Section de Gréasque
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L’IVG en quelques questions

LeMonde.fr

Un nouveau centre de planification et d'éducation familiale a été inauguré le 27 août 2009, à l'Institut Alfred Fournier, à Paris.

Lundi 20 janvier, les députés ont commencé à examiner le projet de loi pour l’égalité hommes-femmes, dont un amendement prévoit de supprimer l’idée de la nécessaire « situation de détresse » de la femme pour avoir recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Dimanche, plusieurs milliers de manifestants anti-avortement ont défilé à Paris

  • Pourquoi manifestent-ils ?

Un amendement socialiste au projet de loi pour l’égalité des femmes et des hommes, débattu aujourd’hui à l’Assemblée nationale, prévoit de remplacer la notion de « situation de détresse » pour une femme souhaitant avoir recours à une IVG, un des grands principes régissant l’intervention volontaire de grossesse en France, par la simple volonté de la femme concernée de ne pas poursuivre une grossesse.

Pour le Parti socialiste, il s’agit de consacrer le droit des femmes à disposer de leur corps. Un autre amendement à ce projet de loi stipule que « le droit des femmes à disposerde leur corps, à accéder à la contraception et à demander une interruption volontaire de grossesse, est garanti par la loi ». Les opposants à cet amendement estiment qu’il risque de « banaliser » l’avortement.

  • Que prévoit la loi française ?

L’IVG est légalisée en France par la loi du 17 janvier 1975, dite « loi Veil », du nom de la ministre de la santé Simone Veil.

Le texte, adopté à l’Assemblée nationale à la suite de débats houleux, définit les grands principes de cette pratique : l’IVG est décidée par la femme enceinte concernée, lorsqu’elle estime que sa grossesse la place dans une situation de détresse, l’intervention doit être réalisée avant la fin de la 10e semaine de grossesse par un médecin dans un établissement de santé ; le médecin et le personnel participant à l’intervention ne sont pas obligés de la pratiquer selon une clause de conscience ; enfin, deux consultations médicales et une psycho-sociale sont obligatoires préalablement à l’intervention.

La loi de 1975 encadre également l’interruption médicale de grossesse (IMG), qui peut être pratiquée sans limite dans le temps en cas de malformations graves et incurables du fœtus, ou de danger vital pour la mère. L’IMG est autorisée sous conditions particulières : volonté de la mère, autorisation d’experts et s’il n’existe pas d’autre solution.

  • Quelles évolutions ?

Le 31 décembre 1982, la loi Roudy prévoit le remboursement des frais afférents à l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale.

Le 4 juillet 2001, la loi « Aubry-Guigou » modernise le texte de 1975 sans remettre en cause ses grands principes : le délai maximal de recours à l’IVG est allongé à 12 semaines de grossesse, le caractère obligatoire de la consultation psycho-sociale est supprimé pour les femmes majeures, mais maintenu pour les mineures et une seconde consultation de même nature est proposée à toutes les femmes après l’intervention.

Cette loi autorise également que l’IVG médicamenteuse (qui peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 5e semaine de grossesse), soit supervisée par un gynécologue ou un médecin généraliste. Cinq ans plus tard, la loi du 19 décembre 2007 étend ce dispositif en dehors des établissements de santé. Le décret du 6 mai 2009 autorise les centres de santé et de planification ou d’éducation familiale à pratiquer des IVG médicamenteuses.

Depuis le 31 mars 2013, l’IVG est prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie.

  • Que prévoit la loi pour les mineures ?

La loi « Aubry-Guigou » autorise les mineures à avoir accès à l’IVG sans autorisation parentale. Si celle-ci demeure la règle, l’IVG des mineures pour lesquelles le consentement parental n’a pas pu être recueilli peut être réalisée. De même, la loi du 4 juillet 2001 reprend les dispositions contenues dans la loi du 13 décembre 2000, et ne soumet plus la prescription, la délivrance ou l’administration de contraceptifs aux mineurs au consentement des titulaires de l’autorité parentale ou du représentant légal.

  • Quels sont les derniers chiffres ?

Selon les données publiées le 21 juin par l’Institut national d’études démographiques (INED), 222 500 IVG ont été réalisées en France en 2011, dont 209 300 en métropole. Le nombre d’IVG a légèrement augmenté entre le milieu des années 1990 et 2006, avant de se stabiliser autour de 210 000 IVG par an. Dans les départements d’outre-mer (DOM), le nombre d’IVG, stable depuis 1996, se situe aux environs des 13 000 par an.

En 2011, on dénombre 15 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. C’est parmi les femmes de 20 à 24 ans que les IVG sont les plus fréquentes : elles concernent 27 femmes pour 1 000 en métropole et 50 pour 1 000 dans les DOM. Après une franche augmentation du nombre d’IVG chez cette catégorie de femmes, une légère baisse observée depuis le milieu des années 2000 se confirme en 2011.

La part des IVG médicamenteuses continue d’augmenter. Elle atteint, en métropole, 55 % de l’ensemble des IVG.

Le nombre d’IVG ne s’explique pas par un défaut de méthode contraceptive, y compris chez les plus jeunes : en 2010, 91 % des Françaises sexuellement actives déclarent employer une méthode contraceptive en 2010.

Les données provisoires de l’INED indiquent que le nombre d’IVG n’a pas augmenté au cours des derniers mois de 2012.

Bilan du gouvernement ?

Vous avez dit « bilan du gouvernement AYRAULT » ?

Nos concitoyens, qui répondent aux multiples sondages, ont-ils connaissance de l’action du gouvernement AYRAULT ?

Le Gouvernement a tenu une bonne partie du calendrier des promesses de François Hollande. Sur 64 engagements :

– 37, soit un peu plus de la moitié (58 %) ont fait l’objet de décrets d’application.

– 14 sont en cours de réalisation (à suivre)

– 13 ont été définitivement abandonnées (le blocage du prix de l’essence) et deux promesses trop imprécises pour être évaluées (la lutte contre les produits toxiques et le réexamen des conditions de la rentrée scolaire).

Les trois phases de l’agenda du changement :

–       6 mai – 29 juin 2012

–       3 juillet – 2 août 2012

–       Août 2012 – juin 2013

Phase 1 : 6 mai – 29 juin 2012

Réduction de la rémunération du chef de l’état et des membres du gouvernement de 30 %

Les salaires du président, du premier ministre et du gouvernement ont été réduits par deux décrets du 17 mai et du 24 août.

Signature d’une charte de déontologie et publication des déclarations d’intérêt par les membres du gouvernement

Les ministres des gouvernements Ayrault I et II ont signé à leur entrée en fonction une charte de déontologie et publié leur déclaration d’intérêts

Circulaire du Premier ministre étendant ces exigences aux membres des cabinets et plafonnant leurs effectifs

La circulaire n’a jamais été présentée. Les quotas de collaborateurs ont été dépassés dans plusieurs ministères. En revanche, l’obligation de publication de déclarations d’intérêts par les collaborateurs ministériels figure dans le projet de loi sur la transparence de la vie publique actuellement en examen au Parlement.

Augmentation de l’allocation de rentrée scolaire de 25 %

L’ARS a été augmenté à la rentrée 2012 grâce à un décret du 27 juin 2012.

Blocage des prix des carburants pour trois mois

La mesure a été officiellement écartée par Jean-Marc Ayrault le 22 août 2012. Elle remplacée par une diminution des prix jusqu’à 6 centimes, assumée à parts égales par l’Etat (diminution des taxes) et les pétroliers. Le dispositif a pris fin en novembre, entraînant une nouvelle hausse des prix. Mais, une baisse est actuellement constatée.

 Caution solidaire mise en place pour permettre aux jeunes d’accéder à la location

Cette mesure n’a jamais été évoquée par le gouvernement, qui semble lui préférer la garantie universelle des loyers (GUL), annoncée en décembre et intégrée au projet de loi Duflot sur le logement.

Garantie d’une rémunération supérieure à l’inflation pour l’épargne défiscalisée (livret A et développement durable)

Le gouvernement a baissé le taux du livret A de 2,25 à 1,75%, soit un coup de pouce de 0,25% par rapport au niveau de l’inflation. Une réforme plus large du mode de calcul a par ailleurs été engagée pour pérénniser cette promesse.

Doublement du plafond du livret A

Le plafond du livret A n’a finalement été augmenté que de 56%. La hausse s’est effectuée en deux temps, en octobre 2012 et janvier 2013.

Doublement du plafond du livret développement durable

Le plafond du LDD a été doublé à 12 000 euros par décret le 19 septembre 2012.

Transmission à nos partenaires européens d’un mémorandum proposant un pacte de responsabilité, de croissance et de gouvernance pour modifier et compléter le Traité de stabilité et réorienter la construction européenne vers la croissance

Le mémorandum a été transmis le 14 juin 2012, et un pacte de croissance adopté par les Etats européens le 28 juin. En revanche, le traité budgétaire européen n’a pas été renégocié, et adopté tel quel

Annonce à nos partenaires au sein de l’OTAN du retrait de nos troupes d’Afghanistan d’ici fin 2012

Le retrait a été annoncé puis mis en oeuvre fin décembre 2012. En revanche, contrairement à la promesse initiale de François Hollande, il reste encore des troupes françaises non combattantes en Afghanistan après ce délai pour assurer la transition.L

ancement d’un nouveau « Livre Blanc » sur la Défense nationale

La commission du livre blanc a été installée par François Hollande le 13 juillet 2012. Elle finira par rendre son rapport le 29 avril 2013, après plusieurs retards.

Abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers

Le texte a été abrogé le 31 mai 2012 par une circulaire de Manuel Valls.

Droit de partir à la retraite à 60 ans pour les personnes ayant cotisé toutes leurs annuités

Un décret a été publié par Marysol Touraine le 3 juillet 2012 pour permettre aux retraités ayant commencé à travailler tôt (environ 28 000 personnes) de partir à la retraite dès 60 ans.

Fixation d’un éventail maximal de 1 à 20 pour les rémunérations dans les entreprises publiques

Un décret publié le 25 juillet instaure un plafond annuel de 450 000 euros pour les salaires publics. Equivalent de 20 fois la moyenne des plus bas salaires des 14 principales entreprises, il représente en réalité 28 fois le SMIC

Circulaire sur la lutte contre les « délits de faciès » lors des contrôles d’identité

La circulaire promise par l’agenda du changement n’a jamais plus été évoquée. Elle a finalement été remplacée par un code de déontologie, approuvé par les syndicats de police le 6 mars.

Gel conservatoire d’une partie des dépenses dans l’attente de la publication par la Cour des comptes du rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques

Avant même la publication du rapport, le gouvernement a décidé le 25 juin 2012 de geler en valeur les dépenses de l’Etat sur une période de 3 ans.

Arrêt de la RGPP et lancement du Projet de refondation et de modernisation de l’action publique

L’arrêt de la RGPP, officialisé le 25 septembre 2012, a été confirmée dès le 10 juillet par Jean-Marc Ayrault, en clôture de la conférence sociale. Sa remplaçante, la MAP, a été officiellement lancée le 18 décembre.

 

 

Phase 2 : 3 juillet – 2 août 2012

 

Pr78 promesses tenues

2 promesses partiellement tenues

8 promesses en retard

Présentation du programme de stabilité et du projet de loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, fixant la trajectoire de retour à l’équilibre budgétaire en 2017

« Les deux textes n’ont été présentés qu’à l’automne 2012. Au lieu d’un déficit nul, le gouvernement planche désormais sur 0,7% en fin de quinquennat. « 

Plafonnement de niches fiscales

Les niches fiscales n’ont été plafonnées qu’à l’automne 2012, dans le cadre du budget 2013. Par ailleurs, deux exceptions perdurent après le plafonnement à 10 000 euros des niches : l’outre-mer et le financement des oeuvres cinématographiques.

Suppression de niches fiscales

Plusieurs niches fiscales et autres « cadeaux fiscaux » du quinquennat Sarkozy ont été supprimés dans le budget rectificatif 2012. Ils étaient censés dégager 7,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires.

Modulation de l’impôt sur les sociétés au bénéfice des PME et des entreprises qui réinvestissent leurs bénéfices

Repoussée une première fois au printemps 2013, la loi est pour l’instant restée lettre morte.

 

Surtaxe sur les banques

Deux mesures intégrées au budget rectificatif 2012 ont impacté les banques : le doublement de la taxe sur les transactions financières (de 0,1 à 0,2%) et celui de la taxe de risque systémique. En revanche, François Hollande n’a pas encore augmenté la taxe sur les bénéfices bancaires, comme il l’avait promis.

Surtaxe sur les sociétés pétrolières

Une contribution exceptionnelle de 4% du secteur pétrolier sur la valeur des stocks de produits pétroliers a été intégrée au budget rectificatif 2012.

Retour à l’ancien barème de l’impôt sur la fortune (ISF)

Cette mesure a été votée dans le cadre du budget rectificatif 2012, mais elle ne revient pas exactement à la situation précédant la réforme. Avec un « bouclier de fiscal » de 75% et un maintien du seuil d’entrée à 1,3 millions, l’ISF devait finalement être moins lourd en 2013 que sous Nicolas Sarkozy.

Tranche d’imposition à 75 % au dessus d’un million d’euros

Repoussée à l’automne et votée dans le cadre du budget 2013, ce dispositif a été censuré par le Conseil constitutionnel. La nouvelle mouture de la taxe doit être intégrée au budget 2014.Suppression de la « TVA Sarkozy »

La TVA sociale instaurée par la majorité précédente a été supprimée dans le cadre du budget rectificatif 2012. En revanche, cinq mois plus tard, François Hollande a annoncé une augmentation de la TVA pour financer le nouveau crédit impôt compétitivité (CICE).

Séparation des activités des banques (dépôt et activités spéculatives)

La réforme bancaire n’a finalement été présentée qu’en décembre 2012, et elle est actuellement examinée au Parlement. Beaucoup voient dans ses modalités une renonciation sur le principe d’une séparation stricte des activités.

Lutte contre les produits toxiques

A l’automne, l’Union européenne a interdit d’elle-même certains produits toxiques visés par François Hollande, mais certains voudraient le voir aller plus loin.

Lutte contre les paradis fiscaux

Une mesure technique mineure contre les paradis fiscaux a été intégrée au budget rectificatif 2012, la réforme bancaire actuellement examinée au Parlement prévoit des mesures plus ambitieuses.

Lancement des principaux chantiers sociaux du quinquennat lors de la Conférence nationale pour la croissance et l’emploi

La première conférence sociale s’est tenue les 9 et 10 juillet 2012. Elle s’est même transformée en rendez-vous annuel, dont la deuxième édition est intervenue les 20 et 21 juin 2013.

Lancement du Débat national sur la transition énergétique préalable à la loi de programmation

Le débat n’a été lancé que le 29 novembre, démarrant un cycle de concertation d’environ neuf mois.

 

Réexamen des conditions concrètes de la rentrée scolaire, notamment les RASED

97 postes ont été créés en urgence pour la rentrée 2012, alors que 2 500 suppressions de postes avaient été actées par le gouvernement précédent.

Recrutement d’assistants d’éducation, de personnels d’encadrement

A la rentrée 2012, le ministère de l’Education nationale a créé 75 postes de conseillers pédagogiques d’éducation, 500 d’assistants chargés de la prévention et de la sécurité et 1500 d’auxiliaires pour accompagner les élèves en situation de handicap

Mesures d’urgence pour compléter la formation pratique des nouveaux professeurs

En attendant le rétablissement de leur formation initiale prévue pour 2013, les professeurs stagiaires de la rentrée 2013 ont bénéficié de plusieurs mesures d’urgence : un pré-stage de cinq jours, une journée de formation pédagogique par semaine et un accompagnement tout au long de l’année par un tuteur.

Mise en place de la Commission de préparation de l’Acte II de l’exception culturelle

Une commission présidée par Pierre Lescure a été installée le 16 juillet 2012. Son rapport, maintes fois reporté, a finalement été remis à Aurélie Filippetti le 13 mai 2013.

Phase 3 : Août 2012 – Juin 2013

Nouvelle étape de décentralisation

Fractionnée en trois textes, la réforme de la décentralisation a été présentée en conseil des ministres le 10 avril. Le premier volet, consacré aux métropoles et à la conférence territoriale de l’action publique (CPAT), a été voté par le Sénat le 7 juin en subissant d’importantes modifications.

Création d’une banque publique d’investissement (BPI)

La banque publique d’investissement est créée avec par une loi organique publiée le 1er janvier au Journal officiel. La BPI est dotée d’une capavité de financement de 40 milliards d’euros et sa présidence est confiée à Jean-Pierre Jouyet

Dissuasion des licenciements boursiers

Aucune loi interdisant ou renchérissant le coût de ces licenciements n’a été votée, le gouvernement s’en remet à l’accord sur l’emploi. La promesse est partiellement tenue puisque l’accord ne prévoit pas une augmentation systématique des coûts des licenciements boursiers, mais seulement un contrôle de l’administration.

Création d’un contrat spécifique de relocalisation pour les entreprises

Les contrats de relocalisation n’ont pas été mis en place avant le délai fixé à juin 2013

Participation des salariés aux conseils d’administration

L’accord sur l’emploi a permis l’installation de deux représentants salariés avec voix délibérative dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 10 000 salariés.

Participation des salariés aux comités de rémunération des grandes entreprises

Le code de gouvernance des entreprises remis à François Hollande le 14 juin ne fait que suggérer d’intégrer les salariés aux comités de rémunération, sans obligation légale.

Loi d’orientation et de programmation pour l’éducation nationale

La loi dite de « refondation de l’école » a été adoptée le 25 juin 2013 par le Parlement. Elle comprend notamment le retour à la semaine de 4,5 jours et demi, la création des écoles du professorat, l’installation de cours de « morale laïque » et la répartition des 60 000 créations de postes.

Création des emplois d’avenir

Les emplois d’avenir ont été mis en place avec l’adoption définitive du Parlement le 9 octobre 2012. Un doute subsiste quand à la réalisation de l’objectif chiffré de 100 000 contrats signés en 2013.

Création du contrat de génération

Le contrat de génération a été créé par un décret publié le 3 mars 2013. Il prend la forme d’un allègement de charges (4000 euros) pour les certaines entreprises qui embauchent en CDI des jeunes de moins de 26 ans tout en maintenant dans l’emploi un sénior jusqu’à son départ en retraite.

 

Création de 1 000 postes pour la sécurité et la justice

Le budget 2013 prévoit 480 créations de postes dans la gendarmerie et la police et 520 dans la justice.

Fin de la convergence tarifaire public-privé

Dans le cadre du PLFSS (loi de financement de la sécurité sociale), l’Assemblée nationale a voté le 3 décembre 2012 la fin de la convergence tarifaire public privé.

Lancement du plan de lutte contre le cancer

Le 4 décembre 2012, François Hollande annonce le troisième plan cancer. Etalé sur 4 ans (2014-2018), il doit être axé sur la lutte contre les inégalités face à la maladie pour préparer la France « aux nouveaux enjeux liés aux progrès médicaux ».

Négociation avec les partenaires sociaux sur la réforme des retraites

La concertation sur la éforme des retraites doit commencer le 4 juillet, légèrement en dehors des délais annoncésau départ. Les négociations porteront entre autres sur l’allongement des durées de cotisations et la hausse des cotisations.

Encadrement des loyers à la location et la relocation

Le décret prévoyant l’encadrement des loyers est paru au journal officiel le 20 juillet 2012, mais il concerne uniquement les relocations et les renouvellements triennaux de baux. Pour les nouvelles locations, il faudra aatendre la loi logement qui doit être examinée au Parlement à l’automne.

Renforcement des sanctions prévues par la loi SRU

Invalidée dans un premier par le Conseil constitutionnel pour des questions de procédure, la loi sur le logement social a été de nouveau adoptée par l’Assemblée puis promulguée au Journal officiel le 19 janvier 2013.

Réforme du régime de cession du foncier de l’état pour faciliter la construction de logements par les collectivités territoriales

La mise à disposition gratuite des terrains de l’Etat aux collectivités territoriales est devenue possible grace à la loi sur le logement social promulguée le 19 janvier 2013. Elle doit permettre la construction de 110 000 logement sur des terrains publics d’ici 2016, grâce à une décote des terrains de l’Etat en faveur du logement social qui peut aller jusqu’à 100%.

Loi sur la tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz

Des tarifs sociaux étaient prévus par la loi sur la tarification de l’énergie adoptée par le Parlement, mais le Conseil constitutionnel a rejeté cette disposition. La ministre de l’Energie Delphine Batho a assuré ne pas renoncer à la tarification progressive de l’énergie, promettant « une solution nouvelle et juridiquement solide ».

Droit au mariage et à l’adoption pour tous les couples

Malgré les manifestations et la bataille menée par l’opposition au Parlement, le mariage et l’adoption « pour tous » ont été adoptés par l’Assemblée le 23 avril 2013. Le premier mariage entre personnes de même sexe a été célébré à Montpellier le 29 mai, entre Vincent Autin et Bruno Boileau.

Droit de finir sa vie dans la dignité

Le gouvernement n’a pas présenté de projet de loi en juin, préférant temporiser en sollicitant l’avis du comité consultatif national d’éthique. Un rapport commandé en juillet 2012 au professeur Didier Sicard a été remis le 18 décembre à François Hollande.

Constitutionnalisation des principes de la loi de 1905 sur la laîcité

Le gouvernement ne mentionne plus cette promesse depuis une décision de février 2013 du Conseil constitutionnel, qui reconnaît le caractère constitutionnel des principes fondamentaux de la loi de 1905. Celle-ci suffirait et dispenserait le gouvernement d’une révision constitutionnelle.

Réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM)

Le projet de loi constitutionnelle réformant le CSM a été présenté le 13 mars et voté le 4 juin par l’Assemblée. Sans les voix de l’UMP et de l’UDI, il devrait être rejeté au Congrès en juillet.

Réforme du statut pénal du chef de l’Etat

Cette réforme a été écarté du paquet constitutionnel de l’été 2013. En revanche, l’un des projets prévoit la fin de l’immunité présidentielle au civil.

Suppression de la Cour de justice de la République (CJR)

Le projet de loi constitutionnelle réformant la CJR a été présenté le 13 mars. Il doit être soumis au Congrès en juillet.

Droit de vote des étrangers

Maintes fois repoussée, la promesse a finalement été relancée par François Hollande le 16 mai 2013. Il a proposé de la soumettre au Parlement au lendemain des municipales, en 2014, alors qu’il s’était initialement engagé à le mettre en oeuvre avant ce scrutin. Par ailleurs, le choix de la voie parlementaire pourrait hypothéquer la promesse, la majorité des trois cinquièmes nécessaire à l’adoption étant loin d’être acquise.

Loi sur le non cumul des mandats

Le projet du gouvernement, présentée le 13 avril, repousse l’application du non-cumul au 31 mars 2017, alors que François Hollande s’était engagé sur 2014. Il doit être voté au Parlement d’ici la fin juillet.

Constitutionalisation du dialogue social

Un projet de loi constitutionnelle présenté le 13 mars 2013 prévoit d’inscrire dans la Constitution l’obligation pour le gouvernement d’engager une concertation avant toute réforme en matière de travail, d’emploi et formation. Il doit être soumis au Congrès en juillet.

Le manifeste inégalitaire de Thomas Piketty

En publiant le Capital au XXIe siècle, Thomas Piketty entend dresser un constat alarmant : les sociétés contemporaines seraient caractérisées par un accroissement des inégalités de patrimoine. D’où une situation de plus en plus favorable à l’héritier au détriment de celui qui ne dispose que de son travail. Le capitalisme produirait des inégalités «insoutenables, arbitraires». L’étude de Piketty se veut imposante. Mais il faut se méfier de la profusion de chiffres qui constitue l’essentiel de cet ouvrage. Car il se pourrait bien que ce dispositif fonctionne comme un piège ayant pour fonction de dissimuler le projet du livre.

Loin d’être neutre, la description proposée s’inscrit dans un cadre programmatique précis. Derrière elle, se cache non pas une contribution à la pensée de gauche mais une régression théorique inscrite dans une ligne politique conservatrice.

Thomas Piketty aime à se présenter comme un chercheur en sciences sociales pour qui l’économie devrait rester au contact de l’histoire, de la sociologie, etc. Sa démarche témoigne d’une brutale réduction économiciste. Elle revient en arrière par rapport à la réflexion sur les inégalités depuis quarante ans. Les inégalités ne sont définies par lui que sous l’angle des inégalités de revenu. Le capital et l’héritage sont restreints au capital et à l’héritage financiers. C’est toute l’analyse, issue notamment des travaux de Pierre Bourdieu, sur la nécessité de saisir les multiples formes de la domination et donc de prendre en compte, certes le capital économique, mais aussi culturel et scolaire, social, et symbolique, qui est évacuée. C’est donc aussi la complexité de la logique de la dépossession et de la reproduction qui est perdue. Sans doute ne peut-on pas tout étudier dans un livre. Mais c’est précisément la construction de son problème qui doit être mise en cause : réduire le capital au capital économique ne suppose-t-il pas d’invisibiliser les autres formes de capitaux et donc de ne pas construire comme problématiques les autres formes d’héritage ? Une telle entreprise ne se fonde-t-elle pas sur une ratification de certains principes sur lesquels repose la hiérarchie sociale ? Ne se condamne-t-elle pas dès lors à une incapacité de comprendre les mécanismes de la domination et de l’infériorisation à l’œuvre dans la société ?

La simplification jusqu’à sa plus triviale définition du concept de capital ne doit rien au hasard. Elle est appelée par la perspective conservatrice de Piketty et s’inscrit dans sa vision du monde.

D’un côté, il y a le rentier qui hérite d’un patrimoine ; de l’autre il y a le salarié qui mérite son salaire par son travail et ses qualifications. L’ouvrage de Piketty est construit sur ce mythe conservateur qui fonde les démocraties libérales. A la logique de la rente et l’héritage, il oppose ce que serait la société qu’il faudrait consolider : une méritocratie où l’accès aux positions s’acquerrait par les études et le mérite dans le cadre d’une compétition fondée sur l’égalité des chances. Ici, il n’est jamais question de domination sociale et culturelle, de violence, de relégation, d’exploitation, d’aliénation au travail, de classes, de luttes, etc.

Tout ce vocabulaire est absent de son livre. Toutes ces réalités sont déniées, occultées, évacuées. On ne s’étonnera pas que ce livre soit publié dans la collection de Pierre Rosanvallon et que l’un des rares auteurs discutés soit François Furet. Il poursuitfidèlement la tâche que se sont fixée ces deux auteurs : annuler la problématique des classes sociales et des dominations comme constitutive de toute pensée de gauche.

L’ouvrage de Piketty est le contraire d’un livre critique : c’est une régression conceptuelle qui façonne une vision appauvrie du monde social. D’un point de vue politique, le constat n’est pas moins navrant. Mille pages pour quoi ? Pour proposer une mesure technocratique : une taxe sur le capital. Mais cette taxe, quelle fonction Piketty lui assigne-t-il ? Pourquoi lui paraît-elle nécessaire ? Pour conserver l’ordre social et politique. L’objectif de diminuer les inégalités de patrimoine ne s’inscrit pas dans un projet général de mise en question des inégalités. Il s’agit de redonner du sens et de refaire jouer leur rôle à d’autres inégalités, que Piketty perçoit comme les «bonnes» inégalités, les inégalités «nécessaires à l’intérêt de tous» : les inégalités de salaire. Ce ne sont donc pas les inégalités et leur niveau extravagant qui posent problème. C’est leur type. Tout le projet du livre pourrait être résumé ainsi : atténuer les inégalités de patrimoine pour «redonner du sens» aux inégalités de salaires, pour relégitimer et perpétuer ces inégalités assimilées à des inégalités de mérite. Il s’agit de trouver un moyen de «rendre acceptable» le monde capitaliste. N’est-ce pas l’opposé de la démarche critique, qui voudrait rendre visible son caractère insupportable ? Qu’un manifeste pour les inégalités puisse être perçu comme une contribution à la pensée de gauche en dit long sur l’état du champ intellectuel. Et sur la responsabilité qui nous incombe de le réinventer.

TRIBUNE. PAR GEOFFROY DE LAGASNERIE PHILOSOPHE, PROFESSEUR À L’ECOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARTS DE PARIS-CERGY

Dernier ouvrage paru : «la Dernière Leçon de Michel Foucault», Fayard, 2012.

Les scientifiques favorables à l’exploration des gaz de schiste

Gaz de schiste

© D.R.

Face aux enjeux majeurs de l’énergie, l’Académie des sciences appelle le gouvernement  à autoriser l’exploration des gaz de schiste. Enjeu : évaluer le potentiel français.

Ce lundi 14 janvier, l’Académie des sciences a présenté son rapport sur « la recherche scientifique face aux défis de l’énergie »*. Alors que l’institution scientifique a été exclue du débat national sur la transition énergétique, elle fait entendre sa voix avec  9 recommandations « en direction des pouvoirs publics et de tous les acteurs de la vie économique ». Et en premier lieu, les auteurs souhaitent revenir sur le bannissement des gaz de schiste du paysage énergétique.

« L’avenir énergétique est trop incertain pour qu’on puisse se permettre de ne pas faire au minimum une évaluation des possibilités », indique le rapport. Aussi, Sébastien Candel, le président du Comité de prospective en énergie de l’Académie des sciences, juge qu’« il faut reprendre le dossier et au minimum mesurer le potentiel des gaz de schiste ». L’Académie invite à autoriser les forages exploratoires. « Il faut séparer l’exploitation de la connaissance des gisements », juge Philippe Candel. L’institution ne fait pas l’impasse sur les questions environnementales, en particulier la gestion de l’eau. Mais elle considère que la définition d’un cahier de charges précis, peut-être au niveau européen, peut garantir des conditions acceptables d’exploitation. « La prise de risques calculée et raisonnée, s’appuyant sur des études sérieuses, ne doit pas être bannie », résume-t-elle.

Dans ses autres recommandations, l’Académie invite à diversifier des ressources énergétiques sans n’en exclure aucune, y compris le nucléaire. Elle propose de mettre l’accent sur l’efficacité énergétique, de développer le stockage de l’électricité et les réseaux pour gérer l’intermittence des énergies renouvelables. Autant de propositions, pas fondamentalement originales, mais qui sont présentées sous un angle nouveau. Elles  s’appuient sur des démarches scientifiques et systémiques : définition d’objectifs précis sans tolérer l’approximation, émergence de solutions reposant sur la science et la technique, prise en compte des sujets sous tous leurs aspects (économie, indépendance, environnement…).

Ludovic Dupin Usine nouvelle

* « La recherche scientifique face aux défis de l’énergie », comité de perspective en énergie de l’Académie des sciences, Editions edp sciences, 248 pages, 29 euros.

Qu’est-ce que « la question sociale » ?

Social ou sociétal, la gauche doit-elle choisir ?, s’interroge Libération sans vraiment questionner les termes du débat. Dans cet article, nous revenons sur cette opposition qui n’est pas seulement une fausse opposition, mais aussi une redoutable hiérarchisation des questions pensées comme prioritaires ou secondaires. De fait, le racisme, le sexisme et l’homophobie sont souvent présentés comme des questions « sociétales » par opposition à « la question sociale », réduite à sa seule dimension économique – sans d’ailleurs que soient prises en compte les dimensions proprement économiques de l’oppression raciste ou hétérosexiste. Ce qui revient, de manière plus ou moins assumée, à reléguer les combats antiracistes, féministes et homosexuels au rang de fronts secondaires, qu’il serait par conséquent avisé de sacrifier à « l’urgence sociale » – et de repousser aux calendes grecques. Plus violemment encore, certains, au sein même de la « gauche de gauche », vont jusqu’à accuser les militant-e-s non-blanc-he- et antiracistes, féministes, homosexuel-le-s et anti-hétérosexistes, de semer la division et la diversion, et de faire le jeu du Capital. C’est à ce gauchisme hétéro- andro- et/ou blanco-centré, ou à sa version social-démocrate incarnée aujourd’hui par la « Gauche populaire », que s’attaque le texte qui suit, en soulignant que les questions raciales et sexuelles, loin d’être distinctes de la question sociale, en sont, au même titre que la question de classe, des composantes essentielles.

Dès la création du Collectif Les mots sont importants, en 1999, l’ethnicisation de la question sociale a été au centre de notre réflexion. Occulter les clivages de classes en mettant l’accent sur les différences culturelles, rendre l’immigration responsable d’un chômage généré en réalité par la rigueur budgétaire et les contraintes de la construction européenne, restreindre les droits des immigrés au nom de la défense de l’identité nationale : autant de stratagèmes qu’il était et qu’il est toujours important de pointer, d’analyser et de combattre.

Mais cette démarche salutaire s’est vite avérée renfermer ses propres pièges. Car les questions dites ethniques ne sont pas seulement des opérations de diversion : elles existent bel et bien, même si ce n’est pas sous la forme dépolitisée ou stigmatisante qu’on retrouve dans les débats publics. Il y a bien une question raciale, qui n’est ni la criminalité des immigrés, ni le séparatisme ethnique dans les banlieues, mais la discrimination subie par leurs habitant-e-s – une discrimination que la classe politique et les grands médias entretiennent en ethnicisant lesdit-e-s habitant-e-s.

Le mot diversion est donc lui-même un mot piégé, car il implique toujours le risque d’introduire une hiérarchie entre la question sociale, identifiée à la seule question de classe, et les autres questions – de race, de genre, de sexualité – considérées comme simplement « sociétales ».

Des questions secondaires ?

Or, ces dernières sont loin d’être secondaires. D’abord parce que la domination de classe elle-même ne cesse de recourir aux subterfuges de la pensée raciste et sexiste : pour stigmatiser les « jeunes de banlieues » et les faire taire, l’héritage colonial a fourni son vocabulaire (sauvageons ou racailles) et ses dispositifs d’exception (forces de l’ordre spéciales et couvre-feu), et l’invention d’un problème du voile à l’école, construit de toutes pièces au printemps 2003, a permis de mettre un terme définitif à la révolte contre la réforme des retraites. De même, c’est une rhétorique viriliste qui est mobilisée pour faire passer la soumission aux intérêts des plus riches pour du courage politique.

Il est vrai que nos élites savent aussi adopter le langage de l’antiracisme et de l’antisexisme : c’est par exemple au nom de l’antiracisme que le Non au référendum sur le Traité européen, réduit à un simple repli nationaliste, a été disqualifié, et on ne compte plus les féministes les plus intransigeant-e-s dès que pointe un foulard islamique ou, plus largement, dès qu’il s’agit de dénoncer le sexisme des « jeunes de banlieue ».

Faut-il en conclure, comme le fait par exemple Walter Benn Michaels dans un pamphlet caricatural et au fond assez odieux [1], que ces élites sont soudainement devenues antiracistes et antisexistes ? Que ces causes sont tout à coup devenues légitimes, intégrées par un système disposé à céder sur les fronts secondaires pour sauver l’essentiel : la domination économique et sociale ?

Le croire serait aussi naïf que de penser que la classe dirigeante, lorsqu’elle se penche sur les « quartiers difficiles » pour y promouvoir la « mixité sociale » et la « citoyenneté », est désormais résolue à lutter contre la pauvreté. Nulle hiérarchie ne peut en fait être établie entre un front principal, le front de classe, sur lequel les dominants ne céderaient rien, et des fronts secondaires, les dominations racistes et hétérosexistes, sur lesquels ils seraient prêts à lâcher du lest.

Stratégies de division et alliances opportunistes

Car après tout, s’ils savent adopter des postures antiracistes, féministes et même gay-friendly à des fins de stigmatisation des classes populaires (disqualifiées comme racistes, sexistes et homophobes), la réciproque est tout aussi vraie : les gardiens de l’ordre raciste et hétérosexiste – qui sont souvent mais pas toujours les mêmes que les défenseurs de l’ordre capitaliste – adoptent avec tout autant de facilité une posture et un vocabulaire populiste, ouvriériste voire classiste quand il s’agit de disqualifier le mouvement féministe, les revendications homosexuelles ou les luttes de l’immigration : les unes sont stigmatisées comme des bourgeoises mal baisées, les autres comme des nantis du Marais, les troisièmes comme une « beurgeoisie » bobo terrorisant les pauvres petits-blancs-prolétarisés-qui-votent-FN, et tou-te-s sont accusé-e-s de méconnaître la pauvreté voire de mépriser les pauvres – forcément mâles, blanc et hétérosexuels.

Au mépris de classe déguisé en antiracisme ou en féminisme répond symétriquement ce que Christine Delphy a nommé la haine des femmes déguisée en amour des prolétaires, à quoi il convient d’ajouter la haine du garçon arabe déguisée en féminisme pro « beurette » et la haine de l’immigré déguisée en compassion pour le prolétariat lepénisé, ou à l’inverse – chez un Alain Soral par exemple – la haine des femmes et des Juifs déguisée en amour des Arabes. Bref : le pouvoir manie à la perfection la division et les alliances opportunistes, et aucun groupe dominé ne peut à cet égard se prévaloir d’un traitement de faveur .

Racisme, sexisme, homophobie : des questions socio-économiques 

Si les préoccupations antiracistes et antisexistes ne constituent pas une diversion et un funeste oubli de la question sociale, c’est enfin parce que cette dernière est une totalité complexe où s’intriquent aussi bien la sexualité, le genre et la race que la classe. Si la catégorie des ouvriers, des chômeurs et des précaires est plus féminine que masculine et si les non-blanc-he-s y sont sur-représenté-e-s, si la population la plus aisée est massivement blanche et masculine, c’est bien que l’oppression raciste et sexiste est partie prenante de l’oppression économique. Dissocier la question sociale du racisme et de l’hétérosexisme, réduits au rang de questions sociétales, n’a donc aucun sens.

 

 

par Pierre Tevanian, Sylvie Tissot
24 décembre 2012

P.-S. Ce texte est extrait du recueil Les mots sont importants, qui est paru en 2010 aux Éditions Libertalia.

Voir sur le même sujet, l’excellent article de Véronique Dubarry et Stéphane Lavignotte « Le visage du peuple n’est pas seulement celui des hommes blancs de Florange ».

Notes

[1] Cf. aussi Danièle Lochak, « Loi du marché et discrimination ».

« le gaz de schiste n’est pas à « écarter pour l’éternité » : Vidalies

Alain Vidalies, ministre (PS) délégué aux Relations avec le Parlement, a assuré lundi ne pas considérer que le gaz de schiste devait être écarté « pour l’éternité ».

« Aucun d’entre nous ne pense que le gaz de schiste est quelque chose qu’il faut pour l’éternité écarter« , déclare l’élu des Landes, interrogé au Talk Orange-Le Figaro sur les déclarations de son collègue Arnaud Montebourg.

Le ministre du redressement productif a dit lundi vouloir « réfléchir » à l’exploitation de ce gaz, qui « sera certainement sur la table » même si l’exécutif s’oppose à la seule technique d’extraction actuellement disponible, la fracturation hydraulique, jugée trop polluante.

« Oui il a raison« , dit M. Vidalies. « Il a rappelé quelle est la position du gouvernement : aucun d’entre nous ne pense que le gaz de schiste, c’est quelque chose qu’il faut, pour l’éternité, écarter. Ce qu’il a dit, c’est qu’aujourd’hui on ne sait pas faire autrement que la fracturation hydraulique, donc on ne le fait pas« .

« J’ai des industriels qui sont dans ma circonscription qui lisent ces procédures, il font beaucoup de recherches en ce moment. Ils sont bien conscients des dégâts aux Etats-Unis et du problème environnemental« , ajoute M. Vidalies. « En même temps, il y a cette richesse, et ce qu’a dit Arnaud Montebourg – qui rejoint ce qu’avait dit François Hollande – est important pour la France« .

Le rapport Gallois à paraître lundi recommanderait de mener des recherches sur les techniques d’exploitation de cette source d’énergie contestée notamment par les écologistes.

Comment UBS organise une fraude fiscale massive à partir de la France

C’est un livre explosif que publie aujourd’hui Antoine Peillon, grand reporter au journal La Croix. Bénéficiant d’informations de toute première main il montre comment la banque suisse UBS organise depuis la France un système massif d’évasion et de fraude fiscale vers les paradis fiscaux. A lire absolument.

Afin de mettre en contexte les informations incroyables auxquelles il a eu accès, le journaliste a croisé différentes sources bien informées pour estimer à 590 milliards d’euros l’ensemble des avoirs français dissimulés dans les paradis fiscaux, dont 220 milliards appartenant aux Français les plus riches (le reste étant le fait des entreprises). Environ la moitié de ce total (108 milliards) seraient dissimulés en Suisse, la dernière décennie voyant fuir environ 2,5 milliards d’avoirs par an. Depuis 2000, UBS France aurait soustrait en moyenne 85 millions d’euros au fisc français chaque année, ce qui montre son importance, mais souligne également combien d’autres établissements bancaires, y compris français, participent à ce genre d’activités.

Sous certaines hypothèses, ces donnés l’incitent à estimer à 30 milliards d’euros le manque à gagner de recettes fiscales du à la fraude internationale, soit un peu plus de 10 % du total des recettes. De son côté, la Commission européenne estime l’importance de la fraude fiscale de l’ordre de 2-2,5 % du PIB des pays européens, soit pour la France de l’ordre de 40 à 50 milliards d’euros au total dont 15-20 milliards de fraude internationale.

Comment fait la banque UBS pour mener ses opérations sur notre territoire ? Environ 120 chargés d’affaires suisses seraient présents clandestinement en France pour démarcher les grosses fortunes françaises, ce qui est rigoureusement interdit par la loi mais réalisé, d’après Antoine Peillon, en toute connaissance de cause par la maison mère en Suisse. Chaque commercial est muni d’un document, le manuel du Private Banking, « véritable guide en évasion fiscale ». Afin d’être rémunéré en proportion du chiffre d’affaires qu’ils rapportent, les commerciaux sont bien obligés d’enregistrer à un moment ou un autre leurs transactions. Ils le font dans une comptabilité cachée baptisée « carnets du lait » que l’on peut trouver dissimilés dans des fichiers Excel intitulés « fichier vache ». On aura compris l’analogie : la France est une vache fiscale dont il faut traire le lait…

Les commerciaux présents en France utilisent les mêmes techniques que celles mises en évidence par la justice américaine : UBS organise des évènements mondains auxquels ils invitent clients et prospects. Dans les documents récupérés par Antoine Peillon on trouve parmi les clients les noms de footballeurs connus, et même d’un haut responsable du football international pour lequel une commerciale note après un rendez-vous à Monaco en 2002 que l’entretien fut « long et difficile, mais fructueux », ou encore un navigateur, un auteur réalisateur de cinéma et… Liliane Bettencourt. Celle-ci est tout bonnement accusée d’avoir enfoui vingt millions d’euros, entre 2005 et 2008, à l’occasion de transferts entre la France, la Suisse et l’Italie par l’intermédiaire de comptes UBS et BNP Paribas, avant de finir, affirme l’auteur, dans des enveloppes remises à des personnalités de droite.

Antoine Peillon lance de nombreuses et graves accusations dans ce livre. Mais il est sûr de ses sources : des cadres écœurés d’UBS en France, en Suisse et des services secrets français. Les preuves dont ils disposent ont visiblement été transmises à plusieurs autorités de régulation, dont l’Autorité de contrôle prudentiel en charge de la surveillance du comportement des banques. Le parquet a été saisi mais ne bouge pas, assurant une forme de protection aux gros fraudeurs. C’est pour lever cette impunité que le journaliste a décidé d’écrire ce livre. Il faut le lire et le faire connaître, pour la démocratie.

Ces 600 milliards qui manquent à la France. Enquête au coeur de l’évasion fiscale, Antoine Peillon, Seuil, 2012.

Christian Chavagneux   blog : alternatives-economiques.fr

 

Christian Chavagneux est rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Economiques et rédacteur en chef de la revue L’Economie politique. Auparavant, il a travaillé comme chargé de mission à l’ex-Commissariat général du Plan, comme économiste à la Société Générale et comme chargé d’études à l’Agence française de développement. Il a enseigné plusieurs années à Sciences Po et à l’université Paris IX Dauphine.

Délire tragique de Mohamed Merah : six questions essentielles

L’ensemble de l’Occident a suivi avec angoisse la traque du tueur fou de Toulouse. Même à plusieurs milliers de kilomètres du lieu du drame, les gens ont fait preuve d’intérêt et d’empathie. Et maintenant que Mohamed Merah est mort, les questions fusent. De tout ce que j’ai lu et entendu, dans la rue, sur Twitter, sur Facebook, dans les journaux français, néerlandais, britaniques, américains ou belges, il y a des questions qui reviennent, même si c’est parfois de façon implicite. J’ai décidé d’en faire la liste, et cela donne six questions précises que j’aimerais qu’on pose.

1

. L’échec de l’opération de police est-elle imputable à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy ?

On a tous plus ou moins suivi (avait-on le choix ?) le siège de l’appartement de Mohamed Merah, qui s’est soldé par plusieurs blessés parmi les policiers et la mort du tueur. On nous avait promis qu’il serait capturé vivant afin d’offrir un vrai procès à ses victimes et à leurs familles, et comme très souvent en France dans ce genre de situation on se demande s’il n’existe pas une règle non-écrite d’exécution extra-judiciaire.

 

Ou bien, comme se le demande un expert israélien, si la police française et notre cher ministre ont fait leur travail correctement. Lior Lotan, des forces spéciales israéliennes, a écrit dans le Yediot Aharonot: « L’objectif n’était pas compliqué: un appartement résidentiel, un seul fugitif, pas d’explosifs, pas d’otages, dans un endroit qui n’est pas en territoire ennemi ou un champ de bataille, mais un endroit où les forces de sécurité peuvent se déployer comme elles le souhaitent. Ou bien il y a eu un problème de préparation, ou ils ont dû entrer en action avant d’avoir fini les préparations. »

 

Alec Ron, autrefois à la tête d’une unité commando de la police israélienne, a ainsi qualifié à la radio publique israélienne que l’opération pouvait être caractérisée par « une grande confusion et un manque de professionalisme ». « La technologie existe, et cela aurait pu être effectué totalement différemment. […] Je ne comprends pas qu’on ait attendu 30 heures. Je ne comprends pas qu’ils n’aient pas eu le travail de renseignement nécessaire. […] Une leçon que les Français vont devoir apprendre, est la conséquence que le fait que Mohamed Merah était sur les listes de surveillance françaises et américaines, qu’il était sur la liste noire pour entrer en territoire américain, n’a pas suffit à prévenir ni la première attaque, ni celles qui ont suivi. Les Français vont devoir faire d’énormes efforts et vont devoir approfondir leur travail de renseignement sur le sol français. »

 

Sachant que Claude Guéant semblait impliqué sur le théâtre des opérations (alors que, comme l’a souligné Éva Joly, ce n’est pas son rôle), je pose cette question : quel est le degré de responsabilité de Claude Guéant, en tant que ministre de l’intérieur et en tant que politique s’affichant sur le terrain, dans ce fiasco ?

 

 

2. Sarkozy ne nous fait-il pas payer une décennie de superflic ?

 

Alors qu’il était encore ministre sous la présidence Chirac, Nicolas Sarkozy s’affichait en premier flic de France. Il promettait de nettoyer les cités au Kärcher™, de terroriser les terroristes, de mettre tous les vilains en prison. Il a supprimé la police de proximité et a réussi à augmenter le désamour qui existait déjà entre le Français de base et la police. Il a institutionnalisé la chasse aux Noirs et aux Arabes dans les quartiers, il a réussi à faire croire aux médias étrangers que les émeutes de 2005 étaient le produit du communautarisme islamiste, alors que c’était justement un soulèvement contre sa politique du pire, son mépris pour ceux qui n’ont pas de Rolex™ à cinquante ans et la stratégie de terreur qu’il avait institué dans les banlieues. (Je n’écris pas cela à la légère, cela fait des années que des chercheurs travaillent sur le sujet.)

 

Élu président, Nicolas Sarkozy n’a aucunement changé sa stratégie. D’après ce qu’on sait pour l’instant, Merah a été suivi par le système judiciaire français, avec comme recommandation des spécialistes qu’il soit sérieusement pris en charge afin de ne pas déraper totalement. Au lieu de cela, il a croupi sans aide aucune en prison où il s’est auto-radicalisé. On peut très bien imaginer que Merah n’aurait pas forcément commencé à tuer des gens s’il avait été aidé par des professionnels au lieu d’être enfermé et laissé à lui-même.

 

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de souligner, pendant ces longues années de pouvoir quasi-absolu, qu’il était en charge de tout cela. Il a réorganisé les renseignements français, nommé des amis à lui partout où il est passé. La question me semble donc légitime : quelle est la responsabilité personnelle de Nicolas Sarkozy dans la radicalisation de Merah, l’échec de son intégration à la société française et l’échec relatif des renseignement français ?

 

 

3. Pourquoi Israël et pas l’Algérie ?

 

Quand les soldats français ont été tués, j’ai mis pas mal de temps à comprendre qu’il s’agissait de personnes d’origine allochtones, comme on dit aux Pays-Bas : trois morts d’origine algérienne et un blessé grave d’origine antillaise. Soit. Après tout, un soldat français est un soldat français, peu importe son origine. Ceci dit, il est désormais évident qu’ils ont été tués justement parce qu’ils étaient Arabes ou Noirs : ils ont été tués pour leur origine ethnique, leur meurtre a été motivé par le racisme.

 

Et puis quand l’enseignant et les enfants ont été tués dans l’école juive, il a été tout de suite évident que ces quatres victimes ont été tuées parce qu’elles étaient juives. Tout le monde s’est alors mis à se déclarer juif, à parler d’Israël comme notre allié de toujours. Bien sûr, les Juifs de France peuvent compter sur la compassion du reste du pays : ce sont nos compatriotes, la République a le devoir de garantir leur sécurité.

 

Mais pourquoi n’ai-je entendu personne dire qu’on était tous des Français d’origine algérienne ou des Antillais ? Pourquoi Israël a tenu une place si énorme dans la gestion de ce drame, et pas l’Algérie ou les Antilles ?

 

Que Marine Le Pen condamne cet odieux meurtre de Français parce qu’ils sont juifs l’honore. C’est une surprise agréable de la part du Front National depuis qu’elle y a remplacé son père. Mais pourquoi Marine Le Pen semble préférer condamner les meurtres d’innocents juifs plutôt que d’innocents noirs ou arabes ? Certains Français seraient-ils moins français que les autres ?

 

 

 

4. Si Merah avait tué des homos, aurait-on obtenu le mariage et l’adoption ?

 

Dans son délire de haine, on peut imaginer que Mohamed Merah aurait pu s’en prendre à des Roms ou à des homos. Après tout, après les Arabes, les Noirs et les Juifs, pourquoi pas les Gitans et les pédés ?

 

La haine des autres prend racine dans la haine de soi (la fameuse Selbsthaß des Juifs allemands). Que Mohamed Merah se soit haï pour être né dans la mauvaise famille, dans la mauvaise classe sociale, avec le mauvais nom et la mauvaise gueule dans un pays dont certains responsables politiques pratiquent quotidiennement l’ostracisation de tout ce qui n’est pas homme blanc riche hétérosexuel de droite, cela n’a rien de surprenant. Pour preuve, il s’en est pris directement à des personnes issus de groupes qui étaient parmi les plus attaqués. Donc pourquoi pas des victimes homos, hein ?

 

Vu le culte des victimes « innocentes » auquel se voue Nicolas Sarkozy et ses amis, vu aussi sa créativité législative (« un fait divers, une loi »), si Merah avait assassiné des pédés aurait-on finalement obtenu l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples du même sexe par une loi express ?

 

 

5. Pourquoi n’y a-t-il pas eu plus de Mohamed Merah jusqu’à maintenant ?

 

Quand on sait que la majorité des français appartient aux classes populaires, et que leur situation est loin de s’être améliorée pendant les années Sarkozy, pourquoi n’a-t-on pas plus de ces Français qui pètent un plomb et se mettent à massacrer tout le monde ?

 

Vu l’incroyable tsunami de haine et d’exclusion dont sont victimes les Français présumés musulmans (là encore, il va falloir qu’on finisse pas avoir cette discussion sur qui décide de la religion des gens: eux-mêmes ou le pouvoir ?), vu leur nombre, les innombrables humiliations dont ils sont victimes au quotidien, les discriminations auxquelles ils doivent faire face, ça ne vous interpelle pas qu’il n’y ait pas eu plus de terroristes islamistes prêts à tout faire péter ?

 

Quand on pense à tous ces jeunes qui sont systématiquement exclus du monde du travail, harcelés par la police, menés dans des voies de garage par l’Éducation nationale, vu leur jeunesse, leur énergie, leurs frustrations, ça ne vous étonne pas qu’il y en ait finalement si peu qui pètent vraiment les plombs ?

 

Quand on sait l’indigence des prisons françaises, le désespoir et la souffrance qu’elles infligent à ceux qui ont justement besoin d’aide pour échapper à une carrière criminelle ou aux maladies mentales, vous ne trouvez pas que, finalement, on n’a pas tant de tueurs fous en liberté ?

Bref, vu l’état de la France de Nicolas Sarkozy, vous ne trouvez pas que les Français, même les plus désespérés, tiennent quand même mieux le coup que prévu ?

 

 

6. Pourquoi remet-on en cause le multiculturalisme et pas le monoculturalisme ?

 

Cette semaine, nous venons d’entendre pas mal d’attaques contre le multiculturalisme, qui serait à la source de cette série de tueries délirantes.

Alors, pour commencer, j’en avais parlé sur Minorités : la société française est, par essence, multiculturelle. S’il est bien un pays en Europe qui arrive bien à gérer les différences ethniques et religieuses au quotidien, parce que la nation est totalement distincte de l’appartenance ethnique, c’est la France. Comme le rappellent les spécialistes de la question, en particulier Emannuel Todd, c’est une longue tradition de mariage exogame, de relative tolérance religieuse et raciale, qui permet à la France d’être cette nation multiculturelle dont la grandeur dépasse largement sa taille géographique et démographique.

 

Ensuite, s’il est bien un ensemble de pouvoir qui n’est absolument pas multiculturel, c’est bien le système politique et médiatique français : les femmes françaises blanches et riches ont déjà du mal à accéder aux postes importants. Quant aux Français un peu différents, du fait de leur classe sociale, leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle, leur accent ou leur religion: ils y sont quasiment absents. J’en ai longuement parlé dans Le grand mélange, et quatre ans plus tard la situation est pire encore : même les Rachida Dati et autres Fadela Amara, créatures exotiques de service, ne sont plus au gouvernement pour donner le change.

 

Dans mon nouveau livre qui sort début avril, Marine ne perd pas le Nord, je me demande (entre autres) si un des ressorts essentiels du succès de Madame Le Pen n’est pas justement le sentiment d’exclusion causé par cette culture dominante, qui touche de plus en plus de Français. Cette haine du système touche désormais les « petits blancs » après avoir touché les petits Noirs et les petits Arabes.

 

On ne peux pas dire que le multiculturalisme est au pouvoir. Non. Au contraire, c’est le monoculturalisme qui règne. C’est la culture bling-bling ringarde, raciste, ethnocentrique, vulgaire, autosatisfaite et intolérante de la clique au pouvoir qui règne en maître. Ses victimes sont innombrables, quotidiennes et marquées pour longtemps, et je soupçonne que ce monoculturalisme est la cause de l’ambiance délétère qui règne dans ce pays dès qu’il est question d’altérité et des différences.

 

J’aimerais qu’on commence enfin à se poser la question sérieusement, collectivement : la domination totale du monoculturalisme des élites au pouvoir n’est-elle pas responsable de trop de malheurs dans ce pays, et n’a-t-elle pas eu pour conséquence la mort d’innocents ?

 

par Laurent Chambon – Samedi 24 mars 2012

Laurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, ancien élu local travailliste à Amsterdam et chercheur en sciences politiques, et est co-fondateur de Minorités.

– Samedi 24 mars 2012  univers.org

« La chute de Nicolas Sarkozy ne signifiera pas la fin du sarkozysme »

Par Anthony Laurent (12 mars 2012)

Qu’est-ce que le sarkozysme ? En cas de défaite du président sortant, comment tourner la page d’un quinquennat qui aura profondément divisé la France et ses habitants ? Insidieuse et pernicieuse, l’idéologie sarkozyste s’est instillée progressivement dans les esprits jusqu’à y infliger des dégâts immenses. Tel est l’analyse du magistrat Serge Portelli, vice-président au tribunal de Paris et auteur du livre Le Sarkozysme sans Sarkozy. Quelle est donc cette « pensée » qui nous gouverne ? Éléments de réponse avec un magistrat engagé.

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Basta ! : Qu’est-ce que le sarkozysme ?

Serge Portelli [1] : Peut-on encore parler de sarkozysme ? La personnalisation – propre à toute élection présidentielle – rend encore plus difficile la distinction entre le régime mis en place depuis 2007 et l’exercice singulier du pouvoir par un homme. Le sarkozysme est-il un véritable concept politique susceptible de survivre à son héraut ? Ou n’est-il que la simple expression institutionnelle d’un individu, un modèle évolutif au gré de ses humeurs et de ses intérêts, voué à sa disparition en cas d’échec, promis à d’autres changements en cas de victoire ? Peut-être est-il plus facile de raisonner à partir de l’anti-sarkozysme. Beaucoup pensent que sa puissance en fera le principal moteur de l’élection à venir. La présidentielle serait un référendum. Certes, mais contre qui ? Ou contre quoi ? Anti-Sarkozy ou anti-sarkozysme ?

D’ordinaire, l’usure du pouvoir ou la lassitude de l’opinion publique sont les composantes de toute élection. La détestation d’un homme politique en est rarement le ressort déterminant. Mais les enjeux du débat sont aujourd’hui profondément politiques. La dette, l’industrie, le chômage, l’éducation, la famille, le pouvoir d’achat, la santé… autant de thèmes de société qui partagent les Français bien au-delà du comportement d’un homme. C’est un système qui est en cause. Si anti-sarkozysme il y a, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui horripile, mais le sarkozysme qui exaspère. On oublie souvent que son impopularité s’est installée dès 2008 et que les incessantes tentatives de « changement » de l’homme-président sont restées lettre morte. Ce n’était pas l’image qui était en cause mais le fond de la politique.

Quel est le fondement du sarkozysme ?

C’est sa conception de l’homme. Chaque discours, chaque programme, chaque promesse, chaque acte posé depuis cinq ans – mais les racines sont plus anciennes – dessinent la figure d’un homme particulier. Nous sommes toujours aux antipodes de l’humanisme et de ses valeurs de compréhension, d’espoir et de confiance. La société qu’on nous propose est celle de l’émotion, de la méfiance et de la peur au service d’un individu à la recherche permanente de la réussite, de la richesse, dans un monde de compétition acharnée. Le sarkozysme repose sur une vision frileuse et parcellisée de l’humanité où pointe toujours un ennemi potentiel. Il y a toujours un Autre inquiétant et menaçant : l’immigré, l’étranger, le chômeur, le délinquant, le fraudeur, le malade mental…

Au lieu et place d’un pays solidaire où tous les hommes – surtout les plus pauvres, les plus démunis, les plus frappés par la crise économique ont leur place –, le sarkozysme dessine une citadelle assiégée qu’il entoure de remparts, une nation divisée qu’il divise encore plus, une France de la performance où la fraternité est ridiculisée en assistanat. Ont ainsi fleuri, entre autres, ce débat pervers sur l’identité nationale, dont on a osé faire un ministère, ces propos honteux sur des civilisations inégales pour fustiger une fois de plus l’islam. Le sarkozysme n’a ainsi cessé d’utiliser les mots et les idées de l’extrême droite. « Quand on aime la France, on veut que la France soit maîtresse de son destin et maîtresse chez elle », disait encore Nicolas Sarkozy il y a quelques jours à Marseille, avant que ne resurgisse la polémique pathétique sur la viande hallal…

Le sarkozysme a-t-il évolué depuis 2007 ?

L’entrée en campagne du Président sortant lève les dernières incertitudes : rien n’a changé dans le sarkozysme. Et surtout pas la très étonnante autonomie du fond et de la stratégie. Emportés par le maelström des coups tactiques, des promesses oubliées, des amitiés trahies, des rendez-vous manqués, beaucoup ne voient plus que ce nuage de poussière médiatique, ce tourbillon de paroles verbales, de promesses évidemment intenables. Mais l’essentiel n’est pas là. Le sarkozysme ne serait qu’une méthode légèrement plus cynique qu’une autre, une façon de conserver à tout prix le pouvoir, un peu plus éloignée de la morale publique que d’autres. Rien en tout cas qui mérite l’attention.

Mais le sarkozysme est bien plus que cela ! Il faut décortiquer les paroles, oublier les mises en scène permanentes, séparer la communication du fond et s’en tenir à ce qui constitue le socle d’une véritable idéologie. Il suffit aujourd’hui de lire attentivement les premiers discours de campagne. Tout est là, comme en 2007. Seule apparaît une sorte de fatigue des plumes, une lassitude de tous ceux qui prêtent leurs pensées et leurs idées au candidat. Un lyrisme hésitant, des envolées plus mesurées, des références moins fortes, des incantations qui ressemblent à des répétitions. Mais pour le reste, le socle est toujours aussi solide, aussi terrible.

Comment y mettre un terme ?

Ce sera moins la gauche que la droite elle-même qui mettra fin – provisoirement – à cette expérience. Si la France, aujourd’hui, est conservatrice, elle n’est pas extrême. Elle ne l’a jamais vraiment été. Si, majoritairement, la droite se reconnaît dans l’ordre et la tradition, elle ne s’identifie en rien au mépris de l’homme, à la xénophobie, au culte de l’argent. Il y a une différence de nature entre la droite et l’extrême droite. En s’installant constamment sur ces terres extrêmes, le sarkozysme s’est coupé de ses propres bases. Il a voulu être la fusion de ces deux entités inconciliables que sont la droite et l’extrême droite.

La chute de Nicolas Sarkozy ne signifiera pas la fin du sarkozysme. Cette idéologie s’est infiltrée insidieusement dans l’esprit public. Elle y a installé des mots, des réflexes, des facilités de langage dont il sera long et difficile de se débarrasser. Les dégâts depuis cinq ans sont immenses, et il serait illusoire de croire qu’un simple bulletin de vote suffira. Le mal est profond. Car le sarkozysme n’est pas né le 6 mai 2007. Cette présidence n’a fait qu’attiser et exacerber des maux qui travaillaient depuis longtemps la société française. Elle a radicalisé, décomplexé et légitimé des opinions qui s’exprimaient jusqu’alors à mi-voix et sortaient désormais de la bouche de la plus haute autorité de l’État.

La France peut-elle basculer dans un régime autoritaire ?

Le sarkozysme a installé les bases d’un État-limite qui nous a éloignés progressivement des règles ordinaires de la démocratie et du respect des libertés publiques, qui devraient être la marque de fabrique de notre pays. S’est installée une obsession malsaine de la surveillance, du fichage, de l’expulsion, de l’enfermement. Le fonctionnement même de l’État s’est altéré. Les services publics ont été démantelés. Mais le pire est dans la perte de l’idée de service public gangrenée par une idéologie inspirée du pire de la gestion privée. Cet État-limite est un risque majeur pour la démocratie. Il peut nous conduire vers de graves dérives. Le sarkozysme est la tentation permanente d’un État autoritaire. L’utilisation débridée de l’arme référendaire, promise par Nicolas Sarkozy, est un des outils les plus efficaces pour nous y conduire. Il ne s’agit plus seulement de mépriser et de décrédibiliser tous les corps d’État ou les corps intermédiaires, qui font la vraie force d’un pays, mais de s’en passer.

Il est donc grand temps de revenir aux valeurs fondamentales de la République ! Le mérite du sarkozysme est de nous avoir fait prendre conscience de ce que nous pourrions perdre. La démocratie peut s’éteindre violemment, dans une guerre, une révolution, une crise majeure. Elle peut aussi disparaître insensiblement, mot après mot, loi après loi… Le choix n’a jamais été aussi clair. Beaucoup aujourd’hui veulent pouvoir se lever chaque matin sans se dire : « De quoi vais-je avoir honte aujourd’hui ? » Beaucoup ne demandent pas de rêve, mais simplement la fin d’un cauchemar.

[1] Magistrat, auteur de Le Sarkozysme sans Sarkozy (Éditions Grasset, 2009)

Recueilli par Anthony Laurent paru dans bastamag.net

Photo : DR

Marseille 2012 : l’eau a besoin de démocratie

par Marc Laimé, les blogs du diplo, le monde diplomatique

La question de l’eau va s’inviter avec force dans le débat public à l’occasion de la tenue du 6ème Forum mondial de l’eau (à Marseille du 12 au 17 mars 2012). Un Forum alternatif mondial de l’eau est organisé en parallèle, porteur d’une autre vision du monde. Ce rendez-vous déterminera pour partie l’issue de la bataille engagée depuis une dizaine d’années pour l’hégémonie culturelle sur la question de l’eau. Dans le monde entier, les tenants de la marchandisation des services hydriques ont perdu la bataille de l’opinion. Mais ils ne s’avouent pas vaincus.

La France accueillera du 12 au 17 mars 2012, à Marseille, le 6ème Forum mondial de l’eau, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Près de vingt mille congressistes en provenance du monde entier sont annoncés par les organisateurs dans la cité phocéenne. L’événement est co-organisé par le gouvernement français, la ville de Marseille et le Conseil mondial de l’eau, une association dirigée par le président de la Société des eaux de Marseille, une filiale de Veolia, l’un des deux leaders mondiaux des services à l’environnement.

De nombreuses voix dénoncent depuis des années, dans le monde entier, l’emprise qu’exercent les multinationales françaises sur l’agenda mondial de l’eau, et l’échec de la libéralisation des services hydriques, engagée à l’orée des années 1990.

Cet échec est patent : les « grands contrats » de partenariat public-privé (PPP), signés par Veolia et Suez avec des collectivités locales des cinq continents n’ont pas tenu leurs promesses. Nombre d’entre eux ont été annulés, face à des mobilisations populaires qui dénonçaient la mise en coupe réglée des « marchés de l’eau » au profit des actionnaires des entreprises multinationales.

Veolia, très fortement endettée, a annoncé en 2011 des pertes colossales et va se désengager de 40 des 77 pays où elle était présente.

Il y a dix ans, le P-DG de Suez vantait l’implantation de son entreprise dans plusieurs grandes villes du monde pour résoudre la crise mondiale de l’eau. La plupart de ces contrats ont été rompus sous la pression des populations qui ne pouvaient supporter les hausses vertigineuses des tarifs, ou la dégradation des services rendus.

La Commission européenne a annoncé le 18 janvier qu’elle engageait des poursuites contre Veolia, Suez et Saur, soupçonnés d’entente et de formation d’un cartel pour peser sur le prix de l’eau.

Marchandise ou bien commun ? Retour à la table des matières

C’est dans ce contexte que se prépare une formidable opération d’intoxication de l’opinion. L’affaire est directement pilotée depuis l’Elysée par le directeur de cabinet du président de la République, en lien avec les ministères des affaires étrangères, de l’écologie, et des finances.

Au nom du « patriotisme économique », impératif catégorique à l’heure de la guerre de tous contre tous, il faut sauver les soldats Veolia et Suez, dont les relations incestueuses avec le personnel politique français défraient la chronique depuis des lustres.

Un groupement d’intérêt économique (GIE) a été constitué à cet effet pour assurer la préparation du Forum mondial. Son budget de 29,6 millions d’euros a été ponctionné sur fonds publics, Veolia et Suez n’y participant qu’à hauteur de 3 millions d’euros.

Cette manne a été utilisée par le Conseil mondial de l’eau et ses différents satellites pour sillonner la planète afin de préparer un Forum des solutions…

Géniale invention marketing. La libéralisation des marchés de l’eau est un échec, on met en scène un Forum des solutions auquel vont participer, dans une confusion savamment organisée, Etats, institutions internationales, monde académique, multinationales, ONG… qui vont proclamer haut et fort des messages, forcément « humanistes », exigeant par exemple « Le droit à l’eau pour tous » — une promesse à laquelle personne ne songerait s’opposer, lors même qu’elle est parfaitement creuse et inapplicable, si elle permet aux « décideurs » les plus carnassiers de s’autodécerner des brevets de sainteté.

A cet égard, ce Forum est un moment décisif. Il a aussi pour objectif de permettre aux tenants de sa marchandisation, après l’échec cinglant de ces vingt dernières années, de tenter de reconquérir l’hégémonie culturelle sur la question de l’eau.

D’imposer leur vision, leurs solutions, leurs techniques, leurs protocoles, leurs normes, leur gouvernance, leur pouvoir.

Pour ce faire toutes les technologies de manipulation de l’opinion ont été mobilisées. Ce ne sont pas Veolia, Suez et le candidat Nicolas Sarkozy qui participeront aux côtés du secrétaire général de l’ONU, d’une impressionnante brochette de chefs d’états et d’éminentes figures de la société civile mondiale, à une grande foire des marchands d’eau : ce sont les « parties prenantes », les comités de village africains, les associations d’élus et de scientifiques, les admirables « ONG » qui apportent de l’eau aux miséreux, et jusqu’aux enfants, évidemment mobilisés pour faire pleurer dans les chaumières, qui vont incarner les « solutions » à la crise mondiale de l’eau.

Une imposture absolue. Le storytelling a tout emporté, y compris et surtout la conscience des milliers de braves gens, élus, fonctionnaires, ingénieurs, associatifs, englués comme jamais dans les rets du soft power des marchands d’eau.

Une imposture forcée, crise mondiale oblige. Comment faire accroire sinon que des amis de l’humanité aussi aisément identifiables que Veolia et Suez détiennent les leviers de la « croissance verte » qui va demain régler peu ou prou tous les problèmes d’une planète au bord du gouffre ?

Il n’existe pas, hélas, de solution immédiate à la crise de l’eau, multiforme, qui affecte près de trois milliards d’êtres humains. Cette question va-t-elle demain figurer vraiment au rang de priorité absolue pour tous les gouvernements et toutes les organisations internationales ?

Mondialisation et crise financière font violemment réémerger un « nouveau besoin d’Etat » : même Martin Wolf, l’éditorialiste du très libéral Financial Times, estime que « ce qui se passe en n’importe quel point du globe affecte désormais l’ensemble de l’humanité. Sauf effondrement économique mondial, un nombre croissant des biens publics exigés par notre civilisation seront mondiaux, ou comporteront des aspects mondiaux » (Le Monde, 31 janvier).

La question de l’eau va-t-elle redevenir un objet public, s’inscrire au cœur du débat public et des politiques publiques, irriguer des politiques de développement et d’entraide Nord-Sud portées par des acteurs publics ?

Un Forum alternatif mondial de l’eau Retour à la table des matières

Pour en débattre, et promouvoir ces dynamiques, une myriade d’acteurs des cinq continents vont eux aussi organiser à Marseille, du 9 au 17 mars 2012, un Forum alternatif mondial de l’eau (FAME).

On y évoquera bien sûr l’eau sous l’angle du bien commun, d’un patrimoine et d’une aspiration universelle à la dignité et à l’équité, mais aussi les mille et une facettes de la question que s’approprient et font vivre des millions d’hommes et de femmes dans le monde entier.

Face à la pensée unique des marchands d’eau, le Forum alternatif privilégiera l’échange d’expériences, l’écoute réciproque, la confrontation d’idées, la pluralité des voix, avec un programme de près de 180 ateliers, conférences, débats, en provenance d’une cinquantaine de pays.

Ce Forum alternatif a vu le jour dans un contexte financier extrêmement contraint, puisque seules quelques collectivités locales françaises lui ont apporté leur concours.

En dépit de plusieurs sollicitations, la présidence de la République, Matignon, le ministère de l’écologie, rompant avec une tradition républicaine de pluralisme, lui ont refusé tout concours financier. Celui-ci n’en témoignera pas moins qu’un monde nouveau est à portée de mains.

Il ne serait pas inutile que les candidats à l’élection présidentielle française, qui vont y défendre les valeurs de la gauche, viennent prendre la juste mesure de la question de l’eau dans ce Forum alternatif qui incarne et lève, lui aussi, une espérance. Violente.