Section de Gréasque
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Tapie s’en prend à Montebourg : le coup de gueule de trop d’un « mauvais gagnant »

LE PLUS. Bernard Tapie règle ses comptes. Après le rachat des titres Hersant, dont « La Provence », l’ancien président de l’OM s’en est aussitôt pris à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qu’il accuse d’ingérence dans ce dossier. Un comportement de « mauvais gagnant », selon notre contributeur Laurent Calixte.

 Bernard Tapie sur le plateau de « Vivement dimanche », le 12/12/2008 (BENAROCH/SIPA).

 Bernard Tapie sur le plateau de

Cher Bernard Tapie,

 

J’espère que l’année qui s’annonce consacrera le patron de presse que vous souhaitez devenir, et vous présente à cette occasion tous mes vœux de réussite.

 

Ceci dit, j’avoue que j’ai été surpris par la virulence avec laquelle vous avez fêté votre victoire face au groupe belge Rossel lors du rachat des journaux du sud de Hersant. Car si je connaissais l’existence des « mauvais perdants », j’ignorais celle des « mauvais gagnants ».

 

Lorsqu’on remporte une victoire, la dernière chose à faire consiste à se plaindre des péripéties de celle-ci, à chipoter sur les méthodes employées par les uns et les autres, à chicaner quant aux initiatives qui ont pu être prises par tel ou tel intervenant. C’est-à-dire, en somme, à jouer au “mauvais gagnant”.

 

Montebourg, dans son rôle ?

 

Trois jours après votre victoire dans le rachat des titres Hersant, le 22 décembre, vous avez en effet déclaré au « Journal du Dimanche » que “le cabinet Montebourg a tout fait pour (vous) bloquer”.

 

Comment ? Le socialiste Montebourg ne voit pas d’un trop bon œil votre irruption dans la presse ? Il ne voit pas d’un très bon œil le fait que vous puissiez utiliser « La Provence » pour vous faire élire à Marseille ? Il ne voit pas d’un très bon œil votre retour en tant que “gestionnaire” d’entreprise, alors que, parmi les sociétés que vous avez reprises, Manufrance a été liquidé, Testut a été liquidé, Donnay a été liquidé ? Comme c’est curieux ! Comme c’est bizarre ! Comme c’est surprenant !

 

Mais le plus incroyable, c’est que vous semblez reprocher à M. Montebourg d’avoir tenté de multiplier le nombre de candidats à la reprise des titres Hersant. Et alors ? N’était-il pas dans son rôle ? Ne vaut-il pas mieux plusieurs candidats qui se feraient concurrence pour emporter les titres Hersant, qu’un candidat unique qui dicterait ses conditions aux banquiers ?

 

Mais reprenons. Car pour les Français, l’histoire Tapie – Hersant semble ou bien trop simple ou bien trop complexe. Trop simple s’il s’agit seulement d’affirmer que « Bernard Tapie rachète ‘La Provence' ». Trop complexe pour qu’on puisse percevoir immédiatement la dimension tout à fait scandaleuse de ce rachat.

 

Un rachat scandaleux

 

Pour comprendre l’enjeu du dossier, imaginons l’histoire suivante :

 

1. Fifi s’est endetté à hauteur de 260 millions d’euros (210 millions plus les intérêts) pour acheter un groupe de presse.

 

2. Un beau jour, Fifi décide que les remboursements du prêt sont trop élevés, alors il arrête de verser les mensualités.

 

3. Quelques années plus tard, ses banques lui disent : « bon, maintenant, faut payer ».

 

4. Alors il décide de vendre son groupe de presse.

 

5. Il trouve un repreneur, Nanard, qui lui dit : « Voilà, toi et moi, on va racheter ton groupe de presse, je vais mettre 20 millions, tu vas mettre 25 millions de ton argent personnel, on prend aussi 5 millions qui traînent dans les tiroirs, on file ces 50 millions aux banques pour solde de tout compte, donc elles récupèrent 50 sur les 260 millions, elles perdent 210 mais, pour elles, c’est toujours ça de gagné – ou plutôt, de « pas perdu » ! Ah ah ah – et nous, on remet la main sur tes journaux et leurs immeubles.

 

6. Oui, les banques accepteront que nous gardions tous tes journaux rachetés à un prix cassé, et elles l’accepteront alors même que tu leurs dois encore 210 millions d’euros. En plus, elles peuvent pas t’imposer de vendre ton groupe à notre rival pour le rachat, le groupe de presse belge Rossel, même s’il surenchérit. Pourquoi ? Ah ah ah ! Sacré Fifi ! Il faut que je t’affranchisse ? TOI ? Ah ah ah ! Farceur, va!

 

7. Mais, pépère, tout simplement parce que ton groupe n’est pas en liquidation, ni en redressement judiciaire, que tu n’as pas à obéir à un administrateur judiciaire mais que tu dois simplement écouter les conseils d’un  » conciliateur »… Et pour que l’accord de vente soit valable, il faut la signature du vendeur – toi –, celle des 17 banques créancières, et celle de l’acheteur – c’est-à-dire Rossel, ou… nous deux. Tu es donc encore le seul maître à bord, et personne ne peut te forcer à signer avec Rossel si tu n’en as pas envie, même si leur offre est supérieure à la nôtre ! C’est la loi française. Les Français l’ignorent, mais moi, j’adore respecter la loi, ah ah ah !

 

8. Et si les banquiers veulent imposer Rossel et refusent de signer notre offre… Eh bien tu mets ton groupe en cessation de paiement, ça entraîne la liquidation judiciaire, des milliers de personnes sur le carreau, ça fait un scandale médiatique, ce que les banques et le gouvernement veulent éviter à tout prix ! Ah ah ah !

 

9. Avec ces 50 millions, on efface donc 210 millions de dettes, et on pourra, si on veut, revendre les journaux séparément, « à la découpe ». Nous pouvons en espérer entre 90 et 120 millions en tout. Oui, pour le prix de 50 millions d’euros, nous remettons la main sur ton groupe, dont les journaux et le patrimoine immobilier valent entre 90 et 120 millions d’euros ! Entre 40 et 70 millions d’euros de bénef’ potentiel alors que t’as encore une ardoise de 210 millions auprès des banques ! Ah ah ah ! Eh, Fifi, j’adore la loi, moi ! »

 

10. Bilan : pour 50 millions d’euros, Nanard et Fifi ont donc racheté un groupe qui vaut entre 90 millions et 120 millions d’euros alors que les banques ont perdu 210 millions (260 – 50), que le plan social précédent de Groupe Hersant Médias (Comareg) a coûté environ 20 millions d’euros à la collectivité (indemnités licenciement des AGS) en coûtant leur emploi à plus de 3.000 personnes en tout, que cette faillite a laissé une ardoise de 16 millions à l’État (donc aux contribuables), que la société de Fifi a reçu 20 millions d’aides de l’État au cours des dernières années, et qu’il possède toujours son florissant groupe de presse en Suisse (environ 100 millions de francs suisses de CA, soit 80 millions d’euros).

 

Une histoire digne d’un sketch

 

Alors comment vous dire, cher Bernard, c’est vrai, ce qui est en train de se passer mériterait d’être raconté sous forme de sketches au Café de la Gare. C’est énorme. Absolument énorme, tant cette histoire est révélatrice des dérives du capitalisme contemporain (et Dieu sait si je n’aime pas les expressions grandiloquentes comme « dérives du capitalisme contemporain »).

 

Mais on ne comprend rien à la dimension « hénaurme » de l’affaire si on ne rappelle pas que si vous avez été en capacité de racheter les titres Hersant, M.Tapie, c’est grâce à un pactole que vous avez reçu de… l’État. À la suite de l’ »affaire du Crédit Lyonnais ».

 

À l’époque, vous aviez demandé à cette banque de vendre votre société Adidas au prix minimum de 315,5 millions d’euros (2,085 milliards de francs). Or, la banque a en fait trouvé un acquéreur pour… plus du double. Elle réalise donc, sur votre dos, une plus-value de 396 millions d’euros. Agacé, vous portez plainte contre elle.

 

Et c’est là qu’apparaît le triple scandale révélateur des dérives de notre système : d’une part, il y a recours à un tribunal arbitral, c’est à dire à une justice privée. Cette procédure a été considérée comme potentiellement illégale par un juriste spécialiste de l’arbitrage, plusieurs députés et… un futur Premier ministre.

 

D’autre part, vous recevez donc une somme invraisemblable, 390 millions d’euros (220 millions une fois vos dettes déduites), payés non pas par votre tourmenteur, le Crédit Lyonnais, mais par le consortium de réalisation (dont l’actionnaire à 100% est l’établissement public EPFR), donc par l’État, donc par le contribuable – et pourquoi serait-ce au contribuable de payer pour les erreurs commises par une entreprise ?

 

Une fortune construite grâce à l’État

 

Enfin, dans cette somme de 390 millions (composée notamment de 240 millions d’euros de préjudice matériel, 92 millions d’intérêt de retard et 13 millions de frais de procédure) figure une enveloppe de 45 millions au titre du préjudice moral.

 

À ce stade, il faut braquer le projecteur de scène sur le fait que quasiment toute votre fortune actuelle, qui s’élève à 220 ou 260 millions d’euros selon les estimations, vient donc des poches du contribuable puisqu’elle a été payée par l’État. N’est-ce pas fascinant ?

 

La fortune actuelle de l’homme qui a porté l’étendard de l’entreprise privée, qui a galvanisé des générations d’étudiants d’écoles de commerce, qui a célébré la libre entreprise et la prise de risques, cette fortune a été généreusement offerte par l’État et donc les contribuables ! Dites, la plupart des milliardaires français ont fait fortune dans le privé, vous, vous avez fait fortune dans le public ! Mais au fond, justement, votre métier exact, alors, c’est quoi ?

 

Fonctionnaire de luxe ? Oligarque germanopratin ?

LE PLUS. Bernard Tapie règle ses comptes. Après le rachat des titres Hersant, dont « La Provence », l’ancien président de l’OM s’en est aussitôt pris à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qu’il accuse d’ingérence dans ce dossier. Un comportement de « mauvais gagnant », selon notre contributeur Laurent Calixte.

Édité par Sébastien Billard

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 Bernard Tapie sur le plateau de « Vivement dimanche », le 12/12/2008 (BENAROCH/SIPA).

 

(Cliquez ici pour lire la 1ère partie de ce texte)

 

Revenons-en aux 45 millions d’euros obtenus au titre du “préjudice moral”. Ici, un arrêt sur image s’impose. M. Tapie, lorsque les compagnies d’assurance doivent indemniser les parents lors du décès de leur enfant, la somme due au titre de “préjudice moral” ne dépasse quasiment jamais 20.000 euros.

 

Alors évidemment, il est curieux de constater que la somme de 45 millions que vous avez reçue est égale à ce qu’aurait versé les assurances aux familles pour leur préjudice moral si 15 Airbus A320 remplis d’enfants s’étaient écrasés simultanément avec à leur bord 2.250 enfants au total.

 

Quant à votre préjudice moral à vous, imaginons la scène :

 

Vous êtes debout, à côté de votre bureau. Un domestique arrive et vous présente un télégramme sur un plateau d’argent. Vous vous en emparez, et lisez : “M. Tapie, vous vous êtes fait flouer par le Crédit Lyonnais”. Alors, vous plaquez votre main droite sur votre coeur, grimaçant, puis vous faites rapidement plusieurs tours sur vous-même comme un Alain Delon révolvérisé, vous tombez à genoux puis vous vous roulez par terre sur votre tapis persan, en larmes.

 

« Je me suis fait flouer par le Crédit Lyonnais ! »

 

Qui pourrait imaginer l’intensité de votre douleur ? L’impact de cet événement sur votre réputation ? La dévastation qu’a causé sur votre psychisme une telle annonce ? Tapie, arnaqué !

 

Un dédommagement indécent

 

Lui ! Lui qui connaît tout sur les arnaques, lui qui connaît par cœur les chausse-trapes de la finance, lui qui sait dans quels alinéas du Code du commerce se cachent les pièges les plus à même d’essorer les investisseurs naïfs… Oui, il fallait bien 45 millions pour réparer un tel préjudice moral !

 

Les 15 Airbus qui s’écrasent avec 2.250 enfants à bord causeront aux parents un préjudice moral qui n’a rien à voir avec votre immense douleur à vous – ah la la, Bernard, cette ridicule incapacité des pauvres à se représenter le préjudice moral que constitue la perte éventuelle de 396 millions d’euros…

 

Une douleur si immense qu’on comprend bien qu’elle nécessite le versement d’une somme 45 fois supérieure à ce qu’a touché Patrick Dils (un million d’euros) pour avoir passé quinze ans en prison alors qu’il était innocent.

 

Donc je résume : votre fortune provient du fait que vous avez obtenu la création d’un tribunal privé qui s’est permis de demander à l’État de vous indemniser à hauteur de 390 millions d’euros. Et avec cette fortune, vous jugez utile de revenir sur le devant de la scène, en rachetant les titres Hersant.

 

Ce faisant, grisé par le succès qui semble revenir, vous écrivez n’importe quoi et vos fans se remettent donc à rire de plus belle.

 

Concernant les élections municipales à Marseille, vous avez en effet écrit :

 

« Je me suis engagé (…) à ne pas postuler à quelque mandat électoral que ce soit. (…) À défaut, un processus de cession de la totalité de mes actions sera organisé (…), le produit de cette vente étant alloué à une association caritative de mon choix. »

 

C’est pas sympa, Bernard. J’essaye depuis maintenant deux pages d’écrire correctement, de bien me tenir pour écrire droit, et là je me gondole tellement que je n’y arrive plus.

 

Quelles sont vos motivations ?

 

Décortiquons : déjà, à titre personnel, c’est la première fois que je vois un document où une personne prend un engagement solennel, puis s’autorise une ligne plus bas à pouvoir renier cet engagement. Il faut lire attentivement les contrats, avec vous, hein !

 

Article 1 – Je soussigné Bernard Tapie vends à Tartempion un yacht au prix de 100 millions d’euros.

Article 2 – Non, en fait c’est pas un yacht, c’est une moto.

Article 3 – Et le prix c’est pas 100 millions c’est 200.

 

Ensuite, vous dites que si vous vous lancez dans la course à la Mairie de Marseille, vous vendrez vos journaux et donnerez le produit de la vente à une association caritative. Comprends pas. Pourquoi le donner, cet argent ? Il est sale ? Il est mal gagné ? Pourquoi le « blanchir » en le donnant à des œuvres ?

 

Par ailleurs, si certains souhaitent que vous ne vous présentiez pas à la Mairie de Marseille en 2014, c’est parce qu’ils trouveraient injuste qu’un candidat bénéficie de la force de frappe médiatique de « La Provence ». Donc si, malgré votre promesse, vous vous présentez à la mairie, la cession du produit de vos titres à une œuvre caritative ne règlerait pas l’injustice évoquée plus haut.

 

Vos adversaires politiques souhaitent que vous n’utilisiez pas « La Provence » pour vous faire élire à Marseille. Point barre. Ils se moquent éperdument que vous donniez de l’argent à des œuvres caritatives « en compensation » pour le reniement de votre promesse de ne pas être candidat.

 

En fait, on a l’impression que vous mélangez tout, les promesses solennelles irrévocables et les « dispositions contractuelles ouvrant droit à compensation en cas de non respect par l’une des parties », l’argent des « indulgences » et celui de la culpabilité, l’argent coupable et l’argent qui s’innocente, le pouvoir de l’argent et le pouvoir de la presse…

 

Vous avez ouvert une boîte de Pandore

Par Laurent Calixte
Journaliste High Tech  dans leplus.nouvelobs

Rachat par Tapie : ce qu’en pense Patrick Mennucci

« On n’a pas besoin de Bernard Tapie ». La phrase est claire, nette et précise. Elle a été prononcée jeudi au micro d’Europe 1 par le député PS de Marseille Patrick Mennucci. Bernard Tapie, allié à la famille Hersant, va mettre la main sur les titres restants du Groupe Hersant Médias (GHM), dont La Provence et Nice Matin. Pour certains, ce rachat est perçu comme une première étape dans la course à la mairie de la ville. Alors que Jean Noël Guerini, se félicite de ce rachat, Patrick Mennucci ne mâche pas ses mots

>> A LIRE AUSSI – Tapie : des journaux et de la politique ?

« Si Bernard Tapie est candidat, on fera en sorte de lui barrer la route. Ce n’est pas bien qu’un homme comme lui devienne maire de Marseille », a jugé le député. « Notre ville a besoin de modernité, de renouveau. Il peut y avoir une élection municipale entre la droite et la gauche qui tranche un certain nombre de questions. Mais nous n’avons pas besoin de M. Tapie à Marseille », a-t-il encore insisté.

Tapie rachete les titre de Hersant Media

Après s’être retiré il y a deux semaines, Tapie a finalement acquis hier les titres du Groupe Hersant Média.

Libération

Bernard TAPIE à GARDANNE lors des elections legislatives de 1993Bernard Tapie à Gardanne (Bouches-du-Rhône) en juin 1993. (Photo Eric Franceschi)

Un sacré fric-frac : cette fois, c’est officiel, Bernard Tapie met la main sur le Groupe Hersant Média (GHM), et surtout sur ses meilleurs actifs, les journaux du Sud – la Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin. Et relance du même coup, la crainte d’un braquo à venir sur la mairie de Marseille.

Les banques créancières de GHM, lourdement endetté (215 millions d’euros), ont accepté hier soir l’offre de reprise du groupe par Tapie, associé à la famille Hersant. Deux tiers du capital pour Tapie, un tiers pour Hersant, selon la lettre que le premier a adressé mardi au conciliateur. «Ça veut dire que Philippe Hersant est en-dessous de la minorité de blocage», commente un acteur du dossier. Pour 51 millions d’euros, l’homme d’affaires au passé chargé (chanteur, businessman, porteur de jogging dans Gym tonic, ministre, patron de l’OM, taulard, acteur et on en passe) inaugure un nouveau métier : patron d’un groupe de presse. Affolées par le spectre du dépôt de bilan, les 17 banques ont validé l’offre, s’asseyant au passage sur 160 millions de créances… «Faire un tel abandon de créances, avec les mêmes aux commandes, c’est un précédent pour les banques», commente la même source.

Bonne Mère. «Le système français laisse beaucoup la main à l’actionnaire, détaille Bernard Marchant, l’administrateur délégué du groupe belge Rossel, porteur de l’offre concurrente pour la reprise des titres de GHM, qui détient déjà en France la Voix du Nord. Le tribunal ne pouvait pas forcer Hersant à vendre.» L’éditeur belge proposait de racheter d’un bloc les journaux du Sud, associé à des repreneurs pour les journaux des Antilles, de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. Mais le tandem Tapie-Hersant «avait tous les atouts en main», selon Bernard Marchant. Le groupe belge ne tentera pas une offre mieux-disante : «Dès le début, dès la première heure, Rossel a dit qu’il n’irait pas au-delà, qu’il n’allait pas surenchérir.»

Cet ultime revirement dans un dossier qui en est richement pourvu s’est fait sur l’air de «Reviens, Bernard, reviens». A en croire Tapie, le cri a jailli de mille poitrines : celle de Philippe Hersant depuis les rives du lac Léman où les affaires de l’actionnaire du Groupe Hersant Média (GHM) se portent beaucoup mieux qu’en France. Celles des membres du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), qui suit le dossier du rachat des journaux du Sud de GHM. Celle du conciliateur Christophe Thévenot, chargé de trouver une issue à l’affaire. Et sans se tromper celle aussi de la Bonne Mère qui, du haut de sa basilique, a certainement fait de l’œil à Tapie. Alors, malgré son retrait, qu’il qualifiait il y a deux semaines de «définitif» face à la proposition de Rossel (que Tapie affirme soutenue par le gouvernement), l’homme d’affaires a «réactivé» son offre de reprise de GHM, dans une lettre à laquelle Libération a eu accès (page 2), «à la demande expresse de Philippe Hersant, du conciliateur Christophe Thévenot et du Ciri».

Encore une fois, l’ancien chef d’entreprise eighties revient le cœur sur la main. Non seulement, il améliore un peu son offre précédente (51 millions d’euros, soit plus que Rossel) mais en plus il fait une promesse. Non, il ne se présentera pas à la mairie de Marseille. «Je me suis engagé à l’égard de Philippe Hersant, écrit-il dans sa lettre de recandidature, à ne pas postuler à quelque mandat électoral que ce soit». C’est dit : la Provence ne sera pas le marchepied municipal de Tapie. Mais comme Bernard connaît bien Tapie, qui souvent varie, il couche carrément noir sur blanc l’éventualité d’un revirement dans sa missive : «A défaut [de ne pas se présenter à un mandat électoral, ndlr], un processus de cession de la totalité de mes actions sera organisé.» Ok : si, par le plus grand des hasards, Tapie venait à briguer Marseille, alors il lâcherait la Provence. Mieux encore : «Le produit de cette vente [serait] alloué à une association caritative de [son] choix». Merci de ne pas exploser de rire, ni à Marseille (lire page 3) ni nulle part. Un courrier tantôt «risible», tantôt «grossier», selon les sources.

Dettes. Quel pataquès que ce dossier… Rejeton du papivore Robert Hersant, GHM est né en 1985 de la scission entre la Socpresse (le Figaro) et France Antilles. De feu l’empire de son père, Philippe Hersant se refait peu à peu la cerise : rachète la Comareg (les journaux gratuits Paru-Vendu, liquidés l’an dernier en même temps que 1 650 salariés), s’implante en Suisse (où ses journaux vont très bien, merci), se paye des titres tels que l’Union ou l’Est-Eclair et, surtout, le pôle de presse régionale de Lagardère dans le Sud – soit la Provence et ses pépites Nice-Matin et Corse-Matin -, réputé pour son exceptionnel taux de pénétration. Hersant a la folie des grandeurs, mais les dettes s’accumulent, et le marché des petites annonces gratuites s’effondre. GHM doit céder des titres, et voilà que le belge Rossel entre en piste. Au printemps, les deux groupes devaient former un holding à 50-50 avec un exécutif aux mains de Rossel. L’affaire capote avant même les fiançailles. Rossel «avait surtout découvert que la mariée était encore moins belle que prévu», décryptait récemment un proche du dossier dans Libération. Finalement, Rossel soulage GHM de son pôle Champagne-Ardennes-Picardie (une opération en cours de validation).

Mais c’est surtout la restructuration de sa dette, 215 millions d’euros, qui préoccupe GHM. Et les appétits s’aiguisent sur ses journaux. François Pinault regarde le dossier. L’ancien numéro 2 de TF1 et numéro 1 du Figaro Etienne Mougeotte, associé à l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, se positionne pour une reprise de Nice-Matin et Corse-Matin, mais sans la Provence. Et puis voilà que, le 26 novembre, Nanard sort du bois, pose 50 millions d’euros sur la table pour l’ensemble du groupe et s’associe à Hersant. On n’est plus à une étrangeté près. Ce qui fait dire aujourd’hui au député PS marseillais Patrick Mennucci : «La famille Hersant, installée en Suisse pour des raisons fiscales, cherche à conserver une partie de ses journaux sans rembourser les 215 millions de dettes qu’elle a envers un pool de banques françaises. Ce serait la troisième fois que les Hersant se débrouilleraient pour se décharger de leurs obligations financières sur la collectivité…»

Aujourd’hui, Bernard Tapie sera en tournée à Nice, à Toulon, puis à Marseille, pour rencontrer les équipes de ses nouveaux canards. A la Provence, où il sera cet après-midi, la rédaction est en train de constituer une Société des journalistes pour l’accueillir «avec une charte de déontologie».

Bernard Tapie renonce à racheter le quotidien La Provence

L’homme d’affaires ne s’alliera pas à la famille Hersant pour refinancer des journaux du groupe.

La classe politique marseillaise interprète ce retrait comme un abandon des ambitions municipales de l’ex-président de l’OM.

Bernard Tapie a finalement renoncé à son alliance avec la famille Hersant pour refinancer des journaux du groupe, dont La Provence, une opération qui avait été interprétée par la classe politique marseillaise comme un premier pas vers la mairie de la part de l’ex-président de l’OM. « Je n’ai pas obtenu l’accord de l’ensemble des banques, aussi, comme je l’avais annoncé, je renonce à mon offre  » sur les quotidiens du sud de l’Hexagone et d’outre-mer du groupe Hersant, a déclaré l’homme d’affaires à l’AFP, après l’annonce par le groupe belge Rossel, déjà bien implanté dans la presse régionale française, d’une offre de dernière minute.

Interrogations autour de la mairie de Marseille

« Ce retrait peut faire croire que Bernard Tapie ne rentrera plus dans le jeu des municipales. Il semble s’éloigner de ce qui pouvait être une vision politique mais attendons : il faut savoir raison garder avec lui « , a déclaré vendredi soir à l’AFP l’avocat Michel Pezet, conseiller général PS et ancien président de la région. Michel Pezet avait estimé, avant cette annonce, que « comme il (allait) de soi que ce rachat n’est pas économiquement intéressant, (Tapie) le (faisait) forcément dans un autre but « .

Début octobre, l’ancienne incarnation de la réussite sociale dans les années 1980, âgé aujourd’hui de 69 ans, avait vigoureusement démenti un « retour en politique  » à l’occasion des municipales de 2014. « C’est ridicule, ça n’a pas de fondement « , avait déclaré à l’AFP l’ancien ministre de la Ville (1992-1993), élu député en 1989 à Marseille pour la gauche. Le 21 novembre, il qualifiait encore l’hypothèse de « triple connerie  » au micro de France Bleu.

Une rumeur tenace dans la cité phocéenne.

« Si M. Tapie avait l’intention d’être candidat à la mairie, il me trouverait sur sa route « , avait prévenu le député Patrick Mennucci, l’un des prétendants à la mairie dans les rangs socialistes.

À droite, l’hypothèse d’une candidature de « Nanard  » dérangeait aussi. « S’il doit se confirmer, ce retour sera le signe inquiétant du niveau zéro de morale en politique « , glissait un élu UMP. Les députés UMP Guy Teissier et Valérie Boyer avaient même interpellé le gouvernement, cette semaine, sur le rachat des titres de la PQR dans le Sud-Est par Bernard Tapie. Guy Teissier, candidat, parmi d’autres, à la succession de Jean-Claude Gaudin (UMP) si celui-ci renonce à briguer un quatrième mandat de maire, avait été l’adversaire (heureux puis malheureux) de Bernard Tapie aux législatives en 1988 et 1989.

L’homme d’affaires fut ensuite battu par Jean-Claude Gaudin, qui le traita alors de « pilleur d’épaves déguisé en pêcheur de voix communistes « , aux élections régionales de 1992 dans le cadre d’une triangulaire avec le FN. Réélu député à Gardanne en 1993, puis élu conseiller général en 1994, Bernard Tapie fut pressenti pour conduire la liste de gauche à Marseille aux municipales de 1995, avant que ses ennuis judiciaires dans l’affaire VA-OM ne mettent fin à sa carrière politique.

La période Olympique de Marseille

C’est pourtant l’Olympique de Marseille, dont il était devenu président en 1986, qui lui avait apporté gloire et popularité parmi les Marseillais. « Ce beau jeune homme au nez de taureau m’a avoué son rêve de reprendre l’OM « , avait raconté à l’époque Edmonde Charles-Roux, veuve de l’ancien maire Gaston Defferre. « Je l’ai présenté à Gaston. En vingt-quatre heures, c’était fait.  » « L’OM a connu alors une série de bons résultats et Tapie s’est implanté localement, dans une image positive « , se souvient Michel Pezet.

Après la prison et une reconversion artistique, Bernard Tapie fit un bref retour à l’OM en 2001-2002. Mais comme pour la mairie, il a démenti vouloir y remettre un pied à la faveur d’un rachat de La Provence. Une violente polémique entre l’un de ses fils, Stéphane, et le président du club de football, Vincent Labrune, avait alimenté aussi la rumeur sur les intentions cachées du père.

Le coup de théâtre de Rossel

Le retrait de l’homme d’affaires est aussi sans doute la conséquence du coup de théâtre de l’après-midi quand le Belge Rossel est entré dans la danse de manière inattendue, en déposant  » une offre pour le rachat de la totalité du groupe Hersant  » un quart d’heure avant la signature, qui a ainsi été suspendue pour examiner cette nouvelle proposition.

Une réunion entre GHM, ses repreneurs éventuels et ses banquiers est prévue lundi autour du président du tribunal de commerce Paris, Frank Gentin, et de Christophe Thevenot, conciliateur de cet épineux dossier. Il pourrait accorder un délai supplémentaire pour l’examen des offres, la reprise devant intervenir au plus tard le 24 décembre, d’autres offres pourraient alors être examinées, selon des proches du dossier. Un mariage de raison entre GHM et Rossel, avait été envisagé au printemps dernier mais avait échoué, notamment face à des oppositions syndicales. Depuis, Rossel a acquis les titres du pôle Champagne-Ardenne-Picardie de GHM (L’Union, L’Ardennais…).

Les autres propositions

Vendredi matin, deux autres offres étaient attendues, l’une du groupe de services Fiducial, l’autre du fonds d’investissements américain OpenGate Capital. Mais ces deux marques d’intérêt n’ont finalement pas été formellement déposées. D’autres propositions, mais portant seulement sur une partie des actifs – soit un titre, soit le seul groupe Nice Matin, soit les seuls titres antillais ou calédoniens – avaient été annoncées ces derniers jours.

On avait aussi prêté à l’homme d’affaires François Pinault l’intention de vouloir reprendre les journaux du sud de la France, tandis que l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, conseillé par Étienne Mougeotte, ancien directeur du Figaro, se serait positionné pour une reprise de Nice-Matin et Corse Matin, sans La Provence. L’ancien président du directoire de Sud Ouest, Bruno Franceschi, avait de son côté indiqué à l’AFP avoir envoyé une lettre d’intention la semaine dernière pour reprendre l’ensemble des activités du groupe aux Antilles et en Guyane.

La-croix.com (avec AFP)

Tapie veut racheter «La Provence » : la démocratie en danger !

Blog de Patrick Mennucci :

 

Après les châteaux de Bokassa, Manufrance, La Vie Claire ou Testut, objectif les journaux du Groupe Hersant ! Grâce aux millions obtenus avec l’aide de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde dans des conditions qui intriguent la justice, Bernard Tapie renoue avec l’affairisme des années 80 : le voilà qui se pique de devenir patron de presse en mettant la main pour 50 millions d’euros sur « La Provence », « Nice-Matin », « Var-Matin » et « Corse-Matin », plus des titres aux Antilles, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie…

D’après les informations révélées par les médias sur cette opération initiée dans un secret qui confine à l’opacité, il s’agit en fait d’une partie de poker menteur qui permettra à quelques-uns de s’enrichir sur le dos de tous les autres. En clair, Bernard Tapie s’est associé à la famille Hersant aujourd’hui installée en Suisse pour des raisons fiscales, qui cherchait à conserver une partie de ses journaux sans rembourser les 215 millions de dettes qu’elle a envers un pool de banques françaises. En décourageant toute autre offre de reprise, cet improbable duo risque fort de parvenir à ses fins. Ensuite, il sera temps de se partager le gâteau : « Nice-Matin » sera revendu pour que chacun rentre dans ses frais, Hersant gardera l’outre-mer et Tapie ramassera la mise avec « La Provence ».

Il est à souligner que ce sera la troisième fois que les Hersant se débrouilleront pour se décharger de leurs obligations financières sur la collectivité. Ce fut déjà le cas dans les années 90 lors de la succession de Robert Hersant, puis l’année dernière lors de la chute de « Paru-Vendu » qui a laissé 2.500 salariés sur le carreau…

Ce tour de passe-passe financier est d’autant plus inquiétant qu’il porte sur la prise de contrôle de journaux, un des éléments indispensables au bon fonctionnement de la vie démocratique. Or, personne n’est dupe : Tapie aux commandes de « La Provence », c’est un premier pas vers un retour sur la scène politique provençale en général et marseillaise en particulier, vers des spéculations sans fin, des rumeurs, des manœuvres.

C’est d’autant plus grave que « Libération » révèle ce matin qu’il aurait obtenu le soutien de Jean-Noël Guérini en vue des municipales 2014, à condition qu’il « vire » des journalistes. On peut aussi se demander si les très graves déclarations du fils de Bernard Tapie à l’encontre du Président de l’Olympique de Marseille ne font pas partie des tentatives de déstabilisation du club afin de le récupérer un jour prochain, à bas prix.

Député des Bouches-du-Rhône, j’apporte donc tout mon soutien aux personnels des journaux du groupe Hersant, particulièrement à ceux de « La Provence » qui ont su maintenir en bonne santé leur entreprise. J’appelle tous les Elus, toutes les associations, tous les citoyens à faire preuve de vigilance sur ce dossier, qui est déjà suivi de près par le gouvernement. Contrairement à ce qu’un financier comme Bernard Tapie peut croire, l’information n’est pas une marchandise comme une autre. Elle doit rester indépendante, ne pas être au service d’un homme et de ses ambitions. Elle crée du lien, forge une communauté, nourrit une identité. Un journal est une agora.

A l’heure où s’ouvrent les discussions autour du projet de Métropole de l’agglomération marseillaise, la Provence a besoin de « La Provence » comme espace de débat.

Pas de Bernard Tapie !

L’Iran, la bombe et le printemps

C’est la question « triple A » au Proche-Orient : Israël va-t-il attaquer l’Iran ? Depuis quelques semaines, les dirigeants israéliens disent que le temps leur est compté. D’ici neuf à dix mois, la République islamique aura fini d’enterrer ses installations nucléaires. Elles seront à l’abri d’un bombardement israélien. On doit agir avant. La République islamique répond sur le ton du défi : pas peur, venez-y ! « Notre réplique sera dix fois plus dommageable pour les Occidentaux », assure le Guide, l’ayatollah Ali Khamenei, vrai patron du régime.

Les Américains et les Européens exhortent à la patience. Comme les Israéliens, ils sont convaincus que l’Iran veut acquérir la capacité de fabriquer une arme nucléaire.

Mais ils viennent de prendre une nouvelle série de sanctions sans précédent contre Téhéran. Elles organisent le boycottage le plus complet possible des hydrocarbures iraniens, seule ressource du pays. Les Etats-Unis et l’Union européenne veulent qu’on donne à ces mesures le temps de prendre effet.

Devant les étudiants de Science Po, à Paris, la semaine dernière, Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères, résume : « Il faut éviter une solution militaire aux conséquences imprévisibles. »

Le calendrier israélien n’est pas que technique, il est politique aussi. Il tient compte de l’opposition du président Barack Obama à un bombardement, du moins pour le moment. Si la presse israélienne évoque le printemps pour un éventuel raid sur les sites nucléaires iraniens, ce n’est pas par hasard.

Le raid devrait avoir lieu avant l’élection présidentielle américaine, le 6 novembre. En campagne, les candidats républicains défendent le principe d’une attaque contre l’Iran. Ils assurent d’ores et déjà le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, de leur soutien. Ils dénoncent la « mollesse » du président démocrate face à la République islamique.

Slogan martelé par Mitt Romney, le favori des impétrants républicains : « Si vous voulez que l’Iran dispose de l’arme nucléaire, votez Obama ! » Vilain calcul politique prêté, à tort ou à raison, à « Bibi » Nétanyahou : mieux vaut frapper maintenant, avec un Barack Obama qui, ainsi défié et mis sous pression par ses opposants, ne pourra s’opposer à Israël…

Au Monde, le chef de la diplomatie d’un grand pays européen déclare : « Les semaines qui viennent seront cruciales. » Lui aussi réclame qu’on laisse du temps aux sanctions. D’autant que tout indique qu’elles mordent déjà, et profondément.

Depuis octobre, la monnaie iranienne, le rial, a perdu la moitié de sa valeur. L’économie connaît de plus en plus de difficultés. L’envoyé spécial du New York Times à Téhéran décrit une population dans « un état de panique croissant » face « à cette impression d’encerclement, la perspective de la guerre et une situation matérielle toujours plus dégradée ».

L’un des meilleurs experts français des questions nucléaires, Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique, assure que les sanctions « ont déjà un effet ». Sur le site Réalité EU, il explique qu’elles ont « ralenti le programme nucléaire » ; elles ont rendu  » l’importation de matériaux et de technologies plus difficile » ; elles ont « allongé le temps nécessaire à l’Iran pour obtenir la bombe ». « Les sanctions cherchent à modifier le calcul fait par les gouvernants iraniens », poursuit Bruno Tertrais. Le coût politique et économique de leur stratégie nucléaire doit devenir exorbitant. Il s’agit de fragiliser la République islamique au point que ses dirigeants se posent la question : sauver la bombe ou le régime ?

Celui-ci, plus que jamais, est sur la défensive. Il est impopulaire à l’intérieur. Il est isolé à l’extérieur. Il est en passe de perdre son allié le plus important dans le monde arabe, la Syrie. Le soutien que Téhéran continue d’apporter à Damas lui vaut l’hostilité de la plupart des Arabes – notamment celle des Frères musulmans égyptiens et tunisiens – et celle, croissante, de la Turquie. Le monde sunnite entend isoler l’Iran chiite et empêcher ce surcroît d’influence que conférerait l’arme nucléaire au vieil adversaire perse.

Signe du malaise et des divisions au coeur de la République islamique, le Guide réplique par un exercice de surenchère anti-israélienne censé resserrer les rangs. Prononçant le sermon de la prière du vendredi à l’université de Téhéran, le 4 février, Ali Khamenei menace Israël : « Le régime sioniste est le vrai cancer de la région, il doit être annihilé et il le sera. »

Si pour Bruno Tertrais, « l’histoire confirme que les sanctions contre l’Iran peuvent être la solution à cette crise nucléaire », d’autres chercheurs ont une opinion différente. L’Américain Robert Pape de l’université de Chicago a compilé des années de sanctions internationales. « Présentées comme une alternative à la guerre, elles n’en sont souvent que le prélude, juge-t-il. Quand elles échouent, et elles échouent le plus souvent, les partisans de la guerre en tirent argument pour passer à l’acte. »

Pour réussir, les sanctions doivent ménager la possibilité d’une négociation. Toute la question est de savoir ce que l’on qualifie d’échec ou de succès, en d’autres termes quelles sont les « lignes rouges » des uns et des autres. La République islamique ne transigera pas sur son droit à l’enrichissement de l’uranium à des fins civiles, les seules qu’elle reconnaît poursuivre ; elle s’est trop engagée, c’est affaire de survie politique pour elle. Selon l’ONU, l’Iran viole ses obligations internationales : il interdit à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) l’accès à certains éléments de son programme nucléaire. L’AIEA juge qu’une partie du programme ne s’explique que par la volonté de Téhéran d’être en mesure de fabriquer une arme ; mais elle dit ne pas savoir si la décision de fabriquer a été prise ou non.

Pour Israël, la « ligne rouge » est quasiment franchie, du seul fait de l’avancement du programme iranien. Autrement dit, on y est. En revanche, elle ne le sera pour les Etats-Unis que s’il y a début de fabrication d’une arme. On n’y est pas encore.

Partie de poker à trois, tendue, très tendue.
frachon@lemonde.fr

DSK, Polanski, Libye… : Les méRdias de l’indécence

Ce texte est écrit avant l’interview de DSK chez son amie Chazal, mais il parait évident que nous toucherons des sommets d’indécence sur TF1. Nos Médias historiques ne sont plus que des serpillières sur lesquelles les pieds des obligés s’essuient. En terme vulgaire, nos mEdias traditionnels ne sont devenus que des meRdias : un mélange d’articles commandés, de masturbation entre initiée ou de crasses bétises. Tour d’horizon des perles de ces dernières années qui montre que nos grands journaux ne sont plus que des zombies coupés de l’opinion publique.

Le Monde, BHL et la Libye.
BHL, la meilleure marque de prêt-à-porter intellectuel, s’en est allé sauver les libyens d’eux même fustré d’avoir raté les tunisiens ou les égyptiens, mais certainement bien inspiré par d’autres motifs beaucoup plus numéraires.

Ce VRP de luxe qui aime se faire photographier parcourant en blazer les rues dévastés d’un pays en guerre entouré de quelques pauvres bougres – bien crasseux eux – (faut bien qu’il y ait un effet visuel) a convaincu notre naboléon que sa guerre était arrivée. Oublié les coups de langues rapeux au dictacteur fou de Tripoli, la sarkozie Bhlienne a dépensé 3 millions d’euros par jour en bombes, missiles ou autres joyeusetés pour mettre au pouvoir des islamistes qui sont censés être les ennemis de la liberté depuis le strike sur les 3 tours new-yorkaises….

La lecture de l’opération libyenne apparait comme une éjaculation précoce du naboléon français dans toute la presse internationale….sauf chez nous où la guerre continue à ne faire aucun mort et ressemble à une carte postale pour les maldives sur chaque photo du Figaro ou du Monde.

Le journal « Le Monde » va ainsi relater une guerre parfaite en déployant les communiqués de l’OTAN comme des vérités absolues, une guerre avec des bombes mais sans morts civils (les bombes de l’OTAN étant suffisamment intelligentes pour ne tuer QUE les anti-kadhafistes) et finira par admettre « du bout des lévres » que ce sont les islamistes qui ont bel et bien gagné grâce aux impots français… vu que la prochaine constitution libyenne ne sera pas très loin de la charia pur et simple….

Du travail d’explication journalistique… rien.
De l’explication de la réalité libyenne qui est avant tout basée sur des questions tribales ancestrales… rien
De l’explication rationnelle du pourquoi des populations dites « terrorisées » se battent aussi mal autant des deux cotés, rien
De la présence dans les moments décisifs de commandos Qatari, Anglais ou Français, rien
Bref Le Monde et le Figaro ont été d’une nullité intellectuelle rare… un vrai désert de l’intelligence journalistique… une inutilité parfaite et assumée.

Joffrin, le bien heureux inutile
Depuis que le Nouvel obs a fait dans l’interview complaisante, c’est chaque fois pire. Joffrin nous l’a bien montré par un superbe article comparant les conspirationistes du 11 septembre aux nazis (oui..oui), tandis que les administrations bushiennes sont érigées en modèle démocratique absolu (on oubliera les machines à voter défecteuses de Floride ou encore le million d’irakien qui s’est évaporé dans leur conception de la démocratie ). Pour voir ce bijou de prose lécheuse, rendez vous ici (1)…vous rirez beaucoup comme moi je pense même si vous n’êtes pas un afficionado des théories du 11 septembre. La question est… »combien est-il rénuméré pour pondre ça ? ». En gros, la bétise a-t-elle un prix ?

La Presstitution est-t-elle légale ?
Dans les affaires DSK et Polanski, les seules prostituées ont été les journaleux de la complaisance sordide qui se trouvent – encore ! – parmi nos journaux les plus vendus (de moins en moins heureusement pour nous).

De TF1 qui fera passer le présumé violeur (ce qu’il le restera in fine toujours) en présumé victime aux tirades pédophileuses de l’affaire Polanskienne qui ont essayé de faire passer une fille de 12 ans pour une allumeuse, nous toucherons là les limites de la défense de caste.

Dans l’affaire Polanksi personne pour rappeler que 12 ans, c’était aussi l’âge des filles enlevées en Belgique par Dutroux…. bref il y a la pédophilie « noble » et la « sordide ». Il suffit d’avoir fait un bon film pour se taper une gamine en l’ayant droguée.

Il suffit d’être aussi le directeur du FMI, futur président socialiste de la France rose cocu, pour échapper à un procès et être traité en héros à son retour dans son pays et non comme un paria ce qu’aurait fait n’importe quelle société soucieuse de ses valeurs fondamentales….

Là, c’est le parti Socialiste avec ses alliés journaleux bobos qui détiendront la palme des plus beaux dégeulis.

Le Parti historique « des faibles et des victimes » va trahir sa véritable nature en protégeant le puissant et abreuvant le faible des qualificatifs les plus sordides… Diallo étant au mieux une prostitutée qui ne sait pas « bien » se vendre.

Bref le PS a fait dans le marketing de l’indécence, un vrai condensé de ce qu’une majorité de la population déteste finalement dans notre société : l’argent c’est le pouvoir et le pouvoir donne le droit à tout même celui de cuissage, comme le dira très bien l’ancien fondateur de Marianne qui aura – lui au moins – le mérite de quitter la scène du spectacle honteux donné par la presse Française sur l’affaire.

Conclusion : Coulez !
J’aurai pu continuer avec la couverture de la campagne pour le référendum européen et autres diktats médiatiques qui ont fait « pssitt » mais je vais m’arrêter pour finir par une phrase qui me plait guère mais qui m’amuse assez…

« Vous coulerez… »

Et j’espère que quand notre génération sera au pouvoir, personne ici ne viendra mettre un seul kopek public pour vous sauver… laissant ainsi le marché vous avaler comme il aurait dû déja le faire plusieurs fois.

Et nous faisons un petit effort…. lisons-les gratos sur le net mais n’achetons plus rien émanant de ces marchands de sables qui ont laissé leurs cerveaux ou leurs couilles en otage chez les uns ou les autres.

Pierre Jean Duvivier pour AgoraVox>

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/actu…

TNT: le nouveau scandale qui menace le gouvernement

canalplus.jpgAprès le scandale Tapie, v a-t-il y avoir un scandale TF1 ? La collectivité française déjà endettée jusqu’au cou va-t-elle devoir indemniser Canal + pour faire plaisir à Tf1 ? C’est de plus en plus probable.

Expliquons l’affaire : l’Etat fait aujourd’hui tout ce qui est sans pouvoir pour empêcher la création de canal 20, une chaine gratuite de TNT, prévue pour l’automne prochain…Sa maison mère Canal+ a déjà commencé à acheter des droits et des programmes pour lancer ce canal de TNT, que la loi lui attribue automatiquement.    (suite…)

Scandale : Luc Ferry aurait accusé Jack Lang de pédophilie au Maroc

L’ancien ministre et philosophe Luc Ferry a lancé, sans le nommer, des accusations gravissimes à l’encontre d’un ancien ministre, qui aurait selon lui été arrêté au Maroc il y a plusieurs années à la suite d’une partouze pédophile. Arrêt sur images a donné le nom de la personne visée : il s’agirait de Jack Lang.

Si Luc Ferry n’a pas nommé Jack Lang, se contentant d’évoquer au cours du Grand Journal de Canal+ »un ancien ministre » dont il ne pouvait pas donner l’identité au nom du respect de la vie privée, la référence au député socialiste a été soulignée sur le plateau par Alain Duhamel qui lui a répondu qu’il était « mauvaise Lang ».   (suite…)

« C dans l’air », un exemple de propagande

Qu’est-ce aujourd’hui que la propagande ? Le mot a en effet pris un caractère suranné [1], si étroitement associé aux pratiques des régimes totalitaires qu’on ne voit rien dans les démocraties qui ressemble à ces mises en condition sommaires des esprits à coups de slogans simplistes assénés par haut-parleurs. C’est entendu, aujourd’hui, on fait de la communication. Autrement dit, la propagande – car qui aurait cru que cela n’existât plus ? – est mise en œuvre dans la dénégation.

Si elle apparaît, elle perd tout ou partie de son efficacité. Il a donc fallu trouver d’autres formules pour obtenir le consentement. La propagande des pays démocratiques doit ainsi sacrifier aux critères des pays démocratiques. Ce pourrait être d’ailleurs un propos de propagande que de dire qu’il faut une expression libre. Dans la sphère privée, la liberté d’expression ne gêne plus guère les régimes autoritaires : son contrôle est partout devenu moins tatillon ou plutôt moins policier. La parole publique importe plus aux pouvoirs. (suite…)