Section de Gréasque
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Jean-Noël Guerini : « Je quitte le Parti socialiste »

Paru ce jour, dans le blog de Jean Noel Guerini

guerini.jpg« A la tête du Conseil général, je me bats avec fierté pour les habitants des Bouches-du-Rhône, depuis de nombreuses années.

C’est pour moi un honneur. C’est aussi une immense responsabilité.

J’entends poursuivre cette action.

Désormais, je le ferai en quittant le Parti socialiste, au sein duquel je milite depuis 1967.

C’est une épreuve pour moi, mais j’y suis contraint.

Ce parti, je ne le reconnais plus. Je ne m’y reconnais plus.

Depuis maintenant quatre ans, je suis la cible d’attaques de socialistes, qui n’ont eu de cesse de me déshonorer, en distillant bien des contre-vérités, pour jeter le discrédit et la suspicion sur ce que j’ai fait et sur ce que je suis.

Ils n’ont eu de cesse d’instrumentaliser une interminable instruction judiciaire qui, certes, me vaut d’être mis en examen, mais dans laquelle je n’ai pas été jugé.

Comment ne pas rappeler que dans sa deuxième demande de levée d’immunité parlementaire, après trois ans d’enquêtes, d’écoutes, de violations du secret de l’instruction le juge lui-même écrit en octobre 2012 que « le rôle joué par Jean-Noël Guérini est naturellement difficile à cerner et surtout à critiquer ».

Aujourd’hui, près de cinq ans après le début de cette campagne où la haine et le fiel se sont déversés, il est prouvé que jamais je ne me suis enrichi et pas la moindre preuve matérielle contre mes supposés errements liés aux activités, peut-être condamnables de mon frère, n’a pu être fournie.

La presse a allègrement jugé, condamné, permettant à des socialistes d’instruire un procès politique, basé sur des fuites savamment orchestrées et orientées pour me nuire et me détruire.

Je ne me suis jamais soustrait à l’action de la justice, et je me défends, comme tout citoyen est en droit de le faire.

Dans ce contexte, force est de reconnaître que la présomption d’innocence ne vaut rien pour ceux qui viennent de précipiter le parti socialiste et la gauche marseillaise dans un véritable désastre électoral.

Ces petits personnages, qui n’ont de cesse de m’humilier, avec une méchanceté inouïe, pour masquer leur incapacité à présenter un projet politique pour la deuxième ville de France, ont jeté mon honneur aux chiens, dans un travail de sape qui les précipite vers le néant politique.

Ils critiquent, dénigrent, méprisent, se souciant uniquement de leur avenir personnel.

Croyant l’assurer, ils ont ainsi imposé à la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône une tutelle qui a paralysé son action durant la séquence électorale qui vient de s’achever.

La débâcle électorale de 2014 a rayé d’un trait de plume les victoires des socialistes acquises alors que je n’étais pas mis au banc de la rue Montgrand.

Je n’ai plus à être la victime désignée de ces imposteurs, qui après m’avoir étrillé, accablent l’ancien Premier ministre, alors qu’ils n’ont cessé de quémander soutien et aides à Matignon depuis mai 2012 !

Il est vrai que le gouvernement socialiste a beaucoup promis pour Marseille.

Je regrette que l’action n’ait pas suivi rapidement les déclarations d’intention, hormis pour la création d’une métropole rejetée par la quasi-totalité des maires du département et qui sera demain une aubaine pour l’opposition nationale.

Je le dis fortement et fermement : j’en ai assez d’être montré du doigt et d’être pris pour cible par des irresponsables, incapables de parler au peuple de Marseille et dont l’aveuglement a permis de faire élire un maire Front national dans le 7eme secteur de la ville peuplé de 150.000 habitants.

Le 6 octobre 2002, sous mon impulsion, les socialistes et la gauche rassemblée avaient battu l’extrême – droite à Vitrolles…

Autres temps, autres pratiques, autres résultats…

Je ne suis pas coupable de ces errements qui ont abouti à cette faute politique majeure dont les animateurs de la campagne socialiste à Marseille ne peuvent s’exonérer.

Pour dissimuler leurs propres échecs, ils persistent et veulent désormais changer les militants, au prétexte que ceux qui sont aujourd’hui la force du parti socialiste ne les suivent pas…

Dans un contexte difficile, tandis que l’action gouvernementale n’a pas été clairement lisible, ils creusent le tombeau des espérances de ceux et celles qui pensaient, peut-être naïvement après l’alternance de 2012, que la solidarité accompagnerait la responsabilité pour redonner à notre pays la place qui doit être la sienne.

Nous en sommes loin, hélas ! !

Vaillamment, avec détermination, j’ai mené le combat pour faire vivre le Parti socialiste dans les Bouches-du-Rhône.

J’ai décidé de tourner la page.

Je quitte le Parti socialiste mais je continue ma bataille politique.

Je reste au service des habitants de ce département en étant aux côtés de celles et ceux pour qui respect et fraternité ne sont pas des mots vides de sens ».

la conférence de presse de François Hollande

Le Monde.fr – Lors de la troisième conférence de presse de son mandat, mardi 14 janvier, François Hollande a annoncé l’ouverture de plusieurs chantiers, notamment en matière d’économie. A la première question, qui évoquait sa vie privée à l’aube des récentes révélations, le chef de l’Etat a répondu en promettant des clarifications, mais en soulignant que « les affaires privées se traitent en privé ».

  • Des mesures en faveur des entreprises…

« Je fixe un nouvel objectif : que d’ici 2017, pour les entreprises et les travailleurs indépendants, ce soit la fin des cotisations familiales, ce qui représente 30 milliards d’euros de charges, a annoncé le chef de l’Etat. C’est la condition pour que les entreprises retrouvent de la marge – non pas pour leur faire plaisir, pour leur faire quelque cadeau. » M. Hollande a insisté sur le fait que « c’est sur l’offre qu’il faut agir ».

M. Hollande a également estimé qu’il fallait donner de la visibilité aux entreprises. Nous fixerons un horizon – 2017 – avec une trajectoire de prélèvements obligatoires pour les entreprises. Mon objectif est aussi une diminution de taxes – qui parfois coûtent plus cher à recouvrer que ce qu’elles rapportent. Un premier axe sera posé pour 2015 ». Pour M. Hollande, qui a démenti «être gagné par le libéralisme », il s’agit du « plus grand compromis social depuis des décennies ».

Ces mesures représentent une victoire pour le patronat. En annonçant la fin des cotisations patronales qui financent les allocations familiales – 5,4 % du salaire, qui rapportent chaque année 35 milliards d’euros –, M. Hollande a accédé à l’une des principales revendications du Medef. En ajoutant que cette baisse serait financée par une baisse des dépenses publiques, M. Hollande a même suivi rigoureusement les revendications de Pierre Gattaz, l’actuel président du Medef, même si celui-ci réclame 100 milliards d’allégements de cotisations. Cette réforme devrait se traduire par une diminution importante du coût du travail d’ici 2017.

  • … et des contreparties

Pour M. Hollande, ces mesures en faveur des entreprises doivent être compensées. Les contreparties doivent être définies au niveau national et déclinées par branche».

« Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauche, de travail des jeunes ou des seniors, la formation, les salaires et la modernisation du dialogue social. Un observatoire sera mis en place et le Parlement y sera associé.

Un document formalisera les engagements et les modalités de suivi des contreparties. Le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée sur ce texte, une loi sera votée à l’automne. »

  • Chômage : « Nous n’avons pas encore gagné la bataille »

« Nous ajouterons 50 000 emplois d’avenir sur 2014 », s’est engagé le chef de l’Etat. Il s’agit d’une mesure phare de la politique de l’emploi du gouvernement. Selon les chiffres du ministère de l’emploi, le cap des 60 000 contrats a été dépassé fin septembre, et l’objectif des 100 000 emplois d’avenir fixé pour 2013 devrait être atteint.

M. Hollande a noté que « depuis six mois le chômage des jeunes a reculé ». « Il y a eu une stabilisation du chômage et une tendance se dessine. Mais nous n’avons pas encore gagné la bataille pour l’emploi », a-t-il reconnu, lui qui a promis tout au long de l’année 2013 une inversion de la courbe du chômage. Il n’a d’ailleurs pas répété cette promesse, mardi.

« Est-ce que j’ai fait des erreurs ? Sans doute. Est-ce que c’était celle d’avoir annoncé ou promis l’inversion de la courbe du chômage ? Mais si je ne l’avais pas fait, beaucoup m’auraient demandé “mais qu’avez-vous comme objectif” ? »

François Hollande, président de la République, lors de sa troisième grande conférence de presse au palais de l'Elysée à Paris, mardi 14 janvier.
  • Roms : le président se justifie

Sur la question des Roms, Francois Hollande a pris des accents nouveaux, ce mardi 14 janvier. Alors qu’un rapport fustige le « doublement » du nombre d’évacuations de campements illicites, le chef de l’Etat n’a pas cherché à minimiserce chiffre : « Il n’y a pas d’autres règles que l’application de la loi », a-t-il notamment déclaré, tout en ajoutant qu’il n’avait pas « à rougir ».

  • Une possible réduction du nombre de régions

« Les régions se verront confier dans une nouvelle loi de décentralisation un pouvoir réglementaire local pour [leur] donner encore plus de liberté », a déclaré M. Hollande.

« Une clarification stricte des compétences sera introduite. Les collectivités seront également invitées à se rapprocher. Les régions d’abord, dont le nombre peut aussi évoluer>. [Les départements] devront redéfinir leur avenir dans les grandes zones métropolitaines. »

Lire nos explications : La décentralisation, nouveau chantier de Hollande ?

  • Mise en place d’un conseil stratégique de la dépense publique

Le chef de l’Etat a annoncé qu’il n’y aurait pas de « transfert de charges des entreprises vers les ménages ». Les économies doivent être « un préalable à toute baisse d’impôts », a déclaré M. Hollande, ajoutant que celles-ci ne doivent pas « se traduire par un transfert de charges de l’entreprise vers les ménages, qui ne le supporteraient pas ». Il a également annoncé la « création d’un conseil stratégique de la dépense publique » qui se réunira chaque mois pour évaluer les politiques publiques.

Le gouvernement assiste à la troisième grande conférence de presse de François Hollande, dans la salle des fêtes de l'Elysée, mardi 14 janvier.
  • Education : des « mesures d’une ampleur inédite »

François Hollande a promis des « mesures d’une ampleur inédite » pour rendre « plus attractifs les postes d’enseignants » en zones d’éducation prioritaire, précisant qu’un plan pour les ZEP devrait être annoncé le 15 janvier, avec une « décharge horaire » pour avoir moins de cours à assurer qu’actuellement, et donc plus de temps pour se >concerter, travailleren équipe, etc.

  • Fin de vie : un accord « sans polémique, sans divisions »

« Le comité consultatif d’éthique remettra ses conclusions dans les prochaines semaines, la ministre de la santé fera ses consultations dans les prochaines semaines pour qu’un accord le plus large possible puisse être trouvé, sans polémique, sans divisions », a dit le chef de l’Etat.

« Il s’agit de permettre à toute personne majeure atteinte d’une maladie incurable, provoquant une souffrance psychologique ou physique insupportable, de pouvoir demander dans des conditions strictes une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »

Lire : Hollande veut « rassembler » autour du débat sur la fin de vie

Lire aussi nos explications : Fin de vie, PMA… Des dossiers très sensibles pour l’Elysée

  • L’axe franco-allemand

Saluant le « premier pas » que représente l’instauration d’un salaire minimum en Allemagne, M. Hollande a souligné que la France devait aussi « harmoniser les règles fiscales, notamment pour les entreprises, entre la France et l’Allemagne ».

François Hollande et Angela Merkel lors d'un sommet à Bruxelles, le 19 décembre.

Mais la France et l’Allemagne doivent également se « coordonner pour la transition énergétique. C’est un grand enjeu pour l’Europe mais nous devons, France et Allemagne, montrer l’exemple », a-t-il ajouté. Enfin, la France et l’Allemagne doivent œuvrer à un « couple franco-allemand qui puisse agir pour l’Europe de la défense », a indiqué le chef de l’Etat.

Lire nos explications : La relance Paris-Berlin voulue par Hollande sera difficile à mettre en œuvre

  • Interventions militaires en Afrique

Alors que la France est engagée au Mali et en Centrafrique, le chef de l’Etat a reconnu que « tout n’est pas réglé ».

« Je le réaffirme ici : nous allons continuer le travail, dans un contexte forcément différent (…). Nous n’avons pas vocation à choisir les dirigeants de la Centrafrique. La France aide mais ne se substitue pas, ce temps-là est révolu. »

Le président a écarté l’éventualité d’un renforcement des effectifs français en Centrafrique. Environ 1 600 soldats français sont déployés, aux côtés de plus de 4 000 soldats de la force africaine. Quant au Mali, les effectifs seront ramenés de 2 500 hommes actuellement à 1 600 à la mi-février, puis à 1 000 dans un futur proche.

  • Des djihadistes français en Syrie

François Hollande a indiqué que 700 français se trouvaient actuellement dans les rangs djihadistes en Syrie. L’annonce de ce chiffre a toutefois surpris les experts au sein de la justice antiterroriste ou dans les services de renseignement. Car les éléments actuellement retenus par les autorités font état d’environ 200 Français qui se trouveraient sur le sol syrien combattant dans des groupes islamistes radicaux.

En revanche, le flux d’individus entre la France et la Syrie, chiffre qui prend en compte les personnes qui ont manifesté l’intention de se rendre dans cette région, qui y sont et qui en sont revenus, atteint « 450 à 500 personnes », selon un haut fonctionnaire de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) interrogé par le Monde. Ce dernier chiffre est en augmentation sensible par rapport au mois de septembre 2013.

Les mensonges de Jérôme Cahuzac ?

21 décembre 2012 | Par Fabrice Arfi  Mediapart

Pris dans la tourmente, Jérôme Cahuzac peine à contre-attaquer de manière convaincante dans l’affaire du compte suisse, qu’il s’agisse de sa demande ambiguë de levée du secret bancaire adressée à l’UBS ou de ses explications embrouillées concernant un enregistrement dans lequel il reconnaissait, fin 2000, détenir un compte non déclaré.

Face aux démentis répétés du ministre du budget, Mediapart est en mesure de révéler de nouvelles informations qui montrent que Jérôme Cahuzac n’a pas dit la vérité aux plus hautes instances de l’État – Élysée et Matignon –, ainsi qu’à la représentation nationale :

  • Le détenteur de l’enregistrement, dans lequel Jérôme Cahuzac parle de son compte en Suisse, a contacté l’Élysée pour certifier son authenticité. Nous révélons son identité.
  • Dans des mails consultés par Mediapart, Jerôme Cahuzac ne dément jamais l’authenticité de l’enregistrement et évoque même « une mauvaise plaisanterie sortie du contexte ».

Par ailleurs, selon des informations recueillies dans le cadre de notre enquête, la Direction régionale des finances publiques de Paris-Sud fait actuellement des vérifications fiscales approfondies sur le patrimoine du ministre. Ses déclarations d’Impôt sur la fortune (ISF) laissent en effet apparaître de nombreuses anomalies : sous-estimation de son appartement parisien de l’avenue de Breteuil et manquements déclaratifs concernant un prêt paternel et des montres de luxe.

M. GonelleM. Gonelle

Les premières révélations de Mediapart ont provoqué une onde de choc qui a ébranlé l’État jusqu’en son sommet, le Palais de l’Élysée. La scène se passe dans la matinée du samedi 15 décembre. Elle nous est racontée par une source haut placée dans l’administration. Le détenteur de l’enregistrement accidentel dans lequel Jérôme Cahuzac reconnaissait détenir, fin 2000, un compte non déclaré en Suisse (« Ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques », disait-il notamment à son gestionnaire de fortune, Hervé Dreyfus) décide de sortir du silence. Par le haut.

Il s’appelle Michel Gonelle. C’est un ancien député de centre droit, ancien bâtonnier du barreau d’Agen et ancien maire de la commune de Villeneuve-sur-Lot, poste que lui a ravi Jérôme Cahuzac lors des élections municipales de mars 2001. Il a démenti jusqu’ici être le détenteur de l’enregistrement pour se protéger de « la tempête », rapportent ses proches.

D’après le récit obtenu par Mediapart d’une source officielle, M. Gonelle prend ce 15 décembre son téléphone pour appeler une vieille connaissance, Alain Zabulon, ancien sous-préfet du Lot-et-Garonne, qui se trouve être aujourd’hui le directeur adjoint de cabinet du président de la République après avoir été préfet de la Corrèze. Les deux hommes se sont croisés professionnellement par le passé dans le Lot-et-Garonne, dans ces relations de confiance que peuvent nouer des élus et des fonctionnaires.

Au téléphone, le détenteur de l’une des preuves qui accablent le ministre du budget dans l’affaire du compte suisse raconte tout : comment ce message téléphonique a atterri dans des conditions rocambolesques sur sa boîte vocale, pourquoi il l’a gardé pendant tant d’années sans savoir qu’en faire, pourquoi il décide aujourd’hui de dire la vérité au sommet de l’État… Il révèle aussi avoir confié il y a plusieurs années une copie de cet enregistrement à un haut magistrat de sa connaissance, mais qui n’en a rien fait.

Jérôme Cahuzac à l'Assemblée nationaleJérôme Cahuzac à l’Assemblée nationale© Reuters

Surtout, il jure sur son « honneur » de la parfaite authenticité de l’enregistrement, de l’absence de montage et de l’identité du malheureux correspondant, Jérôme Cahuzac, qui ne savait pas qu’il laisserait ce jour-là un aveu enregistré involontaire. Pour preuve de sa bonne foi, Michel Gonelle propose à son interlocuteur de l’Elysée d’écrire une lettre manuscrite, signée, à l’adresse du chef de l’État en personne, François Hollande, le « premier des magistrats » selon la formule consacrée.

Contacté par Mediapart pour réagir à ces informations, Michel Gonelle a simplement déclaré : « Je ne démens pas. » Il a précisé ne pas vouloir faire d’autres déclarations publiques pour le moment, mais n’exclut pas de prendre de nouvelles initiatives pour que la vérité soit faite dans cette affaire. L’Élysée n’a de son côté pas donné de suite à nos sollicitations.

Ces mails où le ministre ne conteste pas l’enregistrement

Le ministre du budget aura mis deux semaines avant d’apporter un démenti personnel – et pour le moins embrouillé – à l’enregistrement révélé par Mediapart le mercredi 5 décembre. Cela s’est passé mercredi 19 décembre à la faveur d’une rencontre informelle de Jérôme Cahuzac avec des journalistes de France Inter.

« Sur les 3 minutes 40 d’enregistrement, il y a 4, 5 secondes où effectivement ça peut être moi, mais il se trouve que ce n’est pas moi », a glissé le ministre à nos confrères. « Si Médiapart avait une expertise concernant ma voix, vous ne pensez pas qu’il l’aurait sortie ? » a-t-il ajouté, affirmant par ailleurs que son frère, Antoine Cahuzac, ancien patron de la banque HSBC, lui avait confirmé qu’il ne s’agissait pas de lui sur la bande.

Mais à la question de savoir s’il parlait ouvertement d’un montage ou s’il envisageait de déposer plainte pour faux, le ministre est resté muet. Tout comme aucune des deux plaintes en diffamation déposées contre nous par le ministre – une fois devant le parquet, puis une autre devant un juge d’instruction pour les mêmes faits – ne visent l’article de Mediapart révélant l’enregistrement.

Sans compter cette évidence : si M. Cahuzac est certain que son compte suisse n’a jamais existé et qu’a fortiori il n’en a jamais parlé avec quiconque, il n’a pas besoin du témoignage de son frère pour être certain que la voix de l’enregistrement n’est pas la sienne…

© Reuters

La vérité est évidemment ailleurs : Mediapart dit vrai et le ministre le sait. Dans des mails dont nous avons pu avoir connaissance, le ministre n’a jamais contesté l’authenticité de la bande, au contraire. Ainsi, dans un échange daté du 5 décembre, au lendemain de notre premier article qui, pourtant, n’évoquait pas explicitement un enregistrement mais seulement une « trace », Jérôme Cahuzac confie à un interlocuteur de confiance : « La trace serait une bande son enregistrée par un interlocuteur après avoir mal raccroché sur mon portable !… »

Ce vieil ami de Jérôme Cahuzac, apparemment convaincu de la sincérité de celui-ci, lui demande alors s’il s’agit d’un « montage ». Le ministre élude : « Ou une mauvaise plaisanterie sortie du contexte. » « Je n’en ai évidemment aucun souvenir », ajoute M. Cahuzac. Son confident lui répond que c’est « embêtant ». « Embêtant, vraiment ? » relance Jérôme Cahuzac. « Embêtant parce que ça obligerait à des explications, forcément emberlificotées », tranche son ami.

Tous ces échanges sont antérieurs à la révélation par Mediapart de l’enregistrement où M. Cahuzac confie son embarras à son gestionnaire de fortune son embarras.

Depuis la révélation de l’enregistrement, qui ne fait donc à ce jour l’objet d’aucune contestation judiciaire, le cabinet du ministre du budget est mobilisé tous azimuts pour retrouver qui a pu le détenir ou l’écouter ces dernières années. Le 11 décembre, un conseiller de Jérôme Cahuzac, Yannick Lemarchand, alerte ainsi sa hiérarchie sur un certain Gaëtan H., un ancien journaliste qui affirme avoir écouté l’enregistrement en 2005, sans toujours en contester l’authenticité. À aucun moment.

Alors que publiquement, Jérôme Cahuzac se dit d’une grande sérénité depuis l’éclatement de l’affaire, les éléments recueillis par Mediapart montrent au contraire que plusieurs services de l’État ont été mis en branle pour traquer les sources de Mediapart. Ainsi, le 11 décembre, la chef de cabinet du ministre du budget, Marie-Hélène Valente, annonce avoir été prévenue par des sources préfectorales d’un échange téléphonique entre Edwy Plenel, le directeur de Mediapart, et une source – réelle ou supposée – du journal. La chef de cabinet annonce attendre « la copie du rapport officiel » de la police et confie qu’il faut « être prudent dans la remontée d’informations ».

Contacté par Mediapart, Marie-Hélène Valente s’est contentée d’affirmer qu’elle entretenait « des rapports normaux avec les services du ministère de l’intérieur », refusant de confirmer ou démentir nos informations.

Mediapart a pu obtenir en outre la confirmation que, contrairement à ce que « l’entourage » du ministre a affirmé dans Le Journal du Dimanche du 16 décembre, le gestionnaire de fortune de M. Cahuzac, Hervé Dreyfus, celui qui discute avec le ministre de son compte suisse dans l’enregistrement, n’a jamais été client de sa clinique d’implants capillaires. Il est bien celui qui fut chargé, comme l’a écrit Mediapart, de gérer les avoirs (notamment cachés) du ministre. C’est le frère de ce dernier, Antoine Cahuzac, qui le lui a présenté au début des années 1990.

L’administration fiscale enquête sur son propre ministre

Déjà embourbé dans le conflit d’intérêts qui le lie à UBS et qui disqualifie par avance ses démarches auprès de cette banque (voir notre article Affaire Cahuzac : il faut un juge indépendant”), Jérôme Cahuzac se retrouve désormais confronté à une nouvelle situation inconfortable : celle d’un ministre du budget en exercice visé par des vérifications poussées de sa propre administration sur son patrimoine personnel.

D’après les éléments recueillis par Mediapart, la Direction régionale des finances publiques de Paris-Sud enquête en effet depuis quelques jours sur les déclarations d’ISF du ministre, qui présentent de nombreuses anomalies pour les années 2010, 2011 et 2012.

J. CahuzacJ. Cahuzac© Reuters

Parmi les principaux griefs de l’administration fiscale figure la sous-évaluation d’au moins 10 % de l’appartement de l’avenue de Breteuil acheté par le couple Cahuzac en octobre 1994 pour 6,2 millions de francs (945 000 euros). Cet appartement, situé dans l’un des plus beaux quartiers de Paris, à quelques pas des Invalides, a été évalué par M. Cahuzac à environ 9 000 euros du mètre carré pour ces trois dernières années. Trop peu, selon le fisc.

D’autre part, il semble qu’il y ait un “couac” fiscal concernant un prêt paternel de 1 500 000 francs (228 000 euros) qui avait servi à l’achat de l’appartement de l’avenue de Breteuil. Les enquêteurs du fisc ont découvert que le ministre a continué d’inclure ce prêt, qui ne figurait d’ailleurs pas dans la déclaration de succession de Cahuzac père, dans sa déclaration d’ISF jusqu’en 2012, alors qu’il devait être remboursé en… 2001. Cela a pu avoir pour conséquence de réduire de manière fictive le montant de l’ISF de M. Cahuzac.

Le fisc s’étonne également que le ministre n’ait pas inclut dans ses déclarations d’ISF plusieurs montres de luxe, qui auraient été dérobées lors d’un cambriolage début octobre pour un montant de 100 000 euros, selon des informations publiées par Le Parisien. Selon l’entourage du ministre, les objets volés avaient surtout une « valeur  sentimentale ». Le fisc veut désormais en avoir le cœur net.

Enfin, la Direction régionale des finances publiques cherche à obtenir des informations sur le financement d’un autre appartement, toujours avenue de Breteuil, acheté en 2011 pour 400 000 euros, dont 280 000 euros sont couverts par un prêt bancaire. Mais quid des 120 000 euros restants, s’interroge le fisc.

En résumé, l’actuel ministre du budget s’est enfermé dans un déni de la vérité qui le place, et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avec lui, dans une situation intenable. Il n’a cessé de mentir, en gros comme en détail. Sur son patrimoine, ainsi qu’en témoignent les vérifications approfondies actuellement en cours de sa propre administration fiscale. Sur son gestionnaire de fortune, Hervé Dreyfus, présenté comme un simple client de sa clinique, alors que c’est faux.

Et derrière la sérénité apparente du ministre face aux informations Mediapart, présenté comme ses « calomniateurs », s’agitent des services de l’État, notamment de police, qui sont mis en branle pour connaître nos sources, les identifier et les neutraliser.

J. CahuzacJ. Cahuzac© Reuters

Surtout, le ministre du budget, patron de l’administration fiscale, nie avoir eu un compte non déclaré en Suisse tout en ne pouvant contester l’enregistrement de 2000 qui en témoigne par sa propre voix et dont le détenteur est aujourd’hui prêt à revendiquer publiquement l’authenticité. Jérôme Cahuzac le nie, mercredi 5 décembre, devant les députés de l’Assemblée nationale, alors même que, la même journée, dans ses échanges écrits avec ses proches, il ne conteste pas l’authenticité de l’enregistrement de 2000 qui en témoigne, lequel enregistrement à ce moment-là n’a pas encore été rendu public par Mediapart.

Jérôme Cahuzac peut-il continuer de le nier alors que le témoin principal de cette conversation, détenteur de l’enregistrement, s’est lui-même dévoilé auprès du Président de la République, attestant de son authenticité et assumant ses responsabilités ? Est-il encore possible que le budget de la France, ses recettes et ses dépenses, soient sous la responsabilité d’un homme soupçonné d’avoir détenu un compte illicite en Suisse destiné à accueillir des revenus occultes et d’avoir dissimulé à l’administration fiscale une partie non négligeable de ses revenus ?

Ces questions ne sont pas seulement posées au ministre du budget, elles le sont à tout le gouvernement, au premier ministre et au président de la République.

Les questions que pose l’arrestation d’Aurore Martin

Aurore Martin, le 28 juillet 2011.

« Provocation », « situation ubuesque »… Les critiques se sont multipliées de la part des responsables politiques basques, de gauche comme de droite, vendredi 2 novembre, après l’interpellation la veille à Mauléon (Pyrénées-Atlantiques) de la militante basque française Aurore Martin, membre de Batasuna, en exécution d’un mandat d’arrêt européen (MAE) émis par l’Espagne. Après avoir été remise aux autorités espagnoles jeudi, la jeune femme a été placée en détention provisoire à Madrid, en raison du « risque évident et fondé de fuite et de soustraction à la justice« .

  • Que reproche la justice espagnole à Aurore Martin ?

Aurore Martin était visée depuis le 13 octobre 2010 par un MAE émis par un magistrat madrilène pour « faits de participation à une organisation terroriste et terrorisme », en l’occurrence sa participation en 2006 et 2007 à des réunions publiques et la rédaction dans le journal Gara en tant que membre du parti indépendantiste basque Batasuna.

  • Comment fonctionne un MAE ?

Le MAE concerne les personnes recherchées par la justice au sein de l’Union européenne et condamnées ou susceptibles d’être condamnées à une peine d’au moins un an de prison. Il avait été mis en place au lendemain des attentats du 11-Septembre pour faciliter et automatiserles procédures d’extradition entre Etats membres.

  • Est-il possible de ne pas donner suite à un MAE ?

L’article 695-22 du Code de procédure pénal prévoit plusieurs conditions dans lesquelles un Etat peut ne pas donner suite à un MAE. Il peut ainsi être refusé « s’il est établi que ledit mandat d’arrêt a été émis dans le but de poursuivre ou de condamner une personne en raison de son sexe, de sa race, de sa religion, de son origine ethnique, de sa nationalité, de sa langue, de ses opinions politiques ou de son orientation sexuelle ».

Les partisans d’Aurore Martin estiment ainsi qu’elle est poursuivie pour des raisons politiques. « C’est un précédent en France, expliquait-elle dans un entretien à Médiapart en juin 2011. Demain n’importe quel pays pourra réclamer un ressortissant français pour x raisons. Au niveau politique, c’est grave. »

  • Aurore Martin avait-elle encore des recours avant d’être remise aux autorités espagnoles ?

La cour d’appel de Pau, la Cour de cassation puis en mai la Cour européenne des droits de l’Homme ont successivement validé ce MAE. « Toutes les voies de recours ont donc été épuisées, souligne Henri Labayle, spécialiste du droit européen de l’immigration et de la sécurité intérieure européenne et professeur à  l’Université de Pau et des pays de l’Adour. La Cour de cassation ne pouvait pas répondre autre chose car l’apologie du terrorisme est prévue dans le MAE. Pour l’Espagne, la lutte contre le terrorisme passe par la lutte contre l’apologie du terrorisme. »

« Comme c’est un cas de figure qui ne s’est jamais produit, le juge aurait pu interroger la Cour de justice de l’Union européenne dont le rôle est de veiller à l’application du droit de l’Union et à l’uniformité de son interprétation sur le territoire de l’Union, ajoute Henri Labayle. Le véritable problème juridique, c’est qu’il y a un parti qui a deux statuts différents de chaque côté de la frontière. Batasuna est un parti légal en France. »

  • Le ministre de l’intérieur ou le premier ministre auraient-ils pu s’opposer à ce qu’Aurore Martin soit remise aux autorités  ?

« Non, à partir du moment où elle est arrêtée et que les voies de recours ont été épuisées, la remise aux autorités espagnoles est une procédure dépolitisée qui se fait de juge à juge, explique Henri Labayle. Depuis 2004, il n’y a donc plus besoin de décret d’extradition signé par le premier ministre. Si un ministre s’y était opposé, il l’aurait fait en contrariété des règles de l’Union européenne. »

  • Pourquoi le mouvement Batasuna attribue-t-il la responsabilité de cette arrestation et de ce transférement à Manuel Valls ?

Le mouvement Batasuna a estimé que le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, avait « cassé un accord tacite ». L’un des responsables du mouvement, Jean-François Lefort, a noté que le MAE n’avait pas été appliqué par l’ancien ministre de l’intérieur, Claude Guéant. « Il y avait un accord tacite que Valls a cassé, une étape a été franchie« , a-t-il dit, ajoutant : « Nous réfutons la thèse d’un contrôle fortuit : au moment où Aurore Martin a été arrêtée, il y avait un important peloton de gendarmerie à un autre endroit où elle aurait pu passer. »

« C’est une décision politique de première importance, dit Henri Labayle. On ne peut pas imaginer qu’une décision de cette importance ait pu être prise sans que Matignon ou l’Elysée ait été mis au courant. Même si le contrôle de gendarmerie était fortuit, il fallait un feu vert du gouvernement pour confirmer l’arrestation d’Aurore Martin. »

  • Le juge espagnol aurait-il pu choisir de ne pas lancer de MAE ?

« Il y a une disproportion entre les moyens et les fins, constate Henri Labayle. Est-ce que ce n’est pas utiliser un marteau pour écraser une mouche ? Le MAE devrait être réservé à des infractions sérieuses et graves. Même si en droit, on ne peut pas reprocher au juge espagnol de l’avoir utilisé. »

  • Existe-t-il des exemples récents où le mandat a été invalidé par la justice ?

Trois jours avant l’arrestation d’Aurore Martin, mardi 30 octobre, la Cour d’appel de Pau a par exemple refusé la remise à l’Espagne d’Arturo Villanueva Arteaga pour son appartenance à un mouvement de jeunesse radical basque déclaré illégal en Espagne le 19 janvier 2007, invalidant le MAE émis par Madrid contre lui. En 2010, les juridictions britanniques avaient refusé d’appliquer le même MAE que celui rejeté mardi par la cour d’appel de Pau.

  • Que risque Aurore Martin en Espagne ?

Dans son entretien à Médiapart, Aurore Martin expliquait qu’elle risque une peine maximale de douze ans. « C’est ce qu’ils pourraient demander, dit-elle. Ce n’est pas forcément ce qu’ils mettraient en application. »

« Il faut faire confiance à la justice espagnole et ne pas lui faire de procès d’intention, ajoute Henri Labayle. Je ne vois pas ce qui pourrait aboutir à une condamnation d’Aurore Martin. Il faudrait des milliers de places de prison à la justice espagnole si elle veut enfermer tous ceux qui ont participé à des manifestations.  »

François Béguin

Le Monde.fr | 02.11.2012 par François Béguin

Arrestation surprise d’Aurore Martin

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Aurore Martin est incarcérée ce matin dans une prison espagnole.  La nouvelle, impensable hier – tant la militante avait repris une vie “normale” depuis des mois – a brusquement pris forme en milieu d’après-midi. Vers 16 h, la militante de Batasuna, sous le coup d’un Mandat d’arrêt européen (MAE) émis par la justice espagnole le 13 octobre 2010, validé par la Cour d’appel de Pau le 23 novembre, a été arrêtée par les gendarmes à Garindein près de Mauléon.

Cette interpellation survient plus d’un an après la tentative avortée de Bayonne, le 21 juin 2011. Le ministre de l’Intérieur de Sarkozy s’appelait Claude Guéant. La mobilisation de la population avait ensuite dissuadé Paris de poursuivre dans cette voie, laissant l’affaire en suspens.

L’arrivée au pouvoir du PS en juin paraissait avoir acté ce quasi-abandon du dossier, favorisé par le processus de paix. Jusqu’à hier. Après ses déclarations chocs au quotidien espagnol El Pais (JPB du 30/10), le ministre de l’Intérieur Manuel Valls continue dans la veine répressive.

“De l’huile sur le feu”

Les premières réactions oscillaient hier entre stupéfaction et condamnation. Xabi Larralde (Batasuna) a dénoncé “avec la plus grande fermeté” cette arrestation qu’il assimile une “attaque directe à la feuille de route d’Aiete”. Et d’exiger “la libération immédiate d’Aurore Martin”.

Le secrétaire de l’UMP considère que cet évènement “ne fait rien pour apaiser”. Et met en garde : “Il faut faire attention quand on met de l’huile sur le feu, qu’il ne se rallume pas”. Le sénateur centriste Jean-Jacques Lasserre s’est dit “choqué de voir de quelle façon ce gouvernement utilise des méthodes extrêmement brutales pour traiter des problèmes délicats”. Il accuse au passage, estimant “que le gouvernement socialiste est appuyé par tous les élus socialistes du département”.

Les édiles locaux de la Rose étaient montés au créneau pour défendre Aurore Martin, lorsque le PS se trouvait encore dans l’opposition à l’Assemblée.

“Heures sombres” au PS

Le 23 juin 2011, au côté du collectif contre le MAE, leur secrétaire départemental Pierre Chéret chargeait : “L’instant est important, je le considère comme grave. J’apporte tout notre soutien à A. Martin. Mais pas seulement : derrière la brutalité et les méthodes policières inacceptables, il y a une volonté de faire taire, qui rappelle les heures sombres de notre histoire. […] Nous demandons avec fermeté qu’Aurore Martin ne soit pas extradée sur des faits relevant d’actes politiques militants”. Hier, P. Chéret nous a confirmé ses propos :“je continue à dire que le MAE ne doit pas s’appliquer à Aurore Martin, elle s’exprime dans un cadre politique, public, légal en France.”Sollicitée sur le sujet, la députée F. Espagnac, n’a pas donné suite. Ses camarades C. Capdevielle et S. Alaux ont répondu, masquant leur embarras derrière le vocable “surprise”. C.Capdevielle se focalise sur l’aspect juridique, répétant que le “délit reproché à Aurore Martin n’existe pas dans le droit français”. Il n’y avait “pas urgence” à agir selon elle.

Pour S.Alaux, cette décision semble “disproportionnée par rapport à ce qu’on reproche” à A. Martin. Elle se dit “soucieuse”, et “ose espérer qu’il n’y a pas de lien” avec les déclarations de M. Valls dans El Pais. D’autres y verront au contraire une continuité. Un rassemblement est annoncé demain midi devant la gendarmerie de Mauléon.

Pierre MAILHARIN (avec A.R. et G.T.)

Rwanda : des missiles qui pointent Paris

Un document, daté de 1994 et dont «Libération» publie la teneur, révèle la présence d’armes françaises dans l’arsenal rwandais et relance le débat sur les auteurs de l’attentat du 6 avril.

Par Maria Malagardis

Une fois de plus, elle ressurgit : l’une des plus grandes énigmes de l’histoire récente n’en finit pas de se rappeler régulièrement à notre mémoire à coups de nouveaux éléments, indices oubliés, pistes négligées. Qui a tué le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, lors d’un attentat spectaculaire resté non revendiqué ? Depuis dix-huit ans, cette question suscite des débats passionnés. Car même si l’attentat est le déclencheur et non la cause du génocide de la minorité tutsie, programmé de longue date, l’identité des commanditaires pèse forcément sur la lecture des événements.

Lynchage. Longtemps, c’est la thèse d’un attentat fomenté par les rebelles tutsis du FPR qui a dominé. Elle s’impose même dans les minutes qui suivent l’explosion de l’avion de Habyarimana dans le ciel de Kigali. Dès l’annonce de l’attentat, les proches du chef de l’Etat assassiné, sa famille et les barons du régime vont mettre en cause les rebelles et «leurs alliés naturels» au sein de la population, ainsi que les Belges, qui constituaient alors le principal contingent de Casques bleus occidentaux présents dans le pays. Résultat : après le lynchage de dix d’entre eux, les Casques bleus belges quittent le pays, livré du coup aux ultras du régime rwandais qui déciment systématiquement les Tutsis du pays. 800 00 morts en trois mois : c’est le plus fulgurant massacre jamais recensé. On comprend dès lors que l’attentat «déclencheur» suscite autant de curiosités. Et de blocages.

Hasard. C’est presque par hasard, dans le cadre d’une recherche historique, que Linda Melvern, journaliste britannique, tombe sur la fameuse liste évoquant la présence de missiles Mistral, dans les archives de l’ONU. Le document avait été adjoint et noyé au milieu d’un autre rapport. Pourquoi est-ce si important ? Parce que, depuis 1994, les anciens officiers rwandais inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’ont cessé d’affirmer qu’aucun des leurs ne pouvait être mêlé à cet attentat, car ils ne possédaient pas de missiles. Les autorités françaises, qui les ont trop longtemps soutenus, formés et équipés, ont suivi le même raisonnement : sans arme, pas de crime possible. Mais alors, que viennent faire ces Mistral dans les stocks de l’armée rwandaise ? Et qui savait ?

Borloo à Véolia: l’accord secret entre Sarkozy et Proglio

Le PDG de Véolia pourrait être débarqué le 29 février. Henri Proglio, patron d’EDF, aurait arraché l’accord de Nicolas Sarkozy pour faire nommer Jean-Louis Borloo à la tête du géant de l’environnement.

Par ERIC DECOUTY  Libération

Henri Proglio (d) et Nicolas Sarkozy, le 19 janvier 2010 à Saint-Pierre de La Réunion. (© AFP Gérard Cerles)

Entre le grand patron et le Président ce n’était qu’un petit arrangement entre amis. Un donnant-donnant destiné à préserver les intérêts de chacun à la veille de l’élection présidentielle et d’un conseil d’administration décisif. Nicolas Sarkozy et Henri Proglio, le PDG d’EDF, tenaient simplement à ce que leur deal soit frappé du sceau du secret. Au point que même Xavier Musca, le secrétaire général de l’Elysée semble avoir été tenu à l’écart de la «transaction»…

Les faits sont simples. En début de semaine dernière, Nicolas Sarkozy et Henri Proglio se seraient entendus pour qu’Antoine Frérot, le PDG de Veolia, soit débarqué de la société spécialisée dans l’eau, le traitement des déchets et les transports et remplacé par Jean-Louis Borloo, l’ancien ministre de l’Environnement et président du Parti radical. Ils ont même envisagé que l’affaire soit conclue le 29 février lors du conseil d’administration de Veolia. Proglio comptait ainsi reprendre la main sur son ancienne entreprise, et Sarkozy espérait bien gagner en retour le soutien public du leader du parti radical.

Si les termes de l’accord paraissent simples, les coulisses sont beaucoup plus complexes. Proglio, tout d’abord. Longtemps patron de Veolia, il tente d’en garder les commandes lors de sa nomination à la tête d’EDF, fin 2009, grâce d’ailleurs au soutien actif de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Environnement. Sa double casquette et sa double rémunération ne résistent cependant pas à la polémique et un an plus tard l’ami du Président, un des principaux convives du Fouquet’s, doit céder la présidence de Veolia à son lieutenant Antoine Frérot. Dès lors les relations entre les deux hommes ne vont cesser de se détériorer. Toujours administrateur, Proglio qui connaît tout d’une entreprise qu’il a modelée, va très vite contester la gestion de son successeur. Frérot, lui, se met en tête de solder le passé et de régler progressivement certains dossiers encombrants laissés par son prédécesseur. La rupture est consommée et, au moment où le groupe des services à l’environnement pourrait afficher 200 millions d’euros de perte, Henri Proglio choisit d’organiser l’éviction d’Antoine Frérot.

Restent les moyens d’y parvenir. Le PDG d’EDF va alors user de son amitié avec Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo en même temps que des intérêts stratégiques du président-candidat. Selon nos informations, le dimanche 12 février Proglio et Sarkozy se rencontrent discrètement à l’Elysée. L’objet de la discussion porte sur le sauvetage par EDF de la société Photowatt, l’entreprise de panneaux solaires installée à Bourgoin-Jallieu dans l’Isère. Henri Proglio s’est un peu fait tirer l’oreille pour racheter la société et reprendre près de 350 salariés avant de céder devant l’insistance du chef de l’Etat. Mais ce dimanche, la discussion entre les deux hommes a tôt fait de glisser sur le «cas Borloo». La réaction de l’ancien ministre de l’Environnement à l’interview du Président de la République sur «les valeurs» dans le Figaro Magazine, n’est pas passé inaperçue. Borloo s’est clairement dit en désaccord avec le refus de Nicolas Sarkozy de se prononcer en faveur du mariage gay. Il s’est également déclaré hostile à tout référendum sur le chômage ou l’immigration. «Moi je ne suis pas d’accord », a-t-il dit devant une poignée d’élus de la majorité dans le Nord. Nicolas Sarkozy et Henri Proglio évoquent alors clairement le nom de Jean-Louis Borloo pour prendre la présidence de Veolia, histoire de se «réconcilier» avec un ami.

Mais l’histoire semble s’être vraiment jouée le mardi dernier 14 février, dans l’avion. Proglio et Sarkozy viennent de sceller publiquement la reprise de Photowatt. La petite entreprise iséroise est sauvée et Proglio entend bien remettre le dossier Veolia sur le tapis. En substance le patron d’EDF, propose à Nicolas Sarkozy d’organiser une offensive visant à convaincre un certain nombre d’administrateurs de retirer le pouvoir à Antoine Frérot. Plus concrètement Henri Proglio compte demander la révocation du PDG de Veolia, lors du conseil d’administration du 29 février et faire nommer dans la foulée Jean-Louis Borloo. Dans l’avion du retour de Bourgoin, Proglio plaide auprès de Sarkozy pour un soutien des actionnaires qataris, qui détiennent 5% du capital. Le président de la République a-t-il téléphoné «à ses amis du Qatar, qui ne peuvent rien lui refuser, dès le jeudi», comme l’affirment certaines sources proches du dossier ?… Nul confirmation ne nous a été apportée.

En revanche, les derniers jours de la semaine dernière ont donné lieu à un important lobbying pour convaincre les administrateurs du groupe d’environnement. Alain Minc, proche de Nicolas Sarkozy, aurait au passage été contacté pour «faciliter un certain nombre de rendez-vous.» Toujours selon nos informations, recoupées, au moins cinq membres du conseil d’administration, parfaitement identifiés, auraient rencontré Jean-Louis Borloo, jeudi et vendredi dernier. Parmi eux, Augustin de Romanet, soutien dévoué qui fut son directeur de cabinet au ministère de l’Emploi en 2004.

Sollicités par Libération, plusieurs de ces administrateurs ont confirmé ces rendez-vous, et au moins un d’entre eux aurait exprimé ses plus «froides réserves» quant à «l’opération Borloo.» Reste que ces «rencontres», plus ou moins discrètes, ont largement permis d’éventer le secret, un administrateur étant même convié par Jean-Louis Borloo, vendredi après-midi au siège du Parti radical…

Nul des principaux acteurs de l’affaire ne veut pour autant confirmer les faits. Henri Proglio n’a pas donné suite à notre appel, et Alain Minc s’est contenté de nous répondre qu’on «ne prêtait qu’aux riches». En revanche Jean-Louis Borloo a accepté de s’exprimer plus longuement. S’il dit «tout ignorer» d’éventuels accords entre Nicolas Sarkozy et Henri Proglio, il ne conteste pas certaines rencontres avec des «gens de Veolia». «La seule chose que je peux vous affirmer, dit Borloo, c’est qu’actuellement je suis chassé par deux grands groupes internationaux qui ne sont pas Veolia. Et avec eux, les contacts sont très avancés.» Est-il malgré tout intéressé par la direction du groupe d’Environnement ? «C’est une société que je connais bien en tant qu’ancien ministre. Ils connaissent des difficultés et si j’en crois ce qui se dit, il y a un certain nombre d’actionnaires qui pensent que le groupe a besoin d’un calibre à sa tête ». Serait-il ce calibre ?… Silence !

Quant à la main de l’Elysée derrière son éventuelle nomination: «Vous voulez rire? C’est un groupe avec des procédures strictes. Les choses ne se font pas comme ça. » Jean-Louis Borloo, réfute également tout marchandage de son soutien à Nicolas Sarkozy et glisse une confidence…. «J’ai dit ce que j’avais à dire l’autre jour sur les valeurs. Maintenant, le Parti radical se situe évidemment plutôt dans une famille que dans l’autre… » Bref Nicolas Sarkozy n’a guère de craintes à avoir.

«L’affaire Veolia», quelque soit son issue pourrait-elle marquer la fin de la carrière politique de Borloo ? «J’ai déjà dit que je ne serais plus ministre. Aujourd’hui je m’apprête à passer à autre chose». Une affirmation qui fait rire un de ses amis très proche : «Evidemment qu’il va continuer la politique!»

Enfin, l’entourage du chef de l’Etat, mobilisé hier, par le meeting de Marseille n’a pas donné suite à nos appels.

La perte du AAA, choc politique pour M. Sarkozy

 

Nicolas Sarkozy à l’Élysée, le jour de l'annonce de la dégradation de la note de la France.

Nicolas Sarkozy à l’Élysée, le jour de l’annonce de la dégradation de la note de la France. AFP/MIGUEL MEDINA

Jusqu’au bout, Nicolas Sarkozy a espéré qu’il échapperait à la dégradation de la note de la France et à la perte de son triple A. Une sanction susceptible d’être interprétée, en ce funeste vendredi 13 janvier, cent jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, comme un verdict sur son quinquennat.

Avec le secrétaire général de l’Elysée, Xavier Musca, le chef de l’Etat s’est accroché à tout ce qui pouvait laisser espérer une issue plus favorable. Il a voulu croire à un petit miracle.

L’agence Fitch, propriété du Français Marc Ladreit de Lacharrière, n’a-t-elle pas assuré, il y a quelques jours, qu’elle ne toucherait pas au AAA français en 2012 ? Le déficit budgétaire pour 2011 ne s’est-il pas avéré moins mauvais que prévu ?

Quant aux émissions de dettes sur les marchés, réalisées par la France, l’Italie et l’Espagne depuis ce début d’année 2012, elles se sont plutôt bien passées. Les agences de notation, qu’à l’Elysée on juge avant tout suivistes, allaient peut-être  » coller  » aux marchés et renoncer à sanctionner la zone euro.

Las. Les espoirs de MM. Sarkozy et Musca ont été douchés. Vendredi en fin de matinée, Standard and Poor’s (S & P) a fait parvenir la nouvelle à l’Elysée de ce que le ministre des finances, François Baroin, a qualifié de  » demi-surprise «  : à 23 heures, la France sera dégradée d’un cran. Sa note passe de AAA à AA +, avec perspective négative. Comme l’Autriche. La voici qui décroche de l’Allemagne et du peloton vertueux de la zone euro : Pays-Bas, Luxembourg, Finlande.

Début décembre 2011, M. Sarkozy avait eu pour consolation, autour d’une platée de choux à l’Elysée, d’apprendre à Angela Merkel que son pays avait lui aussi été mis sous surveillance négative par S & P. Déchoir avec l’Allemagne, voilà qui était honorable. L’Elysée avait pu arguer qu’il s’agissait moins d’une sanction de la politique de réformes et de la politique budgétaire de M. Sarkozy qu’un avertissement à la zone euro et à la Banque centrale européenne (BCE), incapable d’endiguer la crise de défiance.

Dans l’entourage du président, on fait valoir que S & P est très « politique ». C’est d’ailleurs elle qui a dégradé cet été les Etats-Unis à cause des graves blocages budgétaires entre la Maison Blanche et le Congrès. Ce vendredi, elle aurait donc sanctionné l’absence de gouvernement politique en Europe plus que la France : la veille, la BCE, par la voix de son président, Mario Draghi, avait une nouvelle fois affirmé qu’elle ne se transformerait pas en prêteur en dernier ressort des Etats de la zone euro.

L’argument est peu audible. Le positionnement de M. Sarkozy, qui présente la France comme l’alter ego de l’Allemagne, s’effondre. De Berlin, le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a volé à son secours, estimant qu’il ne fallait pas « surestimer » les agences.

A l’Elysée, vendredi après-midi, c’est la colère qui dominait. « Faire cela la semaine où les marchés européens se normalisaient, comme l’a fait remarquer Mario Draghi, on n’a plus affaire à des pompiers pyromanes, mais à des pervers graves », accuse Alain Minc, « visiteur du soir » de M. Sarkozy. « L’erreur a été de ne pas avoir pulvérisé les agences après la crise des subprimes, début 2009 « , s’emporte un autre conseiller, avant de se reprendre : « Dans la tempête, il faut garder son sang-froid. »

C’est au nom du maintien du AAA que Paris avait élaboré la réforme des retraites, destinée à réduire la dette de la France. M. Sarkozy l’avait aussi invoqué cet été pour prôner l’inscription dans la Constitution de la « règle d’or », qui encadre la réduction des déficits publics.

Le président a-t-il échoué à protéger la France ? La meilleure défense, c’est l’attaque : M. Baroin a accusé ceux qui se « gargarisaient » de la dégradation de la France d’avoir refusé la réforme des retraites et la « règle d’or ».

En privé, pourtant, on doute. M. Sarkozy a-t-il eu raison d’instrumentaliser le AAA, ce « trésor national », dixit Alain Minc, dont la perte menace d’être un handicap dans la campagne présidentielle ? « Joker », répond un conseiller. « Il y a un an, nul ne connaissait le AAA. Il aurait été impensable de faire la « une » des journaux dessus », analyse un fonctionnaire. Certains veulent croire à un effet passager : « Cela va durer 48 heures et pas quatre mois », espère un « visiteur du soir », qui voit mal le socialiste François Hollande faire campagne sur le AAA. Ce n’est pas l’avis d’un autre proche du pouvoir. « On a eutort d’expliquer aux Français combien le AAA était important alors que les Etats-Unis ont pu être dégradés dans l’indifférence générale », explique-t-il. « Le PS a un boulevard pour dire qu’il faut changer le capitaine dans la tempête qui a fait échouer le bateau sur les récifs. »

Difficile, en tout cas, de minimiser l’affaire. Franck Louvrier, porte-parole de l’Elysée, indiquait vendredi soir qu’il n’était « pas prévu » que l’Elysée réagisse. Mais la fébrilité en Sarkozie – avec l’arrivée du premier ministre, François Fillon, de la ministre du budget, Valérie Pécresse, et de M. Baroin à l’Elysée, peu après 19 heures – valait tous les communiqués.

Désormais, il faut protéger le candidat Sarkozy. M. Baroin a donc confirmé la mauvaise nouvelle au journal télévisé de France 2. François Fillon, le premier ministre, qui avait, au début du quinquennat, parlé d’un Etat en « faillite », devait tenir une conférence de presse à Matignon samedi matin.

Le président, lui, avait préparé le terrain fin 2011 : « Nous affronterions cette situation avec sang-froid et calme. Ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable », avait-il déclaré au Monde du 13 décembre, réitérant son engagement à poursuivre les réformes.

Sur le front de la finance, l’affaire est plus compliquée. La dégradation des Etats-Unis n’a pas renchéri le coût de la dette américaine. Qu’en sera-t-il du cas français ? « Personne ne sait », estime un conseiller. M. Baroin a noté que la France empruntait moins cher que l’an passé, même si les taux se sont tendus vendredi.

A l’Elysée, on craint que la décision de S & P ne brise le cercle vertueux qui semblait s’engager sur les marchés. Beaucoup s’inquiètent des effets en chaîne : le Fonds européen de stabilité financière, destiné à voler au secours des Etats, pourrait voir sa note dégradée ; les banques françaises aussi.

Et pendant ce temps, incapable de parvenir à un accord avec ses créanciers, la Grèce continue de menacer la zone euro.

Arnaud Leparmentier  Le Moine.fr

Kim Jong Il, la dictature et l’amour

 

C’est un montage très dérangeant, que vient d’envoyer au monde la télé nord-coréenne.Partout dans le pays (ou bien seulement à Pyongyang ?) des Coréens pleurent, à l’annonce de la mort du dirigeant.

Jeunes, vieux, hommes, femmes, pleurent, cognent le sol de désespoir. Certains avec uniformes, d’autres sans uniformes.

Evidemment, il faut faire la part de la propagande (et Alain Korkos en rappelait ce matin les meilleurs moments). Les séquences ont été sélectionnées, montées, par la télévision (curieusement, d’ailleurs, elles semblent avoir été montées par ordre d’hystérie croissante, comme si les monteurs avaient cherché à créer une impression de crescendo). Le Figaro parle du « deuil théâtralisé » des Nord-Coréens, tandis qu’un universitaire, interrogé par Libérationestime au contraire que « malheureusement, on peut y croire ».

Quelques dizaines, quelques centaines, quelques milliers de pleureurs et de pleureuses, ne font pas un peuple, c’est vrai. Peut-être, certainement, dans l’ombre, loin des caméras, des centaines de milliers, des millions de Coréens, se réjouissent-ils de la mort du dictateur, espèrent-ils la chute de la dictature.

Mais ces scènes (qui rappellent les larmes spontanées des Russes à la mort de Staline) nous rappellent aussi autre chose. Attention, éloignez les enfants : il y a aussi de l’amour dans les dictatures. La terreur, la délation, la fermeture sur l’étranger, sont des ressorts de la dictature, décrits en boucle par les médias occidentaux, quand ils traitent de la Corée du Nord. Mais ils ne peuvent être les seuls. Généralement, les peuples aiment leur dictateur. Et il arrive que les dictateurs aiment leur peuple.

« Mais enfin, ces pauvres gens sont conditionnés », objectera-t-on. Oui. Certes. Depuis l’enfance. Mais plus ou moins conditionnés que les enfants occidentaux conditionnés à la pub ? Et conditionnés ou pas, ils aiment leur dictateur.

Evoquant ces rapports indicibles, entre peuple et dictature, je repense à un roman du grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, publié en 2002 (1).

Alors que le nombre d’évasions vers l’Italie et la Grèce, dans la dictature albanaise, est en recrudescence aiguë, le ministre de l’Intérieur est soudain convoqué par le Guide Suprême dans son palais. Le Guide souhaite évoquer les évasions. Le ministre, terrorisé, accourt au Palais, s’attendant à essuyer une homérique colère. Mais le Guide n’est pas du tout en colère.



« Il le fixait de Ses grands yeux sombres, couleur café, comme s’Il voulait dire : Comprends-tu, toi, oui toi qui es ministre, à quel point je suis affligé ?

Le ministre eut envie de s’écrier : comment peux-Tu être affligé, Toi qui d’un sourire nous ressuscite tous ?

Une vague de compassion, de celles que le ministre s’évertuait à contenir dans ce genre de circonstances, en vint néanmoins à le submerger. Le ministre avait de plus en plus de mal à soutenir le regard vide de l’Autre.

-Ecoute-moi bien, chuchota-t-Il, comme s’Il allait lui révéler quelque secret. Ils font ça pour me faire mourir de chagrin. »

Kadaré Mazrek

On a bien lu : de chagrin. Bien entendu, ensuite, le ministre détaille au Guide le dispositif de la répression la plus féroce, qu’il a prévu de mettre en place. Et le Guide, si affligé, lui donne tous les feux verts pour tuer, corrompre, sans pitié.

Pour mémoire, Kadaré, s’il est surtout connu à l’étranger pour ses positions critiques envers la dictature communiste (coupée du monde, à la nord coréenne) d’Enver Hodja, était également, paradoxalement, un proche du Guide. Il connaissait parfaitement sa psychologie.

(1) Ismaïl Kadaré, Vie, jeu et mort de Lul Mazrek, Fayard, 2002.

Par Daniel Schneidermann le 19/12/2011

Investiture PS à La Rochelle : Ségolène Royal sacrée par Paris

 Ségolène Royal et Olivier Falorni, ici réunis à l'université d'été du PS en 2007, se livrent aujourd'hui une bataille féroce pour l'investiture PS à La Rochelle.  Archives « SO  La commission électorale du Parti socialiste a décidé hier que la circonscription de La Rochelle serait « réservée à une femme». Localement, à huit mois des législatives, « c’est la guerre ».

En politique, les sentiments peuvent varier du tout au tout en l’espace de quelques heures. À la peine et la colère peut succéder la plus belle des joies… et vice-versa. La preuve en a été fournie chez les socialistes de Charente-Maritime entre lundi soir et hier midi.

Lundi soir, donc, les partisans de Ségolène Royal avaient la mine triste et renfrognée à l’issue du conseil fédéral du PS réuni à Saintes. Il y avait de quoi : bien que possédant la majorité absolue dans cette instance, ils venaient, au terme d’un vote à bulletin secret, de voir leur pire ennemi, Olivier Falorni, premier secrétaire, « hollandiste » de choc, faire adopter par cette assemblée une résolution voulant que la circonscription de La Rochelle ne soit pas réservée à une femme.

Cela signifiait que Mme Royal se voyait contrainte à une primaire contre le même Falorni. Primaire ne laissant guère de doute quant à son issue : à La Rochelle et dans l’île de Ré, la grande majorité des militants sont des pro-Falorni. Rassurés par ce vote obtenu à l’arraché (cinq voix d’écart sur 44 votants), Falorni et ses amis clamaient haut et fort que la commission électorale prévue hier à Paris n’oserait jamais aller à l’encontre de la volonté souveraine d’une fédération. Erreur…

Omertà à Solférino
Dès la fin de la matinée, les supporteurs de Ségolène Royal, qui pleuraient la veille au soir, exultaient : la circonscription de La Rochelle venait d’être « réservée femme ». Une information longtemps impossible à vérifier : rue de Solférino, Christophe Borgel, secrétaire national chargé de ces questions, pas plus que Bruno Leroux, son prédécesseur qui vient de reprendre du service à la demande de François Hollande, n’étaient joignables.

Falorni n’avait pas reçu la moindre information, à l’heure où les troupes pro-Royal publiaient un communiqué de victoire titré « Décision nationale et discipline locale », dans lequel leur championne était parée de toutes les qualités et vertus, comme la détermination, l’expérience, le courage et l’audace.

C’est en toute fin de journée que Christophe Borgel s’est réveillé. Dans une déclaration à l’AFP, il a confirmé la proposition émise dans la matinée, ajoutant « ne pas douter » que le bureau national l’entérinerait le 9 novembre prochain.

Hier, donc, on a assisté à un renversement de situation, avec le camp Royal riant et celui d’en face pleurant. En fait, pas de larmes, mais une colère comme il est rare d’en voir au sein d’un même parti politique. « C’est la guerre », a-t-on entendu de la bouche d’un militant catalogué comme « sage ».

« Parachutage de confort »
Le principal intéressé, Olivier Falorni n’avait pas de mots assez durs pour qualifier l’attitude « d’une poignée de responsables parisiens s’étant essuyé les pieds sur le vote d’une fédération ». « Quand on tient pour rien une fédération, c’est qu’on tient pour rien les militants eux-mêmes », a-t-il ajouté, avant de faire allusion à Michel Crépeau, lequel a souvent dit que, dans son histoire, La Rochelle n’avait jamais accepté les diktats venant de l’extérieur.

« Lamentable », « On se fout de la gueule des militants », ont réagi deux secrétaires de section, tandis qu’une figure du parti, critiquant un « parachutage de confort », rappelait l’épisode de 1995, lorsque Ségolène Royal, désireuse de se présenter aux municipales de Niort contre un sortant PS, avait été battue par le vote militant, imposée par la direction nationale et finalement battue par les électeurs. « Bis repetita », a-t-il lâché, désabusé.

Ségolène Royal n’a pas réagi à cette bonne nouvelle. Elle est en déplacement au Vietnam en compagnie de l’un de ses vieux amis, le communiste Paul Fromonteil. Gageons que, avec celui qui fut le secrétaire de Georges Marchais, les conversations portent souvent sur la démocratie participative…

Par Patrick Guilloton pour  » Sud Ouest  »