Section de Gréasque
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Avec « Force 13 », Jean-Noël Guérini joue à touché-coulé

guerini copie AFP PHOTO / BORIS HORVAT

En quittant le PS, Jean-Noël Guérini avait promis de « peser sur les prochaines échéances électorales ». Il l’a fait lors des municipales et des sénatoriales. En 2015, il compte bien transformer l’essai lors des départementales… avant de faire face à plusieurs procès en 2016.

Ce jeudi, naît un nouveau parti à Marseille. Le parti des « amis de Jean-Noël Guérini« , résume le site Marsactu… Après sa réélection et le succès des candidats estampillés « Force 13 » aux élections sénatoriales, l’association loi 1901 fait sa mue. Objectif: les départementales de mars 2015. Et tant pis si ce mouvement siphonne encore des voix au PS local. Ou tant mieux… 

 

« Pas siphonné, récupéré. C’est moins connoté. Nous avons d’ailleurs récupéré des voix d’un peu partout, de gauche comme de droite », corrige Michel Amiel, socialiste historique qui a rendu sa carte du PS en juin 2013. Un peu plus d’un an plus tard, il était propulsé au Sénat en compagnie de Mireille Jouve, également soutenue par Force 13. C’est dans la commune dont Michel Amiel est maire, Pennes-Mirabeau, que Jean-Noël Guérini vient baptiser son nouveau parti, ce jeudi soir.  

 

 

Mais attention, « si Jean-Noël Guérini est bien à l’origine de ce parti, nous ne sommes pas un mouvement bonapartiste dédié au soutien d’un seul homme », tient à nuancer Michel Amiel. Le but de Force 13 est de « donner une caisse de résonance à l’opposition au projet actuel de métropole » Aix-Marseille, plaide le sénateur-maire. Un projet qui lui semble synonyme de « confiscation » du pouvoir des maires au profit de Marseille « dont il faut combler le déficit abyssal ». Cette ligne a séduit « des maires de tous bords, ce qui explique notre résultat aux élections sénatoriales« , estime Michel Amiel. 

 

Les maires ont également été séduits par les aides aux communes, distribuées ou promises par le Conseil général des Bouches-du-Rhône… présidé par Jean-Noël Guérini lui-même. Il a généreusement « dégainé le chéquier », raconte Mediapart, en chiffrant ses largesses à quelque 360 millions d’euros. Ces aides financières, auxquelles les maires peuvent prétendre, « n’auraient pas eu cette intensité sans Jean-Noël Guérini. Les maires y ont été sensibles », estime Michel Pezet, conseiller général PS.  

Le Conseil général, l’arme de son système

Ce soutien financier et politique, le président du Conseil général et ses proches l’assument parfaitement. Mais pour ses détracteurs, ce « système Guérini » est fondé sur « le charme, l’achat, la menace », aux yeux de Renaud Muselier, auteur du Système Guérini et ex-député UMP des Bouches-du-Rhône. Il est « fait de clientélisme et de vassalités », résume Pierre Orsatelli, leader du Renouveau PS 13, un collectif de militants socialistes. Résultat: « Il n’y a pas un canton où il n’ait un obligé. » Et chacun lui « renvoie l’ascenseur », d’après l’expression d’un maire de droite qui a voté pour lui aux élections sénatoriales, cité par BFMTV

Depuis la neuvième étape du Bateau bleu, Jean-Noël Guérini est encore « le patron » du département, constate Michel Pezet. Certes,il a dû quitter le PS avant d’en être exclu, sur fond de procès en cours ou à venir. Mais à la tête de cette « puissance locale ancrée dans les territoires, il dispose d’un poids politique bien plus important que le premier secrétaire fédéral du PS », estime-t-il. Surtout quand le premier secrétaire fédéral du PS en question, Jean-David Ciot, se retrouve à ses côtés sur le banc des accusés face à la justice… 

 

L’ex-patron du PS des Bouches-du-Rhône est « dans une logique de démolition du PS », estimait récemment une conseillère générale socialiste citée par Mediapart. En avril, il disait lui-même vouloir « peser sur les prochaines échéances électorales ». Il n’a guère aidé Patrick Mennucci, candidat PS aux élections municipales à Marseille. Pas plus que les prétendants socialistes aux élections sénatoriales. Il aurait même été « déçu » queSamia Ghali, investie par le PS, soit réélue… 

 

Alors pour le prochain rendez-vous électoral, Force 13 doit transformer l’essai. L’exercice est différent: après les grands électeurs, les citoyens devront juger les candidats de ce nouveau parti. Comme au niveau national, beaucoup redoutent une nouvelle percée du FN et une abstention massive due au climat politique, au flou entourant l’avenir des départements ou encore à la complexité des cantons redessinés et des systèmes de binômes…  

« Il faut se serrer les coudes face à cette élection de tous les dangers », lance Michel Amiel, sans ironie aucune. Pourtant, les candidats de Force 13 risquent de se retrouver face à des candidats PS, même s’ils sont parfois issus des rangs socialistes… « Il va y avoir des discussions », assure Michel Amiel. De fait, 22 conseillers généraux ont déjà signé une lettre pour réclamer « une large alliance des élus de la majorité sortante PS – Front de Gauche – Force 13 – PRG ».  

Une fausse bonne idée, regrette Michel Pezet, qui ne fait pas partie des signataires. Selon lui, « il n’y aura pas d’accord », mais Jean-Noël Guérini veut « les pousser à adhérer à sa formation, quitte à être exclus du PS », un parti qu’il veut « casser ». « Il faut se battre pour que cette collectivité reste à gauche, mais pas à n’importe quel prix », ajoute Jean-David Ciot dans les colonnes du Monde. 

Vers une défaite salutaire pour le PS?

Quant aux débats qui agitent déjà les socialistes du département sur l’éventuel successeur PS à la tête du Conseil général, dans le fauteuil de Jean-Noël Guérini, « c’est n’importe quoi! », balaie Michel Pezet. « De toute façon, on ne va pas garder le Conseil général! » Et de calculer rapidement: le PS local serait suffisamment mal en point pour ne pas obtenir les 12,5% des inscrits nécessaires au maintien d’un candidat au second tour, selon lui. Pierre Orsatelli va plus loin et soupçonne « un accord entre Jean-Noël Guérini et Jean-Claude Gaudin pour que la gauche perde le Conseil général ». 

Que compte faire Solférino, après les défaites successives dans les Bouches-du-Rhône et face à ce nouveau parti anti-PS? « L’affrontement nous coûte trop cher. Il faut changer de méthode », glissait un permanent du PS marseillais au Monde après les sénatoriales. Oui mais laquelle? « Leur art, c’est d’expliquer que c’est compliqué. Alors que c’est très simple. Il faut siffler la fin de la partie face à celui qui n’est l’homme fort des Bouches-du-Rhône que parce qu’on a bien voulu lui laisser les clés du Conseil Général. Personne n’a jamais voulu s’y attaquer vraiment », selon Pierre Orsatelli. Même après le rapport d’Arnaud Montebourg, quand il recommandait la mise sous tutelle de la fédération PS alors présidée par Jean-Noël Guérini. 

 

Pour « démonétiser » ce dernier, sa recette est très simple. Il suffirait de « n’investir que des candidats engagés contre une alliance avec Jean-Noël Guérini ou des sortants qui auront pris leurs distances vis-à-vis de ce petit tyran. C’est ce que les électeurs attendent », parie Pierre Orsatelli qui pourrait défier Jean-Noël Guérini dans son canton du Panier. Mais il doute des intentions du PS. « Le PS est juge et partie, ses responsables sont les mêmes que ceux qui ont laissé le système Guérini prospérer. Cette question politique est posée depuis cinq ans. Quel courage d’attendre qu’une réponse judiciaire vienne la régler! » 

 

C’est le 8 décembre, que cette première réponse judiciaire est attendue par Jean-Noël Guérini, jugé pour détournement de fonds publics. Six mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 15 000 euros et un an d’inéligibilité ont été requis contre lui. Même en cas de condamnation, un simple appel lui permettrait de se présenter aux départementales. D’autres procès suivront en 2016. 

Mais Jean-Noël Guérini assure toujours qu’il n’a rien à se reprocher. Officiellement sans rancune envers son ancien parti, il a affirmé sur RTL ce jeudi matin avoir « tourné définitivement la page » et « fermé le livre » du PS. « Au cours de ces dernières années, rien ne m’a été épargné ». Alors aujourd’hui, il préfère un autre rendez-vous, plus politique. Celui de « Force 13 », à Pennes-Mirabeau. Entre amis. 

 

 Par , publié le 13/11/2014 dans EXPRESS

Gardanne devra re voter

Sans véritable surprise, le tribunal administratif de Marseille a donc suivi les conclusions du rapporteur public, rendues le 25 septembre dernier. Il a décidé, ce mardi matin, l’annulation totale des élections municipales de mars dernier qui avaient été remportées – pour la 7e fois consécutive – par Roger Meï (PCF).

Son principal challenger durant la campagne, L'élection de Gardanne annulée, séisme dans la maison Meï - 2Jean-Brice Garella, à la tête d’une liste PS-écolo-centriste, avait été battu de 69 voix (sur un total de 10 012 suffrages exprimés). C’est lui qui avait déposé un recours à la suite de l’élection, dénonçant plusieurs faits qui auraient entaché la sincérité du scrutin : violence, propos diffamatoires, allégations mensongères, affichage sauvage… Autant de motifs que n’ont pas retenus les juges marseillais.

Le grain de sable qui a grippé la machine ? La présence inopportune, sur la liste du candidat communiste, de Jean-Marc La Piana. Le médecin-directeur de La Maison, célèbre centre de soins palliatifs établi depuis 20 ans à Gardanne, avait présidé le comité de soutien de Roger Meï pendant la campagne et figurait en 13e position.

Or, le docteur, qui jouit d’une popularité importante dans le bassin gardannais, ne remplissait pas « les conditions de domicile » pour apparaître sur la liste, telles que le stipule expressément le code électoral : en d’autres termes, le docteur n’habite pas à Gardanne, condition sine qua non pour figurer dans l’équipe municipale.

L’inégibilité du Docteur La Piana et sa notoriété ont entaché, selon le tribunal, la sincérité du scrutin

Le médecin avait pris une location à Biver, dès juillet 2013. Il apparaît pourtant dans le jugement que le logement en question – plutôt délabré puisque sous le coup d’un permis de démolir, accolé à un jardin laissé à l’abandon – n’a pas vraiment servi de « pied à terre ». « Au demeurant, les défendeurs n’ont produit aucune facture d’eau ou d’électricité permettant d’établir que le bien en question aurait bien été occupé par M. La Piana pendant cette période », relève le tribunal.

Ce domicile fictif est-il suffisant pour précipiter l’annulation totale de l’élection ? Sans doute pas. Si le candidat n’avait été qu’un péquin moyen, seule son élection à lui aurait été annulée : il aurait été sorti du conseil municipal et remplacé par le suivant dans l’ordre de la liste. Mais les juges, dans leur décision, ont également pris en considération la « notoriété certaine à Gardanne » du docteur, son statut de président du comité de soutien, « son rôle de maître de cérémonie de l’unique meeting de campagne de M. Meï »… Une notoriété « de nature à influencer le vote d’une certaine catégorie d’électeurs », estime le tribunal. Ajoutez à cela un faible écart de voix et c’est donc tout le scrutin qui est remis en cause… Hier, en début d’après-midi, une « réunion de crise » a eu lieu en mairie de Gardanne avec Roger Meï et ses proches. Dans le camp Garella, on se félicitait de la décision.

Le maire de Gardanne n’est pas allé au bout du délai d’un mois qui lui est imparti pour faire savoir qu’il ferait appel de la décision devant le Conseil d’État. Lequel aura six mois, à partir du dépôt effectif de la requête, pour se prononcer. Si le tribunal n’a retenu « aucune fraude électorale » comme le souligne Roger Meï, on voit mal comment le Docteur La Piana pourrait apporter la preuve de son éligibilité – par un acte « à date certaine », soit un acte notarié, soit l’enregistrement d’un bail aux services des impôts – devant la plus haute juridiction administrative alors qu’à la barre du tribunal marseillais, il avait lui-même reconnu ne jamais avoir résidé à l’adresse indiquée.

Si le Conseil d’État venait à confirmer le jugement de première instance, Roger Meï serait obligé de rendre les clés de l’hôtel de ville. Le préfet nommerait alors une délégation spéciale dont la principale mission serait d’organiser de nouvelles élections. Quoi qu’il advienne, en coulisses, la campagne, a, elle, déjà bel et bien commencé.


Une guerre de succession avant l’heure

S’il dit rester « combatif », la décision du tribunal administratif de Marseille d’annuler l’élection municipale a fait mettre un genou à terre au maire emblématique de Gardanne. Et apporté de l’eau au moulin de ceux qui lui prédisaient « le mandat de trop ». Élu en 1977, Roger Meï, 79 ans, n’avait jamais eu à subir pareil échec. Depuis 1995, il avait toujours été réélu au premier tour avec une avance plus que confortable, frôlant, voire dépassant les 30 %. Les deux fois où il avait été mis en ballottage en 1983 et 1989 étaient restées anecdotiques.

Alors, en mars dernier, quand le maire communiste avait été réélu de justesse pour un 7e mandat, le coup avait été rude. Réalisant le score le moins élevé de toutes ses mandatures (39,70 %), il n’avait devancé le socialiste Jean-Brice Garella, qui conduisait une liste d’union avec des écologistes et des centristes, que de 69 voix (39,01 %, avec une progression de 12 % entre les deux tours). Un adversaire qui, s’appuyant sur ce faible écart et sur les « incidents » qui avaient émaillé la campagne, avait décidé de déposer un recours en annulation devant le tribunal administratif.

Le coup avait été d’autant plus difficile à encaisser pour le premier magistrat qu’il venait de quelqu’un dont il avait été très proche. Duquel il disait, hier encore dans un communiqué, que « tout le monde sait qu’il ne vit pas à Gardanne ». Roger Meï en sait quelque chose, puisqu’il avait pris Jean-Brice Garella sur sa liste en 2008. Mais ça, c’était avant. Du temps où le maire communiste gagnait au premier tour, avec 55,17 % et 38,19 % d’avance.

Le poulain, adoubé en politique, semblait promis à un bel avenir auprès de son mentor qui l’avait choisi pour être son élu délégué à la solidarité. Poste qu’il a occupé de 2008 à 2012, avant de démissionner pour « divergences d’opinion ». Passant ainsi dans le camp de « ceux qui ont trahi ».

Pour le dernier scrutin, l’atout de Roger Meï, c’était Jean-Marc La Piana. Celui qui« incarne les valeurs de solidarité » dont le maire dit qu’elle est « la couleur » de sa ville. Treizième sur la liste comme Jean-Brice Garella l’avait été en 2008, le médecin-directeur de La Maison, qui sait ce qu’il doit à Roger Meï – le maire avait accueilli le centre de soins palliatifs sur sa commune il y a 20 ans au moment où personne n’en voulait – est devenu, à son tour, conseiller municipal délégué à la solidarité. Une carte maîtresse qui a, finalement, fait perdre la partie au maire communiste. Lequel affirmait, hier, ne pas admettre que « la légitimité de cet homme de bien, engagé depuis longtemps à Gardanne, soit remise en cause ». Ce n’est pas le cas. C’est un manquement au code électoral (le domicile fictif du docteur, personnalité connue et reconnue) qui a fait annuler l’élection.

Aujourd’hui, une nouvelle bataille commence pour le maire de l’ancienne cité minière qui avait défendu le charbon jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale lorsqu’il avait été élu député (1996-2002), à la faveur d’une… annulation, celle de l’élection de Bernard Tapie en 1993.

Roger Mei aurait décidé de faire appel

 

Alexandra Ducamp et Julien Danielides  La

La nouvelle affaire qui menace Nicolas Sarkozy

La justice cherche à savoir si l'ex-président a emprunté gratuitement un avion mis à sa disposition par l'homme d'affaires Stéphane Courbit, entre autres pour ses conférences à l'étranger.

La justice cherche à savoir si l’ex-président a emprunté gratuitement un avion mis à sa disposition par l’homme d’affaires Stéphane Courbit, entre autres pour ses conférences à l’étranger. | REUTERS/ERIC GAILLARD

Une nouvelle enquête judiciaire, portant sur des faits d’abus de biens sociaux et de recel, pourrait inquiéter Nicolas Sarkozy, selon les informations du Monde. Une juge d’instruction marseillaise s’intéresse ainsi aux conditions dans lesquelles ont été organisés plusieurs vols privés transportant l’ancien président entre décembre 2012 et mars 2013.

En charge du volet français du dossier baptisé « Air Cocaïne », un trafic de drogue entre la République Dominicaine et la France via des vols transatlantiques privés, la juge Christine Saunier-Ruellan, vice présidente à la juridiction interrégionale spécialisée, a chargé, mi-juillet, un expert aéronautique d’une mission « d’analyse et de décryptage » de l’ensemble des plans de vols figurant dans son dossier.

Dans son ordonnance de commission d’expert, la juge demande à Claudine Oosterlinck, expert agréé par la Cour de cassation, de passer au crible les vols suspectés d’avoir transporté de la cocaïne entre la République Dominicaine et la France ainsi qu’une série de liaisons entre Antigua, Le Bourget et le petit aéroport belge de Sint Truiden. La juge ajoute à sa liste « des vols facturés à Lov Group », la société de l’homme d’affaires Stéphane Courbit. Un premier vol Le Bourget-Doha (Qatar) du 9 au 11 décembre 2012, un second Le Bourget- Teterboro (New-York) du 30 janvier au 3 février 2013 et un Le Bourget-Abu Dhabi du 26 au 27 février 2013 ont été empruntés par Nicolas Sarkozy. Le premier l’a transporté à Doha pour participer au Forum mondial du sport Doha Goals au Qatar. Le tarif évoqué pour ce vol est de 95 000 €, selon des documents saisis lors de l’enquête.

Deuxième déplacement, l’aller-retour pour Teterboro, dans le New Jersey, aux Etats-Unis : M. Sarkozy, était accompagné pour l’occasion de son épouse Carla Bruni. Le troisième voyage en cause a donc eu pour cadre Abu Dhabi, aux Emirats arabes Unis. Nicolas Sarkozy était invité au Global financial markets forum, organisé par la banque nationale d’Abu Dhabi. Il y donna une conférence, le 27 février.

« AIR COCAÏNE »

Ces trois vols ont été affrétés par la Société Nouvelle Trans Hélicoptère Service (SNTHS) dirigée par Pierre-Marc Dreyfus, l’un des dix mis en examen dans le dossier français d’« Air Cocaïne », placé sous mandat de dépôt du 10 septembre 2013 au 28 août dernier avant une libération sous contrôle judiciaire. Cette société lyonnaise spécialisée dans les vols d’affaires et la gestion d’avions privés est l’affréteur des vols suspects et notamment du Falcon 50 appartenant au lunetier Alain Affelou, intercepté le 19 mars 2013 sur l’aéroport international de Punta Cana (République Dominicaine) avec trente six valises à son bord contenant 682 kilos de cocaïne. Quatre Français étaient interpellés, dont Alain Castany, qui se présente comme le troisième pilote. Les enquêteurs ont découvert dans son portable les numéros de téléphone personnels de nombreuses personnalités, notamment celui de Nicolas Sarkozy.

Par ailleurs, en consultant, le téléphone portable de Franck Colin, un quadragénaire soupçonné d’avoir affrété le vol intercepté en République dominicaine (et interpellé en avril 2013 à Paris), les policiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS), – dessaisis en juillet 2014 de l’enquête au profit des gendarmes de la section de recherches de Paris – ont constaté qu’il était en contact avec Pierre Sarkozy, l’un des fils de l’ancien président de la République. Le jeune homme est enregistré dans le répertoire sous le nom de « Dj Jed Sarkosi ».

C’est en cherchant à découvrir l’identité des personnes ayant financé les nombreux voyages effectués ces dernières années par le Falcon 50 que les enquêteurs ont découvert que trois vols, également affrétés par la société SNTHS – et effectués dans la même période que les vols liés au trafic de cocaïne – auraient été financés par Stéphane Courbit, via sa holding Lov Group industrie (LGI), au profit de M. Sarkozy. Le tout pour un montant total supérieur à 330 000 euros… Le nom de M. Sarkozy apparaît en effet sur certaines factures saisies en perquisition au siège de la SNTHS.

Interrogé par Le Monde, l’avocat de M. Courbit, Me Christophe Ingrain, a confirmé la prise en charge par Lov Group des trois déplacements qui intéressent la justice et a indiqué : « Ces vols avaient pour objet la création d’un fonds d’investissement dans lequel l’ancien président de la République aurait été impliqué. Nous détenons tous les documents nécessaires pour le prouver ».

FACTURES DISPARUES

Les policiers ont par ailleurs découvert qu’un quatrième vol avait été affrété, au mois de mars 2013, par la société SNTHS, au profit de Nicolas Sarkozy. Il s’agissait de permettre à l’ancien président de se rendre à Bordeaux où il devait honorer, le 21 mars, une convocation… aux fins de mise en examen du juge Jean-Michel Gentil, chargé de l’affaire Bettencourt. Mais l’interception du Falcon 50 sur le tarmac de Punta Cana a contraint Nicolas Sarkozy à monter dans un autre avion, également mis à sa disposition par la SNTHS. Sauf que, cette fois, les factures indiquent que le vol a été pris en charge par l’Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy (ASANS).

L’expertise de la comptabilité de la SNTHS a révélé que plusieurs de ses comptes clients avaient disparu, dont celui de LGI – qui constituait pourtant le client principal de la société d’hélicoptères – et celui de l’Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy…

Me Pierre Ceccaldi, défenseur de Pierre-Marc Dreyfus, demandera, lundi 8 septembre, à la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence d’annuler tous les éléments du dossier ayant trait aux vols empruntés par Nicolas Sarkozy. « La juge est saisie d’un trafic présumé de stupéfiants entre la République Dominicaine et la France, observe Me Ceccaldi. On ne comprend pas pourquoi on s’intéresse à des clients de SNTHS, fussent-ils aussi prestigieux que l’ancien président de la République, qui n’ont rien à voir avec l’objet de la saisine ».

Plusieurs sources ont indiqué au Monde que la procédure incidente concernant les vols suspects pourrait être dépaysée à Paris, dans le cadre d’une enquête préliminaire.