Section de Gréasque
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Jean-David Ciot, tête de pont des anti-métropole

Député et maire du Puy-Sainte-Réparade, Jean-David Ciot est aussi le premier secrétaire de la fédération PS des Bouches-du-Rhône. Malgré cette triple casquette, l’élu est fermement engagé auprès des 106 maires opposés à la métropole. Il explique sa position et évoque également le sujet brûlant des primaires socialistes.

Jean-David Ciot a le profil idéal pour devenir le président de la future métropole Aix Marseille Provence que souhaite ardemment le gouvernement. Socialiste, il vient du pays d’Aix, tient la fédé du département et s’entend plutôt bien avec Jean-Noël Guérini dont il était membre du cabinet jusqu’à qu’il en parte dans les conditions que l’on sait.  Il pouvait donc être un lien idéal entre des territoires qui se tournent le dos. Au lieu de cela, Jean-David Ciot s’est engagé dans le camp des « anti » et milite auprès des 106 autres maires, réunis hier pour une nouvelle étape de leur mobilisation.

Cette « conférence territoriale » se voulait le pendant de la conférence métropolitaine qui a cristallisé leur colère le 21 décembre dernier. C’est à cette occasion qu’ils avaient présenté leur contre proposition, baptisée Epoc, pour établissement public opérationnel de coopération. Cet Epoc a franchi une nouvelle étape hier avec la signature des maires pour la mise en place d’un Réseau de transport métropolitain. Mais, au-delà de ces avancées symboliques, Jean-David Ciot célèbre d’abord l’unité des édiles municipaux : « Ce qu’il faut mesurer, c’est qu’il y a un vrai rassemblement des maires au-delà des couleurs politiques. D’ailleurs, pendant la matinée, un maire de la communauté urbaine, celui de Gémenos, a choisi de nous rejoindre. Ce rassemblement se fait autour de l’hostilité à un projet centralisé tel que le proposerait la métropole ».

« Pas le début d’un texte sur la métropole »

Et si le maire du pays d’Aix manie ainsi le conditionnel, c’est aussi parce que peu d’éléments filtrent sur la nature même du projet métropolitain : « Le flou est entretenu sur le projet porté par le gouvernement et j’ai eu l’occasion de le dire à la fois au premier ministre et à Marylise Lebranchu. Celle-ci a beaucoup écouté, beaucoup consulté mais n’a pas donné grand chose. Sur la métropole, nous n’avons pas le début d’un texte ». Le député reproche à la ministre de ne distiller que des éléments de négociation notamment sur les compétences : le développement économique, les universités, la cohésion du territoire et l’écologie « mais on l’apprend au détour d’une conversation. Ce n’est pas normal ».

« Si la seule réponse aujourd’hui, c’est une collectivité unique de 10 000 fonctionnaires, de 90 communes, de deux millions d’habitants qui va mettre dix ans à se mettre en place alors qu’on vient à peine de créer les intercommunalités dans notre département, ça ne peut pas marcher. Nous voulons un organisme immédiatement opérationnel alors que l’on sait qu’avec la métropole, on va passer cinq ans à savoir quel est le rapport de force, qui a le pouvoir et qui ne l’a pas ».

En clair, les maires sont d’accord sur le diagnostic et la nécessité d’apporter des réponses sur les problèmes du territoire. En revanche, ils ne s’entendent pas sur l’outil à mettre en place pour y répondre. « Moi, je dis, discutons sur l’outil, répond Ciot. Et construisons une métropole qui puisse être accepté par 107 maires ». L’ancien collaborateur du cabinet de Jean-Noël Guérini ressort même du chapeau une proposition sur la transformation du conseil général  en « outil de coopération intercommunal ». Entre tous les scénarios en vigueur, le premier fédéral plaide pour discussion ouverte alors même que le gouvernement semble sourd à tout gauchissement de son projet. « Je crois qu’il y a dans le département, une tradition à manifester contre. Nous, les élus, avons notre part de responsabilité et nous ne sommes pas allés assez loin sur un certain nombre de sujets stratégiques ».

Primaires à Aix et Marseille

Une fois refermé ce volet métropolitain, Jean-David Ciot a remis sa casquette de patron du PS 13 pour aborder la question des primaires ouvertes entre les différents candidats socialistes aux municipales d’Aix et de Marseille. La semaine dernière, Harlem Désir organisait une réunion à Paris pour poser les bases de la déclinaison locale du dispositif qui avait tant profité au candidat Hollande. « J’ai assisté à cette réunion avec les candidats potentiels que le premier secrétaire avait repéré. Je regrette qu’ils ne soient pas tous venus. Personne n’a été refusé. En revanche, ce qui a été refusé, c’est que les candidats soient représentés. Je peux comprendre que certains aient des problèmes d’agenda mais, quand un premier secrétaire s’intéresse à Marseille et aux municipales, c’est plutôt un bon signe ». Il fait clairement référence à Marie-Arlette Carlotti qui a tenté d’imposer son chef de cabinet au sein de la réunion.

Pour ce qui est du fond, le premier fédéral doit travailler « sur des règles communes, un calendrier avec des primaires à l’automne et des candidatures en septembre ». Un groupe de travail sera placé sous l’autorité de Jean-Pierre Mignard « mais dans une direction collégiale », ce dernier « étant lui-même candidat ». « Il faut qu’il ait une autorité morale, y compris d’empêcher un candidat si celui-ci se comporte mal ».

Par Benoît Gilles, le 15 février 2013 dans Marsactu.fr

 

Métropole Aix-Marseille : Marylise Lebranchu persiste et signe

Malgré l’opposition de la majorité des maires des Bouches-du-Rhône, « l’architecture institutionnelle » de la future métropole Aix-Marseille-Provence se précise. Sa création sera actée dans le projet de loi sur la Décentralisation, a confirmé vendredi 8 février, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat.

Au lendemain de l’annonce par le Premier ministre de la création d’une « mission interministérielle d’appui à la réalisation du projet métropolitain Aix-Marseille Provence », Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation était de retour ce vendredi 8 février, à Marseille, au cours de sa sixième visite en six mois. Elle y a annoncé l’installation d’une mission interministérielle de « préfiguration à sa réalisation ».

L’objectif ? « Faire gagner du temps » en travaillant « sur le projet et la définition des priorités » qui seront portés par la future « métropole Aix-Marseille Provence ». 2015 ou 2016 ? La ministre n’a pas précisé quelle était la date « la plus raisonnable » pour la mise en place de cette nouvelle structure. Une chose est sûre, l’enjeu métropolitain sera au cœur des débats des prochaines municipales.
Alors que 106 maires, sur 119, et les présidents de huit établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) des Bouches-du-Rhône restaient fermes sur leur position de refus de toute intégration institutionnelle, la ministre de la Réforme de l’Etat a martelé la détermination du Gouvernement à créer la métropole marseillaise.

Le texte de loi bientôt au Conseil d’Etat
« Le texte est écrit et va partir au Conseil d’Etat dans quelques jours, puis être présenté en Conseil des ministres, via le projet de loi de Décentralisation qui sera présenté en mars », a souligné Marylise Lebranchu. Il sera ensuite soumis « au Parlement » avant « une adoption espérée pour novembre 2013 ». Restera alors à promulguer les décrets d’application. « Il faudra du temps et ne pas faire comme si les municipales de mars 2014 n’existaient pas », a-t-elle poursuivi.

Par ailleurs, la ministre a dévoilé la nouvelle architecture institutionnelle issue du texte. Et elle est d’ores et déjà hostile au projet d’Etablissement public opérationnel de coopération, (EPOC) mis en avant par les opposants. Cet Epoc aurait des compétences similaires à la métropole (transports, gestion des déchets, développement économique, recherche et innovation, aménagement et grands équipements). Toutefois, son financement se ferait sur la base d’une contribution volontaire des intercommunalités existantes, qui seraient maintenues et conserveraient la maîtrise de leurs deniers.

« L’idée d’ajouter une troisième couche institutionnelle au dessus des communes et des Epci actuels ne vas pas dans le bon sens. C’est lourd. Et puis il faudrait à chaque fois que les Epci déterminent leur engagement financier dans cet établissement public, a commenté Marylise Lebranchu. Il est plus simple et plus sage d’avoir deux échelons seulement. » La ministre reste ferme également sur la gestion des PLU : celle-ci remonterait à l’échelon métropolitain, « afin d’éviter les incohérences ».

Vers la création de « conseils de territoire » ?
Petite concession toutefois, son projet de loi prévoit la mise en place de « conseils de territoire », dont les limites « pourraient être celles des intercommunalités existantes » et les compétences que n’aura pas la métropole. A la différence des actuelles intercommunalités, ils n’auront pas de fiscalité propre mais « la métropole aura l’obligation de leur donner les moyens financiers -investissement et budget de fonctionnement- nécessaires à leurs compétences », a précisé la ministre, pour qui « les maires n’ont pas d’inquiétude à avoir » car ils garderont leurs prérogatives.

Ainsi, ils continueront notamment de fixer leur taux d’imposition local, et le calcul de la péréquation pour la dotation de l’Etat aux collectivités du département sera plus avantageux avec une métropole, a rappelé Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de Marseille, la seule intercommunalité favorable au projet.

 

S.C. avec AFP (11/02/2013) 

 

Débat à Aix : Mennucci et Joissains sur le ring de la métropole

Patrick Mennucci, député-maire (PS) du 1er secteur deMarseille et Maryse Joissains, maire (UMP) d’Aix et présidente de la CPA étaient invités à débattre, hier, à Sciences Po Aix.


Un amphi surchauffé, des bancs remplis d’étudiants plutôt bien informés, des fans clubs des deux partis en présence, des élus et quelques citoyens lambda désireux d’en savoir plus… Et, sur la tribune, deux « animaux » politiques dont la faconde est connue au-delà des frontières d’Aix et de Marseille. Le débat provoqué hier par l’association du Cercle politique aixois, des étudiants de Sciences Po passionnés d’actualité, s’avérait prometteur.
Les présentations par les animateurs de Patrick Mennucci, député-maire de secteur à Marseille (PS) et Maryse Joissains, maire d’Aix et présidente de la Communauté du pays d’Aix (UMP), ont donné le ton rapidement, les étudiants s’étant fixé pour mission d’houspiller -gentiment- leurs invités. Pour autant, si la soirée avait la saveur
d’un bon spectacle, c’était bien de l’avenir des deux millions d’habitants de l’aire d’Aix-Marseille qui se discutait là… Le débat concernait, donc, l’avenir de l’organisation politique du territoire : lamétropole, voulue par le
gouvernement Ayrault, et défendue par Patrick Mennucci, ou la coopération métropolitaine dotée d’une « polycentralité », comme le souhaite Maryse Joissains ?
Chacun a dressé l’inventaire des arguments: le territoire est plombé par le chômage, accuse un reta r d c o n s i d é r a b l e dans l’organisation des transports, n’est pas doté d’une visibilité internationale, déplore l’élu PS. Pour qui la métropole pourra apporter les réponses. Elle va aller à l’encontre du travail de proximité des maires, va donner tous les pouvoirs à Marseille, argue l’élue UMP. Qui se déclare favorable à une structure dotée de compétences stratégiques, comme les transports, mais qui doit respecter les identités des bassins de vie. La représentativité politique de la métropole? « J’ai fait mes calculs, dit Menucci, il y aura 191 élus, et 78 pour Marseille. Son président ne sera pas forcément un Marseillais ». Autre
question: la fiscalité. Les marges de manoeuvre existeront pour chaque commune, reconnaissent, au final, les deux élus. Le débat continue…

 « Aix, c’est chez moi! »

Ce débat …  annonçait a priori un beau duel – lorsqu’on connaît la volubilité de ces deux élus. Pourtant leurs arguments n’ont pas véritablement apporté de l’eau au moulin des auditeurs, chaque camp restant sur ses positions, et servant les mêmes discours que d’habitude (voir notre édition d’hier). Tout au plus, notait-on quelques déclarations éclairantes sur la représentativité politique de cette « super EPCI » ou encore la fiscalité (non, la métropole n’assèchera pas tous les impôts locaux, les mairies disposeront encore d’une marge de manoeuvre).

Reste que la soirée a tout de même été le théâtre de quelques échanges taquins. L’élu marseillais, pro-métropole donc, a mis les pieds dans le plat en annonçant: « Aix, c’est chez moi! » – provoquant l’étranglement indigné des supporters de Maryse Joissains dans l’assistance. « J’ai fait mes études à Aix, lorsque j’ai envie de voir un vrai match de rugby, je vaisàAix ! »aprécisé Patrick Mennucci, étayant son idée de « destin commun » pour l’ensemble du territoire. Un peu plus tard, Maryse Joissains a rappelé que sa boutade (« De combien monte la mer chaque année? Aix restera debout et annexera le port de Marseille« ) prononcée lors des voeux au personnel de la CPA était une blague « de fin de repas« . « Il y a des plaisanteries qui font mal » lâchait alors Patrick Mennucci. Si  mêmel’humour s’arrête à la frontièixo-marseillaise, alors…

Julien DANIELIDES La Provence 30-31/01/2013  / PHOTO SERGE MERCIER

La métropole marseillaise prend neuf mois de retard

Annoncée en fanfare en septembre par le premier ministre, la métropole devait naître au lendemain des municipales de mars 2014. Entre retard de la loi et complications liées à la fusion de six collectivités, ça devrait être plutôt pour 2015.

Les opposants au projet gouvernemental auront un peu plus de temps pour se faire entendre.Les opposants au projet gouvernemental auront un peu plus de temps pour se faire entendre.

Personne ne pensait que ça se ferait en un claquement de doigt, mais pas grand monde ne s’attendait à une échéance aussi lointaine : selon nos informations, la date de naissance de la métropole Aix-Marseille-Provence est désormais fixée au 1er janvier 2015. Pourtant,en conférence de presse il y a tout juste un mois, Marylise Lebranchu a été claire : « Il ne faut pas perdre trop de temps. Il faut que le nouvel outil soit opérationnel après les élections municipales de 2014 ». Dans son allocution de clôture la ministre chargée de la décentralisation insistait notamment sur « l’urgence économique et sociale » qui motive cette transformation de six intercommunalités (Marseille, Aix, Aubagne, Martigues, Fos/Istres et Salon) en une seule d’1,8 million d’habitants.

La première pierre devait être la présentation du projet de loi en janvier suivi rapidement de la mise en place d’un « outil de préfiguration » chargé de donner du corps à la future intercommunalité. On n’a toujours pas de nouvelles de cet outil, qui devrait comprendre deux groupes, représentant les élus et la société civile. Et pour cause : comme l’a révélé la Gazette des communes, la présentation en conseil des ministres de la loi ne se fera que début mars. Surtout, pour des raisons de calendrier, elle ne pourra pas être adoptée avant la fin de l’année, alors qu’à Marseille, la ministre tablait sur une adoption « cet été ».

Marylise Lebranchu va recevoir progressivement en février tous les maires et présidents d’intercommunalités. Pour l’instant, l’Etat se refuse donc à communiquer sur ce sujet et les interlocuteurs joints par Marsactu reconnaissent être encore dans le flou. « La loi est prête pour toute la France, sauf pour Marseille Provence », si l’on en croit un élu qui s’est récemment entretenu avec la ministre. Mais tous se rejoignent sur un point : la métropole ne démarrera pas comme annoncé après les municipales de 2014, les six intercommunalités continuant d’assurer l’intérim jusqu’au 1er janvier 2015.

Transition démocratique ?

Vendredi, au cours d’une cérémonie de voeux, Jean-Claude Gaudin (UMP) et Eugène Caselli (PS) ont livré un numéro de duettistes à contre-emploi. « Monsieur Caselli vous allez me forcer à dire que le gouvernement a du courage, et bien je vous le dis, sur ce sujet métropolitain il en a », a lancé le maire de Marseille au président de la communauté urbaine. Courageux peut-être, mais certainement pas téméraire : « S’il faut prendre un peu plus de temps on le prendra, on ne construit pas un territoire métropolitain contre l’avis d’une majorité de maires », a fait écho le socialiste.

Ce report est évidemment de nature à calmer le jeu avec les nombreux maires anti-métropole du département. Il ne se fait toutefois pas sans raisons objectives : « C’est un peu comme une entreprise qui fusionne, il faut une période de transition, il y a des contrats, des conventions », commente Mario Martinet, président du groupe PS au conseil général, qui suit de près le dossier. Il y a aussi la question des agents territoriaux, qui obéissent à plusieurs employeurs et de nombreux statuts. Sans compter qu’il apparaît compliqué de chambouler le paysage syndical avant les élections professionnelles prévues fin novembre ou début décembre.

Cette nouvelle donne appelle quand même des interrogations. Les citoyens vont-ils élire en mars 2014 des conseillers qui ne siègeront que 9 mois dans leurs six intercommunalités vouées à la disparition ? Ou bien ces élus intégreront ensuite les conseils des territoires évoqués pour gérer les compétences de proximité ? Surtout, les conseillers métropolitains seront-ils désignés directement par les électeurs en mars ou, de manière indirecte, par les conseils municipaux de chaque commune dans le courant de l’année ? En se donnant le temps de faire sauter des blocages, le gouvernement crée peut-être un nouveau casse-tête.

Par Julien Vinzent, le 28 janvier 2013 pour Marsactu – Photo Esther Griffe

La future métropole devra être opérationnelle au lendemain des municipales.

Un outil de préfiguration en janvier pour la future métropole de Marseille

102 communes sur 119 sont opposées au projet « Aix-Marseille Provence ». - AFP/Anne-Chrisine Poujoulat

102 communes sur 119 sont opposées au projet « Aix-Marseille Provence ». – AFP/Anne-Chrisine Poujoulat

Accueillie par une centaine de maires en colère et quelque 3.000 habitants opposés au projet de métropole « Aix-Marseille Provence », la ministre de la Décentralisation Marylise Lebranchu a annoncé vendredi la création en janvier d’un outil de préfiguration.

Cette structure devrait permettre de définir les contours, les responsabilités et le mode de gouvernance de l’établissement qui gérera les grands dossiers d’aménagement et de développement économique et culturel. Ces tâches incombent actuellement aux six intercommunalités constituées sur ce territoire de plus de 2 millions d’habitants autour de la cité phocéenne.

« Face à l’urgence sociale et économique, la solution métropolitaine devra être opérationnelle après les municipales en 2014 », a indiqué la ministre dont c’était la quatrième visite à Marseille depuis six mois.

Elle a également confirmé que le pouvoir de proximité des maires serait conservé, voire renforcé s’ils souhaitent récupérer des compétences locales qui leur échappent aujourd’hui comme la propreté et la voirie. « Vous sortirez revalorisés de ce projet », a-t-elle assuré aux élus. Leur image ne souffrira pas non plus d’éventuels dérapages de la fiscalité locale selon les projections établies par ses services

Malgré ces assurances, les élus locaux du département sont plus que jamais remontés contre « le risque d’absorption identitaire » et de « dilution du pouvoir » que fait peser le projet de fusion des EPCI. « D’accord pour une métropole de projet mais pas question d’une organisation centralisée qui déshumaniserait nos territoires et nos traditions », résume Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence.

Un projet alternatif

Comme 102 communes sur 119 que compte le département, elle refuse de devenir « un simple quartier de Marseille » et a signé un document proposant à la ministre la création d’un Etablissement public opérationnel de Coopération pourrait « garantir un aménagement durable et solidaire des communes et territoires des Bouches-du-Rhône ».

Intégrant toutes les collectivités territoriales existantes, cet organisme s’occuperait en particulier de l’organisation des transports collectifs métropolitains en prenant à son compte le pilotage d’un « schéma de déplacements mutualisé ». Il veillerait également à la cohérence du développement économique et à la rédaction des documents d’aménagement pour le territoire. La mise en oeuvre de cet outil serait transitoire pour permettre de conduire « un processus de création d’une structure institutionnelle métropolitaine » qui serait opérationnelle en 2020.

L’organisation métropolitaine marseillaise voulue par le gouvernement devrait centraliser six grandes compétences parmi lesquelles les transports, l’économie et la recherche. Elle serait organisée en assemblée élue au suffrage universel dans laquelle Marseille ne serait pas majoritaire. L’Etat apporterait ses crédits à ce territoire à travers la planification de contrats de plan tripartite impliquant la région.

Paul Molga Correspondant des Echos à Marseille

L’Elysée cherche à torpiller les projets secrets de Tapie

Article paru dans Mediapart 25 novembre 2012 | Par Laurent Mauduit

Cela a toutes les apparences de grandes manœuvres dont la vie des affaires est coutumière, comme celle de la presse. Plusieurs personnalités, parmi lesquelles le milliardaire François Pinault, Bernard Tapie ou encore le marchand d’armes franco-libanais Iskandar Safa, se sont mis sur les rangs pour essayer de reprendre tout ou partie du pôle sud du groupe Hersant Média (en redressement judiciaire), qui comprend les quotidiens La Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin.

Mais le feuilleton industriel, qui alimente depuis quelques semaines d’innombrables rumeurs et autant de vrais-faux démentis, apparaissait jusqu’à présent passablement opaque, tant il soulevait des questions sans réponse. Mais pourquoi donc ces journaux attisent-ils autant de convoitises, alors qu’ils perdent de l’argent ? Pourquoi Bernard Tapie caresse-t-il ce projet, alors qu’il jure dans le même temps ses grands dieux qu’il ne reviendra jamais en politique et qu’il ne briguera pas en 2014 le poste de maire de Marseille ? Et pourquoi François Pinault s’est-il lui aussi mis sur les rangs, alors qu’il n’a rien à y gagner et beaucoup d’argent à perdre ?

© Reuters

Selon notre enquête, alimentée par de très bonnes sources, la clef du mystère, la voici : malgré toutes ses dénégations, c’est bel et bien la mairie de Marseille que vise Bernard Tapie, avec l’appui en sous-main de son ami et ancien avocat, Jean-Louis Borloo, le président de la nouvelle Union des démocrates et indépendants (UDI). Mais dans les sommets de l’État, ce projet secret ne plaît guère et l’on voudrait sauvegarder les chances d’une candidature socialiste pour la succession du maire actuel, Jean-Claude Gaudin.

François Hollande aimerait donc torpiller la première étape de l’aventure dans laquelle s’est lancé secrètement Bernard Tapie et a, tout aussi confidentiellement, demandé au milliardaire François Pinault de se mettre en travers de la route de Bernard Tapie en se portant lui-même candidat au rachat de La Provence.

Dans cette bataille feutrée qui commence, il y a donc deux niveaux. Un niveau visible : la bataille pour le rachat de ces journaux. Et puis un niveau qui pour l’instant ne l’est pas encore : la bataille pour la conquête de la ville de Marseille.

Dans le premier cas, les choses se sont donc accélérées ces derniers jours. Bernard Tapie s’est dit en effet intéressé, mercredi, par une participation dans le pôle sud du groupe Hersant Média, démentant en revanche tout intérêt pour la mairie de Marseille, au micro de France Bleu Provence (lire La partie de poker marseillaise de Bernard Tapie).

« Ce n’est pas La Provence qui m’intéresse, c’est une participation dans l’intégralité des quotidiens du Sud », a indiqué l’ancien député des Bouches-du-Rhône, précisant que les actionnaires du groupe Hersant « n’ont pas l’intention de vendre tel ou tel titre pour le moment ». « Ou ils trouvent une solution qui satisfait à la fois le tribunal de commerce et les banquiers (…), ou ils n’y arrivent pas, et à ce moment-là, on envisagera d’autres solutions. Je fais partie, sans plus, d’une de ces solutions », a-t-il expliqué.

« Il y a 4 000 emplois en jeu », a souligné Bernard Tapie – « c’est hallucinant comme enjeu » –, insistant sur le rôle que peuvent jouer les journaux pour dynamiser un territoire. Un défi difficile ? « Toute ma vie, c’est comme ça que j’ai vécu, avec Phocéa, avec Bernard Hinault, avec l’OM », a-t-il répondu.

Interrogé sur l’intérêt qui lui est prêté également par certains médias pour la mairie de Marseille en 2014, Bernard Tapie a par ailleurs répliqué que c’était « une triple connerie ». « Marseille et moi, on a une histoire qui a été interrompue », a-t-il dit, expliquant que faire le lien entre son intérêt pour les journaux de la région et l’élection municipale serait « d’un ridicule sans nom » : « Ce n’est pas comme ça que je m’y prendrais. J’irais directement battre les trottoirs, les marchés. » Mais, comme souvent avec Bernard Tapie, il ne faut jamais prendre ses déclarations pour argent comptant.

Avec l’appui de Jean-Louis Borloo

Dans le même temps, on a appris également ces derniers jours que François Pinault, qui a abandonné depuis longtemps à son fils François-Henri, la gestion de son empire industriel Pinault-Printemps-Redoute (PPR), serait lui aussi intéressé par tout ou partie de ce pôle presse.

Cette annonce peut surprendre car le milliardaire se tient donc désormais à distance de la vie des affaires, et surtout, il ne s’est jamais aventuré dans la presse quotidienne nationale ou dans la presse quotidienne régionale. Tout juste contrôle-t-il l’hebdomadaire Le Point, dirigé par Franz-Olivier Giesbert, et quelques publications annexes, comme Historia et La Recherche (Sophia Publications).

François PinaultFrançois Pinault© Reuters

On a enfin appris que l’homme d’affaires Iskandar Safa, conseillé par Étienne Mougeotte (l’ex-patron ultra-sarkozyste du Figaro et homme à tout faire de Serge Dassault), s’était également mis sur les rangs, mais seulement pour une reprise de Nice-Matin et Corse-Matin, et non de La Provence.

Iskandar Safa est un richissime intermédiaire franco-libanais mis en cause dans le passé pour des versements d’argent inexpliqués à Jean-Charles Marchiani, un proche de l’ancien ministre de l’intérieur Charles Pasqua (lire Ventes d’armes : la corruption au cœur de la République). Il a, aussi, dans le passé, été entendu par la police pour l’achat présumé d’un article de complaisance publié en 2005 par Le Point.

Mais, si toutes ces candidatures au rachat total ou partiel de ces quotidiens du groupe Hersant sont maintenant avérées, elles soulevaient également des questions en apparence insolubles. Richissime depuis que son ami Nicolas Sarkozy est intervenu en sa faveur dans le dossier du contentieux Adidas, ce qui lui a permis de percevoir 304 millions d’euros en net, à l’issue d’un arbitrage très contesté, Bernard Tapie semblait bien imprudent de risquer son argent dans une semblable affaire. Lui qui conseille à son fils, Laurent Tapie, qui gère sa fortune, de ne plus investir en France, parce qu’il redoute que la bataille judiciaire finisse par lui être défavorable, semblait enfreindre ses propres consignes (lire Enquête sur les affaires de Bernard et Laurent Tapie). Sans raison…

Et l’incohérence du comportement de François Pinault semblait tout aussi incompréhensible : mais que vient-il donc faire dans cette galère ?

En vérité, l’explication est pourtant toute simple.

Selon de très bonnes sources, Bernard Tapie a donc pris la décision de revenir en politique et de partir à la conquête de la mairie de Marseille en 2014. Pour lui, la prise du quotidien La Provence serait donc la première étape de cette conquête – étape qui doit rester secrète le plus longtemps possible. Dans cette aventure, Bernard Tapie dispose d’un appui tout à la fois discret et déterminé. Il s’agit effectivement de son ami Jean-Louis Borloo, le président de l’UDI, qui a été son avocat tout au long des années 1980.

Jean-Louis Borloo partage depuis longtemps tous les secrets de Bernard Tapie et l’a aidé, dans le passé, aussi souvent qu’il l’a pu. Dans le scandale de l’affaire de l’arbitrage concernant le dossier du Crédit lyonnais, cette proximité est même apparue au grand jour.

Le rapport de la Cour des comptes a, voilà quelque temps, révélé que, devenant ministre des finances en 2007 – poste qu’il n’occupera que quelques jours –, Jean-Louis Borloo n’avait rien trouvé de plus pressé, dès son arrivée à Bercy, que de donner pour instruction à son directeur de cabinet, Stéphane Richard (aujourd’hui patron de France Télécom), de lancer un arbitrage en faveur de son ancien client… Bernard Tapie. L’édito vidéo ci-dessous, mis en ligne par Mediapart le 10 octobre 2008, résume les grands enjeux de ce scandale Tapie :

Rencontre Hollande-Pinault

Dans un contexte de fragilisation de l’UMP, Jean-Louis Borloo se réjouirait donc que Bernard Tapie parte à la conquête de la ville de Marseille. Il n’est d’ailleurs pas le premier à encourager discrètement Bernard Tapie à se lancer dans l’aventure. Déjà, selon de très bonnes sources, Nicolas Sarkozy avait, avant l’alternance, envisagé cette hypothèse. Jugeant dès cette époque que le leader local de l’UMP, Renaud Muselier, avait perdu toute crédibilité – avant même que ce dernier ne jette l’éponge –, il avait pensé à jouer la « carte » Tapie.

Ces projets confidentiels d’une candidature de Bernard Tapie ont pourtant été éventés dans le camp d’en face. Et dans les sommets de l’État, on les prend à ce point au sérieux qu’on s’est mis à chercher, tout aussi discrètement, une solution, pour essayer de la faire échouer. En commençant par faire capoter, s’il est encore temps, la première étape : le rachat de La Provence par un pool d’investisseurs piloté par Bernard Tapie.

F. HollandeF. Hollande© Reuters

C’est la raison d’une mystérieuse rencontre qui a eu lieu voilà quelques jours à l’Élysée. Révélée par Le Figaro, elle nous a été confirmée de bonnes sources: François Hollande a convié le milliardaire François Pinault à déjeuner et l’a vivement encouragé à se porter candidat au rachat de La Provence. La proposition peut apparaître stupéfiante, car François Pinault, pour être un homme d’affaires hors norme, a toujours été enraciné à droite et a longtemps été un ami très proche de Jacques Chirac. Le magazine Le Point, qu’il possède, défend aussi globalement, et même souvent avec emballement, les valeurs de ce camp-là.

Mais enfin ! À gauche, on semble considérer qu’au vu des divisions de la droite, la mairie de Marseille est gagnable en 2014. À la condition de ruiner les chances d’une candidature Tapie, qui compliquerait fortement la donne politique, surtout dans le climat populiste du moment.

Du coup, l’idée a germé dans les sommets de l’État que si François Pinault pouvait jouer un rôle, en freinant les ambitions de Bernard Tapie, au moins dans la presse, cela serait fort utile. Le patron du Point, Franz-Olivier Giesbert a donc été appelé à la rescousse pour préparer un projet de plan de reprise. Et visiblement, le temps presse. Selon de bonnes sources, on indique que le sort des quatre quotidiens devrait se jouer dans les deux prochaines semaines. Ce qui laisse très peu de temps au patron du Point pour ébaucher un plan qui ait des chances de réussite.

Mais le temps a-t-il vraiment une importance ? En fait, il semble que Bernard Tapie bénéficie de très influents et efficaces soutiens. Pas seulement celui de Jean-Louis Borloo. Mais aussi les soutiens de juges consulaires qui s’activent, eux aussi, dans les coulisses du dossier pour que Bernard Tapie soit bien traité.

Rien à cela de très surprenant. Tout au long du scandale autour de l’ex-Crédit lyonnais, il est souvent apparu que Bernard Tapie bénéficiait de l’appui de personnalités proches d’obédiences maçonniques – certaines obédiences plus connues pour leurs connexions avec les milieux d’affaires que pour les combats éthiques. Or, dans le cas présent, dans les sommets de l’État on ne semble pas exclure que les mêmes amitiés souterraines soient à l’œuvre, et que certains juges consulaires soient acquis dès à présent à la cause de Bernard Tapie.

En bref, la bataille de Marseille commence. Sur fond d’intrigues et de manigance. Et même si l’avenir de quatre quotidiens est en balance, il n’est pas sûr que le premier souci des investisseurs soit le droit à l’information.

Presse : Bernard Tapie lorgne les miettes d’Hersant

Libération 21 novembre 2012  Par ISABELLE HANNE

Bernard Tapie a confirmé, hier sur France Bleu Provence, son intérêt pour une participation dans le «pôle sud» du groupe Hersant Médias (GHM), comprenant la Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin. «Il y a 4 000 emplois en jeu», a précisé l’ancien député des Bouches-du-Rhône, ajoutant que les actionnaires de GHM «n’ont pas l’intention de vendre tel ou tel titre pour le moment […]. Ou ils trouvent une solution qui satisfait à la fois le tribunal de commerce et les banquiers […], ou ils n’y arrivent pas et à ce moment-là on envisagera d’autres solutions. Je fais partie, sans plus, d’une de ces solutions», a-t-il expliqué. Parmi les autres pistes, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, a reconnu qu’il essayait de constituer un tour de table pour la Provence. Et, selon le  Figaro, un tandem regroupant l’industriel franco-libanais Iskandar Safa et de l’ancien directeur du Figaro Etienne Mougeotte s’intéresserait à l’ensemble du pôle sud, la Provence exceptée.