Section de Gréasque
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Le pape s’en prend aux lois de la République française

Avortement, euthanasie, mariage gay… Le pape François appelle les parlementaires français à abroger les lois.

le 15-06-2013 Par 

Le pape François (Galazka - Sipa)
Le pape François (Galazka – Sipa)

Le pape François a invité samedi 15 juin les parlementaires français à ne pas hésiter à « abroger » les lois si nécessaire, pour leur « apporter l’indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine ».

Les propos du pontife qui recevait au Vatican une délégation de sénateurs et députés venus de France faisaient clairement allusion à toutes les législations pouvant être considérées comme contraires aux principes de l’Eglise catholique, de l’avortement à l’euthanasie en passant par le mariage gay ou les nouvelles normes de bioéthique.

« Votre tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger », a rappelé le pape.

Le pape a aussi jugé « nécessaire » de « leur insuffler (à ces lois, ndlr) un supplément, un esprit, une âme qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l’indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine ».

Contribution dans le domaine politique

« Le principe de laïcité qui gouverne les relations entre l’État français et les différentes confessions religieuses ne doit pas signifier en soi une hostilité à la réalité religieuse, ou une exclusion des religions du champ social et des débats qui l’animent », a poursuivi le pape dans son discours à la délégation.

Il a souligné que l’Eglise « désire apporter sa contribution spécifique sur des questions profondes qui engagent une vision plus complète de la personne et de son destin », une contribution qu’elle souhaite donner non seulement au niveau « anthropologique ou sociétal, mais aussi dans les domaines politique, économique et culturel ».

Il a rappelé que la France où une loi autorisant le mariage gay vient d’entrer en vigueur, est une « nation vers laquelle les yeux du monde se tournent souvent ».

Mariage pour tous : un grand jour d’égalité pour la France, une immense fierté pour les Socialistes

Mariage pour tous : un grand jour d’égalité pour la France, une immense fierté pour les Socialistes

Harlem Désir, Premier secrétaire du Parti socialiste
Marc Coatanéa, Secrétaire national aux questions de société

 

L’Assemblée nationale vient de voter le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.  Ce vote marque un grand jour d’égalité pour la France  et une immense fierté pour les Socialistes : grâce à l’engagement de François Hollande, c’est une grande réforme de progrès qui voit le jour dans notre pays.

C’est une victoire pour toute la société française : les familles ne seront plus démunies juridiquement, les enfants ne seront plus soumis à l’inégalité devant la loi, et toute la société bénéficiera d’une réforme au service des valeurs républicaines.

Les Socialistes sont aujourd’hui immensément fiers d’avoir conduit et défendu cette réforme à l’Assemblée nationale comme auprès de l’opinion publique.

Après la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 et l’instauration du PACS il y a 15 ans, les socialistes montrent une fois de plus leur attachement à la reconnaissance de l’égalité des droits entre tous les couples.

Les 110 heures de débats au Palais Bourbon ont témoigné de la détermination de nos parlementaires à porter ce projet de grand progrès, qui permet la reconnaissance et la protection des couples de même sexe et de leurs enfants.

Ces débats ont aussi révélé la persistance à droite des idées les plus conservatrices sur l’homosexualité. Le Parti socialiste regrette que la droite ait préféré l’obstruction, et se soit parfois laissée aller aux dérapages injurieux ou homophobes.

Le Parti socialiste reste pleinement mobilisé pour le vote de la loi au Sénat.

Homoparentalité : « psys, taisons-nous ! »

Depuis que se profile le vote de la loi sur le mariage pour tous, une efflorescence d’articles psychanalytiques envahit les médias. Au coeur du débat : l’homoparentalité. Ces articles font-ils état d’une expérience clinique des problèmes rencontrés par les enfants des couples homosexuels ?

Aucunement. Les données publiées dans les pays où cette possibilité existe depuis suffisamment de temps pour que ces enfants soient devenus adultes sont superbement ignorées. Les informations et les études pourtant précieuses des auteurs américains, australiens, israéliens, belges et autres sont disqualifiées.

BIEN DES A PRIORI

En France, ces articles s’appuient essentiellement sur les théories issues de l’analyse de sujets dont les parents sont hétérosexuels. Avoir deux parents de sexes différents serait indispensable à la reconnaissance des sexes.

L’identification d’un garçon à un homme serait empêchée s’il n’avait pas de père. Du coup, certains psychanalystes en ont déduit bien des a priori sur l’homoparentalité. Selon eux, la conception hors différence des sexes abolirait le fantasme d’engendrement en réalisant le rêve d’autoreproduction qui serait au coeur de la psychose…

Pour ces psychanalystes, le symbolique est tributaire de la réalité. Le passé représenterait alors « le bien et le vrai ». L’homoparentalité serait une transgression.

Ces critiques me ramènent vingt ans en arrière, lors des premières fécondations in vitro dans les couples hétérosexuels. Il y eut alors un vaste regroupement de psychanalystes pour critiquer ces procréations médicalement assistées (PMA).

Selon eux, elles allaient aboutir à créer des enfants dont l’inconscient serait altéré. Ils prédisaient, comme aujourd’hui avec l’homoparentalité, que des catastrophes allaient s’abattre sur ces enfants « artificiels ».

Ils pensaient que, privés à l’origine de l’abri de l’utérus maternel, ces enfants ne pourraient accéder à la scène primitive puisque celle-ci n’était pas à l’origine de leur conception dans la réalité !Ces enfants « artificiels » seraient alors menacés de devenir psychotiques.

La réalité de l’évolution normale de ces enfants fit bientôt taire les terrifiants oracles de ceux qui se sont déconsidérés par l’excès de confiance en leurs constructions théoriques.

LES MÊMES FANTASMES

Or voici que ce débat reprend vingt ans plus tard, sous-tendu par les mêmes fantasmes :

1. La menace du chaos exprime la crainte de l’ébranlement d’un ordre du monde. Alors, ce serait l’analité toute-puissante que libérerait la transgression. Le fantasme impliqué serait celui d’une régression à la toute-puissance infantile puisque le garant de la loi symbolique, le père, aurait été éliminé.

2. L’angoisse rejoint le fantasme de l’apprenti sorcier. La puissance de la science se projette sur son objet. Dépassé, le médecin deviendrait l’esclave d’une créature qui échapperait à son contrôle tel le Golem ou Frankenstein. Nous fabriquerions des êtres déshumanisés : ils viendraient se venger en détruisant l’humanité.

3. Mère idéalisée : le progrès abîmerait la Nature. L’attaque de celle-ci entamerait l’intégrité de ses fruits. Les enfants de l’homoparentalité seraient pathologiques.

Ces prévisions catastrophistes dénient toute vie psychique autonome ! Que savons-nous sur les effets de la parenté homosexuelle ? Je ne peux que résumer les connaissances actuelles en disant que les résultats de procréations homosexuelles pratiquées à l’étranger sont rassurants.

On doit dire que, si ces enfants ainsi conçus, nombreux aux Etats-Unis, devenaient psychotiques, cette situation n’aurait pas manqué d’alerter, là-bas, les experts hostiles à ces pratiques.

La méthode freudienne se fonde sur l’écoute. Jusqu’à aujourd’hui, le coït procréateur, nommé aussi scène originaire, a été un des fantasmes organisateurs de la psyché. Cependant, n’est-il pas lui-même une représentation privilégiée d’un complexe enchevêtrement de désirs parentaux ? D’autres représentations ne pourraient-elles avoir la même fonction ?

La symbolisation me paraît être une capacité de notre psychisme et non une conséquence de l’organisation familiale réelle.

Pourquoi les efforts considérables faits par des parents pour faire naître leur enfant ne pourraient-ils pas induire un effet structurant ? Ce serait l’ébauche d’un nouveau fantasme originaire qu’être ainsi un « enfant du désir d’enfant », adopté ou procréé médicalement.

ÉTHIQUE DU BIEN

L’identité se réfère aux désirs parentaux et non à l’usage qui est fait des cellules germinales. C’est l’expérience psychanalytique qui nous dira un jour comment se seront agencés les fantasmes des enfants de nos patients après la victoire sur le destin anatomique que la médecine a offerte à leurs parents.

Si je me sens apte à étudier cette situation, sans doute est-ce lié à ma connaissance des choix éthiques des autres nations européennes. Si la France prône une éthique du bien, c’est une éthique de la liberté qui s’applique dans de nombreux pays.

Là, chacun dispose librement de son corps tandis que chez nous l’indisponibilité du corps est décidée par la loi.

La liberté est un modèle qui laisse les parents responsables de leurs choix procréatifs. Le psychanalyste n’a pas à imposer un point de vue devant le désir de la société de s’adapter à la situation existante.

Il n’a pas à s’opposer à la volonté de donner aux enfants des homosexuels la reconnaissance de leur filiation, même si celle-ci est contradictoire avec la biologie. Sans une expérience clinique réelle, les psychanalystes ne peuvent se substituer ni à l’opinion publique ni au législateur. D’ici là, « taisons-nous ! »

 

LE MONDE | 25.12.2012   Par Sylvie Faure-Pragier, auteur des « Bébés de l’inconscient : le psychanalyste face aux stérilités féminines aujourd’hui » (PUF, 2003)

 

 

Virginie Despentes répond à Lionel Jospin et aux anti-mariage pour tous

 

TRIBUNE. Vendredi dernier, l’ancien Premier ministre réaffirmait ses réserves sur l’ouverture du mariage aux homos. L’écrivaine Virginie Despentes revient sur son argumentaire, et celle des anti-mariage pour tous.

Invité vendredi dernier sur le plateau du Grand Journal de Canal +, Lionel Jospin est revenu sur ses réserves sur l’ouverture du mariage aux couples homos. «C’est la position de mon parti, et donc je la respecte, a commenté l’ancien Premier ministre. Ce n’était pas la mienne au départ. Ce que je pense c’est que l’idée fondamentale doit rester, pour le mariage, pour les couples et pour la vie en général, que l’humanité est structurée entre hommes et femmes.» L’écrivaine Virginie Despentes a choisi de lui répondre dans une tribune que publie TÊTU.com.

«Alors, cette semaine, c’est Lionel Jospin qui s’y colle. Il trouve qu’on n’entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c’est sans homophobie. Il n’a pas dit qu’on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L’humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l’humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles – mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n’est pas de l’humain pur jus, pas de l’humain-humain comme l’est monsieur Jospin. Ce n’est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu’est l’humanité, et l’humanité, c’est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C’est dommages pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c’est l’histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c’est l’humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l’admettre: il y a d’une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l’autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s’estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu’elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l’état. Mais c’est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l’humanité, certains d’entre nous en font moins partie que d’autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n’aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C’est quasiment une question de bon sens.

Mais c’est dit sans homophobie, c’est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C’est d’avantage le bon sens que l’homophobie qui les pousse à s’exprimer. Dans ce débat, personne n’est homophobe. Ils sont juste contre l’égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l’égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l’égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu’on est bien d’accord que tant qu’on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m’étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu’à cette déclaration, je n’avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l’humanité. Ça va me prendre un moment avant de m’y faire. C’est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu’on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j’en avais moitié rien à faire – mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu’on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m’intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l’humanité. Il n’y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d’un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l’enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L’enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L’humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l’évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance?

Jospin, comme beaucoup d’opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletés, alors chez eux ce n’est plus un papa et une maman, c’est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu’ils ne changent de voiture. On sait que l’adultère est un sport courant (qu’on lise sur internet les commentaires d’hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l’importance de la monogamie en hétérosexualité – ils n’y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s’en mêle) et on sait d’expérience qu’ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d’une immense partouze à l’amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s’agit des homosexuels? On salirait l’institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d’avantage que ce que vous avez déjà fait, c’est perdu d’avance… dans l’état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c’est qu’on accepte de s’en servir. Le vatican brandit la polygamie – comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l’affaire, mais c’est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n’empêche qu’on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l’humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons – ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c’est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s’occupent d’excommunier tous ceux qui ne respectent pas l’institution, qu’ils s’occupent des comportements des mariés à l’église, ça les occupera tellement d’y mettre un peu d’ordre qu’ils n’auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c’est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j’m’enfoutistes, plus névrosés et toxiques – impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l’humanité en subit d’autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n’y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l’idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu’est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l’oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité, c’est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n’a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu’une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J’ai l’impression qu’en tombant amoureuse d’une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains – moins humains de Lionel Jospin) j’ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J’ai l’impression d’être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j’avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d’une moitié de droits. Ça me chagrine que l’état mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu’ils peuvent le penser, mais que la loi n’a pas à être de leur côté.

Si demain on m’annonce que j’ai une tumeur au cerveau et qu’en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d’aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m’assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c’est la mort qui nous sépare, tout ce qui m’appartient lui appartient, à elle. Si j’étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c’est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu’on puisse la contester. Ou qu’elle doive payer soixante pour cent d’impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu’on est les seuls à devoir payer alors qu’on vit en couple. Que n’importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c’est normal, c’est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j’ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J’aimerais, s’il m’arrivait quelque chose, savoir qu’elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s’assurer que n’importe quelle petite hétéro touchera sa part de l’héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu’un humain hétéro, j’ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits – je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m’incluent ou pas dans leur conception de l’humanité, je veux que l’état lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l’héritage est centrale dans l’institution du mariage. Les sourds, les aveugles et les mal formés pendant longtemps n’ont pas pu hériter. Ils n’étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu’on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n’héritaient pas. Elles n’avaient pas d’âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s’occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l’époque ils s’appelaient Proudhon. J’ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l’humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu’homophobie pour décrire ce que je ressens d’hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu’a commencé ce débat. J’ai grandi hétéro, en trouvant normal d’avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n’aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et déclarant «déviante». J’aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n’a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n’ai pas à me sentir punie parce que j’échappe à l’hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu’elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d’hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c’est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l’entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l’entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s’imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c’est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu’un petit coréen ou un petit haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu’il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu’il n’est pas l’enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu’ils préparent une génération d’orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l’hétérosexualité à l’occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c’est la seule façon de faire partie de l’humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n’y a pas de quoi, et on n’est pas là pour ça. Vos vies dans l’ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l’entendent. Personne n’a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d’abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n’est pas un choix de vie, c’est une terreur politique, je m’étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»

Photo: DR.

Par Rédaction TETU

Plus de: Virginie Despentes

Mariage pour tous : « L’Eglise est à l’agonie »

Olivier Bobineau, sociologue des religions, explique comment l’Eglise est passée du terrain religieux à celui de l’anthropologie pour défendre son idéologie familiale.

Performance d’opposants au mariage pour tous et à l’adoption par les homosexuels à Marseille, le 23 octobre 2012 (GERARD JULIEN/AFP)

Ce mercredi, le Conseil des ministres examinera le projet de loi sur le mariage pour tous. Le débat sociétal, lui, est déjà installé. Et contrairement à celui qui avait pu avoir lieu pour le pacs en 1998, les arguments évoqués ne sont plus les mêmes. On n’entend plus les opposants au texte parler de religion mais d’« anthropologie ».

Rappelez-vous par exemple les propos de ce directeur diocésain de l’Enseignement catholique rapportés par Thomas Demi, riverain de Rue89 :

« Il me semble cependant légitime de vous communiquer ma vive inquiétude sur les conséquences sociétales, anthropologiques et politiques que représente l’institutionnalisation par le mariage d’une union par nature et définition stérile. »

Il y a aussi eu une performance (extrêmement drôle et désormais célèbre) de militants opposés au mariage pour tous.

Performance de militants opposés au mariage pour tous

Le 23 octobre 2012 au Mans

Bref, on a eu la sensation de ne vraiment plus comprendre ces militants opposés au mariage pour tous.

Pour nous éclairer, on a donc interviewé Olivier Bobineau. Sociologue des religions, auteur de « Dieu change en paroisse », membre du Groupe sociétés, religions, laïcité du CNRS (GSRL) et de l’Ecole des hautes études pratiques (EPHE), il s’apprête à publier « L’Empire des papes : une sociologie du pouvoir catholique ».

Rue89 : On présente souvent assez simplement les opposants au mariage pour tous et à l’adoption comme des catholiques conservateurs. Comment identifiez-vous ce mouvement ?

Olivier Bobineau : C’est un mouvement traditionnel, qui sort de l’Eglise catholique et qui, depuis le XIXe siècle, offre un front de résistance face à l’individualisme et face à toutes les évolutions de la morale et des mœurs. Donc ce sont des gens qui se positionnent sur tout ce qui concerne la garantie des droits individuels. Ils ne sont pas forcément intégristes.

Moi-même, j’ai des amis de gauche, modérés, qui font état de cette conviction du mariage comme institution sacrée entre un homme et une femme. Et ils se fondent toujours sur l’évangile de Matthieu.

D’où cette opposition permanente à l’évolution des mœurs vient-elle ?

L’institution catholique a pour ambition de quadriller les consciences et les mœurs.

C’est ça l’anthropologie catholique, c’est une anthropologie qui, pour maîtriser les esprits, pour garantir le salut, va passer par le contrôle des corps. D’une manière très originale, ça ne passe pas par les armes car l’Eglise n’a pas d’armée.

Et c’est ça qui est très intéressant dans le catholicisme à observer, c’est que ce contrôle passe par les consciences, par la transmission, par la théologie, par les sacrements et le droit canon.

Justement, on entend beaucoup les mouvements opposés au mariage pour tous et à l’adoption par les couples de même sexe évoquer cet argument (étrange) de l’anthropologie. Qu’est-ce que cela veut dire ? D’où vient cet argument ?

C’est classique dans le catholicisme. L’Eglise catholique procède ainsi pour justifier ses fondamentaux (l’organisation du pouvoir hiérarchique et ce contrôle moral). Cet argument anthropologique domine aujourd’hui dans les débats. Il fait autorité.

L’Eglise se saisit d’une certaine anthropologie pour dire que le mariage des homosexuels est contraire à ce qu’elle défend depuis des années. Mais l’Eglise fait appel à un type d’anthropologie, naturaliste, qui dit que le mariage est une fondation institutionnelle.

La famille comme valeur, c’est une invention catholique du milieu du XIXe siècle pour répondre à la modernité qui vient briser les familles. Ce qui est quand même drôle, c’est que Joseph et Marie n’étaient pas mariés. Dans le texte, Marie est accordée en mariage. Ils ne font pas maison commune et elle va tomber enceinte.

Vous imaginez l’ambiance ! Le pauvre petit Jésus nait dans une famille recomposée, puisqu’il a des frères qui sont des demi-frères sans doutes nés d’un premier mariage de Joseph. Il dit d’ailleurs aussi : « Qui est ma mère ? Vous êtes mes frères ! »

Jésus est on ne peut plus moderne. Donc on voit bien que les opposants au mariage homosexuel ne peuvent pas se fonder sur les textes. L’Eglise fait donc recours à une anthropologie, mais une anthropologie de type conservatrice.

Mais quand ils utilisent cet argument de l’anthropologie, ils parlent encore bien de sciences humaines ou pas du tout ?

Oui, il y a un courant de l’anthropologie qui porte leurs idées, c’est une anthropologie institutionnaliste. Il y a des gens qui justifient le fait que l’apprentissage de la différenciation des âges et des sexes est importante, mais aussi que si l’on reconnaît le mariage homosexuel, ce sera l’ouverture de l’adoption et qu’on aura des enfants qui ne seront plus aptes à faire cette différenciation.

Mais en anthropologie comme dans toute science humaine, il y a des courants, des débats. Avec cet argument de l’« anthropologie », on a parfois l’impression que c’est la discipline dans son entièreté qui est convoquée. Pourquoi ?

Il faut être catholique deux secondes pour comprendre. Quand vous êtes catholique, vous n’avez qu’un seul chef, c’est l’évêque de Rome, et vous n’avez qu’une seule théologie dominante, celle du droit naturel. Donc, quand vous êtes catholique, par définition vous avez accès à la vérité, vous avez accès à l’universel, et vous êtes dans une posture d’union. Tout ce qui est relève du pluralisme est associé à de la division. Et « division », en grec, se dit « diabolein ».

Dans sa constitution, l’Eglise est essentiellement hiérarchique. Obéir au pape, c’est obéir à l’Eglise et c’est obéir à Dieu et réciproquement. Comme le dit Yves Congar, grand théologien dominicain, il y a un principe d’« essentialisation » dans l’Eglise. Et donc, quand elle se saisit d’un argument, elle l’essentialise.

Pour convoquer l’argument d’une certaine anthropologie, elle parle donc tout simplement de l’anthropologie. C’est la même chose qui s’est produite sur le débat sur le genre, il y a deux ans. En sociologie, il y a une trentaine de tendances, mais ces mouvements s’en fichent. Dans leurs discours, il n’y a qu’une seule sociologie du genre, comme il n y a qu’une seule anthropologie.

Mais c’est un processus classique dans l’Eglise catholique : prendre l’argument qui fait autorité auprès des individus puis l’essentialiser, c’est-à-dire le retravailler avec sa propre culture, qui est une culture de la domination par l’uniformisation.

Pourquoi l’argument religieux n’apparaît plus dans le débat ?

Aujourd’hui, toutes les grandes autorités sociétales ont été remises en cause. La société moderne, comme la société traditionnelle, est fondée sur sept figures de l’autorité, ce que j’appelle les sept « P » :

  • le père ;

  • le prêtre ;

  • le professeur ;

  • la patrie ;

  • le prince (ou le chef d’Etat) ;

  • le parti et le patron.

Il y a un huitième « P » qui récapitule tous les autres, c’est le pape. Jean-Paul II a pu profiter de son charisme et développer des arguments religieux.

Mais aujourd’hui, on n’a plus Jean-Paul II, on a homme qui s’appelle Joseph Ratzinger, un professeur qui se prend pour un père et un chef de parti. Il ne faut pas oublier qu’il a dirigé la Congrégation pour la doctrine de la foi. Donc ces figures de l’autorité sont remises en cause et le problème de Benoît XVI, c’est qu’il n’a aucun charisme.

Or, la seule qualité qui fait autorité aujourd’hui sur l’individu, c’est le charisme. Ce qui convainc les individus aujourd’hui, ce sont les individus eux-mêmes. Des individus, mais des individus qui ont un don de parole extraordinaire, comme dit Max Weber.

L’Eglise catholique prend cela de plein fouet comme tous les groupes sociaux, la « charismatisation » du politique, « l’émotionalisation » des relations et des médias. Et au fondement de cette communication nouvelle, il y a la psychologie, les sciences humaines… L’individu qui sait avoir une parole extraordinaire et qui la fonde sur les sciences humaines, il l’emporte et l’Eglise le sait.

Pourquoi y a-t-il une incapacité dans ces mouvements à avoir une communication qui touche tout le monde et qui ne soit pas tournée au ridicule ?

C’est le problème de toute communication institutionnelle. Rappelez-vous la campagne de François Hollande. La danse où on mettait les mains à plat en les bougeant.

Clip de campagne de François Hollande (2012)

Et rappelez-vous comment l’UMP s’est ridiculisée avec son clip.

Lipdub des jeunes UMP (2010)

Plus l’institution communique, plus elle fait état de son décalage. Et le seul moyen de bien communiquer aujourd’hui, c’est le charisme d’un individu. Dès qu’on a un spot institutionnel, ça ne passe pas. Aujourd’hui, aucune institution ne sait communiquer en direction des individus si elle prend comme point de départ un message institutionnel.

Ça ne passe plus parce que toutes les figures d’autorité ont été remises en cause. Et le problème, c’est que l’institution ne sait plus comment faire. Du coup, elle imagine des vidéos avec des images d’Epinal peut-être. Ce décalage vient aussi du fait que le propre d’une institution, ce n’est pas de faire la révolution, mais au contraire de stabiliser des règles et des normes par rapport à une histoire et à un passé.

Quels sont les arguments légitimes dans ces mouvements alors aujourd’hui ?

L’argument anthropologique donc. Et le fait qu’il n’y aurait aucune étude dans un sens ou dans l’autre permettant de résoudre vraiment la question du bien-être de l’enfant au sein d’un couple homosexuel. L’Eglise évoque le principe de précaution, ce qui est très drôle. Le principe de précaution, c’est un argument sociétal qui émerge depuis une quinzaine d’années et dont l’Eglise se saisit.

Elle a cette capacité de se dire : « Il faut que j’utilise les arguments qui font autorité. » Donc les sciences humaines, donc le principe d’autorité. En tout cas, on s’éloigne de ce qui est écrit dans l’Evangile. Pierre, considéré comme le premier pape, est marié. On faire croire aux catholiques des choses extraordinaires. On parle même de la Sainte Famille. Mais c’est quoi la Sainte Famille ? C’est un homme pauvre qui s’appelle Joseph qui se remarie visiblement, qui a des enfants d’un premier mariage, qui est accordé en mariage et qui fuit la puissance politique. Elle est où la Sainte Famille ?

Est-ce possible encore pour l’Eglise de se moderniser, de se relever ?

L’Eglise est à l’agonie dans les sociétés modernes. C’est un choc anthropologique. D’un côté, il y a une anthropologie catholique qui veut mettre sous contrôle les individus par le biais du sentiment de l’amour, qu’elle dit contrôler, incarner. L’anthropologie catholique, c’est ça : une institution qui veut contrôler l’amour. C’est une grande ambition…

De l’autre côté, il suffit de faire un peu de socio, de philo et d’histoire de la modernité pour constater que tout le monde est d’accord pour estimer que le propre de la modernité, c’est de séparer les institutions des sentiments des individus.

C’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de la science et de la théologie, de la vie privée et de la vie publique. On sépare toutes ces institutions du sentiment des individus pour leur permettre de s’émanciper.

En résumé, vous avez d’un côté une anthropologie qui a pour ambition d’être l’institution qui contrôle le sentiment des individus, et de l’autre une anthropologie qui a pour ambition de séparer les sentiments des individus des institutions. Et bien voilà, c’est le choc.

Sauf que l’une est en train de l’emporter tranquillement. Il n’y a que 2% de la population française qui pratique la religion catholique régulièrement. Il n’y a plus de prêtres. Voilà pourquoi l’Eglise est à l’agonie.

Mais y a-t-il des gens qui pourraient incarner cette modernité ?

Il y a eu, durant l’entre-deux-guerres, l’action catholique (JOC entre autres) mais aujourd’hui, elle est en voie d’extinction. Il y a aussi eu le mouvement des prêtres ouvriers fondé après la Seconde Guerre mondiale, avant d’être interdits en 54 pour finalement être réintégré comme Prêtres au travail dans le concile de Vatican II.

On a des poches de rébellion comme ça parfois. Et puis, il y a aussi des gens qui restent dans l’Eglise, et qui n’en pensent pas moins. Ils restent parce qu’ils ont leur socialisation religieuse, leurs copains qui sont là, mais ce que dit le pape, ils n’en ont rien à faire.

En Bavière, dans des familles catholiques, riches, j’avais fait une enquête sur la contraception : 98% des sondés la prenaient. Je crois d’ailleurs que c’est la fracture. En 68, il y a l’encyclique « humanæ vitæ » qui fractionne. Il y a une main tendue vers la modernité avec Vatican II.

Mais malgré la commission des experts où on compte sept voix contre cinq pour la contraception, Paul VI dit non. Et il n’a pas le choix, il est le chef à la tête de la plus vieille institution qui a pour ambition de contrôler le sentiment des individus.

Mais donc il n’y a personne pour incarner ce changement ?

Vous pouvez toujours prier …

Renée Greusard | Journaliste   Rue89 4 novembre

Mariage homosexuel : le PS répond à l’Eglise catholique

Le député chargé du projet de loi demande « que les chrétiens ne cherchent pas à imposer leur vision de la famille ».

Erwann Binet, rapporteur PS du projet de loi sur le mariage homosexuel, répond au discours de l’Eglise catholique dans une interview au « Journal du dimanche » du 4 novembre.

A propos du discours de l’Eglise, opposée au mariage homosexuel, Erwann Binet souhaite « que les chrétiens, comme tous les Français, ne cherchent pas à imposer leur vision de la famille à la société ».

« Qu’ils ouvrent les yeux sur les familles d’aujourd’hui qui font cette société, des familles monoparentales, homoparentales, recomposées (…) Je pense donc essentiel que les parlementaires que nous sommes s’assurent que toutes ces formes de familles puissent avoir les mêmes droits », souligne-t-il.

« Il n’y a pas beaucoup d’arguments »

Erwann Binet estime aussi que l’UMP réclame des états généraux à propos du projet de loi sur le mariage homosexuel parce qu’elle n’a « pas beaucoup d’arguments » pour s’opposer au texte.

« Depuis trois ou quatre mois, l’UMP réclame des états généraux, une commission spéciale… Je vais être dur, mais ces gens-là n’ouvrent la bouche que pour demander des débats sans y prendre part », déclare-t-il. Le débat est, selon lui, « ouvert, et c’est une hypocrisie de dire qu’il n’a pas lieu. Tout ça démontre que, derrière, il n’y a pas beaucoup d’arguments ».

Interrogé sur les amendements qu’entendent proposer les parlementaires socialistes « notamment sur l’assistance médicale à la procréation », le député de l’Isère estime que celle-ci « est une suite logique du mariage et de l’adoption ». « C’est accorder une stabilité et une protection supplémentaires aux couples de même sexe et aux enfants élevés par ces couples qui sont de plus en plus nombreux », explique-t-il.

L’Eglise « n’est pas dans son rôle »

De son côté, David Assouline, porte-parole du Parti socialiste, a jugé que l’Eglise « n’est pas vraiment dans son rôle quand Mgr Vingt-Trois appelle à s’opposer à la volonté du législateur, d’autant qu’il s’agit du mariage civil dans la République laïque ».

Dans un communiqué, le sénateur de Paris rappelle que l’ouverture du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels était un engagement de campagne de François Hollande, le 31e de ses « 60 engagements pour la France ». « Le suffrage universel s’est exprimé », ajoute David Assouline.

Le cardinal André Vingt-Trois, qui a  fustigé le mariage homosexuel, a défendu dimanche à Lourdes le droit des enfants « à se construire en référence » à un père et à une mère, lors de la célébration de la messe à la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. « Quand nous défendons le droit des enfants à se construire en référence à celui et à celle qui leur ont donné la vie, nous ne défendons pas une position particulière. Nous reconnaissons ce qu’expriment les pratiques et les sagesses de tous les peuples depuis la nuit des temps et ce que confirment bien des spécialistes modernes », a expliqué le président de la Confédération des évêques de France.

« Retour vers un fondamentalisme »

Le député PS de Paris Jean-Marie Le Guen a lui dénoncé sur la Radio de la communauté juive (RCJ) le « retour en arrière choquant de l’Eglise catholique » après les prises de position du cardinal André Vingt-Trois.

« La manière, la virulence, la tonalité, les pistes avancées par Mgr Vingt-Trois, me font penser à un véritable retour en arrière choquant de l’Eglise catholique », déplore-t-il. « Je pense qu’elle ne peut pas se permettre de se porter à ce niveau là, de cette façon là, sur ce sujet. »

Il poursuit : « Je rappelle que l’Eglise catholique est toujours contre l’IVG, qu’elle est contre la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, qu’elle était même contre le mariage civil, qu’elle est contre la contraception, et qu’à partir de ce moment là, par rapport à ce qu’est la société française, elle doit avoir une approche plus pédagogique et moins péremptoire. Je suis choqué par cette attitude dont je pense qu’elle a avoir avec une espèce de retour vers un fondamentalisme qui me pose problème », a-t-il mis en garde.

 

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Mariage homo : André Vingt-Trois évoque une « supercherie »

« Contrairement à ce que l’on nous présente, ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous », a pointé le cardinal à Lourdes en assemblée plénière.

Cette proposition "fait disparaître un critère très important d'évaluation qui est de savoir ce qui est simplement l'expression extérieure d'une conviction et ce qui est une expression provocatrice", selon André Vingt-Trois. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Cette proposition « fait disparaître un critère très important d’évaluation qui est de savoir ce qui est simplement l’expression extérieure d’une conviction et ce qui est une expression provocatrice », selon André Vingt-Trois. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Le mariage homosexuel agite le débat des évêques. Le cardinal André Vingt-Trois a déclaré samedi 3 novembre, à propos du projet de loi sur le mariage homosexuel, que « ne pas reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société », position défendue par les autres grandes religions.

Dans son discours devant 120 évêques réunis à Lourdes en assemblée plénière, le cardinal a estimé que pour un sujet d’une telle ampleur, « un large débat national s’imposait qui ne se contente pas d’enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies ».

Un « enjeu » grave

Selon un sondage BVA publié samedi par « Le Parisien/Aujourd’hui en France », 58% des Français se déclarent aujourd’hui favorables au mariage des homosexuels, un chiffre en baisse car ils étaient 63% en 2011. Pour le président de la Conférence des évêques de France, le projet du mariage homosexuel que le gouvernement fait passer en urgence survient alors que « la crise économique atteint de plus en plus l’ensemble de notre société, que des entreprises ferment et que la précarité s’étend ».

Comme les responsables des principaux cultes en France, qui se sont successivement érigés contre un projet issu, selon eux, d’un discours « bien pensant », Mgr Vingt-Trois a insisté sur « la gravité de l’enjeu du mariage homosexuel qui bouleverserait en profondeur les fondements de la société ».

La question fondamentale, a-t-il souligné, est le respect de la réalité sexuée de l’existence humaine et de sa gestion par la société. Une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants ».

« Contrairement à ce que l’on nous présente, a relevé Mgr Vingt-Trois, « ce ne serait pas le ‘mariage pour tous’, ce serait le mariage de quelques uns imposé à tous », a-t-il souligné. Une position que ne défendent pas seulement les catholiques, mais aussi protestants, orthodoxes, musulmans ou juifs.

Déjà, le 15 août, fête de l’Assomption, le cardinal-archevêque de Paris André Vingt-Trois avait appelé à prier « pour que les enfants cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ». Début octobre, c’est au tour de la Fédération protestante de France de s’élever contre « la fausse bonne idée du mariage pour tous », son président en faisant une question « non pas théologique, mais sociale et anthropologique ».

« Le droit à l’enfant n’existe ni pour les homosexuels ni pour les hétérosexuels »

Soulignant que « l’égalité ce n’est pas l’indifférenciation », le pasteur Claude Baty trouve « absurde de remettre en cause ce qui est depuis toujours le fonctionnement normal de l’humanité, à savoir qu’il faut un homme et une femme pour faire un enfant ».

Pour sa part, le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, se demande s’il n’y a pas, au nom de l’égalité revendiquée pour tous, « une confusion entre l’égalité et la similitude. Deux personnes peuvent être égales mais non semblables, ou être semblables mais non égales ».

Une des protestations les plus remarquées vient du Grand rabbin de France Gilles Bernheim, pour qui « les arguments invoqués d’égalité, d’amour, de protection ou de droit à l’enfant se démontent et ne peuvent, à eux seuls, justifier une loi ».

« Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit ». De son côté, Olivier Wang-Genh, vice-président de l’Union des Bouddhistes de France, souhaite « qu’on réfléchisse aux conséquences qui découlent d’actes individualistes et égoïstes ».

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