son rassemblement à Cannes (Alpes-Maritimes) de vendredi à dimanche.

(suite…)