Section de Gréasque
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Macron vante le « chien de garde de la petite bourgeoisie

« Bon sens » : ooops, »

 

Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, le 27 août 2014 à Paris (Christophe Ena/AP/SIPA)

« Il n’est pas interdit d’être de gauche et de bon sens », affirme Emmanuel Macron dans Ouest-France, qui a repris la phrase en titre de l’interview. Celui qui ne veut pas qu’on « l’enferme » dans le qualificatif de « libéral » (sans le rejeter pour autant) donne cette définition de la gauche :

« Etre de gauche, pour moi, c’est en effet être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover. Etre de gauche, c’est être juste pour que les efforts comme les gains soient équitablement répartis. »

Le bon sens, donc…

Si, pour sa première interview en tant que ministre de l’Economie, l’ancien conseiller de François Hollande voulait fournir des preuves de son attachement idéologique à la gauche, c’est raté. La valeur qu’il met en avant, le « bon sens », fait partie de l’arsenal classique de la droite : dès les années 50 les intellectuels de gauche l’ont fustigée et les leaders de gauche évitent depuis de s’en prévaloir. Il y a certes des exceptions dans les franges droitières du PS : Michel Sapin, par exemple, ne déteste pas l’expression.

« Les projections naïves du sens commun »

C’est Roland Barthes qui a porté l’estocade à l’expression, dans une formule restée célèbre, reprise par la suite à l’envi par les marxistes : le bon sens, c’est le « chien de garde des équations petites-bourgeoises ». Aussi jeune soit-il, Macron ne peut pas l’ignorer. Ancien élève d’Etienne Balibar et assistant de Paul Ricœur, il connait les écrits de Roland Barthes qu’il ne confond pas, à la différence de Nicolas Sarkozy, avec Yann Barthès.

Une affiche du FN

Dans les années 50, le « bon sens », celui des « petites gens », du « Français moyen », était dans toutes les bouches, d’Henri Queuille à Pierre Poujade. Ce dernier en avait même fait, bien avant le Crédit agricole ou les candidats du FN (voir affiche ci-contre), un slogan promotionnel.

C’est ce qui avait fait réagir Barthes, selon lequel le « bon sens », avec ses relents terriens, porte l’aspiration conservatrice à la finitude du monde, à l’immuabilité des choses. Mais ce concept est vicieux car il empêche « d’imaginer l’autre ». Il ferme le débat, il enferme l’interlocuteur, il bloque le rêve :

« Il bouche toutes les issues dialectiques, définit un monde homogène, où l’on est chez soi, à l’abri des troubles et des fuites du “rêve” (entendez d’une vision non comptable des choses). Les conduites humaines étant et ne devant être que pur talion, le bon sens est cette réaction sélective de l’esprit, qui réduit le monde idéal à des mécanismes directs de riposte. » ( « Quelques paroles de M. Poujade » in Mythologies, 1957)

Loin d’être, quoi qu’en dise Descartes, « la chose la mieux partagée », le « bon sens » serait donc une arme idéologique qu’il faut analyser et contrer. Pierre Bourdieu lui-même se donnait comme priorité de « rompre avec le sens commun » et invitait les sociologues à forger de nouveaux mots pour se protéger des « projections naïves » de ce dernier.

Depuis, les tentatives intellectuelles de réhabilitation du bon sens sont rares. L’historien Marc Crapez, défenseur du libéralisme, s’y est essayé dans un récent essai (« Défense du bon sens ou la controverse du sens commun », éd. du Rocher, 2004), mais sans parvenir à réveiller, dans le débat public, « le sourire du bon sens » vanté par Raymond Aron.

Pascal Riché     Cofondateur Rue89     Publié le 02/09/2014 à 08h50

 

«Montebourg pose un débat politique de fond»

Arnaud Montebourg à La Rochelle en fin de journée vendredi. (Photo Sébastien Calvet pour Libération)

 

INTERVIEW

Compagnon de route depuis 2009 puis collaborateur de l’ex-ministre de l’Economie, Valentin Przyluski demande à ce qu’on discute à gauche des choix économiques du gouvernement.

Il l’a d’abord accompagné dans sa campagne à la primaire présidentielle, puis travaillé avec lui au ministère de l’Economie. Compagnon de route d’Arnaud Montebourg depuis 2009, Valentin Przyluski revient sur le départ du ministre et insiste sur le «débat» qui doit s’ouvrir à gauche sur la politique économique menée.

Arnaud Montebourg pose depuis des mois un débat politique de fond sur l’orientation économique. Tout d’abord, il indique que l’ampleur des réformes structurelles et le transfert des ménages vers les entreprises ne sont pas compatibles avec un ajustement budgétaire aussi fort. Nos choix budgétaires et fiscaux en France ont ajouté de la crise à la crise. On a resserré trop vite. Tout le monde en est aujourd’hui conscient. La question de mieux prioriser les objectifs est donc une question légitime: la priorité doit être la croissance et l’emploi. Ensuite, il demande que la réorientation européenne issue du vote des Français en 2012 et 2014 soit mise en œuvre. Il y va de la crédibilité du politique élu au suffrage universel.

Ce débat ne devait-il pas rester en privé ?

Ce qu’Arnaud Montebourg prédit en privé au président de la République et au gouvernement est en train de se produire. Nous entrons en déflation. Or les mesures prises par le gouvernement sont procycliques et à contretemps ! Au vu de la situation économique, il y avait une clarification publique à faire: est-ce l’emploi la vraie priorité ? Jamais un pays dans une situation de déflation n’a remboursé sa dette. Il est important que les Francais sachent que ce débat a lieu en France, et qu’il est légitime comme l’a rappelé Paul Krugman ces trois derniers jours dans les colonnes du New York Times.

Pourquoi avoir décidé de rendre ce débat public au risque de sortir du gouvernement ?

Il fallait, après l’avoir fait sans succès dans les enceintes consacrées, lancer le débat dans l’opinion et que les choix soient publiquement faits: oui ou non les «trois tiers»d’Arnaud Montebourg sont-ils acceptables ? Nous sommes pour le pacte de compétitivité et pas contre les économies de dépense. Mais nous considérons que la question qui se pose est celle du rythme d’ajustement. Le déséquilibre entre les efforts demandés aux ménages et aux entreprises et le resserrement budgétaire produisent l’effet récessif constaté. Pourquoi le président de la République et le Premier ministre ont-ils fait ces choix? Quand on observe l’offensive sémantique de ces derniers jours, il est à craindre que les socialistes, au nom d’un légitimisme, se retrouvent engagés sur une ligne qui n’est pas la leur. Qui n’a jamais été décidée dans un congrès du parti ou votée lors de la primaire.

C’est-à-dire?

Certains en France souhaiteraient profiter de la conjoncture de la zone euro pour constater un échec économique structurel de la France. Ce sont ceux qui – même à gauche – expliquent que «la France est en faillite» et «l’Etat impotent». Pour ces gens-là, il ne faudrait pas que la croissance et l’emploi repartent trop vite pour pouvoir enfin réformer la France à la baguette. C’est la France des slogans. Pas des projets collectifs. Oui, la France a besoin de se moderniser. Mais les réformes doivent se faire en prévoyant les moyens d’adaptation à ces réformes. Il faut se donner les moyens de réformer ! Réformer le modèle social se fait avec des objectifs et des choix de société. Et être social-démocrate, c’est aussi en passer par le dialogue social, fort de ses convictions.

Comment observez-vous l’arrivée d’Emmanuel Macron ?

Je constate qu’un autre banquier de gauche, Mathieu Pigasse, conteste les politiques d’austérité… La polémique sur sa profession est donc peu probante de ce point de vue. Mais au-delà de la personne d’Emmanuel Macron qui est quelqu’un de compétent, nous sommes satisfaits de voir le ministère rester entier. Arnaud Montebourg a donné naissance au ministère de l’Economie réelle à Bercy. A un contre-pouvoir. Séparer les Finances et l’Economie c’était extrêmement important pour permettre de confronter des points de vue qui ne sont pas forcément alignés entre les forces productives et les intérêts financiers.

Lilian ALEMAGNA Envoyé spécial de Libération à La Rochelle le 30/08/2014

 

Les principaux points de la réforme des retraites

Hausse de la durée des cotisations et hausse des cotisations patronales et salariales ont été retenues par Matignon. La CSG n’augmentera pas.

Jean-Marc Ayrault présente la réforme des retraites à Matignon, le 27 août 2013. (WITT/SIPA)

Jean-Marc Ayrault présente la réforme des retraites à Matignon, le 27 août 2013. (WITT/SIPA)

A l’issue de deux journées de concertation avec les organisations patronales et syndicales, Matignon a levé le voile, mardi soir 27 août, sur la réforme des retraites :

  • La durée de cotisation portée à 43 ans en 2035

La durée de cotisation, qui s’élèvera en 2020 à 41 ans et troistrimestres, sera portée progressivement à 43 ans en 2035. La durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, qui s’élèvera à 41 ans et trois trimestres en 2020, sera ensuite portée à 42 ans en 2023, 42 ans et un trimestre en 2026, 42 ans et demi en 2029, 42 ans et trois trimestres en 2032, et 43 ans en 2035. « C’est ma responsabilité de rétablir durablement l’équilibre financier de nos régime de retraite. Et pour y parvenir, il n’est pas d’autre solution que d’allonger la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une pension à taux plein », a commenté le Premier ministre Jean-Marc Ayrault en présentant la réforme depuis Matignon.

  • Hausse des cotisations vieillesse dès 2014

Les cotisations vieillesse acquittées par les entreprises et par les salariés seront augmentées progressivement sur quatre ans : 0,15 point en 2014, puis 0,05 supplémentaire en 2015, 2016 et 2017, soit au final 0,3 point pour les actifs comme pour les employeurs en 2017. « Ce sont donc les cotisations sociales qui seront sollicitées à un faible niveau et progressivement. C’était d’ailleurs les voeux des organisations syndicales de salariés », a expliqué le chef du gouvernement. « Tous les régimes seront concernés : celui des fonctionnaires, les régimes spéciaux comme le régime général ou par exemple celui des indépendants selon des modalités propres », a-t-il poursuivi.

  • Pas d’augmentation de la CSG

Le gouvernement renonce finalement à augmenter la CSG pour financer la réforme. « Le gouvernement écarte l’augmentation de la CSG : elle pèserait sur l’ensemble des ménages, elle n’a pas été créée pour financer les retraites », a déclaré le Premier ministre. Cette annonce vient mettre un terme au suspense sur une augmentation de la CSG pour financer le déficit des régimes de retraite, qui aurait atteint 20 milliards d’euros en 2020 en l’absence de mesures.

  • Mise en place d’un compte pénibilité en 2015

Le futur compte pénibilité, mis en place à partir du 1er janvier 2015 dans le cadre de la réforme des retraites, sera financé par les entreprises. Ce compte personnel de pénibilité sera « financé par une cotisation des employeurs : une cotisation minimale de toutes les entreprises et une cotisation de chaque entreprise tenant compte de la pénibilité qui lui est propre », a détaillé Jean-Marc Ayrault.

  • Gain : 7,3 milliards d’euros en 2020

Avec cette réforme, le gouvernement compte faire des économies à hauteur de 7,3 milliards d’euros en 2020 pour le régime général (salariés du privé). Cet apport, assuré en grande partie par la hausse des cotisations vieillesse – 4,4 milliards d’euros – permettra de compenser le déficit du régime général, évalué à 7,6 milliards d’euros en 2020. L’équilibre de tous les régimes sera atteint en 2040.

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Et si François HOLLANDE gagnait son pari ?

Voici bientôt un an, le 9 septembre 2012, sur TF1 François HOLLANDE s’engageait solennellement à « inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année 2013 ». Les économistes – ceux qui n’avaient pas vu venir la crise et qui n’ont d’ailleurs pas mieux prévu sa sortie -, la plupart des médias relayés par l’opposition de droite et l’opinion publique étaient sceptiques. Il y a tout juste un mois, le 16 juillet 2013, Libération, le Monde et le Figaro titraient « N’en déplaise à François Hollande, la crise est encore là… Et les choses ne vont sans doute pas s’arranger ».

Tous ces « Cassandres », dont certains de mauvaise foi, se sont trompés. Ils tablaient sur une croissance de 0,2 % après six trimestres de repli, contredisant ainsi l’exécutif jugé trop confiant. L’annonce de la réponse est venue, le mercredi 14 août 2013, des chiffres de l’Insee, confirmés un peu plus tard par ceux d’Eurostat, l’office statistique européen. Entre les mois d’avril et de juin, le produit intérieur brut de la France (PIB) a progressé de 0,5 %, faisant ainsi sortir le pays de longs mois de récession. C’est la progression la plus forte que nous avons connue depuis le premier trimestre 2011. Ce rebond du PIB a pris de court la plupart des économistes.

1/ La France sortie de la récession

A l’instar de l’Europe qui a enregistré une croissance du PIB de 0,3 %, l’Allemagne et la France, avec des chiffes très supérieurs à ceux prévus, respectivement + 0,7 % et + 0,5 % ont vu la consommation repartir et le commerce extérieur progresser. Pour sa part, le Portugal est également sorti de la récession. Sur les 28 pays de l’UE, seuls sept, dont la Bulgarie, l’Espagne, la Grèce et l’Italie, restent à la traîne, le PIB de cette dernière étant néanmoins en amélioration.

Dans son analyse, l’Institut constate «une amélioration de la conjoncture européenne pour 0,3 % et un raffermissement de la demande intérieure pour 0,3 %,  dont une reconstitution des stocks des entreprises pour 0,2 point ». La conjoncture a été si mauvaise ces dernières années que de nombreuses entreprises avaient renoncé à faire du stock.

2/ Les signes annonciateurs

Cette annonce s’est accompagnée de plusieurs signes annonciateurs :

–        la reprise dans l’automobile et une hausse notable de 8,2 % de la production de matériels de transport » (trains et satellites),

  • le 20 juillet, le groupe Renault a confirmé ses prévisions 2013, malgré un « environnement plus difficile que prévu »,

–        les bons résultats des grandes sociétés mondiales cotées en Bourse,

–        le franchissement des 4000/4100 points du CAC 40, qui connait sa 8è semaine de hausse,

–        la situation des banques européennes qui renouent avec les bénéfices, en voyant la demande de crédit décoller,

  • la production de crédits immobiliers, stimulée par la baisse des taux d’intérêt, qui a nettement redémarré au deuxième trimestre, selon l’Observatoire Crédit Logement-CSA.
  • D’avril à juin, le marché a bondi de 35,3 %, après un plongeon de 8,7 % au premier trimestre et de 26,4 % sur l’ensemble de l’année 2012,

–        l’hiver « à rallonge», qui s’est traduit par une forte consommation d’énergie.

3/Le 3ème trimestre en cours

Il sera marqué par :

–        -Le résultat positif des soldes d’été du mois de juillet

  • L‘affluence est restée continue jusqu’à la fin, indépendamment de la météo,
  • Le bilan est positif, notamment sur l’habillement et les chaussures,
  • 67 % des commerçants interrogés jugent « satisfaisant » le résultat enregistré pendant ces soldes d’été, en hausse de 15 points par rapport à l’an dernier.
  • Durant cette période, deux commerçants sur trois (66 %) ont noté une hausse de leur chiffre d’affaires égale à + 20 % par rapport à un mois normal.
  •  72 % des commerçants se déclarent optimistes pour la saison automne-hiver, soit 4 points de plus que l’été dernier.

–        Le déblocage anticipé de la participation, à partir du 1er juillet 2013 qui concerne les  8.8 millions de Français disposant d’accords d’entreprise,

–        Le taux du Livret A ramené à 1,25 % le 1er août 2013, qui peut entraîner à la dépense,

–        L’annonce, ce jeudi 15 août, d’International Air Lines Group (IAG) d’une commande de 220 Airbus A320 principalement pour la Cie espagnole Vueling, dont 62 fermes et 158 options.

  • La commande tourne autour d’une vingtaine de milliards de dollars, l’AG ayant assuré avoir obtenu une « réduction très substantielle ».
  • Fort de ses 145 000 salariés, EADS doit embaucher 5000 personnes cette année, dont 60% de cadres et d’ingénieurs. Et parmi eux 40% seront des jeunes diplômés

–        Le versement, à partir du 20 août, de l’Allocation de Rentrée Scolaire (ARS) aux 3 millions de familles, savoir un montant de 360,47 € à 393,54 € suivant l’âge des enfants, pour une enveloppe totale d’environ 1,5 milliards d’€, dont on sait qu’elle est totalement consommée,

–        Les réformes du régime d’imposition des plus-values immobilières sur les résidences secondaires et les logements en location :

  • Un abattement exceptionnel supplémentaire de 25 % s’appliquera aux cessions réalisées entre le 1er septembre 2013 et le 31 août 2014
  • Dès le 1er septembre : la durée minimale de détention d’un logement (hors résidence principale) pour qu’elle soit exonérée d’impôt sur le revenu au moment de sa cession sera abaissée à 22 ans, contre 30 ans à l’heure actuelle
  • Ces mesures devraient contribuer à une reprise des transactions figées et tombées à 655 000 en 2012 (contre 805 000 en 2011, soit une baisse de 18,6 %,

–        La date butoir du 30 septembre pour la négociation par les entreprises de + 300 salariés de 100 000 contrats de génération, emplois d’avenir, prévus par le dispositif gouvernemental,

–        L’ajout par le Gouvernement de 100 000 emplois aidés s’ajoutant aux 340 000 prévus initialement, ce qui porte le nombre total à 540 000 avec les 100 000 emplois d’avenir,

–        Le recrutement pour la rentrée 2013 de 22 000 enseignants (sur les 43 000 prévus sur deux ans), destinés à compenser les départs en retraite, et permettant de créer 8 781 postes en équivalent temps plein,

–        Le niveau de 2010, retrouvé en 2013, pour les départs en retraite (718 000 contre 720 000), alors que ces derniers n’avaient atteint que 609 000 en 2011 et 578 000 en 2012,

–        Le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail (jusque là 200 000 environ) sera également en diminution, pour des raisons démographiques.

Au plan européen, le 22 septembre, auront lieu les élections des 598 députés fédéraux du Bundestag, pour une législature de quatre ans :

  • Les différents instituts créditent la CDU (chrétiens démocrates) de 40 à 41% des intentions de vote (ce qui assure un troisième mandat à la chancelière Angela MERKEL), contre 22% pour le SPD (sociaux démocrates), 14% pour les Verts et 5% pour le FDP (libéraux).
  • Ce dernier flirte avec la barre fatale des 5% et rien n’indique que la coalition actuelle CDU-FDP, constituée en 2009, sera reconduite. Les allemands semblent lui préférer « die Grosse Koalition » de 2005 ; ce qui modifierait l’orientation de la politique économique allemande

 

–        4/L’inversion de la courbe du chômage

–        Elle devient accessible dès lors que la croissance cumulée sur les trois derniers trimestres de 2013 atteindrait entre 1 et 1,5 %, sachant qu’avec 1% les destructions d’emplois stagnent,

–        C’est le pari, en voie d’être gagné de François HOLLANDE, qui a annoncé dès le 9 septembre 2012 le commencement de la réduction du nombre de demandeurs d’emplois, actuellement recensé à près de 3,28 millions, soit 11,2% de plus qu’un an plus tôt.

–        De fait, le climat conjoncturel dans l’industrie s’améliore, l’indicateur synthétique progresse de + 2 points par rapport au mois précédent. En juillet 2013, la confiance des ménages rebondit (+ 3 points). Ils sont plus nombreux qu’en juin à considérer comme opportun de faire des achats importants (+6 points). En juillet, l’opinion des ménages sur leur capacité d’épargne actuelle gagne 5 points.

–        Cela étant, sortie de la récession ne signifie pas automatiquement la reprise des embauches. Restera à gagner la reprise des investissements qui ont continué de reculer, même si on note un frémissement des dépenses publicitaires dans l’Internet au mois d’août.

Les commentateurs et la droite parlementaire ont brocardé « la Méthode COUE », mais s’il s’agissait d’une proche réalité ?

Marseille, le 19 août 2013, Gabriel PICQ

Arnaud Montebourg préfère le gaz de houille au gaz de schiste

Arnaud Montebourg lors des Assises de l'industrie 2012
© Pascal Guittet pour L’Usine Nouvelle

Le ministre du Redressement productif a présenté le gaz de houille comme « un gaz made in France », à même de réduire la facture énergétique des industries chimiques.

A l’occasion d’une réunion à Lyon du Comité stratégique de la filière chimie-matériaux, Arnaud Montebourg a présenté le gaz de houille comme « un gaz made in France », capable de réduire la facture énergétique des industries chimiques.

Cette réunion était destinée à examiner le « contrat de filière » fruit d’une élaboration entre les industriels, les partenaires sociaux, les parlementaires, les pôles de compétitivité et l’Etat. Ce dispositif vise à à consolider un secteur industriel qui emploie aujourd’hui quelque 400 000 salariés. La signature de ce « contrat de filière » est attendue pour le mois de juin.

Parmi les dix actions dont ce contrat préconise la mise en oeuvre figure l’approvisionnement à prix compétitifs en gaz et électricité des industries chimiques, grandes consommatrices d’énergie, afin d’éviter « le risque de délocalisation vers des pays où le prix du gaz est très bas », a expliqué le ministre.

« Un gaz en marinière, qui pourrait assurer à la France entre 5 et 10 ans de consommation »

Une des pistes retenues est l’extraction du gaz de houille. Arnaud Montebourg l’a présenté comme « un gaz made in France, un gaz en marinière en quelque sorte, qui pourrait assurer à la France entre 5 et 10 ans de consommation ». Il a souligné que ce gaz, contrairement au gaz de schiste, peut s’extraire sans recourir à la fracturation hydraulique, ce que confirment les experts interrogés par L’Usine Nouvelle. Le ministre a cependant assuré que le gouvernement entendait poursuivre les études sur des techniques d’extraction alternatives à la fracturation hydraulique, plus respectueuses de l’environnement.

L’écologie industrielle et l’amélioration du recyclage des plastiques doivent en outre permettre à l’industrie chimique de devenir « une chimie d’origine végétale et écologique au lieu d’une chimie d’hydrocarbures », a présenté Arnaud Montebourg. Il a évoqué notamment l’objectif de « remplacer les 90% de sacs plastiques à base d’hydrocarbure, aujourd’hui importés d’Asie, par 100% de sacs produits en France et recyclables ».

Julien Bonnet  04 février 2013  Usine nouvelle

Affaire Tapie-Crédit lyonnais : Lagarde défend l’arbitrage

Christine Lagarde au forum de Davos, le 23 janvier.

Christine Lagarde au forum de Davos, le 23 janvier. (Photo Johannes Eisele. AFP)

Des perquisitions ont eu lieu jeudi dans le cadre du volet non ministériel du dossier. La justice se penche sur le règlement du contentieux entre l’homme d’affaires et le Crédit lyonnais.

La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a réaffirmé vendredi que le choix de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux qui opposait Bernard Tapie au Crédit lyonnais était «la meilleure solution à l’époque».

Interrogée sur France 2 alors qu’elle se trouve au forum de Davos, l’ancienne ministre de l’Economie de Nicolas Sarkozy a maintenu que pour elle «c’était le bon choix». «Je reste à la disposition des autorités de mon pays pour en répondre le moment opportun», a-t-elle ajouté.

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Des perquisitions ont été réalisées jeudi par la brigade financière aux domiciles de Bernard Tapie et de Stéphane Richard, actuel PDG d’Orange qui était le directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy au moment des faits. Ces perquisitions ont eu lieu à la demande des juges qui instruisent le volet non ministériel de cette affaire.

Ils enquêtent sur la décision prise au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy de recourir à un arbitrage pour solder le contentieux qui opposait Bernard Tapie et le Crédit lyonnais sur la vente litigieuse d’Adidas par la banque en 1993.

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Le tribunal arbitral, juridiction privée, avait condamné le Consortium de réalisation (CDR), structure publique qui gérait le passif du Crédit lyonnais, à verser à l’homme d’affaires 285 millions d’euros d’indemnités (400 millions avec les intérêts).

Parallèlement, la Cour de justice de la République (CJR) instruit le volet ministériel de l’affaire, qui vise Christine Lagarde. Il lui est reproché d’avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu’il s’agissait de deniers publics, d’avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé.

Liberation 25 01 2013   (AFP)

Affaire Lagarde-Tapie : si vous avez manqué un épisode

Le Monde.fr | 24.01.2013 à 20h11

 

 

La ministre de l'économie, Christine Lagarde, lors de son audition mardi 23 septembre 2008 par la commission des finances de l'Assemblée nationale, sur les choix du recours à un arbitrage dans le cadre de l'affaire Adidas.

 

Les policiers de la brigade financière ont mené, jeudi 24 janvier, deux perquisitions aux domiciles de l’actuel PDG de France Télécom, Stéphane Richard, et de Bernard Tapie.

  • Pourquoi le domicile de Bernard Tapie a-t-il été perquisitionné ?

Bernard Tapie a été le bénéficiaire en juillet 2008 d’une décision favorable du tribunal arbitral dans le contentieux qui l’opposait au Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas en 1993. L’homme d’affaires s’était estimé lésé par la banque qu’il avait mandaté pour vendre l’entreprise.

A ce titre, il a touché 285 millions d’euros d’indemnités, dont 45 millions à titre de préjudice moral (soit au total 403 millions d’euros avec les intérêts) de la part du consortium de réalisation (CDR) gérant le passif du Crédit lyonnais.

Soupçonné d’avoir bénéficié de l’intervention du gouvernement Fillon dans ce dossier, l’homme d’affaires s’était expliqué le 10 septembre 2008 devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. Il avait notamment déclaré : « A aucun moment, strictement à aucun moment, on ne peut voir la main du pouvoir dans la décision de faire l’arbitrage. »

Lire : Bernard Tapie s’est expliqué devant les députés

  • Dans quel cadre ces perquisitions ont-elles été menées ?

Deux enquêtes sont menées parallèlement mais de façon coordonnée.

Les enquêteurs agissent dans le cadre d’une information judiciaire contre X ouverte à Paris le 18 septembre 2012 pour ‘« usage abusif des pouvoirs sociaux et recel de ce délit » au préjudice du consortium de réalisation. Les juges du pôle financier en charge des investigations ont obtenu mercredi 23 janvier du parquet de Paris le droit d’enquêter aussi pour « faux », « détournement de fonds publics », et complicité et recel de ces délits.

Parallèlement à cette procédure, une enquête est ouverte depuis août 2011 par la Cour de justice de la République (CJR), pour « complicité de détournement de biens publics » et « complicité de faux ». Composée de trois magistrats de la Cour de cassation, la CJR est seule compétente pour juger les infractions commises par les ministres pendant l’exercice de leurs fonctions.

Il est reproché à l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international d’avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu’il s’agissait de fonds publics, d’avoir eu connaissance de la partialité potentielle de certains juges arbitres, notamment du fait de leur proximité avec Nicolas Sarkozy ou Bernard Tapie, d’avoir fait modifier le protocole initial pour y intégrer la notion de préjudice moral et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé alors que plusieurs spécialistes le lui avaient recommandé.

Interrogée par les députés en 2008, la ministre avait dit avoir pris elle-même la décision « sans avoir reçu d’ordre » de Matignon ou de l’Elysée.

Christine Lagarde pourrait être prochainement convoquée par la CJR sous le statut de témoin assisté ou mise en examen.

  • Pourquoi le domicile de Stéphane Richard a-t-il été perquisitionné ?

Stéphane Richard, actuel PDG de France Télécom, était directeur de cabinet de la ministre de l’économie Christine Lagarde au moment où la décision de recourir à l’arbitrage a été prise.

Dans un entretien publié le 7 août 2011 dans Le Journal du dimanche, Stéphane Richard avait admis avoir été « en contact régulier avec la présidence de la République » mais avait contesté qu’il y ait pu avoir « un feu vert » de l’Elysée dans la procédure d’arbitrage du dossier Bernard Tapie. Il avait également jugé « totalement absurde » que Mme Lagarde ait pu demander « que l’on ajoute » la notion de préjudice moral qui n’aurait pas été inscrite dans le protocole initial du tribunal arbitral.

Selon les informations du Monde, le juge Jean-Michel Gentil, chargé à Bordeaux de l’affaire Bettencourt, dans laquelle l’ex-chef de l’Etat est témoin assisté, a récemment transmis aux magistrats de la Cour de justice une copie de certains agendas de M. Sarkozy dans lesquels il apparaît que sur la période-clé 2007-2008, M. Tapie a été reçu à de nombreuses reprises par M. Sarkozy, d’abord au ministère de l’intérieur, puis à l’Elysée, une fois ce dernier élu président de la République, en mai 2007.

Les agendas attestent également de rencontres entre M. Sarkozy et Pierre Mazeaud, l’un des trois arbitres (avec Pierre Estoup et Jean-Denis Bredin) choisis pour trancher le litige. Des rencontres démenties par Pierre Mazeaud auprès des enquêteurs.

L’ancien président de la République ne pourrait toutefois être inquiété dans ce dossier que s’il existe une preuve d’un ordre donné par écrit à la ministre, a expliqué une source proche du dossier à l’AFP.

La métropole Aix Marseille Provence : les solutions

Aix Marseille métropoleDans un article précédent, nous avons décrit les enjeux qui se dessinent autour de la création d’une véritable métropole autour de Marseille. Nous avons montré aussi la nécessité d’une politique inventive et audacieuse pour espérer faire repartir économiquement la grande agglomération du sud de la France. Voici quelques propositions pour la faire redémarrer.

 

1-Dépasser les oppositions au projet de métropole :

Imposer la métropole à toutes les communes serait risquer de voir toute dynamique détruite de l’intérieur par les freins qui mettraient les nombreux opposants.

Il est préférable de déterminer fermement les limites de la métropole (les Bouches du Rhône sauf l’ouest de la Camargue et des Alpilles) et de ne faire participer que les communes qui y sont favorables.

Cela mettra les élus locaux devant leurs responsabilités. En effet, seules les municipalités adhérentes pourront contribuer aux projets économiques et aux décisions.

Nous proposons aussi que la dotation financière de l’Etat à chaque commune baisse d’un 1% par an pour les communes qui refuseraient de participer. Cette diminution sera continue et progressive à raison d’un 1% par an. Ce faible pourcentage initial ne remettra pas en cause l’équilibre financier de ces communes mais les mettra devant leur responsabilité : l’argent économisé sera reversé à la métropole pour compenser l’énorme inéquité fiscale entre les communes.

 

2-Une politique audacieuse pour le logement :

La crise n’empêche pas l’explosion des prix de l’immobilier dans l’agglomération. Le déficit de logements est aigu : il se creuse de deux logements pour 1000 habitants par an. La situation sera, à terme, explosive et l’est déjà pour les populations les plus défavorisées.

Le respect des trames naturelles et agricoles à protéger ne permet plus l’urbanisation diffuse qui a dominé depuis trois décennies. Désormais les marges de manoeuvre foncières sont très limitées et se cantonnent à la réaffectation des friches industrielles et à la densification du pavillonnaire.

Nous proposons d’inventer une autre manière de densifier les espaces urbains existants, de retrouver du foncier pour créer des logements et de réinventer de la mixité sociale. De quoi s’agit-il ?

Le territoire de la métropole est constitué, en grande partie, d’immeubles et de cités construits dans les années 60 et 70. Ces bâtiments sont obsolètes dans leur conception et sont des passoires thermiques et acoustiques qu’il faudra isoler pour répondre aux exigences de la transition énergétique.

Nous proposons de surélever ces immeubles pour y créer de nouveaux logements. Si chacun de ces immeubles de 3 à 5 étages pouvait recevoir un étage supplémentaire, si chaque barre ou tour de cités pouvaient accueillir 2 ou 3 étages supplémentaires, on retrouverait des marges foncières qui feront baisser la pression des prix qui pèsent sur le logement des habitants de cette région.

Techniquement, cette opération sera possible si on surélève avec les techniques de l’habitat passif en utilisant des matériaux renouvelables et légers (bois, paille, chanvre). Politiquement, elle sera acceptable si l’argent dégagé par ces nouveaux « terrains » n’est pas accaparé par les promoteurs mais est utilisé pour la rénovation thermique de l’ensemble des immeubles. Les habitants de l’ensemble de ces immeubles verront leur facture de chauffage baisser fortement.

 

3-Une politique inventive pour les mobilités :

Les travailleurs de l’aire urbaine marseillaise vivent leurs déplacements comme un cauchemar au quotidien. La coordination des politiques menées est indispensable, de même que la continuation des projets de transports en cours, mais ne suffiront pas à répondre aux problèmes concrets des habitants qui souffrent du temps et de l’argent perdus dans les transports.

Leurs habitudes et leurs besoins de mobilités imposent l’automobile comme le mode de déplacement dominant, le seul assez souple pour répondre à des besoins fragmentés par une répartition des activités sur une aire urbaine qui s’est organisée autour d’espaces aux fonctions spécialisées : les territoires du travail, du commerce et de l’habitat ne sont rapidement accessibles que par la voiture individuelle.

Pour aider à sortir du « tout-auto », nous proposons une politique originale et innovante : le mobile au coeur de nos mobilités

De quoi s’agit-il ? Les habitants volontaires -ils sont nombreux à utiliser quotidiennement leur voiture et à espérer trouver d’autres solutions- acceptent de se faire suivre par géolocalisation lors de leurs déplacements par un système installé sur leur téléphone portable.

En contrepartie, la métropole leur permet d’utiliser tous les moyens de transport collectifs du département (métro, Bus, train, parking de délestage) pour un euro par jour.

Au fur et à mesure des adhésions à ce système, l’autorité globale de transport va disposer d’une base de données qui va lui permettre de piloter avec précision l’offre de transport : ouverture de lignes de bus, microbus répondant en temps réel à la demande, covoiturage…

Les habitants adhérents vont voir l’offre de transport proposé évoluer et apparaître sur leur téléphone. Les technologies actuelles permettent en effet de gérer en continue l’énorme masse de données que constitue les déplacements des habitants et des vecteurs de transport.

Ce projet technologiquement innovant peut constituer aussi un symbole fort qui peut renforcer l’attractivité de la métropole.

 

4-Une politique imaginative en matière d’énergies :

La Provence est une des régions françaises les plus en retard pour les énergies renouvelables. Ce qui constitue un paradoxe en raison de son potentiel exceptionnel (régimes des vents et d’ensoleillement très favorables).

La région bénéfice pourtant d’une filière technologique et des compétences indispensables pour devenir un leader dans ces domaines.

Nous proposons de développer ces énergies grâce à différents projets spécifiques :

-l’installation de champs d’éoliennes sur la plaine de la Crau et sur l’ouest de la chaîne de l’Estaque.

-l’installation de champs d’éoliennes flottantes en mer, champs d’éolienne combinés avec des installations d’aquaculture et de conchyliculture (moules en pleine mer). Ces activités sont conciliables. Elles permettront d’une part d’utiliser les compétences en activité sous-marine de la métropole, d’autre part, de développer le secteur de la pêche, handicapé par la baisse des socks de poissons.

-l’installation de panneaux solaires et de mini-éoliennes sur les toits des immeubles surélevés.

-l’installation de centrales à cogénération dans ces immeubles, installations innovantes mixant gaz et soleil.

-la création d’une centrale à méthanation, permettant de transformer en gaz naturel les surplus d’électricités produites par les éoliennes pendant les pics de vents.

La conduite de ces différents projets fera de la métropole Aix-Marseille-Provence un leader de la transition énergétique et développera ses compétences actuelles.

Mettre en place la métropole Aix-Marseille-Provence est une nécessité pour cette région. Mais elle a besoin de projets fédérateurs puissants lui permettant à la fois de dépasser ses difficultés et d’incarner l’avenir. Les projets présentés ici ne sont pas des utopies futiles mais des impulsions concrètes techniquement possibles et réalistes du point de vue politique.

par Rcoutouly (site) paru dans Agora vox

 

 

Oups, le FMI s’est trompé sur l’austérité

Manifestation, à Lille, le 14 novembre 2012

Manifestation, à Lille, le 14 novembre 2012 (Photo Philippe Huguen. AFP)

Ses effets sur les économies européennes ont été sous-estimés, selon deux économistes de l’institution.

Par DOMINIQUE ALBERTINI  Libération

Que les politiques d’austérité soient mauvaises pour la croissance et l’emploi, c’est désormais admis par la plupart des économistes. Mais qu’elles le soient encore plus qu’on ne le pensait, c’est ce qu’ont découvert deux d’entre eux, et pas les moindres : Olivier Blanchard, un Français chef économiste au FMI, et Daniel Leigh, économiste dans la même institution. Selon eux, l’utilisation d’un mauvais coefficient de calcul a débouché sur une sous-estimation des effets négatifs de l’austérité en Europe.

Les deux économistes détaillent leur thèse dans un article publié le 3 janvier sur le site du FMI, mais dans une rubrique où les textes ne représentent pas la position officielle de l’organisation. «Nous démontrons que, dans les économies développées, une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu, écrivent-ils. Une explication naturelle est que les multiplicateurs fiscaux étaient nettement plus haut que ce que les prévisions estimaient implicitement.»

Le multiplicateur qui divise

Le «multiplicateur» en question est le coefficient reliant l’évolution des dépenses publiques (ou des impôts) au taux de croissance de l’économie. Lorsque ce coefficient est de 0,5, par exemple, cela signifie qu’un point de dépense publique en moins, ou d’impôt en plus, entraîne une baisse de 0,5 point de l’activité. «Il y a deux façons de le calculer, explique Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. Soit en faisant de l’analyse historique, en regardant les liens passés entre les politiques budgétaires et l’activité ; soit en construisant un modèle économique et en étudiant les relations entre ses différents composants. Dans les deux cas, ce ne sont pas des modèles neutres : leur construction comporte toujours une part d’a priori, qui correspondent à des idéologies.»

Or, selon Blanchard et Leigh, le multiplicateur «de crise» pourrait être jusqu’à trois fois supérieur à celui des périodes «normales», utilisé jusqu’à présent. Les deux économistes l’avaient déjà écrit dans le très officiel rapport annuel du FMI, publié en octobre 2012 : «De nombreux documents, dont certains issus du FMI, suggèrent que les multiplicateurs fiscaux utilisés dans les prévisions se situent autour de 0,5. Nos résultats indiquent que ces multiplicateurs se sont en fait situés entre 0,9 et 1,7» depuis le début de la crise. En clair, l’impact de l’austérité serait, selon les cas, de deux à trois fois plus important que prévu.

«Jusqu’à présent, on a appliqué au temps de crise le multiplicateur des périodes normales, explique Xavier Timbeau. Or, dans une crise, tout le monde panique. Les gens ne se conduisent pas de la même façon et personne ne peut anticiper le futur. Par ailleurs, si l’austérité est beaucoup plus récessive qu’on ne le pensait, cela veut aussi dire qu’une politique de relance serait beaucoup plus efficace qu’on ne l’imagine !»

«Il y a deux FMI»

L’article de Blanchard et Leigh a fait réagir l’économiste Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008. «Le FMI était moins enthousiaste vis-à-vis de l’austérité que les autres grands acteurs, rappelle-t-il sur son blog. Si lui-même dit qu’il s’est trompé, cela signifie que tous les autres […] se sont encore plus trompés. Et il a le mérite de vouloir repenser sa position à la lumière des faits. La véritable mauvaise nouvelle, c’est que bien peu d’autres acteurs font la même chose. Les dirigeants européens, qui ont créé des souffrances dignes de la crise de 1929 dans les pays endettés sans restaurer la confiance financière, persistent à dire que la solution viendra d’encore plus de souffrance.»

Ne pas déduire, cependant, que le FMI remet en cause l’austérité dans son principe. Comment le pourrait cette institution qui a participé, notamment, à l’élaboration du très sévère programme grec ? C’est plutôt l’intensité des politiques d’austérité que remet en cause le Fonds, puisque leurs effets se révèlent plus importants que prévus. Cela rejoint d’ailleurs la position officielle du FMI : sa directrice générale, Christine Lagarde, réitère régulièrement ses appels à des trajectoires plus «douces» de diminution de l’endettement et du déficit budgétaire.

«Il y a deux FMI, la tête et le corps, estime cependant Xavier Timbeau. En Grèce, c’est lui le plus ferme sur l’austérité, encore plus que la Commission et que la BCE. Quoi que disent Blanchard ou Lagarde, sur le terrain, le Fonds applique le plan décidé entre le pays et ses créanciers. Il faudra du temps pour que le changement infuse dans l’institution et en Europe. Il y a aussi le risque qu’il reste confiné dans les hautes sphères du FMI, sans percoler vers le terrain.»

L’Europe semble d’ailleurs s’engager dans cette direction. Fin 2012, la Grèce a ainsi obtenu un délai supplémentaire de la part de ses créanciers. Et si le gouvernement français s’accroche obstinément à son objectif de 3% de déficit budgétaire pour 2013, auquel il est le seul à croire, c’est en dépit des conseils du FMI et de Bruxelles, qui prônent désormais un «ajustement plus doux» pour le Vieux Continent. Après l’essorage.

La métropole Aix Marseille Provence : les enjeux

Le 21 décembre 2012 s’est déroulé, au parc Chanot, à Marseille, la première conférence métropolitaine, consacrée à la mise en place de la métropole Aix Marseille Provence. Ayant eu la chance de participer à sa préparation comme expert associé.

Un haut niveau de réflexion :

S’entourant d’experts, d’universitaires, de chercheurs, Laurent Théry, le préfet délégué en charge du projet métropolitain, a permis la mise en place d’une réflexion collective et partagée de haut niveau. Les comptes-rendus des 5 ateliers-projets du 5 décembre (2) et les différentes tables rondes du 21 décembre démontrent un niveau de conceptualisation particulièrement élevé, digne de conférences universitaires, la volonté de faire participer les citoyens, par l’intermédiaire d’une grande diversité de participants et une hauteur de vue qui fait honneur aux organisateurs de ces manifestations.

Ce haut niveau de réflexion contraste avec la faiblesse de sa couverture par les médias. La majorité des journalistes n’ayant visiblement pas compris les enjeux de la mise en place de la métropole provençale et écoutant, avec complaisance, les arguments de ses opposants.

Les enjeux de la métropole :

Ce territoire possède à la fois d’énormes atouts et de gigantesques handicaps. Parmi ceux-ci, le niveau préoccupant de corruption du personnel politique. On ne peut donc que se réjouir de la volonté de l’Etat de reprendre la main par ce projet de métropole.

La région marseillaise constitue une métropole de rang 2, à l’échelle de la Méditerranée. Elle est caractérisée par une ville centrale -Marseille- affaiblie et paupérisée dans une aire urbaine éclatée, multipliant les pôles urbains de rang intermédiaire. Chaque bassin de vie ayant ses propres logiques, les tendances centrifuges sont dominantes : le découpage en plusieurs communautés urbaine et la fronde d’une centaine de communes contre le projet de métropole prouvent que chacun a peur de perdre ses spécificités.(3)

Pourtant, il suffit de voir les bouchons, chaque jour, sur les trois autoroutes permettant d’accéder à la ville de Marseille, pour comprendre la cohérence globale de la métropole. Les grands hôpitaux, la plupart des grands théâtres sont marseillais. La métropole ne possède qu’un seul port de commerce et un seul aéroport. La faiblesse de la ville-centre est donc en réalité un handicap pour l’ensemble de la population qui vit sur un territoire qui correspond, grosso modo, à l’ensemble du département des Bouches-du-Rhône(4).

Les oppositions au projet :

3000 personnes ont manifesté, à l’extérieur du parc Chanot pendant la conférence du 21 décembre. L’organisation logistique de cette manifestation a été facilité par la participation de nombreuses mairies opposées à la métropole.

Les discours des opposants contiennent beaucoup de fantasmes comme, par exemple, la création d’une fonction publique de la métropole embauchant 10 000 personnes.

Pour tout citoyen qui s’intéresse à la chose publique, cette rumeur est totalement irréaliste, d’une part parce que l’état des finances publiques ne le permet pas, d’autre part, parce que la métropole signifie une répartition différente des compétences entre les différents niveaux territoriaux et non la création de nouveaux coûteux pouvoirs.

Il est dommage d’ailleurs que l’Etat ne se soit pas donné les moyens d’une communication plus précise sur ses intentions. S’il était heureux d’exclure les politiques et les journalistes de la réflexion initiale (pour éviter les pressions et les lobbys), il faut maintenant les tenir informé avec précision du projet et de son évolution.

Lors de la rédaction de cet article (le 4 janvier), il n’y a toujours pas de site internet officiel sur la métropole.

Les faiblesses du projet métropolitain :

Le contenu de la conférence et des ateliers-projets est très intéressant. Il y a pourtant trois aspects importants sur lesquels il faudra être attentif dans la construction de la future métropole :

-Comment intégrer les opposants au projet ? Lors de la première table ronde du 21 décembre, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin faisait remarquer qu’on ne peut obliger à participer ceux qui ne le veulent pas. L’Etat va devoir inventer des solutions pour mettre les élus opposés au projet devant leurs responsabilités : on me peut continuer à profiter de la métropole sans en payer le prix, sans participer, d’une manière ou d’une autre, au collectif que la métropole constitue.(5)

-Quel chantier décisif pour faire avancer économiquement la métropole ? L’emploi et le logement sont au coeur des problèmes des habitants de l’aire d’Aix-Marseille. Les travaux n’ont pas permis de dégager des pistes claires. La lecture attentive des différents documents permet pourtant de mettre en évidence la nécessité d’un développement durable innovant. Métropole des énergies, des activités sous-marines, multimodalité des transports, les atouts pour un projet économique original sont présents.

-l’écologie est présente dans la réflexion globale, principalement sous la forme de la conservation du patrimoine naturel. Cette vision est dépassée : il faut maintenant intégrer l’écologie comme une composante du développement économique du proche avenir. C’est autour de projets économiques et écologiques inédits que se fera le développement économique futur.

Le projet de métropole Aix-Marseille-Provence est une chance pour les habitants de cette région. Sa réussite va dépendre de la capacité de l’Etat à proposer des solutions innovantes. Cela sera l’objet du prochain article que de décrire certaines solutions originales et inventives qui vont permettre son succès. 

 

(1) J’ai participé au groupe de travail sur l’égalité des chances et l’éducation. La conférence a en effet été précédé d’un travail important : groupes de travail thématiques, rassemblement des participants à ces groupes le 5 décembre à la préfecture (plusieurs centaines de personnes, regroupant des responsables de services publiques, des chefs d’entreprises, des responsables d’associations, issus de tous les milieux et de tous les secteurs, échangeant et débattant dans des ateliers-projets).

(2) les cinq ateliers étaient consacrés :

-au rayonnement international de la métropole

-au développement économique

-à la mobilité et aux infrastructures

-à l’équité territoriale

-à la valorisation de l’environnement

(3) L’aire de la métropole est divisée en quatre communautés d’agglomérations (Aix, Salon, Martigues, Aubagne), un syndicat d’agglomération (Istres) et une communauté urbaine éclatée (Vitrolles, Marseille, La Ciotat)

(4) Sans compter l’inéquité territoriale entre une population marseillaise paupérisée et une population périphérique plus favorisée mais qui travaille souvent à Marseille.

Deux exemples de cette inéquité :

-les collégiens et lycéens marseillais paient leur transport scolaire plus d’une centaine d’euros par an (pour les plus pauvres). Hors de la commune, les transports scolaires sont gratuits ou ne coûtent qu’une contribution symbolique.

-les installations sportives marseillaises à destination du public et des clubs sportifs sont dans un état déplorable, particulièrement les piscines. Le contraste est important avec les communes de la périphérie qui disposent souvent d’installations sportives de bonne qualité.

(5) Les recettes fiscales provenant des entreprises sont très inégales : en 2011, elles étaient de 1484 euros par habitant dans le pays de Martigues, de 710 euros dans le pays d’Aix et de seulement 288 euros sur Marseille.

paru dans Agora vox par Rcoutouly (site)